2006-09-29

Edouard Fillias: le candidat libéral


Un nouveau parti vient de naître en France. Dans le contexte de l’émiettement des partis politiques existants, de la montée des partis extrémistes à gauche ou à droite de l’échiquier politique, faut-il se féliciter de l’apparition d’un parti supplémentaire ?
C’est que ce parti est un parti ouvertement libéral. Du moins, dans le discours, ce qui est déjà une innovation politique considérable en France où les candidats à la candidature antilibérale se bousculent.

« Alternative Libérale » se propose en effet de défendre une philosophie libérale pour en faire le socle de sa politique. Une telle initiative, défendue de surcroît par des jeunes militants, mérite d’être remarquée. C’est une gageure et un pari audacieux dans un pays où, précisément, la totalité des partis existants n’ont de cesse d’accuser le libéralisme de tous les maux de notre pays en particulier, et de la planète en général. Pourtant, au pays de l’Etat-providence, le libéralisme a toujours servi de repoussoir, mais jamais de politique.
Le débat sur la constitution européenne fut le point culminant de cette « libéralo-phobie », de cette hystérie anti-libérale savamment mise en musique par les média. Tandis que les partisans du « Non » désignaient le projet de constitution européenne comme un texte ultra-libéral, les promoteurs du traité constitutionnel l’ont présenté comme un bouclier contre la « mondialisation libérale » susceptible de préserver le modèle et l’identité européenne. Et ce clivage a transcendé les grands partis politiques tandis que les partis d’extrême droite et d’extrême gauche se rejoignaient dans un « non » aussi clair que monolithique.
Peu de gens auront remarqué qu’il existait un « non » libéral. C’est que les idées libérales ont un accès très limité aux média sinon pour être défigurées et diabolisées. Il manquait donc un parti politique, non seulement pour rétablir l’équilibre démocratique et l’équité, mais aussi pour rappeler quelques grandes vérités aux français.

Et c’est peut-être le moment ou jamais car les français manifestent un rejet profond de la politique alors même qu'ils attendent toujours plus de l’intervention publique. Plus de 60 % d’entre eux ne font plus de différence entre la droite et la gauche. Alors, ils se tournent vers des partis réactionnaires ou purement contestataires ; ou bien ils s’abstiennent pour la plus grande majorité.
Peut-être sont-ils blasés d’entendre un discours unique au service d’une pensée unique, fondamentalement hostile à l’économie de marché et aux institutions dont son épanouissement a besoin ? Les français sentent bien que toutes les expériences tentées en dehors de l’économie de marché se sont soldées par de terrifiants échecs et pas seulement sur le plan économique, mais sur le plan humain et social aussi. Car tout se tient dans la société.
L’ouverture internationale fut un élément moteur de la croissance des échanges internationaux sans laquelle l’Europe n’aurait jamais pu atteindre le niveau de vie qu’elle a aujourd’hui. Sans cette ouverture, l’Asie n’aurait jamais pu connaître le décollage économique qu’elle connaît aujourd’hui. Certes ce décollage inquiète mais l’Europe aurait-elle préférer voir déferler des millions d’immigrés asiatiques fuyant des pays condamnés au sous-développement alors qu’elle a déjà beaucoup de mal à intégrer l’immigration en provenance d’Afrique ? De ce point de vue, il est heureux que l’Asie sorte de la pauvreté même si beaucoup de chemin reste à parcourir. Mais elle ne le doit ni au socialisme, ni aux plans quinquennaux !
Beaucoup de pays se rendent compte aujourd’hui qu’il valait mieux être dans la sphère d’influence américaine (pour bénéficier de la protection de l’OTAN, des fonds Marshall et des institutions du GATT) après la seconde guerre mondiale que dans celle de l’U.R.S.S. et du COMECON. Et les pays qui ont été coupé en deux (Allemagne, Corée) mesurent à quel point il est impossible de mettre sur le même plan le libéralisme et le communisme.

Il faut donc se féliciter que la croissance se diffuse dans le monde et elle se diffuse à partir du moment où l’on met en œuvre un certain nombre de réformes fondamentalement inspirées par des principes inspirés du libéralisme. Au passage, on remarquera qu’il ne peut y avoir de politique sociale, culturelle, étrangère, diplomatique…ambitieuse sans croissance économique. Il faut avoir les moyens de ses ambitions, et seule une prospérité retrouvée et durable permet de retrouver ces moyens.
La France est sans doute le pays qui se donne les ambitions les plus démesurées à un moment où les moyens manquent, à défaut d’avoir une économie dynamique. On veut être présent au Liban pour garantir la paix mais on ne parvient plus à maintenir l'ordre dans nos propres banlieues. Et le pays s’use à gérer la pénurie et la précarité. Il a besoin d’une ambition plus grande. Les USA et l’Angleterre ont retrouvé le chemin d’une prospérité durable et sans inflation une fois accomplies ces réformes, et aucun pays ne peut en faire l’économie. Encore faut-il des hommes et femmes politiques pour avoir le courage de le dire.
J'espère qu'Edouard Fillias saura rappeler aux français que le libéralisme ne se propose pas de démanteler l’Etat mais de restaurer l’Etat de droit, afin qu’il retrouve une efficacité dans les domaines où son action est irremplaçable, et une légitimité aux yeux de tous les français. Car ce sont les défaillances institutionnelles qui nourrissent les dérèglements de l’économie, entraînant à la fois un rejet de la politique et une peur de l’économique.
Nous comptons sur ce nouveau parti pour clairement dire que le libéralisme n’est pas « la loi du plus fort » mais la mise à l’endroit du principe élémentaire de subsidiarité qui consiste à rendre à l’individu la responsabilité qui lui incombe dans les choix qui le concerne directement, pour déléguer aux échelons supérieurs (famille, commune, département, région, Etat, Europe) les choix à caractère plus collectifs. Car la liberté n’a aucun sens sans la prise de responsabilité de la même manière que les droits ne peuvent exister sans les devoirs qui en sont la contrepartie nécessaire et naturelle. Et le libéralisme se fonde sur la reconnaissance de droits individuels fondamentaux dérivés de la nature humaine elles-mêmes et dont les institutions se doivent de garantir la reconnaissance et la protection, et non de « droits sociaux » aux contours indéfinis qui réduisent l’Etat au statut de « guichet unique » et l’individu au rang d’assujetti.
Enfin, nous attendons que ce parti montre aux français que le libéralisme ne se réduit aucunement à un économisme, ni un matérialisme. C’est au contraire une philosophie, une éthique et une morale qui impliquent de prendre en compte toutes les dimensions de l’homme et de la société. Car la liberté et la responsabilité ne se divisent pas : elles sont à la fois une et multiple, diverses et indivisibles.

Pour toutes ces raisons, on ne peut que souhaiter bonne chance à Edouard Fillias et se féliciter de la naissance d’un parti fier d’assumer les idées libérales, héritage du siècle des Lumières et dont la France a donné les plus belles plumes et les plus grands auteurs. Notre échiquier politique comprend un parti communiste, une ligue communiste révolutionnaire alors que l’expérience historique nous a montré comment la mise en œuvre des principes communistes aboutit à une négation des valeurs qui fondent l’idéal républicain.
Alors, pourquoi serait-il illégitime d’offrir enfin aux électeurs de ce pays une voix libérale ?
Nous formons le vœu que ce nouveau parti saura faire émerger de la société civile elle-même ces hommes et femmes dont notre pays a tant besoin aujourd’hui.

2006-09-21

La pénurie du logement social

Face aux événements de Cachan, les consciences s’élèvent pour réclamer plus de logements sociaux. Mais ces consciences sont-elles totalement éclairées ?
Dans un pays où l’on se complait à fustiger l’économie et ses principes, on n’est plus conscient que l’on récolte tous les jours les fruits empoisonnés de cette posture intenable. En effet, la « pénurie de logement social » est un pléonasme pour qui maîtrise les rudiments d’une culture économique honnête. Par définition même du logement social, les loyers y sont bloqués en dessous du marché et contrôlés par l’administration ; et c’est précisément cette réglementation à prétention régulatrice qui dérègle le marché de l’immobilier, entraînant une flambée sur les créneaux non réglementés du marché. De sorte que l’Etat se trouve pris à son propre piège dont Von Mise a bien mis en évidence la logique profonde : soit l’Etat n’intervient pas du tout ; soit il doit tout réglementer.
Seul, le prix du marché assure un équilibre (toujours mouvant) entre l’offre et la demande. Dans ces conditions, tout prix maintenu artificiellement bas (sous le prix du marché) entraîne à la fois une montée de la demande dans le même temps que l’offre est contrariée. Généralement, lorsque la demande est supérieure à la demande, la pression sur les prix finit par stimuler l’offre et le rééquilibrage du marché immobilier repose sur cette interaction constante entre mouvement de prix et mouvement des quantités.
Mais une fois que l’Etat réglemente les prix et les quantités, ce mécanisme est sérieusement grippé et la pénurie devient structurelle. C’est parce que tout le monde veut ignorer la dimension économique du problème que l’on ne peut pas comprendre pourquoi plus l’Etat construira de logements sociaux, et plus la pénurie de logement augmentera. Car cette intrusion croissante de l’Etat dans les affaires immobilières déstabilisera encore plus un marché déjà soumis à de fortes contraintes.
C’est quasiment une loi de la nature, quand la réglementation paranoïaque pointe son nez, la pénurie n’est pas loin. Il en va ainsi dans l’immobilier, mais aussi la recherche ou de la santé.

2006-09-16

Les mots et les maux


Les pays non-alignés se sont réunis à Cuba pour donner des leçons au monde occidental en accusant la mondialisation et l’hégémonie américaine de tous leurs malheurs. Comme c’est original ! Mais venant de gouvernants qui ont un sens particulier des droits de l’homme et de la logique économique dans leur propre pays pendant que leurs propres habitants cherchent à fuir à n'importe quel prix, cela laisse songeur.
Car qui s’expriment à la tribune ? La Corée du Nord, Cuba, la Russie ?
Des modèles, des références en matière d’Etat de droit, de prospérité économique et de démocratie. En effet, ces pays ont raison de rappeler qu’ils représentent les deux tiers des membres de l’ONU et c’est justement la raison pour laquelle l’ONU est un « machin » ingérable dont la légitimité reste problématique. Ces pays sont aux mains de gouvernants tenus à bout de bras par des aides internationales et autres subventions détournées de leurs objectifs pour alimenter des caisses privées et autres réseaux occultes.
Le monde occidental a finit par sortir de la misère après avoir mis en place des institutions de l’Etat de droit fondées sur le principe de séparation des pouvoirs tout en reconnaissant les vertus d’une économie libre fondée sur l’échange et l’initiative privée. Tout ceux qui veulent sortir de la misère sont libres d’appliquer ces principes et de les respecter. Ils en récolteront tous les bénéfices liés à la montée endogène du niveau de vie. Et même les pays riches qui tendent à l’oublier peuvent rapidement sombrer dans le sous-développement. Mais s’ils décident de tourner le dos à la raison, qu’ils s’en prennent à eux-mêmes. La mondialisation n'est pas un complot.
Ce n’est pas l’hégémonie d’un pays ou d’un camp qui veut cela ; car les lois économiques s’appliquent à tout le monde et sanctionnent tout le monde. Aucun sommet ne pourra changer cela. Surtout pas le sommet des hypocrites et des dictateurs…

2006-09-10

L'ambiguité de la politique technologique européenne

Evidemment, les agents privés ne sont pas plus clairvoyants que les décideurs publics. Dans un univers turbulent, qui est le monde réel dans lequel les technologies, les goûts et les préférences ne sont jamais figés, personne ne détient toute l’information nécessaire en matière d’innovation. L’innovation est toujours et partout un pari sur le futur[1].
En tant que processus révélateur d’information, le marché joue un rôle irremplaçable, notamment en confrontant les choix divergents et les stratégies opposées des multitudes de firmes qui se lancent dans l’innovation de sorte qu’il en ressort à tout moment une évolution technologique qui alimente la dynamique macroéconomique. On retrouve la vision fondamentale de Hayek du marché comme un « processus de découverte » : « c’est au contraire la complexité même de la division du travail à l’époque moderne qui fait de la concurrence la seule méthode susceptible de réaliser la coordination recherchée »[2].
Non seulement, les décideurs publics sont dans l’incapacité de révéler toute l’information nécessaire à la prise de décision dans le domaine technologique, mais leurs choix erronés sont de nature à déstabiliser, sinon contrarier, l’évolution technologique dans leur propre pays. Car, lorsque qu’un programme public oriente toute une nation – via son secteur public, ses entreprises publiques et les incitations qu’il envoie aux agents privés - dans une impasse technologique, c’est toute la dynamique économique s’en trouve nécessairement perturbée alors que les solutions alternatives auront été étouffées.

La notion de « préférence nationale » ou de « préférence européenne » n’est pas nécessairement un indicateur de l’intérêt général ni une notion pertinente pour les entreprises et les ménages dans la définition de leurs choix économiques et stratégiques. L’objectif de Renault n’est pas de fabriquer des automobiles françaises pas plus que celui de Fiat n’est de fabriquer des automobiles italiennes. Par contre, ces entreprises se trouvent dans l’obligation commune de fabriquer des automobiles qui fonctionnent tout en répondant aux attentes des consommateurs. Et ces attentes sont aussi multiples que contradictoires.
Si des ménages sont prêts à s’expatrier, c’est qu’il en va de leur intérêt bien compris. Si des entreprises s’organisent sur une base transnationale, en délocalisant non seulement les unités de production mais aussi les centres de recherche, c’est en raison de leurs propres impératifs stratégiques. Dans les deux cas, les acteurs ne sont nullement aux ordres de leurs gouvernements respectifs. Ils ne sont pas non plus les parties articulées d’un plan d’ensemble organisé par une politique technologique préalablement conçue.
L’intérêt du consommateur est d’avoir le meilleur service au meilleur prix quelque soit la nationalité du producteur qui le propose[3]. L’intérêt de l’entreprise est de produire les biens et services correspondant à l’intérêt du consommateur, quelque soit la nationalité des actifs engagés dans cette entreprise et quelque soit la nationalité des consommateurs.

S’il s’avère que l’Europe innove dans des proportions insuffisante, c’est sans doute qu’elle manque d’entrepreneurs ou qu’il n’est pas intéressant pour les entreprises d’innover sur le sol européen. Ce n’est pas faute de fonds. Les fonds existent en Europe mais, comme les idées et ceux qui les font vivre, ils s’expatrieront vers des contrées plus favorables à l’investissement en général, et au venture capital en particulier. Les idées peuvent bien naître en Europe ; mais elles donneront lieu à des projets d’investissements et à des dépôts de brevets sous d’autres cieux.
Quoiqu’on en pense, la motivation de l’investissement est la recherche du profit ; et la dépense de R&D est un investissement. Il se trouve que cette motivation contribue à faire avancer les sciences et les techniques. Dans un environnement compétitif, les appétits de profits des uns seront contrariés par les appétits des autres de sorte que, globalement, les profits tendent à diminuer ou, en tout état de cause, à être réinjectés dans l’activité économique via l’investissement en général, et les dépenses de R&D en particulier.
Par contre, si le profit est a priori limité, encadré sinon condamné, il est certain que les agents n’auront guère de motivations à prendre des risques. Et comment l’Etat pourrait-il encourager des innovateurs d’un côté qu’il décourage d’un autre côté ? Une telle politique technologique n’est pas crédible puisqu’elle revient à proposer une béquille à un coureur à qui l’on aurait auparavant cassé la jambe…

Comment expliquer autrement l’émigration des chercheurs et des entrepreneurs de toute sorte qui caractérise depuis tant d’années notre continent ? En tout état de cause, un entrepreneur à la recherche de subventions ou autre protection administrative n’est pas un entrepreneur. Au lieu de prétendre aider les entrepreneurs et les innovateurs, les pouvoirs publics devraient déjà accepter le principe de ne pas rendre leur activité, par nature incertaine, encore plus difficile qu’elle ne l’est déjà.

[1] « I think there is a world market for maybe five computers », Thomas Watson, Chairman of I.B.M., 1943. Ou encore “There is no reason anyone would want a computer in their home”, Ken Olson, president, Chairman et fondateur de Digital Equipment Corporation, 1997.

[2] Hayek [1946 :42].

[3] L’intérêt du consommateur est sans doute le meilleur indicateur de l’intérêt général puisque nous sommes tous consommateurs de biens et services en général alors que nous sommes tous producteurs de biens ou services en particulier. Ainsi, l’intérêt du producteur est nécessairement un intérêt corporatiste et ne devrait pas influencer un gouvernement soucieux de la défense de l’intérêt général. C’est pourquoi les lobbies s’évertuent à faire passer leurs intérêts catégoriels au rang de l’intérêt de la Nation.

2006-09-05

Le voyage incessant entre la théorie et la pratique


A certains moments de notre existence, certains événements cruciaux agissent comme des révélateurs. Alors la quête prend un sens nouveau.
La connaissance est le résultat d’une quête commencée depuis que l’homme est homme, une quête de vérité. Non pas la vérité. Personne ne croit plus à la recherche de la vérité. Mais l’éthique impose au chercheur d’orienter sa démarche dans une recherche de vérité. La connaissance de l’économie ne peut échapper à cette règle. Du coup, elle est un voyage incessant entre la théorie et la pratique. La recherche de vérité implique en effet une certaine méthodologie dans la démarche. On s’intéresse à des faits établis, observés et vérifiés. On émet des hypothèses dans le cadre d’un modèle explicatif qui tente de rendre compte de ces faits. Finalement, un peu comme un enquêteur qui, sur les lieux d’un crime, récolte des indices et échafaudent une théorie sur la base d’hypothèse qu’il faudra vérifier. La recherche de vérité est à la fois une affaire de science et une affaire de justice.
Tout cela pourrait passer pour simple et évident. Pourtant, l’économie est une discipline tourmentée. Nombre d’économistes ont déjà des résultats en tête et ils s’efforceront de construire après coup la théorie correspondante. Au diable les faits. Il est d’ailleurs facile d’écarter les faits dérangeants. Et les mathématiques sont assez souples, en même temps que rigoureuses, pour autoriser toutes les constructions théoriques possibles. Ainsi, sur le papier ou dans la tête de Leontieff (et de ses matrices), une économie totalement planifiée devrait en théorie marcher à la perfection. En théorie… mais la pratique est une toute autre affaire.
De l’autre côté, dans un monde parfait, la concurrence devrait aboutir à un équilibre optimal nous expliquent les économistes mathématiciens. Mais la pratique n’est rien de tout cela. L’économie réelle n’est ni une grande matrice de coefficients techniques dont il suffirait de donner la clé à un super régulateur, un pilote bienveillant ; elle n’est pas non plus l’univers de la concurrence parfaite. L’économie, c’est le changement dans la stabilité, c’est l’évolution permanente dans la liberté des choix, c’est le risque et ses contraintes. C’est en somme un processus vivant.
De là à penser qu’il faille rejeter la théorie en soi, c’est un pas qu’il faut se garder de franchir. Ce n’est pas parce qu’il existe des mauvaises théories qu’il faut rejeter la théorie. La science progresse par cette compétition entre des théories alternatives. Certaines seront abandonnées tandis que d’autres seront développées dans un contexte de débat permanent, que ce soit dans les sciences naturelles ou dans les sciences sociales et humaines. Il faut rejeter la mauvaise théorie, celle qui est falsifiée par les faits. Mais il n’est pas raisonnable ni rationnel d’opposer la théorie à la pratique. Une frontière trop étanche entre la théorie et la pratique est généralement contre-productive.
Les étudiants ont tendance à rejeter la théorie. On veut de la pratique, demandent-ils aux enseignants. Mais toute pratique contient une théorie. Et une pratique efficace dépend toujours d’une excellente théorie comme la réflexion précède l’action, sinon l’action n’est que réflexe.