2006-08-02

 

La sécurité sociale: le noeud de tous les blocages

Le débat autour de la sécurité sociale est l’illustration d’un droit social qui a finit par détruire le droit individuel. Pour sauvegarder un système, on en arrive à priver les individus d’une partie de leur revenu (qui est ponctionnée à la source sans qu’il s’en aperçoive réellement) et on leur impose un âge de la retraite, des modalités de remboursement qui sont modifiées de manière unilatérale…etc. Cette épargne collective est en réalité une épargne forcée qui s'appuie sur la négation de la responsabilité individuelle et de la liberté de choix qui est son corollaire.
Car le comportement d’épargne est à l’origine l’expression d’une liberté, celle de disposer librement des fruits de son travail (c’est-à-dire de son revenu) en vue de se prémunir de certains risques (maladie, chômage, vieillesse).

Le comportement d’épargne vient du fait que la vie est risquée. Les gens raisonnables – rationnels, dirait l’économiste – épargnent. Nous pouvons tomber malade ou perdre un emploi. Nous allons nous trouver un jour dans l’incapacité de travailler du fait de la vieillesse. Que l’on appelle cela « précaution » ou « spéculation », l’épargne résulte d’une prise de conscience que l’avenir est partout et toujours incertain. De ce point de vue, on étudie par précaution et lorsque l’on choisit une formation, on prend un risque, on spécule pour ainsi dire en pariant sur la qualité de la formation choisie.
L’épargne a vocation, dans le même temps, à financer les investissements qui sont à l’origine des processus de production et de croissance comme nous l’avons montré dans notre exemple du pain. Car seules les richesses, qui n’ont pas été détruites dans la consommation, sont disponibles pour l’investissement. Or, c’est justement la croissance qui contribue à l’élévation du niveau de vie dont une des retombées est de réduire les risques individuels pour les rendre plus supportables.

Dans les pays en croissance, le chômage est plus faible et les maladies sont plus rares et moins meurtrières. Il vaut mieux tomber malade en France qu’en Ukraine. Pour s’en convaincre, promenez-vous en Russie, en Inde ou en Afrique. Certains rétorqueront : « alors pourquoi les anglais viennent se soigner en France ? ». Précisément parce que la santé est totalement étatisée en Angleterre et c’est précisément le seul secteur que Thatcher n’a pas osé réformer.
Les anglais paient aujourd’hui la facture d’une réforme avortée ; et les plus riches viennent se soigner en France. Mais ne raillons pas l’Angleterre. Le plan Juppé a eu pour effet d’accélérer l’étatisation de notre propre système de santé. Ce que font les anglais aujourd’hui nous donne une bonne idée de ce qui attend les français demain si nous n'arrêtons pas le processus en cours.

L’épargne reste donc un comportement rationnel, sauf si l’individu pense qu’il existe un trésor bien caché dans lequel il pourra puiser en cas de coup dur. Ce trésor mystérieux, c’est notre sécurité sociale (ou bien encore la Française des Jeux). L’invention de la sécurité sociale repose sur la croyance que l’on peut transformer un risque individuel, qui est un fait incontournable, en un risque social à travers une sorte de pathétique « pacte social ». Pour bien comprendre cette idée, rappelons les principes de base qui fondent notre système de sécurité sociale.
La sécurité sociale a été créée en 1945. Elle reposait au départ sur le principe de l'assurance. Imaginons que, suite à une maladie, le boulanger du village soit dans l’impossibilité de travailler pendant une semaine entière. Face à cette éventualité qui peut toucher tous les boulangers, ces derniers décident de créer une caisse à laquelle ils cotisent chaque semaine lorsqu’ils travaillent. En échange, la caisse versera le manque à gagner en cas de maladie d’un de ses cotisants. Cet accord se matérialise par un contrat d’assurance. Ce n’est pas un « pacte social » ; c’est tout simplement un contrat d’assurance classique entre deux parties consentantes. Le principe fonctionne sur la loi des grands nombres : tous les boulangers ne tomberont pas malade au même moment alors qu’ils auront tous cotisé. Dans ce cas, la prise en charge du risque individuel est possible sur la base du capital accumulé par les cotisants.

Dans cet exemple, il n’y a pas grand sens à faire semblant d’être malade car tant que vous n’êtes pas malade, votre capital accumulé augmente par le jeu des intérêts cumulés. Si vous trichez, vous volez votre propre argent, vous grignotez votre capital. Ce n’est pas un vol, c’est une bêtise ! Cela est très différent avec la sécurité sociale. Que vous soyez malade ou pas, votre cotisation est prélevée de force. C’est obligatoire et vous n’avez pas votre mot à dire sur l’augmentation des cotisations alors même que vous n’accumulez rien.
Ceux qui trichent avec la sécurité sociale, en faisant semblant d’être malade ou d’être chômeur (alors qu’ils travaillent dans l’économie parallèle), sont loin d’être des idiots : ils ne se volent pas eux-mêmes mais profitent de l’argent de ceux qui sont enrôlés de force dans un pacte duquel ils ne peuvent se détacher.
Si ce n’est pas un comportement idiot, c’est bien du vol. Du vol légalisé sous le doux nom de solidarité ! Mais comme c’est le système qui induit de tels comportements, ce n’est pas les individus qu’il faut punir mais le système qui doit être réformé.

Dans notre exemple de l’assurance du boulanger, on peut imaginer une multitude de caisses différentes et en concurrence, selon les risques couverts, selon les métiers concernés ou selon d’autres typologies. Si le boulanger n’est pas satisfait de son contrat ou de la gestion de sa caisse, il doit pouvoir en changer. Par contre, la sécurité sociale est un monopole. En effet, le risque individuel se mut en risque collectif à partir du moment où le principe de redistribution se substitue au principe de l’assurance. Et pour pouvoir devenir un instrument de redistribution, la sécurité sociale devait donc s’imposer comme un monopole.

Comments:
Excellent, comme toujours !

Hélas, il est bien difficile de faire comprendre à ceux qui ont subi le lavage de cerveau étatique qu'il n'y a pas de "trésor mystérieux" dans lequel on puisse puiser indéfiniment...
 
Merci Laure et bravo pour ton combat sans relâche !

J'ai pu vérifier que certaines personnes, sous prétexte qu'elles avaient cotisé à la sécu pour leur retraite, étaient persuadées d'avoir accumulé un capital.
 
Ce message a été supprimé par un administrateur du blog.
 
Bonjour Jean-Louis,
Sur le fond de l'article, comme toujours je suis d'accord avec toi et tu pourrais pousser plus loin les raisons de l'accumulation de l'épargne. Celle aussi de la transmettre à sa descendance ou a ceux que l'on a choisit. Et cela au dela du principe de sa protection individuelle, c'est un formidable moteur pour travailler donc produire pour le bénéfice de tous.
Cordialement
 
Jean Louis

Bien sûr l'aspect d'assurance est central, mais (et les compagnies d'assurance le savent bien) le risque de triche est dans ce contexte toujours présent, et hélas faut de consciences droites de la part de tous, les compagnies d'assurances sont bien obligées elles aussi de traquer la fraude.

Et elle le feraient tout autant que la sécu ( avec de meilleurs succés ? ) si elles étaient en charge de l'assurance maladie

Une chose que je relève aussi dans ton papier, tu laisse subsister une ambigüité entre assurance et épargne.

Disons le clairement s'assurer c'est autre chose que d'épargner ... c'est un peu la différence entre payer son loyer, et payer les traites de sa maison.

En dernier lieu, dans le sytème d'"assurance sociale" (je me place dans la perspective d'un service d'assurance et non d'épargne), il y a un aspect que nous libéraux ne pouvons pas éliminer si facilement, et qui se poserait tout autant en cas de "privatisation", c'est l'inégalité des primes en fonction des revenus ... la dite "redistribution".

C'est ce qui fait de "l'assurance sociale" un "contrat" si particulier.

Une solution évidemment, la première qui vienne à l'idée, est de supprimer cette redistribution ... nul doute que cette perspective à elle seule suffise à entretenir un fort sentiment anti-libéral !

Il y a donc bien à réfléchir de façon sérieuse et approfondie sur ce problème ... qui est loin d'être simple.
 
L'assurance sociale est-elle un contrat ?
Si la redistribution consiste à spolier ceux qui travaillent pour entretenir ceux qui profitent, nous gagnerions en popularité à dénoncer cette imposture.
L'assurance sociale en France arrive aujourd'hui au point que Bastiat a brillamment résumé: tout le monde cherche à profiter de tout le monde. C'est cette fuite en avant qu'il faut stopper avant qu'elle détruite toute capacité d'investissement sans laquelle la croissance (et la confiance qu'elle suppose) ne pourra jamais revenir.
 
le combat pour la liberté sociale : s assurer chez l assureur de son choix ; pour ceux qui peuvent le faire
l etat ( que nous cherissons tous , hum hum ) s occupant par un impot quelconque de de l assurance des indigents c est le combat fondamental pour la liberté la propriété la responsabilite
C est pourquoi la magistrature assisse debout ou le plus souvent couchée nous a tant de fois deboutés lorsqu on invoquait la législation européenne et ses directives
 
Merci pour ce blog, et pour ces informations.

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Sécurité Maison
 
Bonjour à tous

Voyons, si les risques sociaux couverts par la Sécurité Sociale sont lâchés à la concurrence, que deviendront les gens vraiment malades, dans le besoin, pauvres, handicapés, âgés ? Les assurances privées sélectionnent leurs clients et tout le monde n'a pas mes moyens d'y adhérer. On a un problème sérieux de financement du système actuel, celàfocntionnait bien en 1945 avec tant d'emplois. Le tout c'est de relancer l'emploi et prouver qu'en travaillant on gagne bien plus qu'en ne faisant rien. Augmenter les salaires me paraît être une bonne idée mais je ne suis pas économiquement assez câlée pour savoir si c'est possible.
Bonne journée.
 
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