2009-06-29
La formule magique de la nouvelle théorie économique : le dilemme du prisonnier

« La microéconomie traditionnelle avait pour but de donner corps à l’intuition selon laquelle le fonctionnement de marchés concurrentiels pouvait être efficace. La théorie des jeux souligne au contraire l’importance des défauts de coordination inhérents aux décisions décentralisées » [Cahuc P ; La nouvelle microéconomie, collection Repères, La découverte, 1993, p. 23].
Voilà qui résume le tournant pris par la « nouvelle économie » depuis quelques années - telle qu’elle se définit elle-même - alors que ce sont les organisations centralisées qui ont fait faillite à l’Est et sont en crise dans les pays de l’Etat-providence.
Mais les nouveaux économistes ne sauraient s’arrêter à ce genre de détail. Ils s’échinent, au contraire, à démontrer que les décisions décentralisées ne peuvent être « optimales ». De telles décisions ne sont sans doute pas optimales (et elles ne le seront jamais) ; mais elles ont le mérite d’exister. C’est une caractéristique majeure ; car les décisions optimales, elles, n’existent pas.
La fonction du marché est d’obliger les acteurs à faire des choix, à prendre des décisions. Et le fonctionnement de l’économie se nourrit de ces choix. Les nouveaux économistes n’ont toujours pas intégré l’idée que rien n’est optimal en ce bas monde…Un esprit scientifique a le devoir de s’intéresser à ce qui existe ; et ce qui existe est nécessairement imparfait. Quelle est l’utilité d’un modèle qui décrit un monde optimal mais imaginaire.
Les modèles micro-économiques contemporains partent du principe que nous sommes tous, à notre insu, comme « prisonnier » d’un égoïsme étroit qui nous empêcherait de prendre les décisions qu’un « agent bienveillant » serait alors en droit et en nécessité de prendre à notre place. C’est pour détruire la « parabole de la main invisible » proposée par Adam Smith que celle du dilemme du prisonnier fut mise au point par les économistes contemporains.
Rappelons le principe du « dilemme du prisonnier ». Deux prisonniers sont accusés d’avoir commis ensemble un délit et sont interrogés séparément. L’officier de police leur fait la proposition suivante : « si tu gardes le silence et si ton complice avoue, tu feras cinq ans de prison. Si vous avouez tous les deux, vous ne ferez que trois ans. Il est possible que ton complice garde le silence. Si tu te tais aussi, il se peut que tu ne fasses qu’un an de prison. En revanche, si ton complice ne dit rien et si tu avoues, on te laisse sortir dans trois mois. Tu vois bien que si ton complice avoue, tu as intérêt à avouer ; et si ton complice se tait, tu as encore intérêt à avouer. Alors pourquoi ne pas avouer tout de suite ? ».
Il apparaît que, si chaque prisonnier poursuit son intérêt personnel, il aura avantage à avouer. Car en gardant le silence, il prend le risque de rester cinq ans en prison. Mais avouer n’est pas dans l’intérêt commun des deux prisonniers : en avouant tous les deux, ils feront trois ans de prison ; alors que s’ils avaient gardé le silence tous les deux, ils n’auraient pris qu’un an de prison.
Cette parabole est interprétée dans un sens bien particulier, montrant notamment que l’intérêt privé n’est pas le meilleur guide pour nos décisions quand ces dernières aboutissent à des résultats contraires à l’intérêt général. Ainsi, ce principe sert de prétexte théorique à une remise en cause fondamentale des décisions décentralisées opérant dans tout processus de marché.
Les nouveaux économistes considèrent qu’ils ont trouvé la formule magique qui leur permet d’affirmer que la « main invisible » de Adam Smith n’existe pas.
Sans parler du fait qu’il est dans l’intérêt général que des malfaiteurs, dont la culpabilité est établie, restent tous en prison, on voit bien dans cet exemple que l’on ne définit aucunement l’intérêt général. On se contente, tout au plus, de le confondre avec un « intérêt commun », en l’occurrence à l’intérêt des malfaiteurs. Or l’intérêt des malfaiteurs est, en fait, un intérêt corporatiste, qui a peu de choses à voir avec l’intérêt général (et dans le cas des malfaiteurs, il est même contraire à l’intérêt général). Plus généralement, l’intérêt d’une corporation quelle qu’elle soit n’a jamais fait l’intérêt général. L’agglomération des intérêts corporatistes aboutit le plus souvent à l’éclatement de la cohésion sociale plutôt qu’à son épanouissement.
Mais puisque les nouveaux économistes s’amusent à construire des histoires afin de parvenir à leurs conclusions, laissez-moi vous conter une autre histoire. Que se passerait-il si nos prisonniers étaient Bonnie et Clyde, éperdument amoureux l’un de l’autre ?
Par amour pour son partenaire, Bonnie préférerait se dénoncer pour sauver Clyde tandis que Clyde agirait de la même façon pour sauver Bonnie. Au final, nos deux brigands se livreraient tout de même aux autorités en se dénonçant mutuellement. Est-ce à dire que l’amour n’est pas un sentiment « optimal » puisqu’il conduit à prendre des décisions qui vont s’avérer néfastes à nos deux protagonistes ? Dans ce cas, c'est l'altruisme qui n'est pas optimal. Et comment l’Etat prétendra-t-il corriger cette « défaillance » ? Il eut mieux fallu être égoïste.
Ainsi, le « dilemme du prisonnier » ne nous apprend rien d’autres qui n’est déjà connu : il peut être dangereux de ne penser qu’à soi comme il peut être suicidaire de ne penser qu’aux autres.
Voilà qui résume le tournant pris par la « nouvelle économie » depuis quelques années - telle qu’elle se définit elle-même - alors que ce sont les organisations centralisées qui ont fait faillite à l’Est et sont en crise dans les pays de l’Etat-providence.
Mais les nouveaux économistes ne sauraient s’arrêter à ce genre de détail. Ils s’échinent, au contraire, à démontrer que les décisions décentralisées ne peuvent être « optimales ». De telles décisions ne sont sans doute pas optimales (et elles ne le seront jamais) ; mais elles ont le mérite d’exister. C’est une caractéristique majeure ; car les décisions optimales, elles, n’existent pas.
La fonction du marché est d’obliger les acteurs à faire des choix, à prendre des décisions. Et le fonctionnement de l’économie se nourrit de ces choix. Les nouveaux économistes n’ont toujours pas intégré l’idée que rien n’est optimal en ce bas monde…Un esprit scientifique a le devoir de s’intéresser à ce qui existe ; et ce qui existe est nécessairement imparfait. Quelle est l’utilité d’un modèle qui décrit un monde optimal mais imaginaire.
Les modèles micro-économiques contemporains partent du principe que nous sommes tous, à notre insu, comme « prisonnier » d’un égoïsme étroit qui nous empêcherait de prendre les décisions qu’un « agent bienveillant » serait alors en droit et en nécessité de prendre à notre place. C’est pour détruire la « parabole de la main invisible » proposée par Adam Smith que celle du dilemme du prisonnier fut mise au point par les économistes contemporains.
Rappelons le principe du « dilemme du prisonnier ». Deux prisonniers sont accusés d’avoir commis ensemble un délit et sont interrogés séparément. L’officier de police leur fait la proposition suivante : « si tu gardes le silence et si ton complice avoue, tu feras cinq ans de prison. Si vous avouez tous les deux, vous ne ferez que trois ans. Il est possible que ton complice garde le silence. Si tu te tais aussi, il se peut que tu ne fasses qu’un an de prison. En revanche, si ton complice ne dit rien et si tu avoues, on te laisse sortir dans trois mois. Tu vois bien que si ton complice avoue, tu as intérêt à avouer ; et si ton complice se tait, tu as encore intérêt à avouer. Alors pourquoi ne pas avouer tout de suite ? ».
Il apparaît que, si chaque prisonnier poursuit son intérêt personnel, il aura avantage à avouer. Car en gardant le silence, il prend le risque de rester cinq ans en prison. Mais avouer n’est pas dans l’intérêt commun des deux prisonniers : en avouant tous les deux, ils feront trois ans de prison ; alors que s’ils avaient gardé le silence tous les deux, ils n’auraient pris qu’un an de prison.
Cette parabole est interprétée dans un sens bien particulier, montrant notamment que l’intérêt privé n’est pas le meilleur guide pour nos décisions quand ces dernières aboutissent à des résultats contraires à l’intérêt général. Ainsi, ce principe sert de prétexte théorique à une remise en cause fondamentale des décisions décentralisées opérant dans tout processus de marché.
Les nouveaux économistes considèrent qu’ils ont trouvé la formule magique qui leur permet d’affirmer que la « main invisible » de Adam Smith n’existe pas.
Sans parler du fait qu’il est dans l’intérêt général que des malfaiteurs, dont la culpabilité est établie, restent tous en prison, on voit bien dans cet exemple que l’on ne définit aucunement l’intérêt général. On se contente, tout au plus, de le confondre avec un « intérêt commun », en l’occurrence à l’intérêt des malfaiteurs. Or l’intérêt des malfaiteurs est, en fait, un intérêt corporatiste, qui a peu de choses à voir avec l’intérêt général (et dans le cas des malfaiteurs, il est même contraire à l’intérêt général). Plus généralement, l’intérêt d’une corporation quelle qu’elle soit n’a jamais fait l’intérêt général. L’agglomération des intérêts corporatistes aboutit le plus souvent à l’éclatement de la cohésion sociale plutôt qu’à son épanouissement.
Mais puisque les nouveaux économistes s’amusent à construire des histoires afin de parvenir à leurs conclusions, laissez-moi vous conter une autre histoire. Que se passerait-il si nos prisonniers étaient Bonnie et Clyde, éperdument amoureux l’un de l’autre ?
Par amour pour son partenaire, Bonnie préférerait se dénoncer pour sauver Clyde tandis que Clyde agirait de la même façon pour sauver Bonnie. Au final, nos deux brigands se livreraient tout de même aux autorités en se dénonçant mutuellement. Est-ce à dire que l’amour n’est pas un sentiment « optimal » puisqu’il conduit à prendre des décisions qui vont s’avérer néfastes à nos deux protagonistes ? Dans ce cas, c'est l'altruisme qui n'est pas optimal. Et comment l’Etat prétendra-t-il corriger cette « défaillance » ? Il eut mieux fallu être égoïste.
Ainsi, le « dilemme du prisonnier » ne nous apprend rien d’autres qui n’est déjà connu : il peut être dangereux de ne penser qu’à soi comme il peut être suicidaire de ne penser qu’aux autres.
2009-06-22
La crise
Dans 1984 le roman d’Orwell, le dictateur (Big Brother) déploie des instruments terrifiants de contrôle social, notamment en assenant à longueur de temps sur les ondes que les frontières du pays sont en guerre. Cette atmosphère de guerre lui donne la possibilité de maintenir la population dans un état de crainte permanente propice à l’installation d’une société totalitaire. La population n’a alors pas d’autres choix que de se tourner vers la protection « bienveillante » d’un Etat qui prend soin dans le même temps de la bâillonner définitivement.Heureusement, nous ne vivons pas encore dans un tel monde et il ne s’agit pas de nier la réalité de la crise économique. Cependant, sa médiatisation permanente joue un rôle comparable. J’étais étudiant en sciences économiques dans les années 80. Pendant toutes mes années d’études, mes professeurs me parlaient en permanence de la crise…Et cela n’a pas cessé depuis. Ecoutez les sketches de Coluche : la Crise ! Le président Giscard d’Estaing qui perçoit le bout du tunnel en 1979. Mitterrand qui nationalise le système bancaire, déjà l’objet de toutes les diabolisations, pour conduire une politique industrielle volontariste qui devait nous sortir de la crise. Finalement, le chômage explose et la droite revient au pouvoir pour en finir avec la crise…Les gouvernements se succèdent mais la crise est toujours là.
Généralement, les ténors de la politique s’emparent du thème de la crise souvent pour s’étriper entre eux notamment à l’occasion des campagnes électorales, rarement pour expliquer. Ont-ils intérêt à expliquer la crise ? Ont-ils intérêt à résorber la crise ? Voyez comment l’Irlande du « non » à l’Europe s’apprête à voter « oui » maintenant qu’elle est frappée par la crise.
Car toutes les victimes potentielles de la crise se tournent vers l’Etat, et donc vers les responsables politiques qui saluent le retour de la politique dans la vie économique comme s’ils disposaient des outils d’interventions à l’efficacité éprouvée ? Cette situation est pourtant de nature à nous maintenir dans un état de crise permanente.
Le chercheur en économie que je suis essaie d’appréhender l’économie comme un objet, en essayant d’y trouver des relations logiques et des enchaînements implacables de causes à effets, en dehors de toutes considérations personnelles ou corporatistes, même s’il existe des débats intenses (et des chapelles) entre les économistes. Mais c’est le propre de la science car c’est par le débat que la connaissance progresse malgré tout. L’économiste n’est guère aimé parce qu’il énonce souvent des choses que nous savons tous mais que personne ne veut entendre.
Le fait est que l’économie ne peut pas être en crise en permanence même s’il existe une logique du discours permanent de la crise. Les plus grands experts du FMI ou de l’INSEE ne sauraient prévoir l’issue de la crise en cours. Les prévisions du FMI sont régulièrement corrigées, tantôt revues à la baisse, tantôt revues à la hausse. Les économistes sont un peu comme les analystes politiques : ils ont toujours des explications savantes et sophistiquées à fournir après que les phénomènes se soient produits. Non pas que les experts soient incompétents mais le fonctionnement de l’économie est au moins aussi complexe que celui du climat et c’est cette complexité qui rend les phénomènes économiques souvent imprévisibles sinon mystérieux (et les phénomènes météorologiques difficilement prévisibles au-delà de cinq jours).
La connaissance du mouvement des astres n’en modifie pas les trajectoires. Par contre, la connaissance des phénomènes économiques en modifie certainement leur cours. C’est ce que les économistes désignent par « anticipations auto-réalisatrices ». Imaginez que les ménages n’aient plus confiance dans le système bancaire, craignant la faillite de leur banque. Alors ils se précipitent au guichet pour retirer leurs avoirs, provoquant ainsi l’événement malheureux tant redouté et donnant raison à leur décision. Ainsi, le fait de prévoir une crise peut être un élément déclencheur d’une crise. D’un autre côté, le fait de redouter une crise permet de l’éviter aussi. Tout le monde a comparé la crise financière actuelle à la crise de 1929. Pourtant l’effondrement généralisé de 1929 ne s’est pas produit. S’il ne s’est pas (encore) produit, est-ce grâce à l’action coordonnée des autorités monétaires de tous les grands pays qui ont su réagir pour éviter le pire, ou est-ce parce que nous nous sommes trompés en faisant une telle comparaison ?
Dans le fond, nous n’avons aucun moyen de le savoir ce qui est à la fois frustrant pour le chercheur, pour le citoyen et pour ceux qui ont des responsabilités politiques au plus haut niveau.
2009-06-16
A propos d'orientation
En cette période du baccalauréat, je voudrais donner quelques conseils d’orientation à mes étudiants, aux étudiants en général et aux futurs étudiants. Ces conseils sont basés sur mon expérience de terrain et sur mon intuition. Et je dirais à mes étudiants ce que je dis à mes propres enfants, sans langue de bois aucune.Sans faire de démagogie grossière, je considère qu’il n’y a pas de mauvais étudiants en soi, mais qu’il y a trop d’étudiants mal orientés et donc désorientés. Et quand on n’est pas dans la bonne filière, c’est-à-dire celle qui correspond à vos aspirations profondes et pas toujours conscientes, on ne peut pas avoir de bons résultats car on ne prendra aucun plaisir à étudier.
Premier constat. De plus en plus de lycéens restent au lycée après le bac pour faire un BTS. Les BTS sont de très bonnes formations. Ce sont des formations courtes destinées à une insertion professionnelle rapide. De ce point de vue, elles sont très efficaces. Mais il faut veiller à ne pas les détourner de leurs objectifs. En effet, beaucoup de titulaires de BTS désirent s’inscrire en troisième année de licence à l’université (L3). D’une part, la L3 est la fin d’un cycle universitaire qui se compose de L1 et L2. C’est trivial mais pas inutile de rappeler que les programmes de L3 sont pensés en fonction de ce que les étudiants ont vu en L1 et L2. L’expérience montre que les titulaires d’un BTS, même parmi les meilleurs, ont des difficultés à suivre directement en L3. D’autre part, le BTS est délivré par des enseignants du secondaire dans les lycées. On ne peut pas le considérer comme un diplôme universitaire.
Par contre, les lycéens qui décrochent un bac général avec mention et qui ont donc un fort potentiel intellectuel devraient s’inscrire dès la première année dans une formation universitaire.
D’ailleurs, en ces temps de crise et de mutation, les entreprises accordent de plus en plus d’importance aux capacités d’autonomie, de prise de responsabilité et d’initiative de leurs employés. S’il est un lieu où l’autonomie est chaque jour mise à l’épreuve, c’est bien à l’université. C’est vrai que l’autonomie fait peur aux jeunes (et pas seulement aux jeunes…) et c’est d’ailleurs pourquoi ils se tournent vers les grandes écoles ou les BTS où ils seront étroitement encadrés.
Pourtant, pour ceux qui veulent parvenir à des postes de responsabilité, autant se frotter le plus tôt possible à l’autonomie. Cette question doit vraiment intervenir dans le choix des filières.
Si la professionnalisation est devenue un impératif, sachez qu’il n’est pas toujours nécessaire de se professionnaliser trop vite ou trop tôt. Encore une fois, tout est question de filière et d’objectifs. Si certaines personnes n’ont rien à faire à l’université, d’autres pourront y trouver leur voie. Il est tout aussi dommageable de coincer un étudiant qui a un potentiel universitaire dans une filière BTS que d’envoyer à l’université un lycéen qui a un profil de technicien.
Un étudiant qui décroche une licence classique (en lettres, droit, économie et science) peut parfaitement réussir sa professionnalisation en master pro à condition de choisir un master pro en prise sur le marché du travail. Aujourd’hui, l’offre de master pro est considérable [voir guide LAMY 2009 – 17 édition] et il vaut mieux être contrarié par l’embarras du choix que par l’absence de choix.
Enfin, n’oubliez jamais que c’est le candidat qui fait la valeur – et la réputation – d’un diplôme et non l’inverse. Si vous avez d’excellents résultats dans vos études, c’est que vous êtes dans la filière qui vous correspond (vous avez trouvé votre voie !) alors continuez le plus loin possible. Si hélas, vos résultats ne sont pas à la hauteur de vos attentes, il faut vous réorienter. Mais la finalité n’est pas d’accumuler des diplômes. Il n’est pas forcément bien vu de cumuler des masters 2 sur son CV.
2009-06-10
Histoire de taux
Il existe une grande famille de taux d'intérêt. Intéressons-nous ici à la distinction entre taux court et taux long. En toute logique, le taux d’intérêt à long-terme est supérieur au taux d’intérêt de court-terme. En effet, plus un investissement porte sur une longue-période, plus les risques encourus par l’investissement sont élevés et plus le rendement exigé est important.Alors que la banque centrale fixe le taux à court-terme, ce sont les marchés qui déterminent les taux à long-terme de sorte qu’il existe une relation complexe entre les deux qui revient à se demander qui influence qui.
Sur le plan théorique, la réponse à cette question n'est pas simple et renvoie à la théorie monétaire et aux différentes théories de la monnaie proposées par les économistes.
Sur le plan théorique, la réponse à cette question n'est pas simple et renvoie à la théorie monétaire et aux différentes théories de la monnaie proposées par les économistes.
En effet, deux effets agissent. Tout d’abord, les taux à court et à long-terme devraient évoluer dans le même sens en vertu de l’effet de portefeuille. Par exemple, si la banque centrale augmente le taux court, les investisseurs délaissent les obligations pour se placer sur des actifs monétaires de court-terme. En conséquence, le cours des obligations chute et donc leur rendement – c’est-à-dire les taux à long-terme – augmentent. Dans ce cas, les taux à long-terme sont sensibles aux taux à court-terme.
Mais si l’on en croit l’effet Fisher, il y a aussi une relation inverse entre les deux taux en vertu du mécanisme d’anticipation. Si la banque centrale relève son taux directeur en vue de lutter contre l’inflation et si cette politique est crédible, les marchés peuvent parier sur une diminution de l’inflation dans le futur, ce qui fait baisser le taux à long-terme.
Ce second effet n’est pas inintéressant à méditer au moment où les taux longs semblent repartir à la hausse alors que les banques centrales réduisent les taux directeurs [Investir n° 1848, 8 juin 2009, page 4]. Cette situation ressemble à l’effet Fisher inversé : en effet, avec la baisse des taux directeurs dans le cadre d’une politique monétaire destinée à financer la relance économique, les marchés peuvent redouter une reprise de l’inflation dans le futur, d’où une tension sur les taux longs. Bien-sûr, tous les experts ne seront pas d'accord avec cette analyse. Reconnaissons que le sujet est complexe et que l'économie n'est pas une science exacte...
Mais si l’on en croit l’effet Fisher, il y a aussi une relation inverse entre les deux taux en vertu du mécanisme d’anticipation. Si la banque centrale relève son taux directeur en vue de lutter contre l’inflation et si cette politique est crédible, les marchés peuvent parier sur une diminution de l’inflation dans le futur, ce qui fait baisser le taux à long-terme.
Ce second effet n’est pas inintéressant à méditer au moment où les taux longs semblent repartir à la hausse alors que les banques centrales réduisent les taux directeurs [Investir n° 1848, 8 juin 2009, page 4]. Cette situation ressemble à l’effet Fisher inversé : en effet, avec la baisse des taux directeurs dans le cadre d’une politique monétaire destinée à financer la relance économique, les marchés peuvent redouter une reprise de l’inflation dans le futur, d’où une tension sur les taux longs. Bien-sûr, tous les experts ne seront pas d'accord avec cette analyse. Reconnaissons que le sujet est complexe et que l'économie n'est pas une science exacte...
2009-06-03
Il n'y a pas de repas gratuit
Un déjeuner gratuit, ça n’existe pas. Cette proposition est appelée la deuxième loi de la thermodynamique [1]. Mais c’est aussi sans doute la première loi de l’économie car c’est un énoncé souvent utilisé en sciences économiques pour rappeler que tout a un prix, qu’on le veuille ou non. Ce n’est pas très social me direz-vous mais ceux qui vous servent un repas « gratuit » ne méritent-ils d’être récompensés eux-aussi de leurs efforts ? Dans le domaine de la physique, plus particulièrement en thermodynamique, ce principe qui a anéantit le rêve de construire la machine à mouvement perpétuel, celle qui permettrait de fournir de l’énergie à volonté. Ce principe rappelle en effet que les lois de la nature, et notamment de la physique, sont ainsi faites que, pour pouvoir produire de l’énergie, il faut en consommer. La nature est basée sur l’échange et la réciprocité : pour avoir de l’output, il faut des inputs. De la même manière en biologie, pour avoir la vie, il faut la mort. Finalement, « les lois de la physique affirment que vous ne pouvez rien obtenir à partir de rien » [2].
La science économique théorise ce principe à travers la fonction de production. Dans le langage courant, on dira aussi que l’on n’a rien sans rien. Le comportement humain a une dimension économique dans le sens où notre rationalité nous conduit à tenter d’obtenir le plus de résultat possible (de l’utilité, de la valeur, de la récompense) à partir du minimum d’effort (coût, effort). C’est ce que l’on appelle l’optimisation. Certains phénomènes naturels surprenant nous conduisent à penser que la nature obéit aussi à ce principe d’optimisation même si souvent elle se permet quelques fantaisies qui échappent à toute explication rationnelle. Ainsi, les abeilles ont découvert empiriquement comment utiliser un minimum de cire pour protéger les œufs, ce qui explique la forme régulière des surfaces des alvéoles [3]. Et les hommes utilisent ce même principe, qui mobilise le calcul différentiel, dans la fabrication des filets.
Sans oublier que l’homme est pétri de culture et de social, qu’il est le produit de son histoire, il ne faut pas tomber dans le pêché inverse qui consisterait à oublier que l’homme est aussi un élément de la nature et qu’il s’inscrit aussi dans une réalité biologique et physique. Et tant qu’il sera humain, il lui sera impossible de s’abstraire de certaines dimensions essentielles de la nature, notamment ces dimensions biologiques et physiques. De ce point de vue, les lois de l’économie ont une dimension thermodynamique car l’économie est aussi une question d’énergie. Pour produire, il faut de l’énergie ne serait-ce que pour déplacer et transformer les ressources brutes en richesses. Imaginez, comme l’a fait Barjavel dans son fameux roman d’anticipation « Ravages », ce que deviendrait notre économie si l’électricité disparaissait soudainement.
Pour produire, il faut aussi une population en activité, c’est-à-dire une population active qui est, au sens le plus strict du terme, la population qui fournit l’énergie (c’est-à-dire le travail). Le travail est « l’énergie » de notre système économique (tandis que le chômage sera considéré comme une perte d’énergie). Et quand on travaille, on brûle des calories (d’où des rendements marginaux décroissants…). En conséquence, le principe thermodynamique trouve sa traduction dans le champ économique : pour produire du travail – autrement dit pour proposer des emplois aux individus -, il faut fournir du travail.
Si on attend les mains tendues que le travail tombe du ciel, on pourra attendre longtemps… mais il n’y a pas de repas gratuit.
[1] Charles Seife [2002] Zéro, la biographie d’une idée dangereuse, Edition JC Lattès, Paris, page 233.
[2] Seife op.cit. page 235.
[3] De la même manière, les bulles de savon adoptent systématiquement des « formes économiques » tandis qu’en optique, le comportement d’un rayon lumineux est régi par la recherche du plus court chemin en temps. Pour les développements mathématiques de ces différents exemples, voir Michel Soufflet [2009] Les mathématiques de tous les jours, édition Vuibert, Paris, page 48.
2009-05-30
L'arbitrage
L’Etat se définit par ses missions régaliennes pour lesquelles il revendique le monopole. Elles sont fondamentales, précises et limitées même si la tendance de l’Etat moderne est d’élargir le champ de ses interventions en prenant le risque de s’immiscer dans des affaires où il n’a ni la compétence ni la légitimité pour agir. Mais l’Etat est nécessaire, ou plutôt un Etat efficace est nécessaire car c’est la société toute entière qui fera les frais des défaillances publiques.Cependant, même dans les domaines où il pourrait légitimement prétendre au monopole, l’internationalisation bouleverse les clivages traditionnels et les définitions les plus établies. Si la thèse officielle consiste à présenter l’Etat comme venant au secours des défaillances du secteur privé, l’observation des faits économiques et de la pratique humaine nous invitent à nuancer le propos : la nature économique ayant horreur du vide, le secteur privé aura tendance à exploiter les limites de l’action publique en s’engouffrant dans les défaillances du secteur public. Voyez ce qui se passe dans le secteur de l’éducation ou de la sécurité.
Certes, ceux qui fabriquent l’opinion - si ce n’est la pensée elle-même - auront martelé que l’économie livrée aux lois sauvages du libéralisme le plus débridé a sombré sous l’effet de sa propre crise et que, en conséquence, les Etats sont obligés de se porter au chevet du patient bien mal en point. C’est ce qui se voit. Ce qui se voit moins, c’est que, de décennies en décennies, l’Etat a contribué à exacerber les droits des individus, fabriquant des nouveaux droits qui sont autant de chèques sans provision, tout en les allégeant des devoirs et obligations morales les plus essentielles. Car de même qu’un débit suppose un crédit pour maintenir l’équilibre, un droit suppose un devoir. Aucune économie ne peut plus fonctionner et aucune cohésion sociale ne peut plus exister si ce principe est rompu. C’est la moindre des choses que l’Etat vienne au secours du patient qu’il a contribué à empoisonner. Quand l’Etat lui-même en arrive à dévoyer les principes qui sont au cœur de l’équilibre de nos sociétés, il est nécessaire qu’il retrouve sa juste place car la société civile en général, et les acteurs économiques en particulier, savent aussi produire les instruments leur permettant de coexister pacifiquement dans la société.
Illustrons notre propos avec la pratique de l’arbitrage. L’arbitrage dans le monde des affaires relève d’une « justice privée » établie par ceux qui ont la volonté de résoudre les litiges qui ne manquent pas de naître dans le commerce international : « Faisant appel à des personnes privées, il repose sur des notions de confidentialité, de qualité et de neutralité. Les parties se sentent mieux écoutées par les arbitres que par la justice publique et peuvent choisir les règles applicables à leur litige » [1].
En matière de relations internationales, en particulier dans le domaine des affaires, il est très difficile de mettre à exécution un jugement étatique dans un autre pays. Par contre, la convention de New York de 1958 garantit la reconnaissance et l’exécution des décisions arbitrales. Ainsi, ce mode de résolution des litiges est reconnu par les 140 pays qui ont signé la convention. Les relations économiques étant de plus en plus transnationales, alors que les missions de l’Etat n’ont de prise qu’à l’intérieur de son territoire national, les acteurs du commerce international ont dû développer des pratiques de justice plus adaptées à l’espace de leur rayonnement. Par ailleurs, les décisions de l’arbitrage sont généralement ressenties comme un compromis – un accord résultant d’une négociation – alors que celles de la justice publique sont souvent vécues comme une sanction. Or la pratique des affaires, même si elle ne manque pas de faire apparaitre des litiges, repose avant tout sur l’art de la négociation plutôt que sur le conflit permanent, peu propice à la confiance et à l’épanouissement des activités économiques.
L’affaire Tapie aura révélé au grand public la pratique de l’arbitrage, suscitant au passage une polémique à propos de cette pratique privée de la justice dans un pays où tout ce qui ne relève pas de l’Etat est nécessairement suspect. En effet, chez nous, l’Etat se doit de contrôler voire distribuer les profits, d’organiser les relations entre les salariés (toujours considérés collectivement en tant que masse et non en tant qu’individus) et les patrons, d’encadrer le salaire des patrons, finalement de régenter l’ensemble des relations économiques. Dans ce contexte, découvrir que le monde des affaires a la possibilité de résoudre lui-même ses litiges en faisant appel à des arbitres privés est perçu comme une insupportable provocation si ce n’est un arrangement forcément douteux.
C’est pourtant une pratique normale et courante de la vie économique comme d’ailleurs des universités autonomes, libres et responsables sont la norme dans le monde entier alors qu’elles choquent encore l’establishment académique hexagonal si attaché à l’exception française. Il convient cependant de s’interroger sérieusement quand un pays ne parvient plus à comprendre le monde dans lequel il vit nécessairement au point qu’il cherche à tout prix et par tous les moyens à s’en protéger [2].
[1] Le Nouvel Economiste n°1470, cahier n°2 du 2 au 8 avril 2009, page 35.
[2] La campagne des européennes a d’ailleurs commencé sur ce leitmotiv : nos candidats veulent nous protéger de l’Europe tandis que l’Europe veut se protéger du reste du monde… A force de se protéger, on s’isole et à force de s’isoler, on meurt.
Illustrons notre propos avec la pratique de l’arbitrage. L’arbitrage dans le monde des affaires relève d’une « justice privée » établie par ceux qui ont la volonté de résoudre les litiges qui ne manquent pas de naître dans le commerce international : « Faisant appel à des personnes privées, il repose sur des notions de confidentialité, de qualité et de neutralité. Les parties se sentent mieux écoutées par les arbitres que par la justice publique et peuvent choisir les règles applicables à leur litige » [1].
En matière de relations internationales, en particulier dans le domaine des affaires, il est très difficile de mettre à exécution un jugement étatique dans un autre pays. Par contre, la convention de New York de 1958 garantit la reconnaissance et l’exécution des décisions arbitrales. Ainsi, ce mode de résolution des litiges est reconnu par les 140 pays qui ont signé la convention. Les relations économiques étant de plus en plus transnationales, alors que les missions de l’Etat n’ont de prise qu’à l’intérieur de son territoire national, les acteurs du commerce international ont dû développer des pratiques de justice plus adaptées à l’espace de leur rayonnement. Par ailleurs, les décisions de l’arbitrage sont généralement ressenties comme un compromis – un accord résultant d’une négociation – alors que celles de la justice publique sont souvent vécues comme une sanction. Or la pratique des affaires, même si elle ne manque pas de faire apparaitre des litiges, repose avant tout sur l’art de la négociation plutôt que sur le conflit permanent, peu propice à la confiance et à l’épanouissement des activités économiques.
L’affaire Tapie aura révélé au grand public la pratique de l’arbitrage, suscitant au passage une polémique à propos de cette pratique privée de la justice dans un pays où tout ce qui ne relève pas de l’Etat est nécessairement suspect. En effet, chez nous, l’Etat se doit de contrôler voire distribuer les profits, d’organiser les relations entre les salariés (toujours considérés collectivement en tant que masse et non en tant qu’individus) et les patrons, d’encadrer le salaire des patrons, finalement de régenter l’ensemble des relations économiques. Dans ce contexte, découvrir que le monde des affaires a la possibilité de résoudre lui-même ses litiges en faisant appel à des arbitres privés est perçu comme une insupportable provocation si ce n’est un arrangement forcément douteux.
C’est pourtant une pratique normale et courante de la vie économique comme d’ailleurs des universités autonomes, libres et responsables sont la norme dans le monde entier alors qu’elles choquent encore l’establishment académique hexagonal si attaché à l’exception française. Il convient cependant de s’interroger sérieusement quand un pays ne parvient plus à comprendre le monde dans lequel il vit nécessairement au point qu’il cherche à tout prix et par tous les moyens à s’en protéger [2].
[1] Le Nouvel Economiste n°1470, cahier n°2 du 2 au 8 avril 2009, page 35.
[2] La campagne des européennes a d’ailleurs commencé sur ce leitmotiv : nos candidats veulent nous protéger de l’Europe tandis que l’Europe veut se protéger du reste du monde… A force de se protéger, on s’isole et à force de s’isoler, on meurt.
2009-05-25
La campagne perpétuelle

La France est perpétuellement en campagne électorale et les français sont perpétuellement engagés ou empêtrés dans les conflits sociaux. Au lieu de laisser les gouvernements en place agir et gouverner comme s’ils n’étaient pas légitimes, comme si les équipes en place se seraient retrouvées au pouvoir par le fait du hasard, de la chance ou de la force brute, les français regrettent les anciens gouvernants (alors qu’ils les détestaient quand ils étaient en fonction) ou se prêtent à rêver d’un homme - ou d’une femme - providentiel subitement révélé à la prochaine échéance. De son côté, au lieu de laisser librement les français travailler, entreprendre, étudier selon leurs besoins ou leurs objectifs, le gouvernement légifère, réglemente, taxe, empêche puis aide, soutien, encourage ou protège…
Quand un fumeur prétend qu’il arrêtera de fumer demain, c’est qu’il n’arrêtera jamais. Notre pays a tellement reporté des réformes que d’autres pays ont affrontées dès les années 80 que l’on est en droit de se demander si elles se feront un jour. Et à force de ne pas faire les choses en leur temps, on prend aussi le risque de faire tout à la va-vite, dans la précipitation et l’incompréhension générale. Peut-on sérieusement penser que le gouvernement actuel a décidé de détruire le meilleur système d’enseignement supérieur au monde ? Tout le monde s’accorde à observer la catastrophe en cours dans l’éducation nationale et l’université qui se produit depuis des décennies sous l’effet de la massification de l’enseignement et du dogme égalitaire – qui est tout sauf équitable - imposé par la gauche depuis 1968. Et il ne faudrait rien faire au nom du sacro-saint statu quo, de la dictature du consensus qui aboutit à l’immobilisme, et donc au déclin français dans un monde en perpétuelle évolution. Et l’on peut faire le même constat dans le système de santé, dans la police ou l’administration en général.
Mais si les responsables politiques ne font rien, on leur reprochera leur passivité. Après tout les fonctionnaires sont aux ordres des ministres et non l’inverse ; mais s’ils agissent et quand ils agissent, alors c’est la coalition des mécontents qui s’agite en criant à la conspiration bruxelloise ou au complot mondialiste. Peut-on toujours incriminer la classe politique ce qui semble être le sport préféré de ceux qui ont le monopole de la parole médiatique, et en particulier de ceux qui se pensent intelligents ? Le fonctionnement de la démocratie implique l’existence de partis politiques. C’est incontournable. Si on exècre à ce point les responsables politiques, alors il faut vivre dans une dictature gouvernée par des militaires, des technocrates ou un superordinateur. Ou alors il faut installer des régimes communistes qui ne tolèrent aucun débat.
Ne croyez pas cependant que je voue une dévotion subite et aveugle au personnel politique français pétri dans l’ensemble d’étatisme et de dirigisme. Mais je crois (sans m’en réjouir) à la loi du marché et celle-ci fonctionne aussi dans le monde politique quoiqu’en pensent ses pourfendeurs. Comme la plupart des gens sont demandeurs de toujours plus de droits, plus de revenus et moins de contraintes, moins de devoirs et moins d’efforts, alors les hommes et femmes politiques développeront des discours politiques toujours plus démagogiques - façonnés à l’audimat des bons sentiments - pour coller au mieux à la demande de la majorité des électeurs en tentant de rassembler les éternels mécontents. Comme les gens n’aiment pas entendre le discours libéral (qu’ils connaissent à peine), les rares hommes politiques qui ont osés afficher leur sensibilité libérale ont été exclus du marché politique français. Et c’est ainsi que les français se retrouvent face à une classe politique qu’ils ont contribué à façonner et qu’ils exècrent dans le même temps. Ils plébiscitent la « malbouffe » pour la vilipender ensuite.
Il convient donc sans doute de retrouver le sens profond de termes comme « république », « citoyen », « démocratie », « nation », « peuple » ou « Etat ». Car au nom d’une conception dévoyée de la démocratie et de la « solidarité citoyenne », on se dirige vers une société peuplée d’individus totalement asservis à un Etat qui leur proposera un « contrat social » funeste : en échange de sa providentielle protection, nous devrons lui accorder un jour notre plus totale soumission. C’est ainsi que les peuples s’enchaînent eux-mêmes et se condamnent dans le même temps tout en célébrant leur propre abdication.
Quand un fumeur prétend qu’il arrêtera de fumer demain, c’est qu’il n’arrêtera jamais. Notre pays a tellement reporté des réformes que d’autres pays ont affrontées dès les années 80 que l’on est en droit de se demander si elles se feront un jour. Et à force de ne pas faire les choses en leur temps, on prend aussi le risque de faire tout à la va-vite, dans la précipitation et l’incompréhension générale. Peut-on sérieusement penser que le gouvernement actuel a décidé de détruire le meilleur système d’enseignement supérieur au monde ? Tout le monde s’accorde à observer la catastrophe en cours dans l’éducation nationale et l’université qui se produit depuis des décennies sous l’effet de la massification de l’enseignement et du dogme égalitaire – qui est tout sauf équitable - imposé par la gauche depuis 1968. Et il ne faudrait rien faire au nom du sacro-saint statu quo, de la dictature du consensus qui aboutit à l’immobilisme, et donc au déclin français dans un monde en perpétuelle évolution. Et l’on peut faire le même constat dans le système de santé, dans la police ou l’administration en général.
Mais si les responsables politiques ne font rien, on leur reprochera leur passivité. Après tout les fonctionnaires sont aux ordres des ministres et non l’inverse ; mais s’ils agissent et quand ils agissent, alors c’est la coalition des mécontents qui s’agite en criant à la conspiration bruxelloise ou au complot mondialiste. Peut-on toujours incriminer la classe politique ce qui semble être le sport préféré de ceux qui ont le monopole de la parole médiatique, et en particulier de ceux qui se pensent intelligents ? Le fonctionnement de la démocratie implique l’existence de partis politiques. C’est incontournable. Si on exècre à ce point les responsables politiques, alors il faut vivre dans une dictature gouvernée par des militaires, des technocrates ou un superordinateur. Ou alors il faut installer des régimes communistes qui ne tolèrent aucun débat.
Ne croyez pas cependant que je voue une dévotion subite et aveugle au personnel politique français pétri dans l’ensemble d’étatisme et de dirigisme. Mais je crois (sans m’en réjouir) à la loi du marché et celle-ci fonctionne aussi dans le monde politique quoiqu’en pensent ses pourfendeurs. Comme la plupart des gens sont demandeurs de toujours plus de droits, plus de revenus et moins de contraintes, moins de devoirs et moins d’efforts, alors les hommes et femmes politiques développeront des discours politiques toujours plus démagogiques - façonnés à l’audimat des bons sentiments - pour coller au mieux à la demande de la majorité des électeurs en tentant de rassembler les éternels mécontents. Comme les gens n’aiment pas entendre le discours libéral (qu’ils connaissent à peine), les rares hommes politiques qui ont osés afficher leur sensibilité libérale ont été exclus du marché politique français. Et c’est ainsi que les français se retrouvent face à une classe politique qu’ils ont contribué à façonner et qu’ils exècrent dans le même temps. Ils plébiscitent la « malbouffe » pour la vilipender ensuite.
Il convient donc sans doute de retrouver le sens profond de termes comme « république », « citoyen », « démocratie », « nation », « peuple » ou « Etat ». Car au nom d’une conception dévoyée de la démocratie et de la « solidarité citoyenne », on se dirige vers une société peuplée d’individus totalement asservis à un Etat qui leur proposera un « contrat social » funeste : en échange de sa providentielle protection, nous devrons lui accorder un jour notre plus totale soumission. C’est ainsi que les peuples s’enchaînent eux-mêmes et se condamnent dans le même temps tout en célébrant leur propre abdication.
2009-05-20
Revenus et production
Le revenu global d’un pays est nécessairement la contrepartie de sa production. En ce sens, au niveau agrégé de l’économie nationale, le revenu national et le produit national sont deux dimensions d’une même grandeur. Au niveau individuel, le revenu économique est la contrepartie de la contribution de l’agent à l’effort global de production. Dans une économie en nature, le produit et le revenu sont identiques. Robinson sur son île ne pourra consommer que ce qu'il aura produit.Dans une économie monétaire composée de millions d'individus, l’agent économique doit recevoir sous forme monétaire l’exacte contrepartie de ce qu’il a produit. Cependant, dans la réalité, l’estimation exacte de cette grandeur est problématique. Si on interroge n’importe quel individu, il estimera toujours que son revenu est insuffisant, qu’il ne gagne pas ce qu’il mérite réellement. Dans l’économie moderne, la production est un phénomène socialisé dans le sens où, en raison de la division sectorielle toujours plus fine du travail – entre les entreprises et dans l’entreprise elle-même -, personne ne peut plus produire isolément sans le concours des autres acteurs économiques (privés et publics).
Les principaux acteurs du système économique moderne sont ceux qui apportent les facteurs de production (capital, travail, matières premières, compétences, services publics) et ceux qui les combinent à l’intérieur d’une entreprise (l’entrepreneur). La mobilisation des facteurs de production dans l’entreprise donne lieu à la création et à la distribution d’un revenu économique. Ainsi, le processus de production de richesses est dans le même temps un processus de répartition des richesses, sous la forme de distribution directe de revenu.
Le revenu, qui ne dépend d’aucun effort productif, est considéré comme une rente. Par contre, les salaires rémunèrent le travail, ce dernier pouvant être manuel, physique et/ou intellectuel. Les intérêts rémunèrent l’apport des capitaux (c'est un service bancaire), via le système bancaire. Les dividendes rémunèrent l’apport des capitaux (c'est un service financier), via les marchés financiers. Les profits rémunèrent l’entrepreneur. Tous ces revenus étant le fruit d’une décision (un arbitrage) et d’un acte économiques, ils sont tous nécessaires et légitimes. Rien ne sert d'opposer les revenus entre eux sauf à entretenir la confusion mentale et morale qui règne aujourd'hui et entretient la crise économique.
Les principaux acteurs du système économique moderne sont ceux qui apportent les facteurs de production (capital, travail, matières premières, compétences, services publics) et ceux qui les combinent à l’intérieur d’une entreprise (l’entrepreneur). La mobilisation des facteurs de production dans l’entreprise donne lieu à la création et à la distribution d’un revenu économique. Ainsi, le processus de production de richesses est dans le même temps un processus de répartition des richesses, sous la forme de distribution directe de revenu.
Le revenu, qui ne dépend d’aucun effort productif, est considéré comme une rente. Par contre, les salaires rémunèrent le travail, ce dernier pouvant être manuel, physique et/ou intellectuel. Les intérêts rémunèrent l’apport des capitaux (c'est un service bancaire), via le système bancaire. Les dividendes rémunèrent l’apport des capitaux (c'est un service financier), via les marchés financiers. Les profits rémunèrent l’entrepreneur. Tous ces revenus étant le fruit d’une décision (un arbitrage) et d’un acte économiques, ils sont tous nécessaires et légitimes. Rien ne sert d'opposer les revenus entre eux sauf à entretenir la confusion mentale et morale qui règne aujourd'hui et entretient la crise économique.
Si un travailleur ne reçoit pas un salaire à la hauteur de sa productivité, il y a un risque de démotiver le travailleur qui pourra quitter l’entreprise à la moindre proposition qui s’avèrera plus intéressante. Ce turn-over représente un coût pour l’entreprise dans la mesure où un travailleur expérimenté contribue à la performance globale de l’entreprise. Plus le travailleur est compétent, plus il mobilise un capital humain qu’il a dû lui-même acquérir au terme d’un processus de formation souvent long et coûteux.
De la même manière, un acteur économique doit payer des intérêts s’il veut pouvoir emprunter de l’argent, s’il veut être crédible au sens littéral du terme (obtenir du crédit). Honorer le service de la dette fait partie intégrante de la crédibilité qui permet à l’entreprise de lever des fonds. C’est pour cette même raison que l’entreprise cotée en bourse doit aussi distribuée des dividendes si elle veut garder la confiance de ses actionnaires, sans laquelle elle ne pourrait augmenter son capital. Enfin, sans des profits suffisants, aucun entrepreneur ne se lancerait dans ce processus hautement risqué de combinaison des facteurs. Ce processus est pourtant au cœur du fonctionnement même de l’économie car, sans les entreprises, tous les autres revenus seraient virtuels.
La machine économique implose lorsque les travailleurs veulent obtenir un salaire sans fournir en contrepartie du travail et/ou des compétences réelles et évaluées, ou lorsqu’ils veulent recevoir des dividendes sans acquérir les actions correspondantes qui seules donnent droit à une partie des bénéfices. La machine économique implose lorsque les entrepreneurs perçoivent des profits sans prendre en contrepartie le risque de la création d’entreprise et de l’innovation. La machine économique implose lorsque les banques perçoivent des intérêts sans fournir en contrepartie des capitaux aux investisseurs tout en assumant le service non seulement de l’intermédiation mais en évaluant au mieux les projets économiques qui seront financés à l’aide de l’épargne des ménages déposée dans les établissements bancaires.
De la même manière, un acteur économique doit payer des intérêts s’il veut pouvoir emprunter de l’argent, s’il veut être crédible au sens littéral du terme (obtenir du crédit). Honorer le service de la dette fait partie intégrante de la crédibilité qui permet à l’entreprise de lever des fonds. C’est pour cette même raison que l’entreprise cotée en bourse doit aussi distribuée des dividendes si elle veut garder la confiance de ses actionnaires, sans laquelle elle ne pourrait augmenter son capital. Enfin, sans des profits suffisants, aucun entrepreneur ne se lancerait dans ce processus hautement risqué de combinaison des facteurs. Ce processus est pourtant au cœur du fonctionnement même de l’économie car, sans les entreprises, tous les autres revenus seraient virtuels.
La machine économique implose lorsque les travailleurs veulent obtenir un salaire sans fournir en contrepartie du travail et/ou des compétences réelles et évaluées, ou lorsqu’ils veulent recevoir des dividendes sans acquérir les actions correspondantes qui seules donnent droit à une partie des bénéfices. La machine économique implose lorsque les entrepreneurs perçoivent des profits sans prendre en contrepartie le risque de la création d’entreprise et de l’innovation. La machine économique implose lorsque les banques perçoivent des intérêts sans fournir en contrepartie des capitaux aux investisseurs tout en assumant le service non seulement de l’intermédiation mais en évaluant au mieux les projets économiques qui seront financés à l’aide de l’épargne des ménages déposée dans les établissements bancaires.
Dans un contexte d'implosion économique, le fonctionnement économique harmonieux laisse la place à un champ de bataille à l’intérieur duquel chacun cherche à vivre au dépend des autres.
2009-05-17
Innovation, prospérité et capitalisme
L’innovation a sans cesse remodelé le tissu économique et l’ensemble de la société. Ce n’est pas un phénomène propre à notre époque mais inhérent à la nature humaine. En effet, à l’échelle de l’humanité, notre époque moderne, marquée par l’accélération indéniable du rythme de l’innovation technologique, n’est que la partie visible d’un iceberg immense dont il reste tellement à apprendre. Notre époque moderne n’est pas si originale. L’époque préhistorique elle-même est déjà marquée par l’innovation. Et quelles innovations ! Les pré-humains, à leur manière, ont innové pour survivre. Ils n’avaient pas le choix face à une nature hostile. De plus, leurs innovations furent radicales car ils avaient tout à apprendre en inventant l’humanité.La première innovation radicale fut sans doute liée à un changement d’habitat. Nous savons aujourd’hui que nos lointains ancêtres furent probablement de petits « singes » vivant dans les arbres. Poussés par l’instinct de survie, et peut-être déjà par la curiosité, ces derniers ont dû un jour conquérir les plaines en quête de nourritures et d’espace vital. Ce faisant, ils inventèrent la bipédie, la station debout permettant de voir au loin en se dressant au-dessus de la végétation pour se protéger des prédateurs. La deuxième innovation, toute aussi essentielle, a concerné le régime alimentaire. D’abord exclusivement végétariens, nos ancêtres pré-humains sont devenus charognards. Puis, ils ont appris à chasser pour se nourrir de viande fraîche. Enfin, ils ont domestiqué le feu et fait cuire la viande. A chaque étape, ils ont dû aller contre leur nature première ou leur tradition en innovant de la sorte. Ou alors c’est bien la nature créatrice, mais tellement singulière, de l’homme qui s’exprimait déjà. En tout cas, le hasard combiné à la nécessité, l’expérimentation combinée à la prise de risque, ont permis ces innovations fondatrices de la civilisation elle-même.
La maîtrise du feu, l’invention du langage parlé résultant de la maîtrise progressive de cris et de sons spontanés, la fabrication des outils, l’invention de l’écriture qui donne naissance à l’histoire, la découverte de la roue, puis l’invention de la monnaie, du calcul…tous ces événements fondateurs et fondamentaux ont marqué cette épopée humaine principalement basée sur l’innovation et sa diffusion irréversible autant qu’irrépressible.
A ces époques si reculées à nos yeux d’hommes modernes, l’être humain, et sans doute quelques individualités plus entreprenantes que d’autres, se distinguent des autres espèces animales par sa soif d’apprendre qui le pousse à faire des expériences bizarres. C’est cet apprentissage basé sur l’expérimentation qui aboutit à l’innovation, nourrissant un processus d’accumulation du savoir et des techniques, qui nous vient de la nuit des temps.
Ce processus n’a donc pas commencé à la révolution industrielle. A partir du moment où ce processus fut enclenché, il ne s’est plus jamais interrompu. Mais, s’est-il récemment accéléré ? Le phénomène de l’accélération est-il lui-même récent ? En fait, l’apprentissage s’est toujours accéléré… Avec l’invention de l’écriture, chaque génération pouvait transmettre, avec une plus grande efficacité, son héritage intellectuel et culturel aux générations qui suivent. Ce fut déjà un fabuleux coup d’accélérateur.
De milliers d’années, l’évolution technologique, économique et sociale s’est alors déclinée en siècles. Chaque grande civilisation (grecque, romaine, chinoise, arabe, européenne…) a alors participé à la conservation et à l’évolution des mathématiques et des sciences. Et les travaux les plus récents des historiens montrent que le « moyen-âge » européen ne fut pas la période noire et figée que l’on a bien longtemps voulu voir.
Le phénomène d’accélération n’est pas propre à notre époque moderne. Il est contenu dans le processus d’apprentissage lui-même. En fait, au lieu de parler d’accélération, il faudrait utiliser le terme plus exact de « capitalisation » : l’accumulation et la transmission des connaissances acquises par les générations précédentes est un processus de « capitalisation » au cœur du développement économique.
Plus on sait et plus on apprend vite. Il a fallu des milliers d’années aux pré-humains pour devenir véritablement humains. Avec l’écriture et les outils, les évolutions s’accélèrent. Le pré-humain a mis des milliers d’années à inventer le langage. Les enfants humains apprennent à parler au bout de 2 à 3 années. Ainsi, les apprentissages se transforment en acquis irréversibles, s’inscrivant dans la culture et l’héritage génétique des hommes.
Ce faisant, ils forment le capital humain dont les théories modernes de la croissance ont redécouvert la contribution essentielle et inestimable à la croissance économique et l’évolution des sociétés. Finalement, l’innovation n’est pas une caractéristique propre à la société moderne ou ce que les auteurs ont désigné comme étant le capitalisme, sauf à reconsidérer une définition plus épurée, et somme toute plus rigoureuse, du capitalisme comme désignant le mode d’accumulation de toute forme de capital.
De ce point de vue, l’apprentissage et l’innovation constituent les modalités de l’accumulation du capital humain, ce dernier étant à la base de toutes les autres formes de richesses (financières, matérielles, intellectuelles ou culturelles). Alors, l’innovation s’inscrit au cœur même de la nature humaine et de son épopée, au-delà de la diversité nécessaire mais apparente des systèmes économiques auxquels elle aura donné l’impulsion.
2009-05-14
Le profit : un revenu illégitime ?
Une entreprise qui ne fait pas de profits n’est pas viable à long terme, sauf si elle reçoit des aides publiques. Mais, il faut avoir à l’esprit que les aides publiques seront financées, d’une manière ou d’une autre, en prélevant une partie de la richesse créée par les acteurs viables de l’économie, donc les entreprises qui font du profit.L’objectif d’une entreprise est de produire des richesses ; le profit est l’indicateur de sa capacité à créer de la valeur, source de croissance. Pourtant, quand les entreprises réalisent des profits, elles suscitent suspicion voire opprobre.
Il est vrai que le terme même de profit à une connotation fortement péjorative. Profit vient de profiter ; s’il y a du profit, c’est qu’il y a des profiteurs. Ce terme fut en effet consacré par l’analyse marxiste du fonctionnement de l’économie capitaliste qui considère que le capitalisme est un processus d’exploitation des travailleurs par les capitalistes, les seconds profitant des premiers.
On pourrait considérer plus prosaïquement que s’il n’y a plus de capitalistes, alors les travailleurs eux-mêmes sont menacés car il n'y aura plus d'entreprises. Les gens le ressentent naturellement quand ils s’inquiètent des délocalisations ou de l’absence de repreneurs d’entreprises, lorsque ces dernières tombent en faillite. En effet, si personne n’apporte de capitaux, si personne ne prend le risque économique d’utiliser ces capitaux pour combiner les facteurs de production dans une entreprise viable (en un mot pour financer un projet d’entreprises), alors les emplois des travailleurs sont menacés. Pourtant, personne, et surtout pas les ménages qui sont à l’origine de l’épargne, n’est prêt à investir dans une affaire qui n’est pas viable !
De ce point de vue, le profit est un objectif et un revenu légitimes. Le terme « bénéfice », même s’il a un sens comptable différent, est plus approprié. Le bénéfice est, au sens propre, le résultat d’une action bénéfique. Au lieu de considérer le profit comme le résultat d’un processus d’exploitation, on définira le bénéfice comme une mesure de la performance.
Ainsi, le profit, ou le bénéfice, sont des objectifs non seulement souhaitables, mais qu’il convient d’encourager. Car, à la différence des précédents revenus, son caractère résiduel en fait un revenu hautement incertain. Lorsque l’entrepreneur a rémunéré ses travailleurs, ses actionnaires, sa banque, il se doit de payer ses impôts. Etant lié par des contrats qui le lient aux travailleurs, aux actionnaires, à ses banquiers, l’entrepreneur est dans l’obligation de payer ses revenus, honorant ainsi ses engagements contractuels. De la même manière, les prélèvements qui financent le secteur public étant obligatoires, l’entrepreneur doit évidemment payer ses impôts.
Tous ces paiements sont légitimes, puisqu’ils lui permettent d’engager des facteurs de production (capital, travail) et de profiter des infrastructures et services publics (secteur public). Cependant, l’entrepreneur doit faire en sorte qu’il reste un bénéfice au terme de tous ces paiements successifs sinon à quoi bon entreprendre.
Cette capacité à dégager un bénéfice sera en quelque sorte la mesure de ses qualités et compétences de gestionnaire. Comme il est dans l’intérêt de la collectivité que les entreprises prospèrent, que de nouvelles entreprises soient créées et que les gestionnaires soient compétents, le bénéfice apparaît comme un ingrédient indispensable du fonctionnement de l’économie moderne.
Il est vrai que le terme même de profit à une connotation fortement péjorative. Profit vient de profiter ; s’il y a du profit, c’est qu’il y a des profiteurs. Ce terme fut en effet consacré par l’analyse marxiste du fonctionnement de l’économie capitaliste qui considère que le capitalisme est un processus d’exploitation des travailleurs par les capitalistes, les seconds profitant des premiers.
On pourrait considérer plus prosaïquement que s’il n’y a plus de capitalistes, alors les travailleurs eux-mêmes sont menacés car il n'y aura plus d'entreprises. Les gens le ressentent naturellement quand ils s’inquiètent des délocalisations ou de l’absence de repreneurs d’entreprises, lorsque ces dernières tombent en faillite. En effet, si personne n’apporte de capitaux, si personne ne prend le risque économique d’utiliser ces capitaux pour combiner les facteurs de production dans une entreprise viable (en un mot pour financer un projet d’entreprises), alors les emplois des travailleurs sont menacés. Pourtant, personne, et surtout pas les ménages qui sont à l’origine de l’épargne, n’est prêt à investir dans une affaire qui n’est pas viable !
De ce point de vue, le profit est un objectif et un revenu légitimes. Le terme « bénéfice », même s’il a un sens comptable différent, est plus approprié. Le bénéfice est, au sens propre, le résultat d’une action bénéfique. Au lieu de considérer le profit comme le résultat d’un processus d’exploitation, on définira le bénéfice comme une mesure de la performance.
Ainsi, le profit, ou le bénéfice, sont des objectifs non seulement souhaitables, mais qu’il convient d’encourager. Car, à la différence des précédents revenus, son caractère résiduel en fait un revenu hautement incertain. Lorsque l’entrepreneur a rémunéré ses travailleurs, ses actionnaires, sa banque, il se doit de payer ses impôts. Etant lié par des contrats qui le lient aux travailleurs, aux actionnaires, à ses banquiers, l’entrepreneur est dans l’obligation de payer ses revenus, honorant ainsi ses engagements contractuels. De la même manière, les prélèvements qui financent le secteur public étant obligatoires, l’entrepreneur doit évidemment payer ses impôts.
Tous ces paiements sont légitimes, puisqu’ils lui permettent d’engager des facteurs de production (capital, travail) et de profiter des infrastructures et services publics (secteur public). Cependant, l’entrepreneur doit faire en sorte qu’il reste un bénéfice au terme de tous ces paiements successifs sinon à quoi bon entreprendre.
Cette capacité à dégager un bénéfice sera en quelque sorte la mesure de ses qualités et compétences de gestionnaire. Comme il est dans l’intérêt de la collectivité que les entreprises prospèrent, que de nouvelles entreprises soient créées et que les gestionnaires soient compétents, le bénéfice apparaît comme un ingrédient indispensable du fonctionnement de l’économie moderne.

