2006-10-31

Discrimination


A son origine, le Club Méditerranée doit son formidable succès à son marketing touristique innovateur dans une industrie à l’époque balbutiante [1]. Le Club avait comprit que, dans cette industrie comme dans les autres, il était périlleux de se tromper de cible et de mélanger des clientèles par nature hétérogènes. Cette observation est à l’origine de la multiplication des marques pour les biens de consommation ; et elle a donné naissance à la segmentation de clientèles dans les services. On peut juger la publicité nuisible et les marques inutiles mais leur existence démontre que les consommateurs ont un besoin d’identification et de distinction.
Pourtant, le Club Méditerranée a peu à peu abandonné ce positionnement sélectif qui a fait sa notoriété passée, entérinant une banalisation du produit touristique qui a aussi correspondu à une dévalorisation de la pratique touristique, dont le film « les bronzés » a popularisé les plus beaux (pires) clichés. Ce faisant, le groupe a compris récemment que cette stratégie n’était pas viable dans un secteur en perpétuelle mutation et qu’il était essentiel de reprendre en compte les aspirations des clients, revenant sur une pratique plus discriminante mais aussi plus valorisante.
Puisque les gens aspirent à se différencier, les entreprises qui veulent se développer sont obligées de bien connaître leur cible de clientèle pour pouvoir écouler leurs produits. Les viticulteurs français, abrités par une protection illusoire, coulent aujourd’hui pour n’avoir pas compris ce principe élémentaire.
On ne s’adresse pas de la même manière à X ou Y. Ce n’est pas un jugement de valeur ; c’est un fait. Les économistes savent que les consommateurs se caractérisent par des préférences spécifiques, et que ces distinctions sont de plus en plus fines. Elles ne sont pas liées seulement à la catégorie socioprofessionnelle, l’âge ou le sexe. Chaque individu est unique.

Si les gens aspirent à se différencier et à ne pas se mélanger à l’aveuglette avec n’importe qui quand ils prennent des vacances, il est raisonnable de penser qu’ils auront les mêmes préoccupations et les mêmes réflexes dans le choix de leur domicile, de leur quartier de résidence, de l’école ou de l’université de leurs enfants…etc. C’est aussi par affinité (par sympathie aurait dit Adam Smith) qui se tissent les relations humaines qui font les liens sociaux les plus solides.
Il est légitime que le créateur d’une entreprise choisisse avec qui il veut travailler de la même manière qu’un salarié choisisse son entreprise. Et il est périlleux d’imposer ce choix de l’extérieur, comme si un arbitrage était possible en dehors (ou au-dessus) des acteurs concernés. A ce propos, l’imposition des 35 heures au secteur touristique français, au nom d’une vision de l’entreprise qui date de la lutte des classes, va finir de condamner un secteur qui est aujourd’hui déjà bien fragilisé par la mondialisation en cours.

Cessons de brandir au moindre prétexte les accusations de raciste ou de sexiste quand une décision d’autorité légitime n’arrange pas celui (ou celle) qui la subit. A force de dénigrer l’autorité naturelle (des parents sur les enfants, des patrons sur les salariés, du maître sur l'élève, des professeurs sur les étudiants...), on finit par briser le ciment spontané de l’ordre social comme le montre brillamment Rachid Kaci dans son remarquable livre [2].
Cette aspiration naturelle choque nos ingénieurs sociaux et autres puissants démagogues pétris de ces diaboliques concepts collectivistes qui inspirent les programmes politiques de nos dirigeants actuels et futurs. Ces derniers, au nom de la mixité sociale, de la lutte contre la discrimination, ou de la peur du communautarisme, veulent forcer les populations à se mélanger à travers les plans d’urbanisation. Ils vont en outre imposer le choix des écoles (et des programmes) à travers la carte scolaire ; ils vont ensuite mélanger les touristes à travers le tourisme social. Dans ce contexte ambigu, les entreprises, qui par souci marketing intègrent la religion ou l’origine ethnique de leurs clients potentiels dans leurs pratiques commerciales, prennent aujourd’hui le risque d’être accusées de discriminations. Et l’on interdira bientôt la photo sur le C.V. pour éviter les pratiques discriminatoires à l’embauche.

Sans doute, devrais-je un jour consulter une haute autorité avant de choisir mes amis ? Mais rêvons un peu, si l’on empêchait les imbéciles et les hypocrites de faire des carrières politiques ? N’y a t il pas finalement des discriminations nécessaires et utiles ?


[1] Caccomo J.L., Solonandrasana B. [2006] L’innovation dans l’industrie touristique. Enjeux et stratégie. Deuxième édition, L’Harmattan, Paris.

[2] Kaci R. [2006] Lettre ouverte aux démagogues, Edition Broché, Paris.

2006-10-28

Le chant des sirènes


Alors que le nombre de détenteurs du R.M.I et autres revenus d’inactivité s’exprime en millions et que le chômage de longue durée est durablement installé en France, le retour de la croissance économique n'est pas de nature à diminuer ce chômage structurel tant que les responsables politiques ne se décideront pas à entreprendre les réformes tant attendues dont le pays a besoin.

Comme ils ne l’ont pas fait par le passé alors qu’ils en avaient le temps et l’occasion – car il est toujours plus facile de réformer lorsque la conjoncture est favorable -, on ne peut que rester pessimiste sur les possibilités de changements dans le futur proche. Et les thèmes de campagne ont un parfum de déjà vu: comme en 1981, les candidats de la relance du pouvoir d’achat sont légion qui déclinent leurs promesses aussi inévitables qu’intenables. Les candidats ont déjà commencé à distribuer de l'argent qu'ils n'ont pas et que les français devront acquitter. Etrange pays où l'on conduit au pouvoir des gens qui nous dépouillent !
Tel Ulysse, l’électeur aura-t-il le cran de résister au chant mortel des sirènes démagogiques.
Avant donc d’invoquer une hypothétique « crise économique » - jargon mystificateur utilisé depuis maintenant une trentaine d’années pour voiler l’incapacité des responsables à réformer un Etat dépensier -, il convient de reconnaître que les problèmes économiques sont d'abord le résultat d'une démission collective au niveau de valeurs citoyennes basiques dont la crise du système éducatif est un reflet criant. Certains dysfonctionnements économiques découlent en effet de maux plus profonds : les entreprises qui désertent les zones d'insécurité (défaillance de la justice ou de la police) ou qui ne trouvent pas de personnel suffisamment qualifié (défaillance de la formation et de l'éducation) ; les dirigeants politiques qui se complaisent dans l’ingérence économique.
Ces dysfonctionnements entraînent une frange de la population en marge de la société qui n’a jamais eu l’intention de s’insérer mais qui sait tirer profit du système de redistribution. Alors que l'Etat prétend réguler l'économie, l'économie souffre en fait des défaillances institutionnelles majeures. Les comportements de passagers clandestins se multiplient.
Certains individus deviennent « inemployables » alors même qu'apparaissent des pénuries de personnel dans certains secteurs, et pas seulement pour des postes de haute qualification. Une amélioration conjoncturelle - même sensible et toujours bienvenue - n'est pas de nature à réduire de manière significative le chômage et l'exclusion qui renvoient plus à un dérèglement de nos structures sociales et civiques, affectant les décisions économiques, qu'à de prétendues médiocres performances économiques.

Il est probablement plus urgent de retrouver le sens des responsabilités individuelles, ce qui milite pour une réforme en profondeur de l'Etat et de ses institutions fondamentales (la justice, la protection sociale et l’éducation en particulier). Il y a un problème lourd dans une société où ceux qui ont la sécurité de l'emploi veulent travailler moins alors que d'autres sont cruellement privés de travail. Rien ne sert de prétexter un prétendu « partage du travail » - qui permet de se donner bonne conscience - qui ne peut s'appliquer que dans des secteurs et des qualifications spécifiques où le travail direct est de toute façon condamné à disparaître.
L'économie n'est pas le fait d'acteurs désincarnés - d'atomes ou de particules - mais d'individus qui ont – ou qui n’ont plus ! - des incitations, des intérêts et qui, intégrant l'environnement structurel qui contraint leurs comportements, s'inscrivent ou non dans un avenir collectif qui ne peut se faire contre les projets personnels.

2006-10-23

Prix Nobel


Pour avoir écrit, il y a quelques années dans un article publié dans le journal Le Monde [1], que la frontière scientifique et technique se trouvait à nouveau aux Etats-Unis, j’ai provoqué à l’université de Bordeaux une levée de boucliers qui a compromis ma mutation dans cette prestigieuse institution.
Parce que j’ai énoncé un fait, et conformément à la démarche du chercheur, partant de ce fait pour tenter d’en comprendre l’origine, j’étais traité de « pro-américain » - insulte suprême - par des collègues dont la plupart tirent toujours leur science économique du Capital de K. Marx.
Dois-je comprendre que le médecin qui étudie le cancer est pro-cancer ?

Mais au diable les querelles, intéressons-nous aux faits car ils sont têtus. Après la médecine, la recherche américaine est encore consacrée par la fondation Nobel avec deux prix récompensant des astrophysiciens américains. Depuis 18 ans, la recherche américaine affirme sa suprématie dans ce domaine le plus pointu des sciences de la nature. Puis c’est le prix Nobel de chimie qui a été attribué à un chimiste…américain. Enfin, le prix Nobel d'économie vient d’être attribué à l’économiste américain Edmund Phelps pour ses travaux sur la croissance. Il a bel allure le déclin américain périodiquement annoncé (souhaité ?) par nos intellectuels en colère… Mais quand on voit comment s'est déchaînée la campagne de désinformation en France par rapport aux travaux de Phelps, on se dit que l'on n'est pas prêt en France de sortir de l'impasse qui ruine tout retour à la prospérité [2].

La France devrait se mobiliser à l’O.N.U sans doute pour demander à ce que soit appliqués des quotas dans l’attribution des prix Nobel reflétant plus justement la diversité culturelle dans le monde. Certains pensent sérieusement à imposer des quotas ethniques. Mais si on le fait pour le Nobel, il faudrait le faire pour le sport, la musique,...
Mais les astrophysiciens, chimistes, biologistes ou économistes du monde entier qui veulent travailler sérieusement (avec des moyens réels) et librement (en toute indépendance car une science manipulée n’est plus une science), où trouvent-ils meilleur asile si ce n’est aux U.S.A. ? Est-ce le fait d’un complot gigantesque de la part du gouvernement américain ou d’un aveuglement suicidaire de la part des autres pays dont les gouvernements sont autant enclins à manipuler l’information, la masse monétaire ou la connaissance scientifique ?

Pendant ce temps, en France, on invite les lycéens et étudiants à célébrer la fête de la science alors que les filières scientifiques peinent à trouver des effectifs et que les inscriptions de complaisance en doctorat se multiplient ; et des ouvrages pleuvent dont le thème central consiste à dénigrer - quand ce n’est pas insulter- la nation américaine avec leur ramassis de poncifs et de clichés dignes de la presse caniveau la plus sordide.
Mais nos intellectuels en sont convaincus : à leurs yeux, les américains ne sont que des crétins. Ils espèrent peut-être être ainsi couronnés par le prix Nobel de littérature.


[1] Caccomo J.L., « Chômage et technologie, un débat tronqué », Le Monde du 21 avril 1998.
[2] voir à ce propos Phelps lui-même plutôt que les commentateurs français : Phelps E. "Dynamic Capitalism", Wall Street Journal du 10 octobre 2006.

2006-10-18

La puissance imaginaire


J'ai bien entendu hier le message des candidats socialistes...Et l'on s'étonne encore de l'hyper-puissance américaine. Nos leaders éclairés ont ils demandé conseils à Hugo Chavez ou sont-ils conseillés par les consciences scientifiques de ATTAC ? Croient-ils vraiment en leurs discours décalé ? Est-ce de la propagande ou de l'ignorance ?
Il faudra bien cesser un jour de s'en prendre à l'hégémonie américaine et d'invoquer celle-ci comme si elle était tombée du ciel. D'ailleurs ceux qui dénoncent aujourd'hui cette super-puissance sont les mêmes qui hier nous annonçaient le déclin inéluctable des Etats-Unis. Alors pourquoi continuer à donner tant d'audience à ceux qui se sont toujours trompés ? Pourquoi donner à nouveau le pouvoir à ceux qui, déjà en 1981, nous ont conduit dans l'impasse d'une improbable troisième voie ?
Il devient périlleux de toujours les suivre aveuglément.
Si nous réfléchissions sans passion aux causes objectives de cette hégémonie incontestable, nous trouverions du même coup a contrario les causes de l'impuissance européenne, du déclin structurel français et du sous-développement durable des pays non-alignés.
Mais à l'instar de l'inénarrable Mr Chavez, qui fait des émules en Amérique Latine, il est plus commode d'accuser les autres que de voir ses propres failles. Et l'Amérique triomphante fait une cible idéale. Pourtant, Mr Sarkozy a raison de dire que la puissance des Etats-Unis repose sur une société fluide et ouverte, dans laquelle on peut partir de très bas pour arriver au plus haut (et inversement). Car ce dynamisme n'est possible que dans un pays où l'on accepte collectivement le risque comme étant le prix à payer de la liberté. Mais voilà, en France, il est devenu inconvenant de le dire et carrément suspect de l'admettre.
Et c'est au nom d'une conception qui considère que la richesse des uns (des ménages ou des pays) provient forcément de la pauvreté des autres que le modèle français se propose de redistribuer les richesses comme si cela suffisait à fonder une nation (et une appartenance nationale) et à consolider un pacte social.
Cette illusion vient de s'évaporer en Suède où cette logique redistributrice a atteint ses limites supportables. En s'accrochant à un mythe qui repose sur une malheureuse confusion entre égalité et équité, on prend le risque suicidaire de briser toute la base économique de la société sans laquelle la redistribution brassera du vide et maquillera la pénurie. Au lieu d'inciter le travail et le mérite, on cultive la jalousie et la rancune, cautionnant le pillage d'une économie déjà fortement fragilisée par le poids de prélèvements incontrôlés (faute de contrôler la dépense publique et sociale).
Notre classe politique est engluée dans le refrain de la « lutte des classes », orchestré de manière éhontée par les « peoples » et autres marchands de bons sentiments, qui emprisonne toute notre politique intérieure et conditionne notre politique étrangère. Personne ne s'offusque quand le président de la république française entretient des relations cordiales avec un dictateur africain ou rencontre un tyran sud-américain, mais l'émotion est à son comble quand un ministre sert la main au président des Etats-Unis.
Ainsi est devenu notre pays, où les prétendants à la candidature antilibérale se bousculent dans le paysage politique tandis que les problèmes désormais insolubles dans le cadre de l'Etat-providence s'accumulent au grand jour. Quand on ne sait plus diagnostiquer une maladie, on perd toute chance de se soigner. Quand on ne comprend plus le monde dans lequel on vit, on prend le risque d'en être exclu. Il est proche le temps où l'Etat du Vatican aura plus d'influence dans le monde que la diplomatie française.

2006-10-14

Taxez ces profits que je ne saurais voir !


Hier, le représentant de l’U.F.C. s’offusquait des bénéfices réalisés par les compagnies pétrolières, relançant le débat récurrent des profits jugés « anormaux » dans un pays où décidément l’inculture économique n’a d’égal que l’arrogance des incultes. Ne doutons pas que nos députés, soucieux de l'intérêt général, vont s'empresser de voter une taxe exceptionnelle car ils savent, eux, ce qu'il convient de faire de cette richesse qu'ils n'ont pas créée.
Pour ceux qui se complaisent à flatter le fibre démagogique, le bénéfice serait en fait un « maléfice » sinon un sacrilège tandis que la rémunération des actionnaires (sans lesquels aucun projet d’entreprise et aucune activité économique ne seraient viables) est en passe d’être un péché élevé au rang du crime suprême. Ces observateurs zélés n’ont toujours pas compris que la croissance est viable et durable dans les pays qui ont des marchés financiers efficients ; et que la croissance émerge, notamment en Asie, dans les pays qui ont su réformer et ouvrir leur système bancaire et financier, maillon indispensable d’une économie prospère.
En France, le système bancaire a été nationalisé en 1981 pour financer une politique industrielle aux fondements totalement dépassés dans le contexte d’une économie ouverte tandis que les marchés financiers étaient embryonnaires. L’épargne des français a été quasiment détournée de sa fonction « naturelle » qui est de financer l’investissement productif de sorte que l’économie française s’est trouvée dans une situation durable de sous-capitalisation d’où il résulte une croissance structurellement contrariée. Et c’est la gauche aujourd’hui qui dénonce la précarité de l’emploi…mais il ne peut y avoir d’emplois que s’il y a eu des investissements préalables. Or une condamnation a priori des bénéfices, des actionnaires et des marchés financiers est le plus sûr de moyen de mettre l’investissement en panne. Et l’Etat ne pourra pas compenser en créant de l’emploi public au détriment de l’investissement productif. Tout juste s’efforcera-t-il de déguiser le chômage ! C’est précisément ce qu’il fait depuis trente ans en nourrissant un puissant effet d’éviction dont on ne sait plus comment sortir aujourd’hui.

Alors que les candidats à la future élection présidentielle sont en ligne de départ, force est de constater que le débat n’a pas avancé d’un pouce depuis que Mitterrand, arrivant au pouvoir en 1981, se proposait de passer le pays de l’ombre capitaliste à la lumière du socialisme flamboyant, en s’attaquant notamment aux marchés financiers désignés comme le mal absolu. On ne peut pas dire non plus que le système éducatif éclaire la jeunesse. Il faudrait pour cela lui donner un minimum de base permettant de comprendre le fonctionnement réel de l’économie réelle.
Au contraire, il apparaît que le système éducatif, tout entier contrôlé par l’Etat central, contribue à égarer la jeunesse en lui faisant miroiter la promesse d'un improbable autre monde. Et comme cette jeunesse ne comprend plus le monde dans lequel elle vit désormais, elle le rejette ou elle s’en effraie, en retardant toujours plus le moment de son inévitable insertion pour le plus grand malheur de parents désemparés ou complices.
Tant que nous persisterons dans cette voie sans issue heureuse, la croissance n’aura aucune chance de repartir et le chômage rongera encore la société française tandis que l’expatriation économique continuera de vider le pays de son capital humain le plus précieux.
La France a réussi par le passé la séparation de l’Eglise et de l’Etat, en rendant le domaine spirituel à la sphère privée de la conscience individuelle. Mais il faudra bien qu’elle admette un jour qu’il est tout aussi nécessaire de réussir la séparation de l’économie et de l’Etat, au lieu de paralyser les acteurs économiques par des jugements moralisateurs déplacés et des sentences accusatrices dignes de l’inquisition qui inspirent des réglementations catastrophiques sur le plan économique et social.

2006-10-09

La Politique

Tous les pays souffrent un jour de politiques conduites à l’aveuglette, sous l’emprise, au choix, de l’idéologie, de la corruption, des mauvaises habitudes, de l’exception culturelle ou de la démagogie.

Dans les démocraties, la peur de ne pas être réélu peu conduire à caresser les gens dans le sens du poil en oubliant que faire de la politique, ce n’est pas toujours suivre, succomber à la pression de la rue ou des lobbies, mais guider. Cette tentation est aussi forte parmi les partis de gauche comme parmi ceux de droite, bien que la gauche, au nom du « social », a une propension plus grande à distribuer aujourd’hui des promesses qui feront les dettes de demain, et que les partis de droite seront dans l’obligation de régler une fois revenus aux affaires. On attend la droite au tournant sur les 35 h, les emplois-jeunes ou encore le statut des intermittents ou des sans-papiers, alors que ces fausses bonnes idées résultent des promesses faites par la gauche.

Dans les pays en développement, l’absence de contre-pouvoir réel (presse libre, institutions démocratiques stables) conduit les gouvernements à s’égarer dans des aventures désastreuses sans qu’aucune alternance possible vienne réparer les dégâts ou limiter la casse. Là, la tentation est grande d’accéder aux manettes du pouvoir pour piller le pays.

Quand on se trouve projeter à la tête d’un pays, avec la responsabilité de réformer les institutions et relever l’économie du pays, il faut avoir en tête, et mettre en pratique, quelques grands principes simples mais fondamentaux. Et il faut les expliquer aux gens, sans concession, sans maquillage pour susciter l'adhésion du plus grand nombre. Car on ne peut pas réformer contre la volonté du peuple.
Ces principes guideront l’action. S’ils sont explicitement énoncés et expliqués à tous, chacun sera en mesure de les comprendre et d’en mesurer la nécessité.

Les dirigeants politiques interventionnistes tendent à assimiler la masse des gens à un troupeau qu’il s’agit de commander. Et les conseillers en communication, toujours prompts à flatter les puissants, tendront à cautionner cette vision selon laquelle les gens ne sont pas capables de comprendre. Alors il ne sert à rien d’expliquer, mieux vaut paraître et promettre. Voilà les piliers de la communication moderne.
Admettons cette hypothèse, qui heurte cependant mes convictions profondes et mon éthique libérale. Alors un dirigeant devrait guider comme le berger commande son troupeau. Mais nos dirigeants n’assument même plus cette responsabilité, se contentant de se ranger à l’avis et l’opinion du plus grand nombre. Comme si un berger se mettait à suivre le troupeau. Or on sait que le troupeau se précipite volontiers dans l’abîme.

Les décideurs politiques se rabaissent ainsi en flattant ce qu’il y a de plus facile en nous, notamment le désir de consommer, la peur d’affronter nos responsabilités, la fuite devant le travail ; alors qu’il devrait tenter de chercher ce qu’il y a de meilleurs en chacun de nous, nous encourager à personnellement nous dépasser, afin d’élever la nation entière. Tel Panurge qui conduit ses moutons dans le précipice, nos bergers nous conduisent à l’abîme à défaut d’assumer leur fonction suprême.
Non contents de plus assumer leur rôle politique, ils vont empêcher les moutons conscients du danger réel de quitter le troupeau.

Il faudra bien abandonner ces lubies interventionnistes en admettant que les peuples ne sont pas des troupeaux, mais sont composés d’êtres humains prêts à assumer leur destinée pour peu qu’on les mette face à leurs responsabilités. Il vaut mieux laisser les gens prendre en main leur propre sort.
Pourtant, la classe politique française, dans une touchante et pathétique unanimité, s’accroche encore au modèle d’un Etat interventionniste éclairé par un commissariat au Plan et des myriades de haute autorité aux fonctions prétendument régulatrices. Si l’on veut avoir une chance de sauver ce modèle, il faut sélectionner de véritables hommes et femmes politiques, prêts à sacrifier leur popularité immédiate pour prendre en main les commandes et mettre en œuvre les réformes préalables à tout redressement.
Or, on n'en prend pas le chemin...

2006-10-06

Ultralibéralisme, néolibéralisme, alterlibéralisme...

Les aveugles et les ignorants l’appellent l’ultralibéralisme ou encore le néolibéralisme comme pour donner une connotation encore plus diabolique à une expression qui suscite la peur et l’inquiétude à défaut d’être comprise. Mais on ne peut pas comprendre ce qui n'est pas (ou mal) enseigné.
Pourquoi en rajouter dans la confusion avec l’alter-libéralisme ? Il est vrai que la mode, dans une époque de démission des consciences et d'affaiblissement des lumières, est au primat de la forme sur le fond. Dans ce contexte où les personnalités du show-biz, béatifiées par des sondages artificiels destinés à nous imposer une pensée formatée, seront bientôt les maîtres à pensée de toute une génération soigneusement décervelée, il est ardu de demander un peu de rigueur intellectuelle à nos dirigeants ou futurs élus. C’est probablement politiquement suicidaire, j'en conviens.
Mais le libéral ne s’adresse pas aux politiciens, mais aux hommes ou femmes d’Etat, à ceux qui rentreront dans l’histoire pour avoir, contre la vindicte populaire du moment et contre l’élite en place (dans les médias comme dans les sphères de l’Etat), redressé une nation et redonné le souffle à un peuple fatigué ou tout simplement fataliste. Certes, ces personnalités sont rares dans l’histoire et quand un pays ne parvient pas à faire émerger de tels individus, l’avenir s’assombrit irrémédiablement.

L’économie libérale n’est pas l’agent de la régression sociale car le libéralisme est justement une éthique et un ensemble de valeurs morales sans lesquelles la science économique et la pratique de l’économie n’ont pas de sens. Tous les systèmes économiques qui ont voulu s'affranchir des principes libéraux (notamment la liberté et la responsabilité individuelle, la séparation des pouvoirs, le principe de subsidiarité) ont tourné dans le vide, engendrant faillite et pénurie. Le résultat: famines, pauvreté durable, extermination, camps de travail.
D'ailleurs quand je pense à tous les ennemis farouches du libéralisme (non pas les petits bourgeois que ne font la révolution que dans les salons ou devant les médias des pays riches et bénéficient de tout le confort que leur offre l'économie moderne) que furent Lénine, Staline, Hitler (national-socialiste), Mussolini (qui ne jurait que par l'Etat), Mao, Pol-Pot, Castro et tant d'autres guides de la révolution prolétarienne, qui furent en réalité que des dictateurs sanguinaires, je ressens une profonde angoisse devant les horreurs que peut entraîner la haine du libéralisme.
Mais la haine naît de l'ignorance et de l'incompréhension.

A toutes nos belles âmes et nos professionnels du racolage médiatique, qui s’arrogent le monopole du cœur et de la morale publique, il faudrait aussi rappeler que Robin des bois, qu’ils récupèrent volontiers comme symbole de leur combat contre la mondialisation, s’attaquait à un roi illégitime et spoliateur – et donc à l’Etat sorti de son rôle - pour rendre les richesses ainsi pillées à leurs créateurs et seuls propriétaires légitimes, c’est-à-dire aux contribuables.
Il n’y a pas là de lutte des « puissants » en tant que riches contre les « faibles » en tant que pauvres. C’est un combat de toujours entre les spoliateurs parasites (les hommes de l’Etat qui abusent du pouvoir et sortent de leurs champs de compétences) et les véritables créateurs de richesses (les hommes libres et responsables qui créent des richesses).
Ce combat ne sera jamais acquis car la liberté est toujours menacée par ceux-là même qui ont vocation à la défendre.

Il existe, en effet, une asymétrie fondamentale entre les « puissants », en tant que détenteurs du monopole de la violence légitime, et les « vulnérables » en qu’individus protégés par leurs seuls droits que les hommes de l’Etat ont trop vite fait de bafouer. Car il n’y a pas plus grand péril que d’être protégés par ceux qui ont le pouvoir de nous soumettre ; et que d’être dépendants de ceux qui ont le pouvoir de nous spolier. Ségolène Royale développe un discours mettant en scène un Etat-nounou, un Etat qui protégerait les français de toutes « les insécurités sociales », n’hésitant pas à faire des rapprochements troubles entre nationalisme et socialisme. Quand on sait ce que cela a donné par le passé, on reste songeur. Mais dans cette entreprise de surprotection, l’Etat affaiblit ceux qu’il prétend protéger en les rendant dépendant de financements instables, en enfermant les comportements dans des réglementations devenus inextricables.

On a oublié le message originel des Lumières basé sur une confiance raisonnable en l’homme : « laissez-les faire ! ».

A entendre les anti-libéraux de gauche et de droite, il faudrait moins de libéralisme ou, du moins, il faudrait l’encadrer et le réguler avant qu’il ne ravage la planète et les sociétés. A-t-on jamais défini le libéralisme ? Car, ne croyons pas que le libéralisme triomphe partout sur la planète. Les sempiternelles négociations entre Etats par délégations ministérielles interposées, dans le cadre de l’O.M.C., montrent que c’est le mercantilisme qui est triomphant. Mais le mercantilisme est une négation du libéralisme. Ce sont des Etats qui s’approprient le commerce et précipitent du même coup les Nations qu’ils représentent dans des conflits inextricables alors que le libre-échange entre ménages de toutes nationalités a pour effet de faire disparaître à terme les frontières nationales (sans pour autant faire disparaître le sentiment d’appartenance nationale). Ce ne sont pas des Etats qui échangent en bloc et donc s’opposent pour se partager les richesses mondiales ; ce sont toujours des individus qui échangent entre eux, et ce faisant tissent un tissu complexe de relations à sens infinis qui contribue à rapprocher les peuples, au-delà de leurs spécificités culturelles et diversités nationales.
Loin de ces subtilités qui font la substance de toute analyse économique sérieuse, les mercantilistes (comme les marxistes), parce qu’ils considèrent que l’économie est un jeu à somme nulle (ce que gagne un pays ou un individu est nécessairement perdu par un autre pays ou un autre individu), transposent dans l’économie leur vision antagoniste des rapports politiques et humains.
Ce sont eux qui font des échanges une véritable « guerre économique » comme ils se servent de l’aspiration universelle à la foi et à la spiritualité pour nourrir leurs guerres de religions. Mais la guerre est précisément la négation de l’échange. La guerre oppose des ennemis tandis que l’échange met en relation des partenaires.
Les arguments protectionnistes n’ont aucune validité puisqu’ils reviennent à nous infliger à nous-mêmes en temps de paix ce que nos adversaires chercheraient à nous faire subir en tant de guerre. Comment une armée peut-elle soumettre un pays ou une ville si ce n’est en décrétant le blocus ou l’état de siège qui ont justement pour fonction d’étouffer l’adversaire en interdisant les échanges, préalable nécessaire à toutes activités économiques.
A leur origine, les accords du G.A.T.T. avaient pour mission de veiller à ce que tous les pays démantèlent leurs propres systèmes de protection puisque aucun ne voulait le faire s’il n’avait pas la garantie que les autres fassent de même. En transformant les accords du G.A.T.T. en O.M.C qui se présente comme une instance de régulation du commerce, les Etats – et notamment la France qui est à l’origine de cette conversion – ont pris le risque de faire triompher à nouveau le mercantilisme. Et quand le mercantilisme triomphe, ce sont toutes les valeurs du libéralisme qui reculent.
Alors le commerce, naturellement source de paix et de prospérité à l’intérieur comme à l’extérieur des pays, devient aux mains des Etats et de leurs représentants officiels, l’enjeu de chantages diplomatiques et de calculs géopolitiques qui peuvent à tout moment dégénérer en conflits (à l’intérieur comme à l’extérieur).

L’histoire et la science économiques montrent que le libéralisme libère et protège les faibles contre les puissants. Comme les puissants n’ont pas spontanément tendance à mettre en œuvre un tel processus de libération et de libéralisation qui irait à l’encontre de leurs intérêts et privilèges, il faut des institutions fortes pour garantir un Etat de droit, c’est-à-dire un Etat respectueux des droits individuels fondamentaux, et qui daigne auto-limiter ses appétits de pouvoir. Un Etat libéral au sens originel du terme.
Puisque nous vivons une période d'exacerbation des tensions religieux, je voudrais faire la précision suivante. A tous les croyants qui ont des doutes sur une possible conciliation – ou réconciliation - entre un engagement libéral et leur foi religieuse, l’histoire montre que ce sont les pays communistes qui furent les plus anti-religieux. Et l’Etat-providence en France nourrit l’ambition de se substituer à la providence elle-même de la même manière que le communisme avait la prétention d’apporter le paradis en ce bas monde.
Pour un croyant, un homme est d’abord un fils de Dieu avant d’être homme ou femme en particulier, patron ou salarié en particulier, riche ou pauvre en particulier. Pour un libéral, un homme est d’abord un individu avant d’être homme ou femme en particulier, patron ou salarié en particulier, riche ou pauvre en particulier. Le libéralisme n’empêche pas le sentiment religieux du moment que ce dernier reste l’expression d’un choix privé qui n’engage que la conscience de celui qui veut bien le faire.

Cette notion d’individu « abstrait » est fondamentale car elle fonde l’Etat de droit : les lois sont faites pour protéger l’individu « abstrait », c’est-à-dire tous les hommes dans ce qu’ils ont d’universels. On ne doit pas faire ni des lois de circonstances pour tel ou tel individu concret, ni des lois discriminatoires pour protéger (que cette discrimination soit dite « positive » ou pas) et différencier ainsi telle ou telle catégorie spécifique sans mettre en péril l’Etat de droit.

Je ne sais si ce programme est néo, ultra ou alter-libéral. C’est simplement le cœur de la philosophie libérale qui devra bien un jour irriguer la pensée et les programmes de ceux qui nous gouvernent si nous voulons éviter l’ultime naufrage.

2006-10-03

Justice, Police: la fin des illusions

Même dans ses missions régaliennes les plus fondamentales, où l’intervention de l’Etat s’impose et se doit d’être efficace, l’Etat central montre ses limites et la société pâtit de ses défaillances criantes.
L’Etat se doit d’assumer trois missions essentielles avant de s’aventurer sur d’autres terrains où le secteur privé et la société civile peuvent œuvrer : la défense des frontières, la police et la justice. Concentrons-nous sur la police et la justice en admettant que la défense du monde libre nous a échappé depuis 1940. Mais sommes-nous certains que l’Etat français soit en mesure d’assumer la paix intérieure, sans laquelle aucune économie ne peut sereinement s’épanouir ?
Ce n’est pas cultiver un sentiment –supposé artificiel ou exagéré – d’insécurité que de constater une crise des institutions fondamentales que sont la police et la justice. Et ce n'est pas non plus tomber dans le tout répression que de remettre l'Etat de droit à sa juste place.
Police et justice parviennent difficilement à nouer un dialogue et à articuler leurs efforts alors qu'elles constituent les maillons d'une même chaîne dans la production de ce bien public essentiel qu'est la sécurité. Mais à vouloir se mêler de tout, l’Etat français n’a aujourd'hui plus les moyens d’assumer ses prérogatives premières. C’est une défaillance structurelle majeure de l’Etat-providence qui se fait au détriment même du fonctionnement de l'Etat de droit.
Pendant que les professeurs d’économie expliquent à nos jeunes lycéens que l’Etat se doit d’intervenir dans l’économie pour pallier aux déficiences – postulées – du secteur privé, force est de contaster que, dans les tribunaux de France, les juges sont obligés de faire appel à des services d’ordre privés pour assumer leur sécurité. Dans ce domaine, comme dans beaucoup d'autres, c'est bien le marché qui vient au secours des déficiences réelles et constatées du secteur public.

Déjà, l’Etat-providence conforte l’idée que les délinquants et les criminels (ou les sans-papiers et autres immigrés clandestins) sont finalement victimes d’un ordre social inégalitaire qu’il s’est donné pour mission de corriger. Pour certains esprits fragiles, cela équivaut quasiment à comprendre - et donc excuser - toute atteinte à la loi. Mais ce sont bien les policiers et les juges qui sont les premières victimes de cette conception angélique. Le budget de la justice est en effet un des plus maigres, sans parler des conditions de travail des policiers. Pourtant, les juges continuent de s’accrocher à ce dogme au nom de la prévention.
Mais la répression des actes jugés répréhensibles commis par des délinquants avérés sert de prévention aux yeux de ceux qui avaient l’intention d’en commettre. A l’inverse, ne pas user de la répression au nom de la prévention agit comme une formidable incitation à passer à l’acte aux yeux de ceux qui avaient l’intention de commettre un délit. Les délinquants sont aussi des agents rationnels qui ont vite fait d’évaluer le degré d’impunité qui traduit une défaillance des institutions.

Cette défaillance traduit elle-même le fait que l’Etat est sorti de ses attributions pour s’ingérer dans des domaines où il se révèle moins efficace que l’initiative privée. Plus que tout autre, l’Etat français consacre déjà des sommes colossales à l’éducation, le social ou encore la culture au point que le ministère de la justice ou la police passent en dernier. A-t-on pour autant endiguer la violence ? Bien au contraire, le sentiment d’impunité s’en trouve renforcé auprès de jeunes délinquants multi-récidivistes portés au statut de pauvres victimes dans les dîners mondains et de héros aux yeux de leurs semblables.
Encore une fois, un mauvais diagnostic aboutit toujours à un mauvais remède…et le mal continuera d’empirer.