2008-05-19

 

Sondage : opinion ou raison

Selon un récent sondage, 94 % des français pensent que les prix vont augmenter cette année. Dans la même enquête, ils mettent la lutte contre l’inflation au troisième rang de leur préoccupation, loin devant la réduction des déficits ou les mesures prises en faveur de la compétitivité (Politique Magazine n° 62, p. 18).
Ne voient-ils donc pas que ce sont les mêmes politiques qui aboutissent conjointement à l’accumulation de déficits et à la dégradation de la compétitivité dont les effets sont précisément de nourrir l’inflation ? Mais comment peut-on exprimer un raisonnement à travers un sondage puisqu’il s’agit de répondre à des questions par avance formatées et dont les réponses sont par avance interprétées ?
Si on demande aux français s'ils veulent des universités gratuites de grande qualité, la santé pour tous dans les meilleures conditions, une justice efficace et juste, une grande majorité répondra sans doute oui. Mais si on demande aux français s'ils veulent payer plus d'impôts - notamment pour pouvoir disposer de ces services publics -, la même majorité dira non. L'économie n'est pas une question d'opinion. D'ailleurs, quand on demande aux jeunes ce qu'ils veulent faire plus tard, ils sont nombreux à vous dire qu'ils veulent gagner de l'argent. Mais quand on leur demande s'ils veulent travailler, ils sont beaucoup moins nombreux...

Le sondage fabrique une opinion publique qui est un concept purement abstrait et artificiel. Mais opinion n’est pas raison. Ni l’opinion de celui qui aura fait les questions, ni l’opinion de celui qui aura répondu, ni l’opinion de celui qui interprète les réponses ne sont de nature à former une explication juste de l’inflation.
Et pourtant, les machines à sonder l’opinion jouent à fond dans les couloirs de l’Elysée, pariant sur une remontée de la popularité du président au détriment du premier ministre. Ne voit-on pas qu’une telle vision de la politique contribue à réduire les décideurs au rang de réactifs sans horizon, gouvernant sans prévoir, agissant sans anticiper, et surtout bradant les principes en vue de séduire l’opinion comme s’ils étaient éternellement en campagne électorale. La tyrannie du sondage transforme ceux qui sont en charge de piloter l’Etat en agents prisonniers du court-termisme et de l’asymétrie d’information, ce qui est précisément ce que les experts reprochent aux agents privés – animés par leurs seuls intérêts égoïstes – pour justifier l’intervention grandissante dans l’économie et la société de l’Etat qui serait au-dessus de ces limites.

2008-05-14

 

Herbert Marcuse : l'apôtre de l'antilibéralisme

S’il est un auteur dont mes professeurs m’ont imposé la lecture, c’est Marcuse. Herbert Marcuse (1898-1979) était un philosophe et sociologue marxiste américain d’origine allemande qui a profondément influencé l’intelligentsia de gauche. En France et aux USA, il fut un des maître-à-penser de l’antilibéralisme dont la rhétorique fut l’alpha et l’oméga des apprentis sorciers de mai 68.
Moi qui venait d’un milieu plutôt modeste et rural (j’ai passé mon bac dans une ville de 16 000 habitants), plus je lisais Marcuse et plus mon complexe d’infériorité provinciale était renforcé tant je ne comprenais rien à ce charabia qui s’apparentait plus, dans mon esprit vierge, à une démonstration pompeuse de rhétorique savante qu’à l’énoncé limpide d’une connaissance solide qui devient ainsi accessible à tous par la magie de l’enseignement et le talent du pédagogue. Aussi le jour de mon partiel en épistémologie critique, j’ai sagement récité Marcuse sans en comprendre le moindre mot, obtenant ainsi une des meilleures notes de ma promo.
A force d’être gavé par Althusser, Gramsci, Marcuse, Rosa Luxemburg et Marx, je me demandais si j’étais bien fait pour faire des études d’économie, voire faire des études tout court. Il y avait si peu de mérite à obtenir un diplôme en récitant une prose obscure tel un perroquet qui mime le langage humain. De surcroit, je ressemblais si peu à l’étudiant aixois typique : bien à gauche dans sa tête mais habitant dans la belle bastide provençale du papa avocat ou de la maman médecin. Au total, il me semblait que je n’apprenais pas grand-chose du monde réel qui m’attendait et j’avais peu de temps à consacrer aux envolées verbales de ces prophètes d’un autre monde. Et oui, le temps c’est de l’argent ; et cet argent, je ne pouvais pas le soutirer à volonté à mes parents et en priver mes frère et sœurs.
Heureusement, d’autres professeurs m’ont fait entrevoir la lumière dans les études d’économie et le bonheur de la connaissance, ce qui me motiva à continuer.

Avec le recul, ce que je lis désormais entre les lignes de ce penseur de la révolution m’apparait trop clair et frise l’escroquerie intellectuelle. Marcuse a atteint les sommets de la dialectique en prônant le concept de « tolérance répressive » par lequel il s’opposait carrément à la liberté de parole [1]. Ce droit fondamental dans la philosophie libérale était alors considéré par Marcuse comme un concept bourgeois favorisant l’ordre établi au profit des riches dans un raisonnement dont la logique est inversement proportionnelle à la rigueur. Mais puisque la liberté d'expression vient des libéraux, c’est forcément douteux.
En effet, si l’on suit le raisonnement de Marcuse, la liberté de parole favorise les riches et les puissants puisqu’elle aboutit à une profusion d’idées et de concepts face à laquelle les plus modestes ne sont pas armés. Ce sont ces mêmes arguments qui permettent aux censeurs de fustiger Internet (voir chronique précédente). Remarquons que les mêmes sont prêts à s'en prendre au grand capital à partir du moment où ce dernier tient la presse au risque de brimer cette même liberté d'expression. Mais la dialectique ne s'effraie pas des paradoxes.
On voit ainsi comment une logique apparente atteint les sommets de la dialectique : au nom de la liberté, on veut supprimer la liberté de la même manière qu’au nom du peuple, on en arrive à opprimer le peuple. Les régimes totalitaires ne se qualifient-ils pas de « démocratiques » ? Telle est l’effroyable logique révolutionnaire : elle repose sur le détournement constant du sens même des mots comme la magistralement illustré Orwell dans son roman « 1984 ».
Mais c’est une logique apparente fondée sur des contre-sens et l’usurpation du langage et du vocabulaire. Les paradoxes de Zénon ont l’apparence de la logique. Avant d’atteindre la cible, la flèche doit passer par le point A qui est à mi-distance entre le tireur à l’arc et la cible. Mais avant d’atteindre le point A, elle doit passer par A’ qui est lui-même à mi-distance entre le tireur et le point A. Mais avant d’atteindre A’, elle doit passer par A’’, A’’’ …en somme, elle n’atteindra jamais la cible. Si le raisonnement a l’air logique, le résultat est faux. Les mathématiciens grecs ont flanché devant ce paradoxe. Mais au cours des siècles les mathématiciens ont affiné les concepts mathématiques pour lever le paradoxe, approfondissant ainsi la connaissance des mathématiques et le champ de la rigueur.

En sciences sociales ou humaines, les experts n’ont pas toujours les mêmes scrupules. La dialectique marxiste est d’ailleurs le pur produit de cette démarche usurpatrice. Marx lui-même qualifiait d’ailleurs la logique de « science bourgeoise » ; c’est pourquoi il proposait une nouvelle méthodologique qualifiée de « matérialisme dialectique » au service d’une « science prolétarienne » qui a conduit à Lyssenko.
C’est au nom de ce matérialisme dialectique que Marcuse prônait « l’intolérance envers les libéraux » qui défendent toutes les libertés et donc la liberté de parole – consigne qui a été strictement suivie à l’université qui est devenue un lieu de rééducation politique – afin de sauver la liberté véritable et la tolérance véritable.
En somme, la liberté de parole défendue par le libéralisme n’est pas la vraie liberté et seule la parole de Marcuse libère. Marcuse se donne le droit d’être intolérant au nom de la vraie tolérance dont lui seul connait les clés. On comprendra pourquoi une telle philosophie, lorsqu’elle cautionne un programme politique, ne peut qu’aboutir à des régimes meurtriers et concentrationnaires. On comprendra aussi pourquoi je suis las d'entendre le refrain nostalgique des soixante-huitards.

[1] Voir à ce propos la contribution de Steve Frankel « 1968 : l’année de la tragique illusion aux Etats-Unis » in Liquidez mai 68 ? sous la direction de Grimpret M. et Delsol C., Presses de la Renaissance, Paris 2008.

2008-05-12

 

Vive le blog

Tandis qu’un article de Marianne vient s’en prendre à Facebook, j’entendais hier sur une grande radio un journaliste fustiger la mode des blogs [voir lien]. Vous rendez-vous compte, tout le monde peut exprimer ses pensées. La vulgarité en somme ! Très étrange, cette attitude des grands médias à se positionner dans une posture de gauche bon chic bon genre qui se donne le droit de parler pour le peuple et au nom du peuple et de ses prétendus idéaux, mais qui s’offusque dès que le peuple cherche à s’exprimer par lui-même.

Cela rappelle aussi le courroux de l’Eglise à l’encontre de l’invention de Gutenberg. Il y a fort à parier que ce ressentiment à l’encontre d’internet et des nouveaux services qu’il propose vient probablement du fait que toutes ces nouveautés nous échappent et viennent d’outre-Atlantique. En quelques années, qui furent pour nous des années de marasme, les USA ont donné naissance à Microsoft, Google, Yahoo, les blogs, Dailymotion, Facebook ou encore Myspace.com. Et ce n'est que le début. Toujours au départ, des idées extravagantes donnant naissance à des petites entreprises qui sont devenues, avec le succès, des empires planétaires. Peu de pays sont capables de s'inscrire dans une telle dynamique.
Pendant ce temps, notre pays ressasse des querelles ancestrales et s’enfonce dans le passé, symptôme prévisible des nations qui ne comprennent plus le progrès, se complaisant à quitter la scène de l’histoire. On ne peut pas innover, prendre des risques, créer des richesses sans un minimum de confiance dans l’homme et l’avenir. A écouter les débats qui agitent l’hexagone dans un immobilisme effrayant, il semble que nous ayons définitivement perdu cette confiance.
Bien-sûr, comme toutes les innovations, internet est à l’image de l’homme, on y trouve le pire comme le meilleur. On peut l’utiliser pour s’instruire ou pour s’abrutir. On peut faire avec ce nouvel outil les meilleures comme les pires choses. Mais cela est vrai depuis la nuit des temps : on peut maîtriser le feu pour cuire les aliments ou pour brûler la maison de son voisin. Ne feignons pas de découvrir les évidences.

On peut bien trouver ridicule cette mode qui consiste à avoir son propre blog. Oui, c’est très puéril, égocentrique, tout ce que l’on veut… Mais avaler sagement les vérités officielles dont nous assomment les mêmes éditorialistes pendant des décennies, est-ce une meilleure chose ? Faire confiance les yeux fermés à une presse par laquelle les journalistes préfèrent étaler leur propre opinion personnelle que donner une information fiable, est-ce si instructif ? Après tout, les mêmes intellectuels autoproclamés se plaignent que les gens ne lisent plus, n’achètent plus les journaux et se complaisent dans la médiocrité. Quel jugement péremptoire !
Le foisonnement de blogs, de forums, d’espaces de débats et de controverses, de sites de communautés thématiques montre combien les gens peuvent être motivés et passionnés sur tous les sujets. D’ailleurs, s’il n’y avait pas internet, il est fort probable que les français n’auraient plus guère d’accès à la philosophie libérale alors que les médias officiels et l’éducation nationale colportent une caricature du libéralisme qui tient plus de la propagande et de l’endoctrinement que de l’enseignement et de la culture.
Personnellement, les blogs, les listes de diffusion, les sites web m’ont permis d’entrer en contact avec des lecteurs, de créer une communauté avec ceux qui se retrouvent dans mes écrits, de diminuer une solitude intellectuelle, de m’ouvrir des perspectives de collaboration passionnante alors que les grands médias fermaient leurs portes et que les grands éditeurs ignoraient tout simplement mes écrits. Parallèlement, l’université tend à devenir un lieu où l’académisme et la pensée conformiste exercent une telle pression sur les carrières que les vrais débats y sont exclus. On y fait plus de la recherche, on clone la pensée. La recherche, l’imagination, la création, c’est bien ailleurs que cela se passe : là où la liberté reste préservée.
Enfin, quand j’entends Olivier Besancenot, la coqueluche des médias, se plaindre qu’on ne lui donne jamais la parole (mais quel fut son score aux dernières présidentielles ?), je remercie encore ces génies d’outre-Atlantique pour avoir inventé ces outils qui sont désormais à notre disposition. Je peux me défouler en m’exprimant et cela calme ma colère intérieure. C’est puéril…mais cela fait du bien.

2008-05-09

 

La vérité sur l'inflation

L’inflation est un impôt déguisé tandis que la dette est un impôt reporté. Les acteurs de l’économie travaillent pour obtenir un revenu disponible lequel permet d’acquérir les biens et services (marchands et publics) qui sont précisément le fruit de ce travail. Alors à quel moment tout cela se dérègle-t-il ?
Si le travail ne produit pas de biens et services demandés par les ménages, le revenu distribué est l’équivalent d’une « monnaie de singe » : il ne permettra pas d’acquérir les biens et services qui n’ont pas été produits. Le travail ne consiste donc pas à occuper les gens mais à créer de la richesse.
Si l’impôt payé par les ménages ne sert pas à produire ou entretenir les biens et services publics sans lesquels les acteurs de l’économie ne pourraient remplir leurs propres objectifs, encore une fois, l’amputation du revenu disponible par l'impôt ne correspond à aucune contrepartie. Il en résulte que le revenu disponible des ménages est rongé, soit par la dépréciation de la valeur de la monnaie dans le premier cas, soit par des finances publiques déséquilibrées (c’est-à-dire un détournement de l’impôt) dans le second cas.
La perte de pouvoir d’achat ne peut avoir d’autres origines. Il existe bel et bien une flambée du prix des matières premières et de l’énergie, due notamment à la montée en puissance de l’Asie après des années de croissance à deux chiffres. Cependant, cette montée des prix est compensée par la baisse des prix réels sur les autres postes de consommation des ménages français, postes qui occupent une place grandissante avec la montée du niveau de vie (biens d’équipements, produits manufacturés, services, loisirs). Les prix s’ajustent en fonction de l’offre et de la demande sur les marches respectifs, mais il n’y a aucune raison pour que les positions d’offre et de demande évoluent dans la même direction sur les différents marchés.
La perte de pouvoir d’achat provient donc d’une perte dans le revenu lui-même, ou d’une dégradation de la valeur de la monnaie dont la fonction est de stocker ce revenu en vue de son usage pour les transactions quotidiennes. Or qui a le pouvoir de contrôler la monnaie ? Qui a le pouvoir légal d’amputer le revenu disponible par le jeu de la loi de finance ?

Le revenu disponible des ménages français est fondamentalement amputé par le jeu des dérèglements dont l’Etat reste in fine à l’origine. En se mêlant de redistribuer le revenu au-delà d’un certain seuil fatidique, c’est la machine productive elle-même qu’il met en panne. Dans ce processus, l’Etat français a laissé filer à la fois la dette (un impôt différé), la dépense publique (un impôt existant) et la pression fiscale sans avoir en contrepartie une offre accrue de biens et services publics utiles et efficaces alors qu’il compromet sur le territoire la production des biens et services marchands qui composent le panier de la ménagère. L’Euro a beau être fort par rapport au dollar, ce n’est que l’expression d’un taux de change qui ne donne aucune indication sur la valeur réelle d’une monnaie à l’intérieur du territoire où elle a cours forcé. Le fait est qu’avec la même quantité d’euros, un ménage français peut acquérir de moins en moins de biens et services tandis qu’avec la même quantité de travail, il reçoit moins d’euros une fois tous les prélèvements acquittés.

Et ce processus concerne à la fois la sphère des biens et services publics comme privés. Car malgré l’accroissement incontestable de la pression fiscale directe et indirecte, les ménages français voient leur accès aux biens et services publics se réduire faute de moderniser et d’adapter le secteur public, en quantité comme en qualité. Pourtant, Chantal Brunel évoque l’idée d’augmenter la TVA d’un point, passant de 19,6 à 20,6. Sur sa lancée, elle fait un rapide calcul mental pour dire qu’une telle mesure rapporterait les milliards à l’Etat nécessaires pour financer ses réformes. Là est bien l’erreur et l’illusion scientiste de la plupart de ceux qui nous dirigent et dont le pouvoir aveugle. Cela me rappelle l’argument de la gauche à l’époque des nationalisations de François Mitterrand : il fallait nationaliser l’intégralité du système bancaire français afin de donner des moyens à la politique industrielle volontariste dont le gouvernement de l’époque (conseillé par Jacques Attali, expert en économie) n’était pas peu fier. Résultat : sorties du secteur marchand, nos banques furent fragilisées et les moyens financiers se sont évanouis.

Alors qu’il faut aux économistes des milliers d’équations et une batterie d’hypothèses concernant les paramètres de ces équations (notamment les fameuses élasticités) pour évaluer l’effet de la fiscalité ou des dépenses publiques sur le niveau global de l’activité, les responsables politiques raisonnent comme si l’univers économique était statique, sortant de leur chapeau des chiffres aux allures de vérités incontestables.
Certes, un impôt nouveau permet de lever des milliards d’euros. Mais ces milliards ne tombent pas du ciel ; ils sont ôtés aux acteurs de l'économie ? Et est-on certain que les milliards que l’Etat pense encaisser seront retournés à l’économie sous forme de services publics efficients ? Et quand l’Etat évoque un « manque à gagner » lors d’une éventuelle baisse d’impôts, ne peut-on pas imaginer un instant que l’Etat n’est pas le seul agent dans l’économie ? Ainsi, ce « manque à gagner » ne disparait pas dans un trou noir sous prétexte qu’il n’est pas aux mains des hauts fonctionnaires. Chaque euro rendu aux acteurs de l’économie est susceptible de permettre l’activité dans le secteur marchand, qu’il soit épargné, investi ou consommé, et donc la création des richesses.
C’est d’ailleurs les milliards prélevés par l’Etat sur le PIB qui semble s’engouffrer dans un trou noir lorsque l’on entend les lycéens et professeurs crier au manque de moyens alors que le ministère de l’éducation nationale dispose du poste budgétaire le plus important du budget de l’Etat. La sagesse veut que l’on confie le moins d’argent possible à ceux qui l’utilisent le plus mal. Et à chaque fois que l’on s’écarte de ce principe de sage gouvernance, l’inflation n’est pas loin.

2008-05-07

 

L'art de faire du neuf avec du vieux


Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy devenait le président de la république française à l’issue d’une vague bleue chargée d’espérance. Comme tout cela à l’air si loin au bout d’un an. La France s’est autorisée une prise de conscience salutaire mais bien éphémère sans oser en tirer toutes les conséquences. Puis ses vieux démons ont repris le dessus : incessant troisième tour social, grèves à répétition, rappel à l’ordre des syndicats qui se croient autorisés à gouverner le pays dans une sorte de coup d’Etat permanent qui interdit toute réelle alternance, toute véritable réforme.

Alors le gouvernement est rentré dans les rails de cette pensée unique qui cultive l’apitoiement et la compassion malgré le renouvellement des têtes. Ainsi, il veut s’attaquer aujourd’hui aux niches fiscales dans le but de financer le revenu minimum d’activité (RSA). Déjà Mitterrand proposait de « s’attaquer aux riches » pour financer le RMI tandis que François Hollande lançait le fameux « je n’aime pas les riches ». Rien de nouveau en somme. Aucun gouvernement français n’est en mesure de sortir des cadres imposés par la pensée unique fondamentalement socialisante et collectiviste. Les paradis fiscaux n’existent que parce que les enfers fiscaux se multiplient. Mais ce n’est pas au paradis qu’il faut s’attaquer. La ministre de l’économie s’apprête donc à épingler les investissements dans les DOM-TOM qui bénéficient d’avantages fiscaux. Mais ces mêmes avantages ont été octroyés par l’Etat pour soutenir une économie touristique dans les DOM-TOM qui est par ailleurs largement asphyxiée par sa situation insulaire et étranglée par le monopole d’Air-France qui rend la destination très coûteuse pour les ménages français [1].

Plutôt que de s’en prendre aux niches fiscales, il faut réduire significativement la pression fiscale globale qui conduit certains à vouloir échapper à un prélèvement qu’il juge à raison confiscatoire. Dans la même perspective, au lieu de s’interroger sur les causes et les motivations de la fuite des cerveaux ou des créateurs d’entreprises, on voudrait les punir. Au lieu de s’interroger encore sur les causes et les motivations de ceux qui exploitent en toute légalité des niches fiscales issues elles-mêmes d’une complexification de la fiscalité produite et voulue par les politiques eux-mêmes, on les montre du doigt à nouveau en chantant un refrain éculé digne de l’Internationale.
Il est désolant de voir que, d’élections en élections, la leçon n’est jamais apprise et les nouveaux ministres qui se succèdent sont toujours persuadés d’être à l’origine d’idées géniales et nouvelles alors qu’ils se donnent l’illusion de faire du neuf avec du vieux tandis que l’application de ces idées « nouvelles » aboutira à de nouveaux prélèvements dans une fuite en avant que plus personne n’est aujourd’hui en mesure de stopper.



[1] Caccomo J.L. [2007] « Analyse économique du secteur touristique : application au cas des DOM » in Levratto N., Comprendre les économies d’Outre-mer, L’Harmattan, Paris.

2008-05-05

 

Imposture

En son temps, l’U.R.S.S. manipulait les « idiots utiles » pour les besoins de sa propagande à l’Ouest. Qui pouvait le mieux vanter la vie à l’Est si ce n’est les intellectuels, artistes et hommes politiques qui vivaient à l’Ouest ? Etrangement, les idiots utiles ont survécu à l’U.R.S.S en se faisant les agents de la continuation de l’imposture.
Les gens que l’on qualifie de droite, comme pour les intimider eux-mêmes, n’ont pas droit aux mêmes égarements. Les idiots utiles chercheront dans leur jeunesse jusqu’à la moindre bêtise. Eux seuls ont le droit d'être idiots, si c'est pour la bonne cause, et ils ne pardonneront jamais aux autres d'être intelligents. Mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron, assènent-ils.
Les médias n’ont jamais fait de cadeau à Alain Madelin : il avait l’affront de défendre le libéralisme. Or en France, on ne peut parler du libéralisme que pour le critiquer en le diabolisant. Les mêmes journalistes, fiers de leur indépendance et sûrs de leur objectivité, sont moins sourcilleux dès qu’il s’agit des personnalités de gauche. Le jeune François Mitterrand a reçu une distinction de Pétain sans que cela ne nuise nullement à sa carrière politique. Cohn-Bendit, leader des évènements de mai 68, a prôné la destruction de la société sans savoir par quoi il se proposait de la remplacer. Alors qu’il est devenu un notable extrêmement écouté aujourd’hui, il faut se souvenir ce qu’il nous racontait hier. Il est dommage que France-Télévision soit bien timide à exhumer les archives savoureuses de l’O.R.T.F.
Des poètes comme Eluard n’ont pas eu peur du ridicule en écrivant des vers tels : « Et Staline dissipe aujourd’hui. La confiance est le fruit de son cerveau d’amour ». On dit que l’amour rend aveugle mais l’idéologie rend idiot. Et je n’aurais guère de place ici pour citer toutes les idioties professées par les acteurs de cinéma et les vedettes du sport qui se croient autorisés à exprimer des opinions politiques parce qu’ils ont réussi. Le comble est qu’ils n’osent même pas admettre qu’ils ont réussi dans le business parce que leur livre est un « best-seller » (meilleures ventes) ou parce que leur film fait un carton au box-office. Tout cela, ce sont des chiffres d’affaires car le show-business, c’est du business. Il n’y a pas à en rougir. C’est la loi de l’économie et cette loi traverse tous les domaines de la créativité humaine. Pourquoi polémique-t-on sur le salaire des patrons pour s’extasier, admiratif, sur les revenus des joueurs de football ou des acteurs de cinémas ? Soit on les admire tous, soit on les critique tous. Je préfère personnellement prendre le parti d’admirer ceux qui réussissent et penser que je vis dans un pays qui autorise, et non condamne, la réussite.

Mais s’il est une imposture qui perdure, c’est bien l’idolâtrie savamment entretenue autour du personnage de Che Guevara. Heureusement, le livre de Machover vient nous rappeler quelques vérités soigneusement occultées au sujet de celui qui se plaisait à assister aux exécutions sommaires dont il jugeait la multiplication indispensable aux besoins de sa cause [1]. Quand on connait la réalité du personnage et ses penchants morbides, on ne peut qu’être dépité par cette jeunesse écervelée qui manifeste dans la rue en portant des tee-shirts ou des drapeaux à l’effigie du Che.

[1] Machover J. [2007] La face cachée du Che, Edition Buchet-Chastel, Paris.

2008-05-03

 

Plaidoyer pour l'individualisme

L’habitude est prise de charger l’individualisme de tous les maux, de toutes les tares, comme un réflexe mental qui permet de désigner les boucs émissaires faciles à défaut de savoir raisonner. Et dans cette vaste entreprise de dénigrement, on assimilera l’individualisme à l’égoïsme, le vice par excellence au pays solidaire et durable. Pourtant, c’est bien le collectivisme, son exact opposé, qui conduit au pire, aboutissant au désastre puisqu’il repose sur l’anéantissement du libre-arbitre et de la conscience individuelle, lesquels suppose au préalable un plein épanouissement de la personnalité de chacun.
Le collectivisme nie l’individu, le rangeant, selon les besoins idéologiques et les objectifs de la propagande, dans des catégories collectives symboliques au profit desquelles il s’efface totalement.
Ainsi, le nationalisme est une forme insidieuse de collectivisme à partir du moment où l’Etat prétend parler au nom de la nation en confisquant celle-ci. Des conflits entre des individus ne peuvent dégénérer en guerres mondiales, des conflits entre Etats, oui. Au nom de la patrie ou de l’espace vital, les gouvernements précipiteront leurs peuples respectifs dans des guerres meurtrières à l’instar des conflits qui ont vu s’entretuer les français et les allemands. Dans ces tourmentes, l’individu n’est plus rien et les cadavres se comptent par millions.
Le communisme et le national-socialisme (nazisme) prônent une organisation totalitaire de la société dans laquelle l’individu est soumis à la volonté du Parti au nom d’une vision imposée du bien commun. Là aussi, ce sont des millions d’individus qui sont déportés et envoyés dans des camps de travail au nom du peuple il va sans dire. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs.

Mais le collectivisme ne se réduit pas à ces monstruosités de l’histoire. Au nom du collectivisme, on entretient une guerre civile et larvée permanente parmi les hommes, opposant les catholiques aux musulmans, les hommes aux femmes, les jeunes aux vieux, les fonctionnaires aux salariés du privé, les patrons aux employés… On ne voit plus des personnes ou des êtres humains partageant tous la même condition, on voit des abstractions permettant de manipuler les hommes.
Les phénomènes de foule, à l’instar de ces supporters devenant hooligans, sont basés sur l’anéantissement de la personnalité de l’individu, ce qui permet de transporter les individus en question dans des mouvements de masse dont la facture humaine est toujours conséquente. J’ai vu des étudiants, qui ne prennent jamais la parole en cours, se transformer en vengeur hystérique à l’occasion des mouvements de blocage des facs.

Bien-sûr, je suis un homme, je suis un fonctionnaire, je suis un économiste, je suis un quadra… Pourtant, la personnalité est une alchimie mystérieuse qui nous permet d’échapper à ces multiples déterminismes pour les transformer en autant de passionnantes facettes de nos personnalités singulières et uniques. Et seules les sociétés qui permettent l’épanouissement de la personnalité individuelle, laquelle ne se fait pas contre le collectif dans la mesure où tout individu s’inscrit dans différentes communautés (sa famille, son entreprise, des associations diverses, ses amis), sont de nature à éviter les dérives qui conduisent aux violences collectives.
Voilà pourquoi il convient de réhabiliter l’individualisme, dans ses fondements philosophiques qui sont les seuls à autoriser la prospérité économique et le développement social.

2008-05-01

 

Pathétique mois de mai

La fête du 1er mai est la fête du travail, l’occasion pour les centrales syndicales de jeter leurs troupes dans les rues de France. Si ces manifestations étaient exceptionnelles, j’éprouverai sans doute une certaine émotion, bien que les manifestations de force collective ne m’ont jamais inspiré de sympathie. Mais quand les manifestations se produisent quasiment chaque jour depuis des décennies, je ne ressens que lassitude. Le mois de mai est quasiment un mois chômé dans l’année. Les manifestations appellent d’autres manifestations à caser entre les congés et les périodes de grèves sur fond de commémoration en forme de bourrage de crâne de mai 68.
On apprend en économie que la seule ressource à partir de laquelle toute la richesse est créée par les hommes réside dans le temps des hommes, un temps actif et créatif bien entendu. Un temps de travail donc. Mais on fête désormais le travail comme une ressource en voie de disparition, conséquence inéluctable de toutes ces interventions qui conduisent les français à rationnellement considérer que cela ne vaut plus la peine de travailler dans l’hexagone. Le temps actif se réduit, la population active s’effrite, le niveau d'activité stagne…et la croissance ne parvient pas à décoller.
Toujours les mêmes causes, toujours les mêmes effets. Quand vont-ils tous le comprendre ? Quand vont-ils se réveiller ?

2008-04-29

 

Principe de précaution

Hier le gouvernement nous expliquait qu’il fallait travailler moins pour partager les emplois ; aujourd’hui, il se rend compte qu’il faut travailler plus pour créer de la richesse. Hier le gouvernement nous expliquait que les personnes plus âgées devaient laisser la place aux jeunes actifs, subventionnant les départs anticipés en retraite ; aujourd’hui, il voudrait imposer des quotas d’embauche pour les séniors. Hier le gouvernement voulait limiter l’installation des grandes surfaces ; aujourd’hui, il voudrait inciter l’installation des grandes surfaces. Poussé par les lobbies écologistes, le gouvernement a fait passer des quotas pour développer l’utilisation des biocarburants dans la foulée des accords de Kyoto, quotas qui sont désormais inscrits dans les traités européens (le paquet Climat-Energie). Aujourd’hui, les mêmes sont réticents à produire de l’énergie à partir de denrées agricoles alors que sur la planète, des populations entières souffrent de la faim. Et je n'ose évoquer le rapport Teulade remis à Mr Jospin, premier ministre, qui prévoyait le retour du plein-emploi en France dans un délai imminent, rendant inutile - selon les experts officiellement désignés par le gouvernement de l'époque - toute réforme du système de retraite par répartition...

On pourrait multiplier à l’infini les égarements de cet Etat interventionniste qui prétend réguler l’économie alors que ses représentants n’ont jamais une vision exacte des processus économiques, pensant corriger une erreur en faisant une nouvelle erreur.
Bien-sûr, les gouvernements changent par le jeu démocratique. Mais c’est précisément là le risque de politiser l’économie : ceux qui sont au pouvoir n’ont pas de mémoire et sont poussés à flatter une « opinion publique » qui n’a pas de cervelle. Puis chacun se renvoie ensuite la faute. Il aurait mieux valu ne pas intervenir du tout plutôt que croire qu’une intervention supplémentaire peut corriger les effets destructeurs déclenchés par l’intervention passée.
Imaginez qu’une loi neutralise un marché X. Constatant la pénurie du produit X, le gouvernement va organiser un rationnement de la consommation tandis qu’il obligera les entreprises à accroitre leur capacité de production. Quelques années plus tard, c’est la surproduction qui éclate. Alors le gouvernement va tout faire pour relancer les consommateurs tandis qu’il imposera des quotas aux entreprises pour limiter leur production. C'est ce qui se passe dans l'éducation, dans la santé, le logement, l'agriculture partout où l'Etat a considéré qu'il pouvait mieux faire que le marché.
Pourtant, pour peu qu’on laisse l’économie déployer ses effets mécaniques et nécessaires, les corrections et ajustements se produiront par eux-mêmes, sans que le gouvernement soit dans l’obligation de décréter quoi que ce soit. La meilleure police des prix, c’est le jeu naturel de la concurrence. Et les meilleures informations qui permettent aux consommateurs et aux producteurs de prendre leurs décisions dans un processus complexe qui organise des interactions mutuelles à l’insu de tous, ce sont les signaux envoyés par des mouvements de prix libres.
Mais la concurrence ne se décrète. Les philosophes des Lumières considéraient qu’il était nécessaire de protéger la démocratie d’elle-même, la quête de la majorité pouvant déboucher sur des programmes politiques toujours plus démagogiques qui conduisent à une extension infinie de l’Etat-Providence laquelle constitue une caricature, sinon une négation, de l’Etat de droit. Il faudrait inscrire dans la constitution un principe de précaution qui dirait en substance : « quand on ne connait pas tous les effets de l’intervention de l’Etat dans l’économie, alors le gouvernement doit s’abstenir d’intervenir ».

2008-04-28

 

Les chiffres de la productivité : interprétation

C’est devenu un lieu commun de dire que les performances de productivité des travailleurs français sont supérieures à celle de nos homologues anglais, allemands ou américains pour nuancer le pessimisme persistant des « déclinologues » invétérés. Il est exact que la productivité du travail en France est élevée. Il convient cependant d’interpréter correctement cette donnée.

Imaginez que vous échouez sur une île déserte avec votre famille, vos amis et quelques inconnus. Personne n’a l’intention de travailler, le plus grand nombre espérant l’arrivée rapide des secours (le sauveur providentiel). Alors si vous travaillez, vous avez intérêt à être très productif car il vous faudra nourrir tout ce petit monde qui a décidé de ne pas travailler, comptant sur votre générosité légendaire.
Généralement, quand le rapport des actifs aux inactifs s’inverse, les actifs se doivent d’être très productifs, ne serait-ce que pour maintenir le niveau de vie du plus grand nombre. C’est d’ailleurs une telle inversion qui menace la viabilité du système des retraites fondé sur le principe de répartition. La répartition organisant un transfert immédiat de ressources des actifs (qui créent et consomment de la richesse) aux inactifs (qui consomment la richesse), encore faut-il que la part des actifs dans la population totale reste stable. Sinon elle devra être compensée par une progression régulière de la productivité.

Dans cette optique, il est à craindre qu’une (trop) forte productivité soit révélatrice d’une sous-utilisation de notre capital humain. Cette sous-utilisation d’une partie du potentiel humain entraîne une sur-utilisation de l’autre partie, notamment la génération des 35-50 ans sur laquelle repose toutes les exigences, tous les ajustements et toutes les attentes, notamment en termes de financement des comptes publics et sociaux. Ces attentes nourrissent elles-mêmes des pressions qui sont génératrices de ce fameux stress au travail, dossier dont vient de s’emparer très officiellement le gouvernement.
Il est clair que l’économie française souffre d’une manière générale d’une sous-utilisation de son capital productif qui se traduit aussi par une sous-utilisation de son épargne. Car si l’effort d’épargne reste important chez nous, il ne se retrouve pas dans l’effort d’investissement, ce que les spécialistes appellent un problème de sous-capitalisation. Or tout capital sous-utilisé se détériore inéluctablement, condamnant les possibilités futures de rendement, donc de création de richesses.

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