2009-11-02

A quoi servent les économistes ?

Eternelle question, éternelle polémique : à quoi servent les experts, et plus particulièrement, les économistes ? A l’occasion de l’attribution du prix Nobel d’économie, cette interrogation déclenche à chaque fois la même polémique : l’économie est-elle une science ? Si c’est une science, pourquoi existe-t-il tant d’avis divergents et contradictoires ? Remarquons au passage que le débat est le propre de la science (et de la politique). On ne discute pas une idéologie ou les commandements d’une religion : on y adhère ou pas, on y croit ou pas ; mais cela ne se discute pas. Les sciences – qu’elles soient naturelles, exactes ou sociales - progressent dans le débat et la contradiction. Car la science est ouverte : ce qui semblait impossible hier peut devenir banal demain.
Cependant, l’économie est traversée d’enjeux qui la dépassent. L’économiste doit-il pour autant participer aux débats publics au risque d’endosser un discours partisan ou au contraire rester au-dessus de la mêlée et prendre le risque de n’être jamais entendu ou pris au sérieux ? [1]

Ce débat, déjà très ancien, a débouché en France sur une proposition de réforme de l’enseignement de la science économique face au constat de désaffection par les étudiants des filières de sciences économiques, au profit notamment des filières de formation plus appliquées en gestion et management (qui font le succès des écoles de commerce ou des I.A.E.). La critique majeure concerne l’évolution de la science économique vers une modélisation toujours plus abstraite qu’elle ne devient compréhensible que par les seuls experts alors même que les questions économiques interpellent chaque jour le citoyen. Et justement parce que le débat public baigne de considérations économiques, la science économique se doit d’être compréhensible par l’homme ordinaire, mieux intégrée aux débats publics et plus susceptible d’influencer les politiques [2]. Toutes les sciences utilisent la modélisation mais la modélisation n’est jamais neutre. Pourtant la modélisation oriente la décision et l’on oublie trop souvent que les résultats des modèles sont tributaires des hypothèses que l’on adopte pour les construire.
Or, depuis ses origines, l’économie modélisée se présente le plus souvent comme une technique de planification (à l’instar des matrices Léontieff en U.R.S.S.) ou de régulation, apportant de l’eau au moulin du dirigisme (planification autoritaire) ou de l’interventionnisme (régulation incitative).
Par exemple, la théorie contemporaine de la croissance économique s’appuie sur des modèles très élaborés qui mettent en scène un « régulateur bienveillant » dont l’objectif est de corriger les défaillances du marché. On aura compris que l’Etat moderne s’identifie totalement à ce « planificateur bienveillant ». Pourtant, ces modèles reposent sur deux hypothèses cruciales qui tendent à devenir des postulats si l’on n’y prend garde : d’une part, que les défaillances observées sont bien imputables au marché ; d’autre part, que l’agent régulateur bienveillant existe réellement.
Pour peu que l’on étudie sérieusement le fonctionnement de l’économie sur le terrain, l’on mesurera la fragilité de telles hypothèses.

Toutes les polémiques qui traversent la science économique opposent ceux qui considèrent que la « main invisible » n’existe pas à ceux qui considèrent que le « planificateur bienveillant » est une chimère.
Sans doute faut-il se résigner à admettre que ni la main invisible ni le planificateur bienveillant n’existent, ce qui n’empêche nullement le monde économique de tourner. Et pourtant elle tourne avait dit Galilée en son temps ! Et si le monde économique tourne, il faut bien développer les instruments adéquats pour le comprendre. Ou alors il tournera sans nous.

[1] Les réflexions de dix économistes sur ces questions déjà bien anciennes ont été réunies dans un ouvrage publié par Daniel Klein, professeur d’économie à Santa Clara University, en Californie sous le titre What Do Economists Contribute ? New York University Press, 1999.

[2] Lemieux P. « A quoi servent les économistes », Le Figaro-Economie du 19 janvier 2001.

2009-10-28

De l'origine des revenus

Le revenu global d’un pays est nécessairement la contrepartie de sa production de la même manière que le revenu de Robinson Crusoë est nécessairement le fruit de son labeur et de la plus ou moins grande générosité de la nature. En ce sens, au niveau agrégé de l’économie nationale, le revenu national et le produit national sont deux dimensions d’une même grandeur. Au niveau individuel, le revenu économique est la contrepartie de la contribution de l’agent à l’effort global de production. Dans une économie en nature, le produit et le revenu sont identiques. Dans une économie monétaire, l’agent économique doit recevoir sous forme monétaire l’exacte contrepartie de ce qu’il a produit. Cependant, dans la réalité, l’estimation exacte de cette grandeur est problématique. Si on interroge n’importe quel individu, il estimera toujours que son revenu est insuffisant et qu’il ne gagne pas ce qu’il mérite réellement.

Dans l’économie moderne, la production est un phénomène socialisé dans le sens où, en raison de la division sectorielle toujours plus fine du travail – entre les entreprises et dans l’entreprise elle-même -, personne ne peut plus produire isolément sans le concours des autres acteurs économiques (privés et publics).
Les principaux acteurs du système économique moderne sont ceux qui apportent les facteurs de production (capital, travail, matières premières, compétences) et ceux qui les combinent à l’intérieur d’une entreprise (l’entrepreneur). La mobilisation des facteurs de production dans l’entreprise donne lieu à la création et à la distribution d’un revenu économique. Ainsi, le processus de production de richesses est dans le même temps un processus de répartition des richesses, sous la forme de distribution directe et indirecte de revenu.

Le revenu, qui ne dépend d’aucun effort productif, est considéré comme une rente. Toutes les autres formes de revenu renvoient à un acte économique. Ainsi, les salaires rémunèrent le travail, ce dernier pouvant être manuel, physique et/ou intellectuel. Les intérêts rémunèrent l’apport des capitaux via le système bancaire (financement indirect). Les dividendes rémunèrent l’apport des capitaux via les marchés financiers (financement direct). Ces revenus sont essentiels car sans apport de capitaux, l’activité ne pourrait être financée et aucun emploi ne pourrait alors être créé. Enfin, les profits rémunèrent l’entrepreneur.
A partir du moment où l’on admet que tous ces revenus sont le fruit d’une décision et d’un acte économiques, ils sont tous nécessaires et légitimes. Si un travailleur ne reçoit pas un salaire à la hauteur de sa productivité, il y a un risque de démotiver le travailleur qui pourra quitter l’entreprise à la moindre proposition salariale plus intéressante. Ce turn-over représente un coût pour l’entreprise dans la mesure où un travailleur expérimenté contribue à la performance globale de l’entreprise. Plus le travailleur est compétent, plus il mobilise un capital humain qu’il a dû lui-même acquérir au terme d’un processus de formation souvent long et coûteux. Mais le risque inverse est aussi périlleux de surpayer un salarié en raison d’une mauvaise évaluation de sa compétence réelle.
De la même manière, un acteur économique doit payer des intérêts s’il veut pouvoir emprunter de l’argent, s’il veut être crédible au sens littéral du terme (obtenir du crédit). Honorer le service de la dette fait partie intégrante de la crédibilité qui permet à l’entreprise de lever des fonds. Ne pas payer ses dettes contribue à mettre en péril tout le système d’intermédiation sans lequel on ne pourrait financer l’investissement, ce qui implique de bien évaluer les demandeurs de crédit. C’est pour cette même raison que l’entreprise côtée en bourse doit aussi distribuer des dividendes si elle veut garder la confiance de ses actionnaires, sans laquelle elle ne pourrait augmenter son capital. Les fonctionnaires doivent recevoir un traitement qui reflète leur capacité à faire fonctionner un service public sans lequel l’économie marchande ne pourrait fonctionner (notamment les services liés à la sécurité, la paix et la justice qui garantissent le bon fonctionnement d'un Etat de droit). Dans la mesure où le financement de ces traitements passe par la fiscalité, l’efficacité du service public est une condition essentielle d’une fiscale juste et efficiente. Dans le cas inverse, les agents économiques seront soumis à des prélèvements croissants tout en risquant de faire face à des services publics insuffisants ou défaillants.
Enfin, sans des profits suffisants, aucun entrepreneur ne se lancerait dans ce processus hautement risqué de combinaison et recombinaison des facteurs. Ce processus d’allocation des facteurs au sein d’organisation productive efficiente est pourtant au cœur du fonctionnement même de l’économie.

Une question essentielle demeure : le législateur est-il en mesure de fixer les salaires, de contrôler les profits, de réguler les taux d’intérêts ou encore les dividendes sans mettre en péril l’équilibre économique duquel émerge nécessairement la formation de toutes formes de revenus ?

2009-10-19

Le complot libéral

Les pourfendeurs de la pensée unique ne se rendent-ils pas compte qu’ils sont précisément les agents et les promoteurs de ladite pensée unique ? Qu'ils soient chroniqueurs, humoristes, journalistes, politologues, experts officiels, ils sont partout, sur tous les plateaux de télévision, sur les ondes radios et distillent en permanence la pensée convenue et conformiste qui consiste à réciter tous les couplets de l’antilibéralisme. Se croyant originaux et impertinents, ils se conforment en fait tous au même moule. Ils croient dépasser les bornes et jouent à merveille le rôle de gardien de la pensée conforme. Car le conformiste est anti-libéral.

Dans le milieu académique, c’est encore plus flagrant. Il existe notamment un débat récurrent consistant à dénoncer la formalisation outrancière de la science économique en y voyant le signe de l’hégémonie de la «pensée ultra-libérale». C’est un des traits singuliers de la pensée conformiste que de voir un « complot libéral » partout, notamment camouflé dans les équations des modèles macroéconomiques. Les mathématiques seraient le cheval de troie du grand satan libéral.
Pourtant, le besoin de mesure, de formalisation et d’abstraction de la science économique est en grande partie le résultat de la volonté de planification et d’expérimentation de politiques économiques et de réglementations. Pour prévoir et évaluer les rentrées fiscales liées à l’adoption d’un nouvel impôt, encore faut-il disposer d’un modèle macroéconomique fondé sur des hypothèses très précises. Ceux qui modélisent ont toujours la prétention, pour ne pas dire la vanité, de contrôler les phénomènes économiques et sociaux. Et ils iront jusqu’à s’en prendre aux individus réels si ces derniers ne se comportent pas comme leurs équations l’auraient prévu. Voyez comment le pouvoir politique s’en prend aux restaurateurs qui n’ont pas joué le jeu de la répercussion de la baisse de la TVA dans le prix des menus parce que les modèles avaient sans doute prévu un tel effet. Mais un chercheur ne construit pas un modèle en fonction des résultats qu’il désire ; il se doit de formaliser une réalité qui lui est extérieure et qui échappe à sa volonté.

Tout le programme de recherche actuel de la «nouvelle micro-économie» est d’établir qu’il n'est pas optimal de laisser des individus libres de prendre des décisions en fonction de leurs intérêts privés. Et toute la formalisation est orientée en ce sens. Un chercheur qui tenterait de prendre une direction opposée ne trouverait plus de financement ni de laboratoire d’accueil.
Pourtant, nous sommes à la limite du scientisme car l’intention est contenue dans les hypothèses : exit la main invisible. D’ailleurs, pour le prix Nobel Joseph Stiglitz, si elle est invisible cette fameuse main, c’est probablement qu’elle n’existe pas ! Si les physiciens raisonnaient ainsi, alors les ondes ou les trous noirs n’existeraient pas.
Les manuels modernes d’économie présentent « les défaillances du marché » comme des postulats que l’on ne saurait remettre en question, et qui rendent l’action publique autant indispensable que providentielle. Car c’est bien connu que l’action publique n’est frappée d’aucune de ces défaillances inhérentes à l’action privée… Et l’économiste qui prendrait le risque de prétendre le contraire ne peut plus prétendre faire carrière.

La «nouvelle théorie du commerce international s'inscrit dans cet élan similaire pour démontrer que l’on ne saurait faire confiance au libre-échange pour obtenir des échanges internationaux harmonieux. Il n’aura en effet échappé à personne que les négociations collectives organisées sous l’égide de l’O.M.C., qui voient s’affronter les corporatismes nationaux au risque de dégénérer en guerre économique larvée, constituent un modèle d’harmonie internationale. Rappelons que l’OMC est issue d’une transformation du G.A.T.T. Mais les missions du GATT étaient claires : il s’agissait d’abaisser les tarifs douaniers - ce qui a été accompli essentiellement dans l’industrie - en vue de fluidifier le commerce international. L’OMC prétend « réguler » le commerce entre les nations en imposant des normes qualitatives (environnementales, sociales, sanitaires) qui font ressurgir les tentations protectionnistes. Mais la définition de pareilles normes est bien plus problématique et leur généralisation est perçue par les pays moins avancés comme un protectionnisme déguisé mis en œuvre par les pays développés.

Pareillement, la «nouvelle économie du travail» montre que le chômage n’est pas le résultat d’entrave au libre fonctionnement du marché. Les théoriciens ont alors inventé le concept de «chômage d’équilibre» selon lequel le chômage résulte du jeu des décisions d’agents rationnels. Il en découle qu’il n’est pas « optimal » pour la collectivité de laisser des individus rationnels s’entendre autour d’un contrat de travail librement négocié en vertu de ces imperfections concurrentielles qui aboutissent à générer du chômage structurel. Là aussi, les négociations collectives encadrées par les partenaires sociaux – qui n’ont qu’un seul leitmotiv : la grève générale - constituent sans doute un modèle qui nous permet d’éviter ce chômage imputable aux forces du marché et il n’aura échappé à personne que le « dialogue social » à la française est un modèle d’harmonie collective. Enfin, la «nouvelle théorie de la croissance» repose sur des modèles dynamiques dits de « croissance endogène » qui font de l’Etat un «planificateur bienveillant» indispensable à la régulation d’ensemble.

Ces quelques exemples montrent que, loin d’assister à une hégémonie de la pensée libérale dans les milieux académiques, c’est à un retour en force des conceptions interventionnistes – relookées sous le vernis de fondements microéconomiques savants et de bons sentiments – que nous assistons depuis plus de 25 ans. Et les derniers prix Nobel d’économie (Stiglitz, Krugman, Williamson et Ostrom) confirment cette tendance lourde. Dans ce contexte, il est pour le moins cocasse de parler de libéralisme triomphant. Le libéralisme recule - et ses ennemis s’en réjouissent - sans doute parce que les hommes ne sont plus à la hauteur des valeurs exigeantes qu’il implique. Les « idiots utiles » nous racontent que le capitalisme n’obéit à aucune valeur ni morale. En fait, l’économie ne fonctionne plus quand les hommes oublient les valeurs qu’une économie de liberté et de responsabilité implique.

2009-10-13

Intelligence économique

Le directeur de la C.I.A a dit un jour à l’occasion d’une conférence : « le renseignement est le plus vieux métier du monde ». Quelqu’un dans l’assistance lui rétorqua : « non, c’est la prostitution ! ». Alors il répondit : « vous avez raison, mais encore faut-il savoir où sont les prostituées ! ».

Depuis des millénaires, les rois, les reines, les empereurs et les généraux ont cherché à mettre au point des moyens de communication efficaces pour gouverner leur pays ou commander leurs armées. Dans le même temps, ils étaient conscients des risques encourus si leurs messages tombaient entre les mains de l’ennemi. C’est la crainte de ces interceptions qui fut à l’origine du développement des codes et des chiffres, qui sont des techniques utilisées pour déguiser un message afin d’en brouiller le sens. On doit à Jules César le fameux chiffre qui porte son nom.
Le souci de confidentialité a entraîné les nations à créer des services secrets, chargés d’assurer la sécurité des communications par l’invention et la mise en œuvre des meilleurs codes possibles. Parallèlement, les décodeurs ennemis s’acharnèrent à briser les codes. Ces activités ont donné naissance aux « services d’intelligence ». Il est remarquable de constater que l’affrontement séculaire entre les concepteurs de code d’un côté et les briseurs de codes de l’autre côté a nourrit une formidable avancées des sciences (notamment des mathématiques) et des techniques. Dans ce domaine aussi, c’est souvent la compétition, voire l’affrontement, qui constitue un puissant stimulant pour la créativité et l’innovation. L’issue de la seconde guerre mondiale a tenu à la capacité des services secrets alliés à briser le système de chiffrage nazi (fondé sur l’utilisation de la machine « Enigma », sans doute la première machine électromécanique à coder).

L’intelligence économique a donc une origine militaire. L’intelligence militaire fut très tôt basée sur la technique du cryptage. Le cryptage est le seul moyen de protéger notre intimité, ou de garantir aujourd’hui le succès des marchés électroniques. Mais la demande croissante et légitime du public en matière de cryptage – protection de la vie privée – se heurte à la nécessité d’appliquer les lois et d’assurer la sécurité nationale. Le débat autour du secret bancaire illustre ce propos. Le secret bancaire est une aspiration légitime des titulaires de comptes (personne n’apprécie que l’on fouille dans ses comptes au nom de la transparence) et un service fondamental offert par la banque à ses clients de la même manière que le secret médical est ce qui permet de créer une relation de confiance entre le médecin et son patient. Mais le secret bancaire permet aussi de couvrir des activités illicites contre lesquelles les Etats ont le devoir de lutter.

Pendant des décennies, la police et les services secrets ont utilisé des écoutes pour déjouer les plans des terroristes ou lutter contre la criminalité organisée, mobilisant des techniques de plus en plus sophistiquées dont l’Etat avait le monopole. Mais les hommes de pouvoir peuvent invoquer la raison d’Etat pour pratiquer des écoutes bien illégitimes et détourner ces outils à des fins personnelles. C’est pourquoi les défenseurs des droits individuels poussent à l’usage répandu du cryptage pour préserver l’intimité de nos vies privées. Pareillement, les entreprises (notamment les banques) réclament un cryptage sûr pour le développement de leurs propres réseaux d’informations et pour protéger leurs informations sensibles. Ainsi, les acteurs privés peuvent disposer librement des outils autrefois réservés aux seuls services secrets.
De leurs côtés, les forces de l’ordre font pression sur les gouvernements pour qu’ils restreignent l’usage privé du codage. Au nom de la lutte contre le blanchiment de l’argent sale ou de la fraude (évasion ?) fiscale, les services du fisc défendent des arguments similaires.
Il y a toujours un arbitrage difficile : à quoi attribuons-nous le plus de prix, au respect de notre vie privée ou à une police (une sécurité) plus efficace ? On retrouve le dilemme plus fondamental entre liberté et sécurité qui reste un équilibre toujours précaire.

Les militaires considèrent que la première guerre mondiale fut la guerre des chimistes, parce que le gaz moutarde et le chlore y furent employés pour la première fois. De la même manière, la deuxième guerre mondiale avait été celle des physiciens, en raison du recours ultime à la bombe atomique. S’il devait y avoir une troisième guerre mondiale, elle serait la guerre des mathématiciens, dans la mesure où ces derniers contrôleront la prochaine arme de guerre déterminante : l’information. En tout cas, l’information est déjà l’argument de la compétition économique et l’instrument de l’intelligence économique.

2009-10-07

Et l'homme dans tout cela ?

Dès que l’économiste tente d’ouvrir la bouche, on lui renvoie immanquablement à la figure « et l’homme dans tout cela ! » ou encore « vous évacuez la dimension humaine ». Cet argument est tellement systématique que l’on ne prend même plus le temps de bien écouter l’économiste.
Même si la théorie économique moderne a pris une forme totalement formalisée, il ne faut pas oublier qu’elle reste une science humaine par excellence. D’ailleurs, le langage mathématique est aussi le propre de l’homme (et il imbibe les disciplines les plus diverses comme l’architecture, la musique, la peinture ou la physique). Cependant, l’objet d’étude de l’économie ne saurait être un atome désincarné.
L’économie s’intéresse à l’homme, en prenant notamment en compte ce qu’il y a de plus fondamental dans la condition humaine : la conscience de soi (rationalité, décision, apprentissage), la capacité à innover et créer (c’est quasiment unique dans le monde vivant) et enfin l’appropriation : le sentiment de posséder légitimement les fruits de son travail. Toute organisation sociale ou politique qui ne tient pas compte de ces dimensions, ou qui prend les risques de les neutraliser, devient totalitaire, et donc littéralement inhumaine.

La conscience de soi implique la prise de conscience de sa propre mortalité. On se rend compte que notre temps est compté, donc il faut faire des choix. D’où la division du travail qui implique l’échange (ce qui oblige l’homme à vivre en société). C’est de cette prise de conscience qui vient la rareté, et donc la valeur, et les prix. Les prix ne sont que la traduction chiffrée du fait qu’il nous faut faire des choix (à quel prix), ce qui conduit à hiérarchiser nos priorités. En ce sens, l’argent c’est du temps (et non l’inverse). Le pouvoir d’achat, c’est le pouvoir d’acheter le temps des autres, car je ne peux pas tout faire tout seul (sauf à réduire considérablement mon niveau de vie). Car je n’ai tout simplement pas assez de temps devant moi.
La conscience de soi implique aussi la rationalité. C’est une caractéristique humaine par excellence. L’araignée tisse sa toile en obéissant à un programme génétique. Le papillon de nuit se jette dans le feu, l’autre papillon le suit et se jette aveuglément. L’homme ne sait rien faire a priori, si ce n’est apprendre. S’il met le doigt dans le feu, il se brûle et en retire donc une information : c’est l’apprentissage. Il inventera une torche. C’est par l’apprentissage que le pré-homme a acquis la maîtrise du langage, des outils, de l’agriculture, de la chasse, qu’il est devenu homo sapiens.

L’homme est un créateur, un innovateur. L’araignée tisse toujours la même toile depuis des millions d’années. L’homme apprend sans cesse, et en apprenant, il innove sans cesse. Le premier homme a du se sentir bien démuni, bien handicapé face à la férocité des fauves, la vitesse des antilopes ou la puissance des mammouths. C’est ce handicap qui l’a poussé à innover. Car l’homme est le seul à détenir cette aptitude, qui lui permet d’apprendre pour s’adapter, transformant un handicap en innovation. La théorie économique en devenant une théorie de la croissance (La Richesse des Nations, l’ouvrage fondateur d’Adam Smith), en s’intéressant à la dynamique de l’économie, a mis l’innovation au cœur de ses analyses. Car n’oublions jamais que ce n’est pas la pauvreté qu’il s’agit d’expliquer (la pauvreté, c’est l’état naturel qui s’impose à l’homme), mais la richesse qui est contre-nature, qui est exceptionnel (et que l’on peut perdre si l’on ne comprend plus comment fonctionne l’économie).

Enfin, le sentiment de propriété est lié à la conscience de soi. L’homme a spontanément senti qu’il était le propriétaire légitime des fruits de son travail. En partant à la chasse pour chercher sa nourriture, l’homme mettait sa vie en jeu. Il pouvait lui-même devenir le gibier de prédateurs plus dangereux.
Ainsi, lorsqu’il revenait sain et sauf avec du gibier, il l’avait payé en prenant le risque (le prix du danger et de sa sueur). L’appropriation découle de l’énergie dépensée dans le travail et du risque encouru à cette occasion. Ce sentiment légitime et naturel de propriété est un des éléments qui conditionne grandement les choix et les comportements des individus. Ainsi, les systèmes politiques qui respectent et protègent le droit de propriété encourage les gens à produire des richesses. Bien-sûr, pour protéger la propriété, il faut un environnement juridique et institutionnel adapté (contrat, justice, police), et donc un certain environnement en termes de biens publics. Pour financer ce bien public, il faut donc prélever des impôts dans une certaine mesure. Ces impôts seront justes et légitimes dans la mesure où ils permettent de financer un appareil permettant de protéger le fruit du travail. Ils seront par contre ressenti comme une spoliation à partir du moment où les impôts pillent les fruits du travail eux-mêmes.

En ce sens, la propriété est intimement liée à la liberté. Dans la mesure où l’esclave ne s’appartient pas lui-même, les fruits de son travail ne lui appartiennent pas. Il est dégradé de sa condition d’homme libre. Or, l’homme est par nature un être libre dans la mesure où ses choix vont grandement dicter sa vie. Les animaux agissent par instinct, les hommes doivent faire des choix. Dans les pays totalement collectivisés, où la propriété privée n’est pas autorisée, les hommes sont libérés du fardeau et de la responsabilité de devoir faire des choix : parce qu’ils ne maîtrisent plus leur vie. Ils ne sont plus libres. C’est le propre des sociétés totalitaires dans lesquelles l’économie est totalement planifiée et contrôlée par l’Etat ou le Parti unique. Mais ces sociétés se heurtent à une aspiration profonde, ancrée au cœur de la condition humaine : l’être humain ne peut se passer de la liberté, et donc de la propriété de soi, et donc de la propriété des fruits de son travail.

D’où l’idée centrale d’une Constitution dans les pays libres : protéger l’individu des risques d’abus de pouvoir par l’Etat. Protéger la démocratie d’elle-même : après tout, Hitler est arrivé au pouvoir démocratiquement. Or, la loi de la majorité est une loi dangereuse dont il faut précieusement cantonner l’application (c’est donc à la Constitution de fixer les règles du jeu). On ne saurait généraliser la démocratie dans l’entreprise, à l’université, ou dans les familles sans propager du même coup le chaos. Il se trouve que la réflexion sur les droits de propriété, les incitations, les signaux du marché, la frontière entre biens publics et biens privés est un aspect essentiel de la théorie économique.
On le voit, l’homme dans ses aspirations les plus grandes, mais aussi parfois les plus contradictoires, est au cœur de la réflexion économique. Encore faut-il se donner la peine de bien comprendre toute la portée de ses enseignements.

2009-09-28

La dictature du marché

Personne n’aime la « dictature du marché ». Pourtant, c’est une loi cruciale de l’économie. Personne n’aime vieillir, pourtant c’est une loi de la vie.
La dictature du marché est cependant préférable à la dictature du producteur ou même à celle du consommateur (sans parler de la dictature du prolétariat). Car la loi du marché, c’est la loi de personne car tout le monde y participe à sa manière. Neutraliser la loi du marché, c’est donc privilégier un côté du marché au détriment de l’autre. Mais au nom de quoi un côté serait-il plus légitime que l’autre ?

En effet, si le producteur avait tout pouvoir, alors il nous imposerait ses volumes de production, sa qualité et ses prix, sans que le consommateur ait son mot à dire. C’est le pouvoir de monopole qui est une position dominante, qui débouche toujours sur un abus de position dominante. Certes, il revendiquerait un prix « raisonnable » pour se garantir des revenus « raisonnables ». Mais qu’est-ce qui pourrait limiter sa raison et freiner ses ambitions s’il ne rencontre pas l’obstacle de la concurrence ? Ainsi, si l’on privilégie la loi du producteur, on sombre dans la surproduction.
Mais, la loi du consommateur n’est pas plus préférable. Si l’on écoute le consommateur, il voudrait consommer la meilleure qualité possible au prix le plus faible, voire sans payer du tout. Telles sont bien les exigences de l’usager du service public. S’il avait tout pouvoir, le consommateur serait pareil à un enfant capricieux. Après tout, pour certains biens qui ne sont pas comme les autres et dont la liste s’allonge sans cesse, le consommateur voudrait les meilleurs services du monde sans débourser un sou, à l’instar de ce qui se passe dans la santé, la justice ou l’éducation. Mais si le consommateur ne paie rien, les producteurs ne pourront être rémunérés de sorte que les producteurs n’offriront rien. Ainsi, si l’on privilégie la loi du consommateur, on s’installe dans la pénurie.

Le marché existe précisément pour sortir de cette impasse dans laquelle on a vite fait de retomber à partir du moment où l’on cherche à contourner les lois du marché. Et c’est à ceux qui prétendent qu’il existe une autre voie d’en apporter la preuve. Car si le marché n’est pas parfait (rien n’est parfait en ce bas monde), il a le mérite d’exister, ce qui n’est pas la moindre de ses qualités.

2009-09-23

Arnaques et trahisons


Les escapades de DSK au FMI, les tribulations de Julien Dray, les relations dangereuses entre le PS et l’UNEF, les urnes bourrées du PS et, dans le passé, les chaussures de Roland Dumas, les écoutes illégales de François Mitterrand ou les milliards partis en fumée d’une banque française nationalisée par la gauche. Comme le pense tout haut Daniel Cohn-Bendit, arnaques et trahison font la tradition du PS, et le titre d’un livre qui ne manque pas de faire du bruit.
On me rétorquera que l’on peut trouver la même chose à droite. J’en conviens aisément car le pouvoir corrompt. Mais quand les magouilles viennent de la gauche, ces pratiques sont d’autant plus inexcusables que les hommes et femmes politiques de gauche se font toujours les champions de la vertu et de la bonne conscience, toujours prêts à donner aux autres des leçons de morale citoyenne tellement ils sont persuadés de détenir le monopole des valeurs. C'est un peu comme ces étudiants de l'ultragauche qui arrachent les affiches de leur adversaire en nous administrant des leçons de tolérance démocratique. Les magouilles à droite ne sont pas plus excusables pour autant.
C’est pour limiter ces dérives, inhérentes à la conquête du pouvoir, que la philosophie libérale se montre particulièrement attachée au principe de la séparation des pouvoirs. Par exemple, il ne faut pas mettre entre les mêmes mains le pouvoir de lever des impôts et le pouvoir de créer de la monnaie. Le pouvoir déprave celui qui en abuse et l'abus du pouvoir monétaire déprécie la monnaie.
C’est en ce sens que la philosophie libérale est un humanisme. Elle ne se fait pas trop d’illusion sur l’homme : il est capable du meilleur surtout s’il vit dans un environnement qui le pousse à tirer le meilleur de lui-même, sinon il peut être capable du pire. Et le pire nait souvent de l’excès de pouvoir [1].

Devant ce constat, comment croire les responsables politiques de tout bord quand ils nous exhortent de « moraliser le capitalisme » ? Il faudrait, avant toute chose, moraliser le monde politique. Cependant, ces pratiques, inextricablement liées au fonctionnement interne des partis politiques, posent un problème de fond à l’heure où le principe de régulation revient dans toutes les bouches. Car qui seront les régulateurs sinon des personnes issues précisément de ces organisations dont on peut penser que seuls survivront et parviendront au sommet ceux qui auront été plus agiles que les autres ? Les pourfendeurs de la loi du marché dans le monde économique sont aussi ceux qui sont les acteurs d’une compétition autrement plus effroyable et impitoyable qui n’obéit à aucune règle sinon celle du « pas vu, pas pris ».

Il y a cependant une différence énorme entre le système politique français et le système politique américain. Aux USA, si un homme politique est pris en flagrant délit d’arnaques, sa carrière est finie et il devra se retirer de la scène politique. Ce fut le cas de Nixon après l’affaire du Watergate ou, plus près de nous, de Bill Clinton. Et les médias réellement indépendants sont à l’affût de ces dérapages. Ce processus de sélection n’existe pas chez nous de sorte que la confiance entre les électeurs et les élus n’existent plus tandis que la classe politique peine à se renouveler.

[1] Dans la sphère économique, le pouvoir de production des entreprises est borné pour le pouvoir de choix – le pouvoir d’achat au sens fort du terme – des consommateurs que permet la concurrence. Bien-sûr, les producteurs aimeraient imposer leur prix aux consommateurs et déterminer ainsi leur revenu, et c’est pourquoi personne n’aime la concurrence, surtout pas les producteurs toujours à l’affût de marchés captifs. Et nous sommes tous producteurs. Pourtant, en tant que consommateur, personne n’aime voir son choix contraint ou limité. Et nous sommes tous consommateurs.

2009-09-19

Consommation collective ou les pièges de la gratuité

Le gouvernement actuel, tout comme ses prédécesseurs, est à l’affût de la moindre rentrée fiscale tellement il peine à contenir les dépenses publiques. En ce domaine, on fait feu de tout bois. Si l'’évasion fiscale en Suisse est montrée du doigt, l’épargne des français est particulièrement visée avec la proposition de surtaxer les revenus de l’épargne. Ce n’est pourtant pas en tarissant la pompe à capitaux que l’on relancera l’économie. Qu’on l’appelle capitaliste ou pas, l’économie aura toujours besoin de capitaux privés pour nourrir les investissements productifs qui fondent toute relance durable et saine. Si les financements publics sont nécessaires, ils ne doivent pas se faire au détriment de l’investissement privé.

Il y a toujours un grand danger pour les responsables politiques à s’avancer sur le terrain économique. Il y a en effet une chose fondamentale qui semble échapper à l’opinion commune : plus la sphère des biens gratuits s’agrandit, et plus la vie est chère et l’économie fragilisée. Il n’est pas aisé d’admettre que la gratuité généralisée rend la vie chère. Mais ce n’est qu’un paradoxe apparent : comme la gratuité n’existe pas, c’est que l’inflation est forcément déguisée ou que les prélèvements sont eux-mêmes camouflés pour être rendus « indolores ». Ils n’en restent pas moins des prélèvements : ce n’est pas parce que l’on ne sent plus le goût du poison que ce n’est plus du poison.
Que sont en effet les biens et services dits « gratuits » ? Ce sont finalement tous ces biens et services extrêmement coûteux que l’on veut faire payer par les autres (et les autres font le même raisonnement) comme l’éducation, la santé ou la retraite. C’est ce qu’on appelle la consommation collective. Mais qu’est-ce que la consommation collective ?
Imaginez que, lorsque vous consommez de l’électricité, c’est votre voisin qui reçoit la facture parce que vous avez piraté son compteur. Ce que vous ne savez pas, c’est que votre voisin a fait la même chose à votre insu. La conséquence est un dérapage de la dépense qui entraîne à son tour un dérapage des prélèvements pour régler la facture collective. C’est ce processus de déresponsabilisation qui explique les dérives récurrentes du budget de la sécurité sociale et de l’Etat.
Comme le pouvoir d’achat des ménages est dévoré par la montée des prélèvements de toute sorte, les ménages demandent de plus en plus de biens et services « gratuits » et le domaine de la consommation collective s’agrandit encore, celui-là même qui est à l’origine de l’inflation des prélèvements. Autrement dit, nous tirons tous sur la corde qui nous étrangle.
Les ménages ne s’aperçoivent plus que c’est précisément ce processus qui ronge leur pouvoir d’achat car les prélèvements leurs sont occultés. En effet, les responsables politiques s’efforcent de rendre les prélèvements « indolores », ce qu’il convient précisément de ne jamais faire si l’on veut que les gens réagissent, si l’on veut inverser les comportements et stopper le processus. Ainsi, les prélèvements sociaux sont retenus à la source (charges, RDS ; CSG) d’où l’illusion de gratuité des biens et services sociaux tandis que les prélèvements fiscaux basculent sur la fiscalité indirecte (TVA) d’où l’illusion de gratuité des biens et services publics.
On ne voit plus dans quelle proportion l’Etat prélève du revenu pour financer les biens dits « gratuits ». On ne voit plus que cette proportion devenue énorme est de nature à briser les ressorts de la création des richesses. Pourtant, malgré cette masse croissante de prélèvements, le secteur public n’a jamais assez de moyens si l’on en croit ses représentants, notamment parce que l’Etat élargit sans cesse le champ de ses prérogatives en nourrissant un processus de collectivisation particulièrement inquiétant.

A l’origine, l’argent public, c’est d’abord la part de la richesse privée que le ménage consent à laisser à la collectivité. C’est ainsi que les choses furent inscrites dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Celle-ci énonce au passage les droits et devoirs du contribuable car contribuer au bien commun consiste précisément à faire acte de citoyenneté. Aujourd’hui, on assiste à une inversion des termes : l’argent privé, c’est la part de la richesse que l’Etat consent à ne plus nous prendre, c’est ce qui reste lorsque les contributions publiques ont été acquittées. Au nom d’une conception démagogique du « social » et de solidarité, et sur fond d’ignorance impardonnable – voire de négation même - des lois de l’économie, tous les gouvernements ont étendu la sphère de la gratuité sans dire que la gratuité est un concept qui nous coûte cher à tous.

2009-09-16

Quand la lucidité économique se cache dans le polar

On ne compte plus les ouvrages prétendument sérieux qui saluent le retour de Marx ; ils pullulent dans les rayons des librairies universitaires. Il y a bien longtemps que je n’attends plus d’éclairage pertinent de la part de ce type de livres dont les auteurs pensent que le degré d’intelligence se mesure à la capacité de dénigrement. Je préfère me ressourcer dans les grands auteurs qui ont fait la splendeur passée de la pensée économique. Puis, pour me divertir, j’apprécie de me jeter dans un roman. Et je ne pensais pas trouver dans un polar une analyse économique limpide que j’ai peine à retrouver chez les pourfendeurs du capitalisme, qui mélangent tout tellement leur haine l’emporte sur la raison.
Mais les progrès de la science ne sont-ils pas en partie redevables à la science-fiction ? La science n’a-t-elle pas progressé grâce à l’imaginaire, terreau de l’innovation ?
En tout cas, je ne peux résister à la tentation de reprendre intégralement les propos lumineux que Tom Clancy met dans la bouche d’un de ses personnages de roman :

« Nous avons tous en mémoire les campagnes électorales pour le Congrès. Les candidats nous disaient : « votez pour moi, parce que pour chaque dollar d’impôts prélevé, un dollar et vingt cents reviennent à ce district. » Vous rappelez-vous ces promesses ?
Mais ils oubliaient de vous dire un certain nombre de choses. Primo, qui a jamais prétendu que vous dépendiez du gouvernement, d’un point de vue financier ? C’est le contraire : le gouvernement n’existe pas si vous ne lui donnez pas votre argent. Secundo, le déficit du gouvernement signifie que chaque district reçoit plus en subventions fédérales qu’il ne verse en impôts fédéraux, je veux dire en impôts fédéraux directs. Ceux-là même que vous pouvez voir. Donc ces candidats se vantaient de dépenser davantage d’argent qu’ils n’en avaient. Si votre voisin vous avoue qu’il tire des chèques sur votre compte personnel, vous ne pensez pas que vous allez prévenir la police ?
Nous savons tous que le gouvernement prélève plus que ce qu’il donne. Mais il s’en cache bien. Le déficit du budget fédéral signifie que chaque fois que vous empruntez de l’argent, cela vous coûte plus cher que ça ne devrait. Et pourquoi donc ? Parce que le gouvernement emprunte lui-même tant d’argent que ça fait monter les taux d’intérêt.
Et donc, mesdames et messieurs, chaque mensualité pour une maison ou pour une voiture, chaque paiement par carte de crédit est aussi un impôt. Et le gouvernement vous offre parfois un avantage fiscal sur les intérêts de vos emprunts. C’est gentil de sa part ! Il vous l’offre sur des sommes que vous n’auriez pas dû payer, et ensuite il vous dit que vous récupérez davantage que ce que vous avez versé !
Quelqu’un, ici, est assez crédule pour gober ça ? Mesdames et messieurs, je ne suis pas un politicien et je ne suis pas ici aujourd’hui pour soutenir l’un ou l’autre de vos candidats aux sièges vacants de la Maison du peuple. Je suis simplement là pour vous demandez de penser un peu à tout cela…
» in Tom Clancy, Sur Ordre, Tome 2, page367-368.

Dans la même veine, le roman de Michael Crichton, intitulé « Etat d’urgence », met en scène une intrigue qui est un prétexte pour jeter un pavé dans le débat – mais le débat est-il encore possible ?- autour de réchauffement climatique. En effet, pour les écologistes, la question du changement climatique n’est plus une hypothèse mais un postulat ! Par définition, un postulat ne se discute pas. Et l’opinion de s’aligner… Les éléments que Crichton introduit dans ses dialogues renvoient tous à des documents scientifiques réels, référencés et publiés dans les revues académiques reconnues (bibliographie à l’appui). Mais ce n’est qu’un roman. Dans le passé, un certain Jean de La Fontaine devait mettre en scène des animaux pour tenter de faire passer des vérités qui n’étaient pas bonne à dire à ses contemporains.

2009-09-13

Les apotres de l'intolérance

Pourquoi les personnalités de droite s’obstinent-t-elles à tenter de conquérir leur légitimité à gauche, à faire l’ouverture à gauche, à tenter de pactiser avec les apôtres de l’intolérance, les talibans de la bonne conscience. C’est sans doute l’expression persistante du syndrome de la (mauvaise ?) conscience mal-à-droite, ingénieusement exploitée par une gauche autant cynique qu’elle peut être moralisatrice.
Après Frédéric Mitterrand, le ministre du budget Woerth s’est donc rendu à la fête de l’humanité pour participer à un « débat ». Peut-on débattre avec les communistes ? La réponse ne tarda pas : le débat a été annulé au bout d'une demi-heure et les militants se sont mis à entonner L'Internationale. Pendant ce temps, les artistes chantaient sur les scènes de la fête de l’Huma au nom de la tolérance et de la diversité. Bientôt, la fête de l’humanité deviendra comme le salon de l’agriculture, l’endroit où tout le gotha politique devra se rendre puisque les médias y ont élu domicile. Moins le parti communiste a d’électeurs et plus il est populaire.

Les communistes et l’extrême gauche en général obéissent à un schéma de pensée qui interdit précisément de penser, et encore moins de débattre. Rappelez-vous le fameux « on préfère avoir tord avec Sartre qu’avoir raison avec Aron ». Ils savent cependant entretenir une illusion de débat car ce sont des virtuoses de la parole – de la parlotte ? – comme en témoignent les monologues des intellectuels de gauche ou les AG interminables dans les campus bloqués qui s’apparent à de véritables messes destinées à distiller la bonne parole et à mettre à l’index les hérétiques. La discussion n’est autorisée que si elle reste à l’intérieur de cadres stricts qui sont les piliers de la conscience communiste, tels les commandements d’une religion qui ne souffre aucune dissidence.
Ils ont donc le droit de donner des leçons de tolérance, d’ouverture et de démocratie mais ils ne tolèrent ni la contradiction, ni la liberté d’expression. Comment feindre de s’en étonner puisque tous les pays qui ont appliqué à la lettre le programme communiste sont devenus des prisons ? Le communisme prône la dictature du prolétariat. On ne peut être plus clair. Dans ces conditions, la démocratie est un concept « bourgeois » qu’il s’agira de dépasser à l’occasion de l’effondrement annoncé et espéré du capitalisme.
Sur le campus, les militants d’extrême gauche arrachent les affiches fraîchement collées par les syndicats qui ne partagent pas le même bord. Pourtant, les panneaux d’affichage sont ouverts à tous les syndicats, sans aucune discrimination. En démocratie, oui. Pas dans l’univers communiste.