2005-12-21

Les pensées

Les pensées sont destinées aux futurs élus et à tous ceux qui rêvent d’embrasser une carrière politique en ayant la prétention de « changer le monde », et notamment aux hommes politiques « providentiels » qui se sont donnés pour objectif de sauver notre pays de la mondialisation en prenant le risque de l'isoler dans un déclin fatal.
Souvent, ils n’auront fait qu’empirer les choses. La politique n’est pas une question de bons sentiments ou de nobles intentions. Avant d’espérer changer le monde, il faut d'abord le comprendre. Comment un médecin peut-il soigner son patient s'il ne connaît pas le fonctionnement du corps humain ? Or ce fonctionnement ne dépend pas de la volonté du médecin.

1. La pensée libérale n’est pas contre l’Etat en tant que tel. Elle est contre le gaspillage et l’inefficacité engendrés par la dérive des dépenses de l’Etat. Il convient donc de restaurer l’Etat dans ses fonctions légitimes, c’est-à-dire les seules où il sera le plus efficace.

2. Ce n’est pas l’Etat qui garantit la valeur d’un diplôme, mais c’est son titulaire. On n’a aucun mérite à détenir un diplôme dont la valeur est garantie par un tiers. Et on ne peut fixer par avance la valeur d’aucun titre. Qu’est-ce qui garantit la valeur d’une action en bourse ou d’un prix Nobel ? L’Etat y peut-il quelque chose, sinon prendre le risque de tout dérégler en prétendant garantir a priori la valeur un titre.

3. Le marché implique l’Etat mais pas sous n’importe quelle forme. Le marché va de pair avec un Etat de droit, c’est-à-dire celui qui garantit et fait respecter les droits individuels, lesquels sont à la base des relations contractuelles qui sont aussi des relations d’échange.

4. Les enseignants devraient apprendre aux enfants comment penser, mais non ce qu’il convient de penser. Les parents devraient apprendre aux enfants à devenir adultes et non les en empêcher.

5. Il n’existe que trois formes d’Etat: l’Etat totalitaire qui écrase les individus puisqu’il les nie ; l’Etat-providence qui assiste les individus ce qui est une façon plus insidieuse de nier leur existence réelle ; l’Etat de droit qui garantit les libertés individuelles desquelles surgira le fait économique et social. Seul l’Etat de droit a permis la prospérité pour le plus grand nombre, en mettant en place les conditions d’épanouissement de la croissance durable de l’économie.

6. Le socialisme est basé sur l’Etat totalitaire mais peut prendre souvent le chemin de l’Etat providence. La social-démocratie repose sur l’Etat providence qui dégénère toujours en Etat totalitaire lorsqu’il s’agit de partager la pénurie engendrée par l’interventionnisme sans limite. Le libéralisme est fondé sur l’Etat de droit, la seule « troisième voie » viable (ce qui, évidemment, ne veut pas dire parfaite) tandis que la première voie implose dans la violence et que la seconde agonise dans le déclin.

7. On présente généralement aux gouvernements dits de droite les factures engendrées par les lubies des gouvernements dits de gauche. Au niveau mondial, on se tourne généralement vers les pays capitalistes pour payer les factures laissées par les expériences tragiques réalisées par les pays qui refusent le capitalisme. Et l’on trouve encore à dire que le capitalisme ne marche pas très bien…

8. Le capitalisme, certes, marcherait bien mieux n’étaient les fantaisistes qui s’obstinent à essayer de faire fonctionner l’économie sur des principes anti-économiques. Est-ce à mettre au débit du capitalisme que d’être tolérant avec ses ennemis ? Faut-il incriminer le capitalisme s’il nourrit précisément ceux qui le combattent ?

9. Si vous considérez une chose comme trop précieuse pour votre avenir ou celui de vos enfants, n’attendez pas que d’autres s’en occupent à votre place. Si une chose compte vraiment à vos yeux (alors qu’elle n’aura certainement pas la même importance aux yeux des autres), faites-la vous-mêmes. Ne vous en remettez pas à l’Etat : au mieux, il fera moins bien que vous ; au pire, il n’agira pas. Si l’éducation, la santé, la famille, la retraite, l’emploi…sont véritablement importants à vos yeux, éduquez-vous, prenez soin de votre santé, occupez-vous de votre famille, épargnez pour votre retraite et travaillez ! Prenez vos responsabilités ! En un mot, occupez-vous en par vous-mêmes, rapidement et en permanence.

10. On obtient dans la vie précisément ce qu’on y investit. Comme on obtient d’un ami précisément ce qu’on lui a apporté. Aucune relation déséquilibrée n’est durable. C’est une des grandes lois de l’économie que d’établir cette proportion entre l’effort et le résultat, entre le travail et la productivité. En conséquence de quoi, celui qui attend tout des autres au nom de la solidarité collective n’obtiendra pas grand chose… Savoir que ce peu de chose sera gratuit constitue une piètre consolation…

11. On jugera les gens non par leurs paroles, mais par leurs actes. Eux seuls révèlent les préférences des individus et leurs priorités.

12. Nous sommes tous producteurs d’un bien ou d’un service en particulier ; mais nous sommes tous consommateurs de biens et de services en général. De sorte que l’intérêt général ne peut être représenté que par l’intérêt des consommateurs que nous sommes tous.

13. Comme nous avons tous en commun d’être consommateurs de biens et de services en général, la prise en compte effective de l’intérêt du consommateur, imposée par les lois de la concurrence, se rapproche le plus d’une expression de l’intérêt général.

14. Pensez à ce qui importerait le plus à vos yeux en tant que consommateur, et vous aurez une idée de la politique économique que devrait exercer un gouvernement réellement soucieux de l’intérêt général.

15. Il ne peut exister de « chômage au noir » ; il n’y a que du «travail au noir». Pourquoi faut-il se cacher pour travailler ? Pourquoi peut-il être dans l’intérêt de se déclarer officiellement chômeur ? Le travail est une nécessité imposée par notre condition naturelle de sorte que le chômage est une aberration des temps modernes. A partir d’un certain seuil de réglementations et de prélèvements, il vaut mieux s’abstenir de travailler que travailler. De même, à partir d’un certain seuil de redistribution, on échappe à la nécessité de devoir travailler pour vivre.

16. On ne peut empêcher l’émergence d’un concurrent dans un secteur donné si ce n’est par la loi. Autrement dit, il n’y a pas de monopole naturel. Seule la réglementation permet d’imposer une structure de marché. Il n’y a de monopoles que ceux issus des privilèges accordés par le pouvoir politique.

17. On reconnaît une bonne politique à la capacité qu’à l’Etat de laisser les citoyens libres de créer des richesses et de les échanger et non de le faire à leur place. On reconnaît une mauvaise politique à la possibilité que détient l’Etat de détruire les incitations à créer et le goût de la liberté, en s’ingérant sans limite pré-établie dans la sphère des activités et décisions privées.

18. L’Etat ne peut redistribuer que ce qu’il a par ailleurs prélevé ; et il redistribue généralement moins si l’on prend en compte le coût exorbitant de son propre fonctionnement et l’effet désincitatif de ses prélèvements et redistributions.

19. L’Etat peut redistribuer plus que ce qu’il prélève à la condition de s’endetter. Mais l’emprunt présuppose un prêt. Ainsi, l’Etat devra rendre avec intérêt de surcroît. C’est donc qu’il redistribue une richesse actuelle qu’il a prélevé par ailleurs ou qu’il anticipe sur une richesse qu’il faudra imposer demain.

20. Le gouvernement ne peut résoudre tous nos problèmes dans la mesure où il est à l’origine de bien d’entre eux, tout en nous faisant croire qu’il détient la solution cachée. Nous pouvons, en revanche, résoudre la plupart de nos problèmes si le poids des prélèvements qui pèse sur chacun de nous se trouve allégé, un allègement qui tient au bon vouloir du gouvernement.

21. En nous adressant à l’Etat pour résoudre nos problèmes, on risque de voir s’accroître le fardeau qui est précisément à l’origine de notre incapacité à faire face à nos problèmes.

22. Quand un responsable politique parle d'instaurer un nouveau prélèvement « provisoire », c'est qu'il n'a pas l'intention de s'attaquer au montant des dépenses publiques dans lesquelles seront engouffrés à jamais ces recettes supplémentaires. Donc ces prélèvements ne seront jamais provisoires ! N'oublions jamais que les hommes politiques sont habitués à nous mentir parce que nous consentons à les croire...

23. Le monde est en danger non pas quand les Etats-Unis sont sur-puissants ; le monde s’est trouvé en grand danger quand les Etats-Unis se sont avérés en situation de faiblesse.

24. Nos dirigeants - et les médias qui les courtisent - parlent sans arrêt avec mauvaise conscience de l’écart qui se creuse entre les pays riches et les pays pauvres. Mais la pauvreté de ces derniers tient précisément à leurs dirigeants, qui rejettent les principes de l’économie de liberté pour succomber aux chimères du contrôle étatique de l’économie.

25. Le communisme est excellent pour garantir des emplois à vie aux dictateurs et autres chercheurs de rente. Bill Gates ou Steve Jobs doivent leur fortune au succès (imprévisible) de leurs entreprises, qui auront enrichi dans leur sillage actionnaires, clients et employés dans le monde entier. A qui Fidel Castro ou Ben Laden doivent-ils leur immense richesse ?

26. La possibilité du chômage est, en effet, liée à l’existence du marché du travail, c’est-à-dire à la liberté des choix. Supprimez le marché du travail, vous organisez alors des camps de travail. Le chômage n’existe pas dans les pays qui ont systématisé la pratique des camps de travail. Mais il n’y a plus de liberté.

27. Peut-on réellement tout accepter au nom de l’emploi ? Alors embauchons des jeunes pour creuser des trous, puis d’autres jeunes pour les reboucher. Un économiste sérieux vous dira que vous n’avez pas, ce faisant, créé du travail. Vous avez gaspillé du temps, ressource précieuse entre toutes.

28. Le secteur privé- le véritable cœur d’une économie de marché - est étouffé par un secteur public, qui est, non seulement le secteur le moins productif du pays, mais qui consacre une grande partie de son énergie - et de nos ressources - à entraver la marche du secteur privé et étouffer le cœur.

29. L’O.M.C. est au commerce international ce qu’est l’O.N.U. au droit international, un «machin». Qui peut sérieusement défendre encore un «machin» ?

30. Nous avons tous demandé un jour ou l’autre quelque chose au gouvernement comme si le gouvernement avait d’autres sources de revenu que, justement, nos revenus sur lesquels il applique une ponction.

31. Rien n’est gratuit. Il ne s’agit que des impôts «indolores» que sont tous ces prélèvements subis au quotidien sans même nous en rendre compte, les plus sournois, les plus injustes et les plus immoraux.

32. Imaginez que l’on vous coupe un peu chaque jour un morceau de votre jambe. Imaginez ensuite que votre tortionnaire vous propose une béquille pour vous «aider». Vous jetteriez aux quatre vents sa béquille. Alors le tortionnaire décide de vous couper la jambe sans douleur, sans que vous vous en aperceviez. Vous acceptez maintenant sa béquille comme une aide providentielle.

33. Si vous aviez réellement le choix, rempliriez-vous d’un liquide précieux un récipient percé de mille trous ?

34. Comme la radioactivité, l’inflation, une fois enclenchée, échappe à tout contrôle.

35. Il n’y a aucune chance de réduire les dépenses publiques en augmentant les prélèvements. Quand vous voulez que vos enfants ne dilapident plus leur argent de poche, vous serrez les cordons de la bourse.

36. Les dirigeants français attendent le retour de la croissance pour pouvoir baisser les prélèvements. Mais la croissance n’a aucune chance de redémarrer tant que les prélèvements n’auront pas été significativement réduits. Pour que les agents économiques - entreprises et ménages - puissent investir à nouveau, l’Etat doit consentir à leur rendre une part substantielle de ce qu’il leur a pris.

37. Tout argent public a d’abord été de l’argent privé.

38. Chaque fois qu’un ministre arrive au pouvoir avec une idée géniale pour contrôler les dépenses de santé, ces dernières s’envolent. Depuis que le plan Juppé - qui avait pour objectif explicite de freiner la dérive des dépenses de santé - a été mis en place, il ne s’est pas passé une année sans que l’on batte des records de dérapages. Et l’on continue à s’en remettre à un gouvernement pour résoudre des problèmes sur lesquels il n’a aucune prise.

39. On a beaucoup ironisé sur le scandale ENRON. Mais ce scandale prouve essentiellement que les Etats-Unis sont un pays où tricher fait scandale et vous conduit en prison si vous êtes pris la main dans le sac. En France, tricher est une pratique d’Etat. Qui peut croire une seconde que les comptes de l’entreprise E.D.F. sont corrects ? Que penser de la légitimité de plus de 30 ans de subventions accordées à l’entreprise BULL : s’agit-il d’aider une entreprise dans un secteur en déclin ? s’agit-il d’aider à la naissance d’un fleuron de la haute-technologie ? Nous avons d’ailleurs longtemps cru que la santé du président Mitterrand était bonne, comme en attestaient les bulletins officiels publiés entre 1981 et 1996. Mais les annonces officielles n’engagent que ceux qui y croient. Voilà l’éthique et la pratique politique dans notre pays. Alors que penser quand les plus hautes autorités cherchent à nous rassurer sur les comptes de la sécurité sociale ou sur la garantie de la valeur de nos points retraite dans 25 ans ?

40. Les fonctionnaires bénéficient de la sécurité de l’emploi qu’ils voudraient voir généraliser à l’ensemble des actifs. C’est généreux mais se rendent-ils compte que leurs avantages acquis sont justement supportés par les autres, de sorte qu’il est impossible de généraliser ce type de privilège.

41. S’il est impossible de généraliser l’emploi à vie, il existe une grande inégalité entre ceux qui en bénéficient et ceux qui sont exposés au chômage. Cette inégalité devrait être insupportable à tous ceux qui se mobilisent volontiers contre l’injustice au nom précisément de l’égalité et de la solidarité. S’il est économiquement impossible de généraliser un privilège ; l’on doit donc, au nom de la justice et de la solidarité, le supprimer.

42. La solidarité, c’est tout mettre en oeuvre pour ne pas être à la charge des autres.

43. L’écologie politique est aujourd’hui à l’économie, ce que l’astrologie fut à l’astronomie.

2005-12-19

L'esprit des lois


L’histoire nous montre que les détenteurs du pouvoir politique n’ont pas spontanément tendance à mettre en œuvre le processus de libération (politique) et de libéralisation (économique) nécessaire à l’épanouissement des initiatives économiques. En effet, un tel processus irait à l’encontre des intérêts et privilèges de la classe au pouvoir. Il faut donc des institutions fortes pour garantir un Etat de droit, c’est-à-dire un Etat respectueux des droits individuels fondamentaux, et qui daigne auto-limiter ses appétits de pouvoir, un Etat libéral au sens originel du terme.
De telles institutions ont pris des siècles à s’épanouir en Europe, pour s’imposer dès sa fondation aux Etats-Unis. Ces anciennes colonies britanniques furent peuplés à l’origine par une immigration d’origine européenne qui trouvait là l’occasion de mettre en pratique des idées qui avaient mûri sur le vieux continent.

A tous les croyants qui ont des doutes sur une possible conciliation – ou réconciliation - entre un engagement libéral et leur foi religieuse, l’histoire montre que ce sont les pays communistes qui furent les plus anti-religieux. D'une certaine manière, moins violente et plus sournoise, l’Etat-providence en France nourrit l’ambition de se substituer à la providence elle-même de la même manière que le communisme avait la prétention d’apporter le paradis en ce bas monde.
Pour un croyant, un homme est d’abord un fils de Dieu avant d’être homme ou femme en particulier, patron ou salarié en particulier, riche ou pauvre en particulier. Et, tous les hommes sont les fils de Dieu.
Pour un libéral, un homme est d’abord un individu avant d’être homme ou femme en particulier, patron ou salarié en particulier, riche ou pauvre en particulier. Et tous les hommes sont des individus.

Cette notion d’individu « abstrait » est fondamentale. Elle fonde l’Etat de droit et sous-tend toute l’éthique de l’économie de marché : les lois sont faites pour protéger l’individu « abstrait », c’est-à-dire tous les hommes dans ce qu’ils ont d’universels. L’économie de marché ne fonctionne que si les droits et les devoirs de tous les individus sont reconnus et protégés par un environnement juridique indépendant du pouvoir politique.
On ne doit pas faire, ni accepter, des lois de circonstances pour tel ou tel individu concret, pour tel ou tel groupe d’individus, ni des lois discriminatoires pour protéger telle ou telle minorité (que cette discrimination soit dite « positive » ou pas) ou différencier telle ou telle catégorie spécifique sans mettre en péril l’Etat de droit, et sans menacer les fondements même de notre bien-être économique et de la cohésion sociale.

2005-12-12

Le malentendu tragique

L’économie de marché, fondée sur le double principe de la liberté individuelle et de la responsabilité individuelle, n’est en aucune manière l’agent de la régression sociale. Le libéralisme est une éthique et un ensemble de valeurs morales sans lesquelles la science économique et la pratique de l’économie n’ont pas de sens. A toutes nos belles âmes et nos professionnels des bons sentiments, qui s’arrogent le monopole du cœur et de l’expression publique, il faudrait rappeler que Robin des bois, qu’ils récupèrent volontiers comme symbole de leur combat contre la mondialisation, s’attaquait à un roi illégitime et spoliateur – et donc à l’Etat sorti de son rôle - pour rendre les richesses ainsi pillées à leurs créateurs et seuls propriétaires légitimes, c’est-à-dire aux contribuables. Il n’y avait pas là de lutte des « puissants » en tant que riches contre les « faibles » en tant que pauvres. C’était un combat de toujours entre les spoliateurs parasites (les hommes de l’Etat qui abusent de leur pouvoir du fait de leur position de monopole) et les véritables créateurs de richesses (les hommes libres et responsables qui créent des richesses). Ce combat ne sera jamais acquis car la liberté, toujours menacée, n’est pas une situation mais bien un processus.

Il existe donc une asymétrie fondamentale entre les puissants, en tant que détenteurs du monopole de la violence légitime, et les vulnérables en qu’individus protégés par leurs seuls droits que les hommes de l’Etat ont trop vite fait de bafouer alors qu’ils sont chargés de les défendre. Il n’y a pas plus grand péril que d’être protégés par ceux qui ont le pouvoir de nous soumettre. Il n’y a pas plus grand danger que d’être dépendants de ceux qui ont le pouvoir de nous spolier. Le rôle d’une Constitution est justement de protéger l’individu du pouvoir politique, ce qu’avaient oublié les rédacteurs du projet de constitution européenne qui ont pris le risque de briser la dynamique européenne en voulant faire passer un projet confus et politisé.

Pourtant, il semble acquis aux yeux du plus grand nombre qu’il faudrait aujourd’hui moins de libéralisme ou, du moins, qu’il faudrait l’encadrer et le réguler avant qu’il ne ravage la planète et les sociétés. Mais n’a-t-on jamais défini le libéralisme ? Ne croyons pas que le libéralisme triomphe partout sur la planète. Les sempiternelles négociations entre Etats par délégations ministérielles interposées, dans le cadre de l’O.M.C. (qui est une instance publique se proposant de réguler le commerce mondial au nom des intérêts des Etats), montrent que c’est le mercantilisme qui triomphe aujourd’hui. Or, le mercantilisme est la négation même du libéralisme.
Les mercantilistes, parce qu’ils considèrent que l’économie est un jeu à somme nulle (ce que gagne un pays ou un individu est nécessairement perdu par un autre pays ou un autre individu) transposent dans l’économie leur vision antagoniste des rapports politiques et humains. Ce sont eux qui font des échanges une véritable « guerre économique » comme ils se servent de l’aspiration universelle à la foi et à la spiritualité pour nourrir leurs guerres de religions. Les arguments protectionnistes n’ont aucune validité puisqu’ils reviennent à nous infliger à nous-mêmes en temps de paix ce que nos adversaires chercheraient à nous faire subir en tant de guerre. Comment une armée peut-elle soumettre un pays ou une ville si ce n’est en décrétant le blocus et l’état de siège qui ont justement pour fonction d’étouffer l’adversaire en interdisant les échanges, préalables nécessaire à toutes activités économiques.
A leur origine, les accords du G.A.T.T. avaient pour mission de veiller à ce que tous les pays démantèlent leurs propres systèmes de protection puisque aucun ne voulait le faire s’il n’avait pas la garantie que les autres fassent de même. En transformant les accords du G.A.T.T. en O.M.C, les Etats – et notamment la France qui est à l’origine de cette conversion – ont pris le risque de faire triompher à nouveau le mercantilisme. Et quand le mercantilisme triomphe, ce sont toutes les valeurs du libéralisme qui reculent. Alors le commerce, source de paix et de prospérité, devient, aux mains des Etats et de leurs représentants officiels, l’enjeu de chantages diplomatiques et de calculs géopolitiques qui peuvent à tout moment dégénérer en véritables conflits.

2005-12-06

Parenthèse en Thaïlande


J’espère que mes lecteurs ne m’en auront pas trop voulu pour ces deux semaines de silence. Je veux leur dire que j’effectuais ma troisième mission officielle en Thaïlande, plus précisément à Phuket dans le cadre d’un programme de coopération académique dont je suis l’animateur. C’était une mission spéciale. Elle m’a conduit à revenir sur les lieux du tsunami auquel j’ai miraculeusement échappé l’année dernière dans le cadre de ce même programme, alors que j’effectuais une visite de l’île de Koh Phi Phi qui a subit une véritable hécatombe. Il était nécessaire d’y retourner, de continuer à travailler et de maintenir les collaborations. J’ai pu ainsi évacuer des souvenirs enfouis malgré moi et poursuivre ainsi une coopération qui m’amène à découvrir un peu plus une Asie du sud-est en pleine effervescence.

Cette mission fut l’occasion de m’offrir une parenthèse, loin d’une France tourmentée par ces maux chroniques devenus de véritables rituels, mais qui ont pris une dimension nouvelle avec les violences urbaines. Elle fut l’occasion de me sortir de ce marasme ambiant que je retrouve avec appréhension à chacun de mes retours, et que les expatriés français perçoivent avec une certaine tristesse. Depuis une dizaine d’années que je parcours le monde, j’ai pu voir des pays émerger et se transformer en l’espace d’une génération, assistant impuissant à la descente aux enfers de mon pays qui ne parvient pas à se retrouver autour d’un minimum de consensus nécessaire pour mettre en œuvre les indispensables réformes.

Alors l’appel du large se fait plus pressant ; mais l’impression de fuite est désagréable. Elle dégage toujours un parfum d'amertume. Ce sont dans ces moments de parenthèse que l’on tente d’y voir plus clair alors que l’horizon s’embrume.

2005-12-05

Le laboureur et ses enfants (ou la vraie solidarité entre les générations)



Travaillez, prenez de la peine ;
C’est le fonds qui manque le moins.

Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l’héritage
Que nous ont laissé nos parents :
Un trésor est caché dedans.

Je ne sais pas l’endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu’on aura fait l’août :
Creusez, fouillez, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.

Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout ; si bien qu’au bout de l’an
Il en rapporta davantage.
D’argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que le travail est un trésor.


Jean de La Fontaine
Livre V, Fable IX

2005-12-01

Libre-échange et mondialisation


La taxe TOBIN a fait couler beaucoup d'encre. Son invocation est en général l’occasion de décrier la « mondialisation »[1]. Elle est la raison d’être de l’association ATTAC, et il se trouve actuellement près de 154 députés français favorables à la taxe, si bien que tous les candidats à la Présidence déclarés à ce jour se sentent obligés d’en parler pour l’approuver.

Il se trouve que James TOBIN, père présumé de cette fameuse taxe, avait asséner un grand coup sur la tête des anti-mondialistes en affirmant (dans l’hebdomadaire allemand Der spiegel) que les gens qui se réclament de lui détournaient son nom. La taxe n’a pas été imaginée en vue de neutraliser le marché financier mondial, mais en vue de freiner des capitaux courts dont la circulation s'avérer néfaste dans le cadre du système des changes fixes de Bretton-Woods. Or, le système de Bretton-Woods n'est plus et le prix Nobel d’économie Tobin est un partisan, et non un adversaire, de la mondialisation. Il se déclare explicitement « un partisan du libre commerce » et il ne comprend pas les positions protectionnistes des anti-mondialistes.

Mais quel économiste responsable pourrait aujourd’hui être contre le libre commerce mondial ? Plus de la moitié du produit mondial dépend directement des échanges extérieurs. José Bové lui-même était furieusement monté au créneau auprès de la commission européenne en dénonçant les taxes américaines qui frappaient le Roquefort français, se montrant ainsi solidaire des producteurs français de Roquefort et des consommateurs américains de ce même produit. Mais comment peut-il à la fois dénoncer le protectionnisme américain (imposé par des syndicats américains) et critiquer dans le même temps le libre-échange ?
Ce n’est pas le libre-échange qui est la loi du plus fort, mais plutôt le protectionnisme car seuls les pays riches et puissants ont les moyens de mettre en œuvre des aides pour protéger leurs industries. Les subventions agricoles du Nord représentent près de six fois l'aide publique au développement (311 milliards de dollars contre 55 en 2001). D’ailleurs, les pays du Sud ne manquent pas de demander – dans le cadre des négociations de l’O.M.C. ou dans le dernier sommet de la terre à Johannesburg – la suppression de ces subventions qui ruinent les productions locales dans les pays en développement et qui les empêchent de vendre leurs produits dans les pays riches !

Limiter les échanges, sous le prétexte qu’ils sont internationaux, irait non seulement contre le principe même de l’économie, qui n’est autre que l’échange volontaire, mais contre le principe même de liberté inscrit dans les constitutions des pays démocratiques. En effet, la liberté des échanges n’est qu’une des formes de la propriété : c’est le droit de chacun de disposer du fruit de son activité. Qui peut nous dire si nous devons acheter une voiture japonaise, italienne ou française ? Manger du saumon de Norvège ou de la truite du Lignon ? Nous assurer à la Lloyd’s ou chez AXA ? Limiter les échanges irait contre Adam SMITH et tous les autres qui ont expliqué que la « richesse des nations » n’avait d’autre origine et d’autre contenu que l’ouverture de l’espace des échanges, la diffusion des connaissances et la complémentarité entre individus.
En fait, la dynamique du développement et de la croissance dépend pour une grande part de la capacité des agents économiques à échanger et se spécialiser, la spécialisation engendrant les gains de productivité. Mais, la spécialisation nous rendant dépendant des autres puisqu’il faut bien acquérir les produits que l’on ne fabrique pas soi-même, l’échange est donc le corollaire indispensable de la productivité (qu’il traverse ou non des frontières). Et la productivité est le moteur de la croissance économique.
Ainsi, la mondialisation n’est donc qu’une expression de la liberté élargie des acteurs : qu’ils soient consommateurs, producteurs, salariés, entrepreneurs ou épargnants (et nous sommes tous un peu tout cela à la fois), ces acteurs de la vie sociale et économique ont un espace de choix plus grand avec l’ouverture des frontières.
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[1] C.F. Caccomo J.L., « La mondialisation : un concept ambiguë », in Culture et Structures Economiques, sous la direction de Granier R. et Robert M., Economica, Paris 2002.