2006-05-10
Hommage aux Pères

Un an après son décès, j’ai voulu rendre hommage à mon père.
Puis j’ai appris la disparition de Jean-François Revel qui fut pour moi (avec Frédéric Bastiat, Ludwig Von Mises ou encore Milton Friedman et tant d’autres encore) comme un père spirituel dont la pensée a orienté mon parcours intellectuel et ma philosophie économique et sociale.
Il y a des filiations sans lesquelles un homme ne saurait se construire. Mon père m’a légué des principes et des valeurs qui constituent aujourd'hui des repères précieux dans un monde qui tend à relativiser toutes normes. Ces principes m’ont permis d’apprécier peu à peu tout l’héritage intellectuel laissé par ceux dont le talent leur a donné la possibilité d’inscrire leur pensée dans des livres qui traversent le temps.
Ce n’était pas évident tant le bruit est énorme et la désinformation intense à l’heure de la société du spectacle. Dans ce contexte troublé, j’espère pouvoir transmettre à mes fils le même héritage.
Jean-François Revel fait partie de ces rares intellectuels qui, pendant que j’entrais en résistance, étaient au combat sur le front de l’antilibéralisme le plus déchaîné. Car l’univers des intellectuels officiels et adoubés par le pouvoir en place est un arène sans pitié aucune. Les enjeux sont si énormes. Toute bataille politique se gagne d'abord sur le terrain idéologique ; car avant de conquérir les urnes, il faut gagner les esprits. Pour gagner les esprits, il faut convaincre mais cela demande du temps, de la pédagogie et du talent.
Il y a des filiations sans lesquelles un homme ne saurait se construire. Mon père m’a légué des principes et des valeurs qui constituent aujourd'hui des repères précieux dans un monde qui tend à relativiser toutes normes. Ces principes m’ont permis d’apprécier peu à peu tout l’héritage intellectuel laissé par ceux dont le talent leur a donné la possibilité d’inscrire leur pensée dans des livres qui traversent le temps.
Ce n’était pas évident tant le bruit est énorme et la désinformation intense à l’heure de la société du spectacle. Dans ce contexte troublé, j’espère pouvoir transmettre à mes fils le même héritage.
Jean-François Revel fait partie de ces rares intellectuels qui, pendant que j’entrais en résistance, étaient au combat sur le front de l’antilibéralisme le plus déchaîné. Car l’univers des intellectuels officiels et adoubés par le pouvoir en place est un arène sans pitié aucune. Les enjeux sont si énormes. Toute bataille politique se gagne d'abord sur le terrain idéologique ; car avant de conquérir les urnes, il faut gagner les esprits. Pour gagner les esprits, il faut convaincre mais cela demande du temps, de la pédagogie et du talent.
L'autre moyen plus radical de gagner les esprits, outil préféré des zélateurs de la révolution en marche, consiste à les modeler, les formater, si besoin en contrôlant les média et le système éducatif. Eclairée par ses intellectuels de la révolution, la gauche l'a bien compris et le met chaque jour en pratique tandis que la droite semble avoir abdiqué sur ce terrain, croyant pouvoir se rattraper sur le terrain économique. Mais on ne peut dissocier l'économie de ses racines philosophiques et éthiques.
Il faut alors un réel courage et une volonté d’acier pour ne pas se laisser enfermer dans le format d’une pensée aux allures savantes imposée par les gardiens de la dialectique marxiste. Jean-François Revel a eu et le courage et le talent.
Mon père n’était pas un homme de l’écrit ni de la parole. Il était encore moins un intellectuel. Il tirait ses enseignements de l’expérience vécue, au terme d’une trajectoire itinérante, qui la conduit de la Sicile, en passant par l’Afrique du Nord (troublée par les évènements de l’indépendance qui ont fait basculer sa vie) pour devenir un citoyen français rangé.
Mon père n’était pas un homme de l’écrit ni de la parole. Il était encore moins un intellectuel. Il tirait ses enseignements de l’expérience vécue, au terme d’une trajectoire itinérante, qui la conduit de la Sicile, en passant par l’Afrique du Nord (troublée par les évènements de l’indépendance qui ont fait basculer sa vie) pour devenir un citoyen français rangé.
Cette vie résonne en moi aujourd’hui pour m’inviter à continuer ce voyage qui me permet d’entrer en communion avec les plus grands esprits.
Un jour, Jean-François Revel m’a écrit une lettre que je garde précieusement comme l’illustration du miracle toujours possible de la rencontre improbable. Il commentait un article que j’avais publié en 1998 dans la revue France-Forum sur la question du chômage en France. Par provocation, j’avais intitulé l’article « Veut-on lutter contre le travail ou veut-on lutter contre le chômage en France ? »[1]. Il avait apprécié mon analyse et ce fut pour moi la plus belle des reconnaissances.
Un des rares moments d’émotions intenses que peut nous offrir la vie comme lorsque, classant les affaires personnelles de mon père après son décès, je tombais par hasard sur certains de mes articles de presse qu’il avait découpés soigneusement et classés dans ses dossiers personnels, sans le dire à personne. Il avait dû être fier. C’était ma façon de lui rendre hommage.
Un jour, Jean-François Revel m’a écrit une lettre que je garde précieusement comme l’illustration du miracle toujours possible de la rencontre improbable. Il commentait un article que j’avais publié en 1998 dans la revue France-Forum sur la question du chômage en France. Par provocation, j’avais intitulé l’article « Veut-on lutter contre le travail ou veut-on lutter contre le chômage en France ? »[1]. Il avait apprécié mon analyse et ce fut pour moi la plus belle des reconnaissances.
Un des rares moments d’émotions intenses que peut nous offrir la vie comme lorsque, classant les affaires personnelles de mon père après son décès, je tombais par hasard sur certains de mes articles de presse qu’il avait découpés soigneusement et classés dans ses dossiers personnels, sans le dire à personne. Il avait dû être fier. C’était ma façon de lui rendre hommage.
[1] France-Forum n° 322, 4ème trimestre 1998, Paris.
Comments:
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Bravo pour votre hommage aux pères.
Avoir un père pour modèle est très important pour l’éducation d’un enfant.
Une cause peu discutée de l’étatisation croissante de la société est le nombre important d’enfants élevés sans leur père.
Il est de l’intérêt de l’état d’affaiblir toutes les institutions naturelles telle que la famille.
La femme moderne a bien reçu le message : faîtes des enfants et confiez-les nous, virez votre conjoint, nous nous occupons de tout : prestations sociales, crèche, école.
A défaut d’être éradiqué, le ministère de l’éducation devrait s’intituler ministère de la scolarisation.
Plus l’individu est isolé et fragilisé, plus il a besoin de la protection de l’état.
Comme vous, la mort de Jean-François Revel m’a beaucoup touché. Dans l’arène des débats d’idées dominés par la social-démocratie, le libéralisme français perd son meilleur gladiateur.
J’ose formuler deux regrets à l’égard de celui que je considère comme un de mes maîtres :
- malgré sa vaste culture, il ne s’est jamais vraiment intéressé à la théorie économique. Ce qui explique que, comme Madelin, il accorde une place trop importante à la démocratie politique.
Or le respect des droits individuels de propriété est indépendant de la démocratie.
- pourquoi diable continue-t-il de se définir comme homme de gauche, au sens de 1789 ?
Taine, un auteur qu’il aime citer, a pourtant magistralement démontré, dans « Les Origines de la France Contemporaine », en quoi la Révolution était néfaste dès 1789, la Terreur et les turpitudes de la démocratie représentative étant ses enfants naturels.
Avoir un père pour modèle est très important pour l’éducation d’un enfant.
Une cause peu discutée de l’étatisation croissante de la société est le nombre important d’enfants élevés sans leur père.
Il est de l’intérêt de l’état d’affaiblir toutes les institutions naturelles telle que la famille.
La femme moderne a bien reçu le message : faîtes des enfants et confiez-les nous, virez votre conjoint, nous nous occupons de tout : prestations sociales, crèche, école.
A défaut d’être éradiqué, le ministère de l’éducation devrait s’intituler ministère de la scolarisation.
Plus l’individu est isolé et fragilisé, plus il a besoin de la protection de l’état.
Comme vous, la mort de Jean-François Revel m’a beaucoup touché. Dans l’arène des débats d’idées dominés par la social-démocratie, le libéralisme français perd son meilleur gladiateur.
J’ose formuler deux regrets à l’égard de celui que je considère comme un de mes maîtres :
- malgré sa vaste culture, il ne s’est jamais vraiment intéressé à la théorie économique. Ce qui explique que, comme Madelin, il accorde une place trop importante à la démocratie politique.
Or le respect des droits individuels de propriété est indépendant de la démocratie.
- pourquoi diable continue-t-il de se définir comme homme de gauche, au sens de 1789 ?
Taine, un auteur qu’il aime citer, a pourtant magistralement démontré, dans « Les Origines de la France Contemporaine », en quoi la Révolution était néfaste dès 1789, la Terreur et les turpitudes de la démocratie représentative étant ses enfants naturels.
Je vous remercie pour ce commentaire dans lequel je me retrouve volontiers. Et je partage totalement vos analyses.
Je dois avouer que j'ai vécu de graves conflits avec mon père ; mais c'est aussi une façon de structurer sa propre identité.
Ceux qui grandissent livrés à eux-mêmes n'ont aucun repère ; puis ils ne sont plus capables d'en vouloir.
Je dois avouer que j'ai vécu de graves conflits avec mon père ; mais c'est aussi une façon de structurer sa propre identité.
Ceux qui grandissent livrés à eux-mêmes n'ont aucun repère ; puis ils ne sont plus capables d'en vouloir.
L’important est que votre père était fier de vous puisqu’il gardait vos articles.
Etre considéré par ceux qui comptent dans son entourage, voilà une belle récompense.
Quant aux enfants livrés à eux-mêmes, ils ont aussi leurs repères, mais pas les bons.
Ils préfèrent la facilité de la consommation du présent à la dureté de l’investissement pour le futur.
Travail, effort, intégrité, hauteur morale, responsabilité individuelle ne sont pas des notions « fun et cool ».
Etre considéré par ceux qui comptent dans son entourage, voilà une belle récompense.
Quant aux enfants livrés à eux-mêmes, ils ont aussi leurs repères, mais pas les bons.
Ils préfèrent la facilité de la consommation du présent à la dureté de l’investissement pour le futur.
Travail, effort, intégrité, hauteur morale, responsabilité individuelle ne sont pas des notions « fun et cool ».
Un billet très émouvant, je voulais déjà l'écrire il y a quelques jours, mais blogger était inaccessible.
Sinon, pour répondre à psg1970, je partage tout à fait l'optique de Revel quant à son positionnement au sens de 1789. Que le réactionnaire Taine, sinon du reste Burke, s'en offusquent, est une chose ; je leur préfère, et Revel aussi je crois, Furet et Tocqueville. Norberto Bobbio aussi, injustement méconnu à mon sens en France. Sinon Bastiat, bien évidemment.
Sinon, pour répondre à psg1970, je partage tout à fait l'optique de Revel quant à son positionnement au sens de 1789. Que le réactionnaire Taine, sinon du reste Burke, s'en offusquent, est une chose ; je leur préfère, et Revel aussi je crois, Furet et Tocqueville. Norberto Bobbio aussi, injustement méconnu à mon sens en France. Sinon Bastiat, bien évidemment.
Merci. Le libéralisme n'est pas seulement affaire de pure rationalité. Les choix humains sont aussi animés par la passion et sensibles aux émotions qu'il nous faut apprendre à dominer sans les détruire complètement.
Taine a montré brillamment comment les demi (voire quart) lettrés de la Révolution ont appliqué le contrat social de Rousseau.
Comment Revel, qui a pourtant réfuté les thèses de ce dernier, pouvait-il encore se déclarer être de gauche au sens de 1789 ?
De nombreux points communs existent entre les penseurs du style de Taine et les libéraux du style Hayek ou Hoppe : l’importance de la tradition, l’expérimentation et la sélection des meilleures règles de conduite, la critique radicale de la démocratie, du dogme de la souveraineté du peuple, du suffrage universel.
« Le libéralisme n'est pas seulement affaire de pure rationalité. Les choix humains sont aussi animés par la passion et sensibles aux émotions »
Exactement, et Taine ne dit pas autre chose. Permettez ses quelques citations à ce propos.
« Ce que dans l’homme nous appelons la raison n’est point un don inné, primitif et persistant, mais une acquisition tardive et un composé fragile. »
« Autant la raison est boiteuse dans l’homme, autant elle est rare dans l’humanité.
Les idées générales et le raisonnement suivi ne se rencontrent que chez une petite élite. Pour acquérir l’intelligence des mots abstraits et l’habitude des déductions suivies, il faut au préalable une préparation spéciale, un exercice prolongé, une pratique ancienne, »
« …C’est qu’à son endroit les philosophes du siècle se sont mépris de deux façons. Non seulement la raison n’est point naturelle à l’homme ni universelle dans l’humanité ; mais encore, dans la conduite de l’homme et de l’humanité, son influence est petite. »
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Comment Revel, qui a pourtant réfuté les thèses de ce dernier, pouvait-il encore se déclarer être de gauche au sens de 1789 ?
De nombreux points communs existent entre les penseurs du style de Taine et les libéraux du style Hayek ou Hoppe : l’importance de la tradition, l’expérimentation et la sélection des meilleures règles de conduite, la critique radicale de la démocratie, du dogme de la souveraineté du peuple, du suffrage universel.
« Le libéralisme n'est pas seulement affaire de pure rationalité. Les choix humains sont aussi animés par la passion et sensibles aux émotions »
Exactement, et Taine ne dit pas autre chose. Permettez ses quelques citations à ce propos.
« Ce que dans l’homme nous appelons la raison n’est point un don inné, primitif et persistant, mais une acquisition tardive et un composé fragile. »
« Autant la raison est boiteuse dans l’homme, autant elle est rare dans l’humanité.
Les idées générales et le raisonnement suivi ne se rencontrent que chez une petite élite. Pour acquérir l’intelligence des mots abstraits et l’habitude des déductions suivies, il faut au préalable une préparation spéciale, un exercice prolongé, une pratique ancienne, »
« …C’est qu’à son endroit les philosophes du siècle se sont mépris de deux façons. Non seulement la raison n’est point naturelle à l’homme ni universelle dans l’humanité ; mais encore, dans la conduite de l’homme et de l’humanité, son influence est petite. »
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