2006-11-29

Temps de travail : les profs et les 35 heures

Les socialistes ont l’art de se prendre à leur propre piège. Ségolène Royal veut faire travailler les professeurs 35 heures !

Quand j’étais un jeune professeur intimidé et inexpérimenté, il me fallait 3 heures de préparation à la maison pour assurer 1 heures de cours en amphi. Et pendant ce temps, je ne faisais pas de recherche. Avec l’âge, les effets de l’expérience m’ont permis de gagner du temps. Est-ce à dire que je me tourne les pouces aujourd’hui ? Pourquoi pas si je fais mieux mon travail mais comme j’aime mon travail, je peux consacrer ce temps gagné à l’écriture, la recherche, le journalisme et tant d’autres activités passionnantes.
Tous les enseignants-chercheurs font-ils la même chose ? Probablement oui mais il est impossible de le vérifier sauf à mesurer le résultat, ce que l’on refuse précisément à faire dans la fonction publique.

Dans ces débats d’un autre âge, on ne voit pas que ce n’est pas la quantité et la durée du travail qui importent finalement, mais plutôt le résultat. D’ailleurs, l’emploi n’est pas la finalité de l’activité économique ; c’est un moyen (un médium) pour créer des richesses. Après tout, je préfère voir une seule fois un médecin qui me soigne définitivement que voir un médecin tous les jours qui ne me guérit jamais.
Le résultat du travail productif, c’est donc la création de richesses avec lesquelles on va rémunérer les acteurs de la production. Pour payer les gens, il faut donc avoir produit des richesses. Et il est préférable pour tous que l’on produise un niveau X de richesses en 35 heures plutôt qu’en 45 heures, le temps gagné pouvant être consacré à produire d’autres richesses ou aux loisirs, à la famille, aux amis et autres passions dévorantes de temps.
C’est donc l’efficacité du travail qu’il s’agit de récompenser et non le travail en soi. J’ai travaillé comme ouvrier dans les services techniques municipaux pour financer une partie de mes études. A ce moment, je fus stupéfait de voir ces ouvriers chercher un endroit à l’abri du regard du contremaître ou de l’ingénieur où ils pourraient « passer le temps ». Ils empruntaient des itinéraires tordus dans la ville avec la voiture municipale pour faire « passer le temps » comme ces camions que faisait tourner l’armée pour justifier la consommation de carburants.
Mais personne ne s’enrichit en faisant semblant de travailler. Ce n’est donc pas le temps consacré au travail en tant que tel qui compte, mais bien plus les fruits de ce travail. Le temps est la principale richesse de l’homme. On n’obtient jamais de la croissance (et donc de l’emploi) en gaspillant le temps.

C’est pourquoi il est injuste de parler des professeurs comme une catégorie homogène : à l’intérieur de cette catégorie, il y a des jeunes débutants et il y a les plus expérimentés ; il y a des gens motivés et d’autres qui se planquent…etc. Les professeurs des écoles consciencieux consacrent un temps énorme aux parents d’élève, aux réunions, à la préparation des classes et à supporter des enfants que les parents portent souvent aux nues, prêts à porter plainte contre l’enseignant à la moindre punition ou mauvaise note jugées injustes par des parents démissionnaires ! D’autres sont sans cesse en congés maladie ou multiplient les stages de formation. Le drame collectif est que tout le monde s’abrite derrière un statut qui empêche précisément d’apprécier les mérites et les efforts de chacun.

A l’heure où les machines tournent en continu, où tout travail répétitif a vocation à être automatisé, c’est le résultat qui a une valeur économique et qui se doit d’être évalué pour mieux être récompensé. C’est pourquoi toute législation contraignante sur la durée du travail et toute procédure de rémunération collective constituent des inepties économiques, source de conflits inextricables et de revendications catégorielles incessantes.

2006-11-25

Le débat empoisonné de la justice sociale

On nous dit que les « conflits sociaux » font l’objet d’une compréhension bienveillante de la part de l’opinion publique - donc de la part des hommes et femmes politiques si prompts à courir après cette opinion préfabriquée – sous le prétexte qu’ils sont motivés par des considérations « sociales ».
Mais voilà bien une dérive inquiétante du concept ambiguë de « justice sociale » qui consiste à accorder des circonstances atténuantes à un délit sous le prétexte que la motivation est « sociale ». Par ce procédé, toute action sociale se trouve au-dessus des lois. Au pays de la justice sociale, pas solvable: pas coupable !
Qui supporte les multiples frais générés par le passage à la violence : le justiciable ou le contribuable ? Imaginez les dépenses déclenchées par un délinquant pour payer les policiers qui ont fait l'enquête, pour payer les juges qui vont traiter son affaire, pour indemniser les victimes ? Mais souvent, le coupable n'est pas solvable. Alors au nom du principe galvaudé de solidarité qui considère que la justice ou la police sont un bien public, on met en place un système dont le financement pèse non pas sur l'agresseur mais sur l'agressé.
La morale et l'efficacité imposeraient que l'on convertisse les frais en nombre d'heures de travail imposé dont la rémunération serait bloquée sur un compte jusqu'au remboursement complet des sommes engagées pour payer les frais de police et de justice.
Rien ne se corrige quand on ne fait pas supporter aux gens les conséquences de leurs propres actes.
Que, dans un passé pas si lointain, le cas de José Bové soit devenu une affaire d’Etat souligne à quel point notre pays est embourbé dans de faux débats et des concepts fallacieux qui conduisent à un déclin économique que rien ne semble stopper. Peut-on attendre le salut de nos élites quand on vit alors Corinne Lepage courir au secours de l’agriculteur militant en affirmant haut et fort « que l’on arrête pas un syndicaliste pour ses activités syndicales ». La question n’est pas là. On n’arrête pas un enseignant pour ses activités d’enseignants non plus ; mais s’il s’avère pédophile, alors il faut l’empêcher d’enseigner. Un enseignant tout comme un syndicaliste ne sont pas au-dessus des lois. Aucun individu ne devrait être propriétaire de sa fonction.

Où s’arrête donc le domaine légitime des activités syndicales ?
Imaginons que des jeunes délinquants brûlent des voitures ou qu’une armada de sans-abri décident de piller les magasins (ce n’est que pure imagination), alors on déciderait de ne pas arrêter des jeunes parce qu’ils sont « jeunes » ou des pauvres parce qu’ils sont « pauvres » au nom de la « justice sociale » et d’une conception à rebours de la discrimination positive.
La question n’est pas de punir quelqu’un parce qu’il est syndicaliste, pauvre, jeune ou riche, la question est de réprimer tout individu qui a violé la loi qu’il soit syndicaliste, jeune, pauvre ou riche. Personne n’est au-dessus des lois, pas même un ministre, un président ou un syndicaliste. Voilà la seule conception de la justice qui vaille ; et il a fallu la révolution française pour inscrire ce principe dans la Constitution. Avant la révolution française, et en vertu du principe de droit divin, ceux qui faisaient la loi se donnaient aussi le droit de ne pas la respecter. Aujourd’hui, l’Etat-Providence a remplacé la providence en donnant naissance à une nouvelle catégorie d’individus qui pourraient échapper à la loi au nom de la « justice sociale » qui introduit un nouvel arbitraire dans les décisions de justice.

La notion de « justice sociale », dans laquelle s’engouffrent nos facultés de droit, ouvre donc une brèche dans le fragile édifice républicain en considérant la motivation sociale de ceux qui violent la loi. Mais c’est aussi l’argument des poseurs de bombes et autres terroristes que de légitimer leurs actes par de nobles intentions. Ne nous étonnons pas que les agriculteurs, les routiers, puis des lycéens mineurs organisent des barrages, violant le droit de libre circulation des biens et des personnes, ou que des ouvriers mécontents retiennent en otage leur patron, ou encore que des manifestations de pompiers tournent mal.
En s’enfermant dans ce débat piégé de la « justice sociale », on légitime tout simplement la violence alors même que, sous l’effet de la généralisation de l’ignorance économique, on laisse croire que chacun de nous est victime du fonctionnement postulé injuste de l’économie. Celui qui a réussit est alors suspect d'avoir volé sa réussite, complice d'une inpardonnable injustice. N'est-ce pas odieux de réussir sa carrière alors qu'il y a tant de misère sociale ?
Et l’on glissera insidieusement de la « justice sociale » au « terrorisme social ».

L’Etat prétend s’ériger en arbitre en s’attribuant des pouvoirs illusoires de redistribution des richesses, mais il ouvre dans le même temps la porte à une série illimitée de revendications insatiables et de conflits inextricables.
C’est précisément dans le pays où l’on s’obstine le plus à nier la réalité du fonctionnement de l’économie de marché que la violence (sociale) se substitue au contrat (individuel). Ce n'est pas un hasard.

2006-11-22

Pouvoir d'achat

Je voudrais humblement dédier cette chronique à Milton Friedman, un prix Nobel d’économie (1976) comme jamais la France n’en produira, qui vient de nous quitter dans l’indifférence générale de ceux qui prétendent nous conduire et nous éclairer [1]. Les candidats à la fonction suprême devraient pourtant avoir la sagesse de le lire et le relire.

Les hommes et les femmes politiques ont la faculté de m’inspirer, notamment lorsqu’ils font mine de se préoccuper de la défense du pouvoir d’achat des français. Car il y a une machiavélique indécence à voir les responsables politiques ou syndicaux vouloir défendre le pouvoir d’achat, menacé nous dit-on par la mondialisation, alors que les mêmes s’échinent à cautionner un système qui se traduit précisément par le rétrécissement inéluctable du revenu disponible. Il est urgent d’avoir les idées claires à ce sujet car c’est en cédant aux promesses intenables que les ménages se mettent la corde au cou.

Un paysan sait bien que la quantité de blé qu’il ramène à la maison est liée à la quantité récoltée. En termes plus modernes, le revenu des ménages est borné par la productivité du travail. Les possibilités de progression du revenu global sont donc conditionnées par les possibilités de progression de la productivité.
Intéressons nous maintenant au revenu complet du ménage qui représente le coût total du travail du point de vue de l’employeur. Une grande partie de ce revenu est amputée à la source par les charges sociales dont le prélèvement autoritaire est destiné à financer les différentes caisses (familiales, maladie, vieillesse) de la sécurité sociale au nom d’un pacte social auquel les français sont très attachés. Ils sont tellement attachés qu’on ne leur donne pas le choix d’encaisser cette part de leurs revenus pour l’affecter à des caisses de leur choix.
Le revenu que les ménages vont donc effectivement encaisser est constitué par le revenu disponible.
Dans cette part, il faut que les ménages prévoient de conserver la partie elle-même de plus en plus grande qui fera l’objet d’un prélèvement fiscal direct (impôts nationaux et impôts locaux). Finalement, la partie restante constitue la partie réellement disponible du revenu des ménages dont une part doit être consacrée à l’épargne, par mesure de précaution élémentaire. Le reste donne donc la mesure du pouvoir d’achat. N’oublions pas au passage que lorsque le ménage consomme, il paie sans s’en apercevoir un impôt indirect (la TVA) dont la part ampute encore le pouvoir d’achat réel.

Ces données sont élémentaires mais leur analyse est rarement faite.
Puisque les partenaires sociaux ou les politiciens démagogiques nous parlent sans cesse de la défense du pouvoir d’achat, ils doivent comprendre que la dérive des finances publiques (liée à l’extension sans limite de l’intervention de l’Etat) conduit à une augmentation de toutes les formes de fiscalité, soit par une création d’impôts nouveaux ou de taxes nouvelles, soit par une augmentation des impôts et taxes existantes. Ils doivent aussi prendre conscience que la dérive des comptes sociaux (liées à la multiplication des droits sociaux) conduit à une augmentation des charges sociales selon le même principe : création de nouvelles cotisations (CSG, RDS) et augmentation des cotisations existantes.
Comme on ne peut pas décréter un accroissement du revenu sans avoir au préalable un accroissement de productivité, l’effet cumulé de ces deux dérives est de rétrécir le revenu disponible réel. Mais, le rétrécissement du revenu disponible ne déprime pas seulement le pouvoir d’achat, il affecte aussi les capacités d’épargne des ménages, sans lesquelles on ne peut financer les investissements productifs. Or, sans investissement, aucune chance de redresser la productivité : le seul ajustement possible se fait donc sur le pouvoir d’achat.
Et la France est coincée dans une spirale pernicieuse tandis que l’emballement des prélèvements de toute sorte accroît le coût total du travail et réduit l’attractivité économique du territoire.

Si les candidats au poste suprême sont vraiment soucieux de défendre le pouvoir comme ils l’affirment si promptement dans leurs discours de campagne, alors ils doivent briser ce cercle vicieux notamment en stoppant la dérivé des comptes publics et sociaux, et donc finalement en touchant au cœur de ce qui fait le « modèle social français » : le périmètre de l’action publique d’un côté, le monopole de la sécurité sociale de l’autre côté.
Tant qu’aucun homme ou femme politique ne mettra en cause le poids de l’Etat croissant d’un côté, et le monopole de la sécurité sociale de l’autre côté, il n’y aura aucune chance de stopper la diminution inexorable du pouvoir d’achat des ménages ; et les français (notamment les classes moyennes) continueront de s’appauvrir.

Tout le monde fait des promesses sur le pouvoir d’achat, personne n’a encore jamais pris les décisions qui s’imposent pour sortir de ce système dont l’emballement condamne le pouvoir d’achat.


[1] Voir à ce propos, le vibrant hommage du professeur Jacques Garello « Milton Friedman: Capitalisme et liberté » sur http://www.libres.org/ ainsi que le billet de Guy Sorman « le bonheur selon Milton Friedman » sur http://www.hebdo.ch/sormanblog.cfm

2006-11-17

Ecologie et économie : un même combat

A mon sens, écologie et économie, cela devrait être le même combat. Si l’on tend à opposer ces deux notions, c’est au nom d’une conception déformée de la science économique et d’une récupération outrageusement politique de l’écologie.
La définition stricte de la science économique est à ce propos sans équivoque: l’économie, c'est la « gestion des ressources rares ». L’économie, c’est donc une « écologie sociale » ; c’est l’écologie de la société dans le sens où les phénomènes économiques et sociaux obéissent aussi à une sorte d’écosystème complexe et fragile qu’il est dangereux de déséquilibrer.
L’économie, c’est donc l’art de gérer la rareté. La première des raretés, qui détermine toutes les autres et nous oblige à faire des choix, c’est le temps. Chaque être humain est doté d’un capital temps limité, et son intelligence le poussera à en faire le meilleur usage possible, étant entendu que le temps perdu se rattrape difficilement. L'homme est donc poussé par une recherche naturelle de l'efficacité (productivité du travail): comment rendre le travail plus productif (et moins pénible) afin d'économiser notre temps consacré au travail ? Toute l’évolution technologique est orientée en ce sens.

La deuxième rareté: ce sont les contraintes naturelles. J’emploie à dessein le terme de « contrainte » plutôt que de « ressource ». En effet, on s’effraie aujourd’hui à propos de l’épuisement des réserves de pétrole comme l’on craignait au XIX° siècle de manquer de charbon. A l’époque où Rockefeller entrevoit le potentiel économique du pétrole, cette matière était considérée comme un « déchet naturel ». A l’état brut, le pétrole n’avait aucune valeur. Aujourd’hui encore, ce sont tous les dérivés du pétrole qui ont une valeur économique. Pour l’instant, compte tenu de l’état de la technologie, les carburants sont issus du pétrole mais ce n’est pas une donnée immuable comme le montre le développement des biocarburants.
Autrement dit, c’est la valeur ajoutée (et le terme « ajoutée » est fondamental : ajoutée par le travail humain, l’unique ressource rare) qui confère une valeur aux matières brutes. C’est pourquoi les pays producteurs reçoivent une part infime du prix final (sans évoquer les taxes) : ce n’est pas le fait d’une exploitation diabolique des pays du sud par les pays du nord ; c’est plus prosaïquement le résultat logique du positionnement en amont, donc de la faible implication des pays producteurs dans la production de la valeur ajoutée finale. Tout entrepreneur sait bien que, quand il compte pour une part infime dans la création de valeur ajoutée, il gagnera une part infime de la recette totale.
De déchet naturel, le pétrole est devenu « or noir » à partir du moment où un innovateur quelque part en Europe a déposé un brevet sur le moteur à explosion. Et l’on dépose chaque jour des milliers de brevets de par le monde notamment sous l’effet de la compétition économique.

C'est bien le rôle de l'innovation technologique que de chercher à économiser le facteur qui est le plus cher. L’enjeu actuel est de faire en sorte que l’activité humaine consomme de moins en moins de ressources naturelles et de facteurs environnementaux. Il faut donc encourager les innovations, non pas encadrées par des programmes technologiques étatiques totalement déconnectés des réalités économiques, mais impulsées par les signaux du marché. Lorsque les processus de marché fonctionnent bien (ou ne sont pas empêchés de fonctionner), la rareté se traduit par un prix élevé en vertu du principe élémentaire « tout ce qui est rare est cher ». En économisant le facteur le plus coûteux, l’entreprise économise du même coup la matière la plus rare, celle qu’il s’agit précisément de préserver. C’est pour cela qu’elle innove.
Pour que ce mécanisme économique élémentaire fonctionne, il faut donc accepter de mettre un prix aux choses, et notamment à la nature. Car les gaspillages - et les pillages - commencent précisément à partir du moment où l'on neutralise les phénomènes économiques, en faisant croire que certaines ressources sont gratuites comme si elles existaient en quantités illimitées.
On dit que l'éléphant est menacé à cause de la valeur commerciale de l’ivoire. Pourtant la vache n’est pas menacée à cause de la valeur commerciale du lait ou de sa viande pas plus que le poulet n’est en voie de disparition à cause de la valeur commerciale des œufs ou de sa viande. Le problème n’est pas la valeur commerciale en soi ; le problème n’est pas l’activité marchande en soi ; le problème réside dans la définition des droits de propriété [1]. Le rôle de l’Etat est de mettre en place les institutions qui permettent de définir, garantir et protéger les droits de propriété, non de s’échiner à rendre tout gratuit.

On affirme aussi que la biodiversité est menacée à cause de l’activité humaine. Mais ce n’est considérer qu’une partie du phénomène. L’activité agricole a aussi contribué à accroître la biodiversité. Parmi les espèces de fruits et de légumes que nous consommons chaque jour, très peu existait à l’état naturel. L’homme est à l’origine de la création de nouvelles espèces. Il est donc plus exact de dire que l’activité humaine transforme la nature ; et que cette transformation entraîne l’épuisement de certaines ressources, le renouvellement d’autres ressources mais qu’elle permet aussi de créer de nouvelles richesses. C’est absolument inévitable. C’était déjà vrai à l’ère du néolithique où survivaient tant bien que mal quelques milliers d’individus ; c’est a fortiori vrai aujourd’hui alors que vivent plus de 6 milliards d’individus sur la planète. Mais à l’époque de la vapeur, on nous prédisait que la planète ne pouvait pas supportait 1 milliards d’individus ou que l’Europe se serait pas en mesure de nourrir 100 millions d’âmes.

La biodiversité naturelle n’est pas toujours une bonne chose pour l’être humain. Le virus de la peste, de la malaria et tant d’autres cadeaux empoisonnés de la nature font partie de la biodiversité que l’homme s’est acharné à éradiquer. Et il est heureux que ces créatures soient menacées de disparition car leur développement constituait une menace pour l’homme lui-même. Dans le discours écologique primaire, il y l’idée communément admise que la protection de la nature s’impose comme une évidence et que l’homme est un animal nuisible constituant une menace pour la nature. Pourtant ceux qui affichent une adoration béate de la nature se gardent de vivre en milieu naturel, préférant le confort douillet offert par la civilisation moderne dans les grands centres urbains dont ils pensent pourtant le plus grand mal.
L’homme existe avec la nature mais mène aussi un combat permanent contre la nature. Dans certains cas, au nom de la protection de l’homme, c’est la nature elle-même qui constitue une menace. Dans ce combat ancestral contre les risques naturels, la science constitue le meilleur allié pour l’homme.

Enfin, il existe autour du débat concernant le changement climatique un certain nombre d’affirmations qui relèvent plus de l’énoncé doctrinaire orienté que de la discussion scientifique sérieuse. A ce rythme, j'ai peur qu'on arrive un jour en France à imposer une loi punissant les gens qui osent remettre en cause la thèse officielle du réchauffement de la planète alors que cette thèse est loin de faire l'unanimité de la communauté scientifique mondiale [2]. A l’heure où, notamment en France, on réécrit l’histoire à coup de films cinématographiques bien-pensants suivis de lois (sur le colonialisme, sur le génocide arménien, sur l’esclavage), il n’est pas loin le temps où l’on établira la « vérité scientifique » sur le même mode juridique [3]. Et les acteurs à la mode ou les comiques en vue se substitueront aux chercheurs tombés dans l’oubli.

[1] Mankiw G.N. Principes de l’économie, Economica, Paris, 2000.

[2] Allègre C. « Le droit au doute scientifique », Le Monde du 26 octobre 2006.
[3] Voir à ce propos le film de A. Gore sur le changement climatique qui a reçu un accueil très chaleureux en France. Précisons que la notion de « vérité scientifique » n’a pas de sens dans les sciences. La recherche de la vérité ou le discours sur la vérité est une question soit philosophique soit religieuse. Il y a longtemps que les scientifiques ont abandonné cette prétention et cet objectif. Les scientifiques testent des hypothèses et rejettent les hypothèses contredites par l’expérience.

2006-11-13

Démographie, flux migratoires et croissance


La théorie économique de la croissance élaborée par R. Solow (Prix Nobel d’économie en 1987) montre l’importance de la démographie comme source de croissance. Une partie de l’écart de croissance persistant entre l’Europe et les USA provient de ce différentiel démographique. Mais, dans le modèle économique, il s’agit en fait de la « démographie active », c’est-à-dire de l’évolution de la quantité (effectif) et de la qualité (qualification, compétence, motivation) de la population active.
Certes, une démographie dynamique est la condition nécessaire du renouvellement de la population active, mais elle n’en est en aucune manière la condition suffisante : c’est bien plus le remplacement des générations d’actifs que le remplacement des générations en tant que telles qui est décisif pour la santé économique d’un pays. Si, pour avoir des actifs, il faut mettre au monde de nouvelles générations ou accueillir de nouveaux immigrants, les nouvelles générations et les nouveaux immigrants ne deviennent pas spontanément des actifs, surtout si le système d’éducation et de formation est défaillant. Faire des bébés est une chose, en faire des actifs en est une autre.

Il est vrai que la nature est bien faite. Quand un bébé vient au monde, il y a une bouche (consommation) à nourrir de plus ; mais un bébé normalement constitué est doté de membres (force de travail) et d’un cerveau (connaissances et compétences). Chaque être humain est donc dès sa naissance un créateur de richesse potentiel. Mais cela n’est qu’une potentialité tandis que les besoins sont immédiats. La société a donc au moins 16 ans pour transformer cette potentialité en un travailleur actif et compétent alors que tout nouveau né représente déjà et tout de suite un consommateur tyrannique et insatisfait. Et tous les jeunes parents savent combien un bébé qui a faim peut être tyrannique ou qu’un enfant capricieux un véritable dictateur…

Les flux migratoires ont donc des conséquences sur la démographie active à l’intérieur d’un territoire. Plus précisément, ils vont modifier le nombre de bouches à nourrir, le nombre de bras et le nombre de cerveaux dans des proportions variables selon les politiques en vigueur dans le pays d’accueil. Dans notre pays, les politiques sociales (financement des retraites, politiques familiales) et migratoires se conjuguent pour mettre en péril la base active de la population totale. Dans ce contexte, ce ne sont ni les naissances nouvelles ni l’immigration qui sont de nature à rééquilibrer notre système de financement des retraites [1].
Un pays se condamne quand sa population ne se renouvèle pas. En ce sens, les politiques malthusiennes sont à bannir. Mais c’est encore plus grave quand ce sont les générations d’actifs qui sont fragilisées. Avoir des bébés, vivre plus longtemps, accueillir de nouveaux immigrants ne devraient pas être une mauvaise nouvelle. Ce sont des mauvaises nouvelles dans le cadre d’un Etat-Providence dont les politiques aboutissent à démultiplier les bouches dans le même temps qu’elles paralysent les bras et neutralisent les cerveaux.

Ainsi, le même phénomène (la reprise de la natalité ou l’immigration) constitue une mauvaise ou une bonne chose selon que le système encourage la consommation ou bien l’effort productif [2]. De ce point de vue, l’immigration peut devenir rapidement insupportable dans les pays qui privilégient le modèle de l’Etat-providence alors qu’elle est source de prospérité dans les pays plus ouverts à la libre entreprise.

[1] Caccomo J.L. « La retraite, la croissance et la finance », Midi-Libre, le 1er août 2000.

[2] La stimulation de la consommation, en aiguisant les appétits et en attisant les convoitises et les insatisfactions, conduit les individus à entrer dans des relations conflictuelles. L’incitation à la production, en obligeant les individus à s’insérer dans une nécessaire division collective du travail, conduit les individus à entrer dans des relations de coopération qui les rendent objectivement solidaires.

2006-11-11

Innovation et handicap


Je voudrais exprimer mon admiration pour Jérôme Adam, fondateur de Visual Friendly (et spécialiste de l’accessibilité des sites web aux personnes handicapées) qui nous a brillamment montré, à travers son expérience personnelle, que le handicap personnel peut être source d’innovation [1].

Cette expérience me fournit l’occasion de mettre le doigt sur le lien fondamental qui unit l’innovation et le « handicap ». Car non seulement le handicap ne constitue pas nécessairement un frein à l’innovation, mais il en est sans doute un de ses plus puissants aiguillons.
En effet, dès que nous nous frottons aux autres, dès que nous nous comparons aux autres, nous nous sentons tous plus ou moins « handicapés » par rapport à ceux que nous considérons comme plus performants ou plus avantagés. Dans ma jeunesse, j'étais malade de ma timidité, terrorisé à l'idée de parler en public. J'ai alors tout mis en oeuvre pour surmonter ce handicap.

Les entreprises françaises ouvertes aux vents de la compétition internationale ne se sentent-elles pas handicapées par le poids de contraintes et des charges qui les accablent ? De ce point de vue, l’ouverture révèle les handicaps relatifs de chacun dans le sens où la compétition est basée sur la mise en valeur des avantages comparatifs. Et l’avantage comparatif des uns est un handicap pour les autres.
L’innovation consiste précisément à transformer un handicap en un avantage concurrentiel. C’est la raison pour laquelle l’Etat, en cherchant à nous protéger de la compétition, annihile du même coup les réflexes innovateurs qui sont ancrés dans la nature humaine.
C’est vieux comme le monde.
L’homme préhistorique a innové, domestiquant le feu, inventant le langage, créant des outils parce qu’il s’est senti bien impuissant par rapport au règne animal hostile qui l’entourait, parce qu’il s’est senti bien handicapé par rapport à la férocité du fauve, par rapport à la puissance du mammouth, ou par rapport à la vitesse des antilopes.
C’est précisément ce handicap qui fut sa singularité et sa chance : pour survivre, il était condamné à innover [2].
Tel est le propre de l'homme, innover ou disparaître.

[1] Jérôme ADAM, « Du handicap à l’innovation sociale », Alternative-Libérale, Science-Po, Paris, le samedi 10 juin 2006 in http://www.alternative-liberale.fr/

[2] Jean-Louis CACCOMO, L’épopée de l’innovation. De l’innovation technologique à l’évolution économique. L’Harmattan, Paris.

2006-11-06

Morale démocratique

Après le recul du gouvernement Villepin sur la question du CPE, il est clair que la question qui se pose aujourd’hui n’est plus de savoir si la France est réformable mais si elle est tout simplement gouvernable. Que Sarkozy s’aventure à proposer un projet de loi sur l’immigration, et immédiatement les associations anti-racistes défilent dans la rue. Quand le ministre de la santé tente une réforme (somme toute modeste) de la sécurité sociale, les professionnels de santé (soigneusement encadrés par les syndicats) descendent dans la rue. Que le ministre de l’agriculture cherche à moderniser la politique agricole commune, les agriculteurs se déchaînent à leur tour. Le pli est pris. Dans un pays aux institutions défaillantes, la rue est devenue un espace de contestation plutôt qu’un moyen de circulation.

Il fallait se résigner à attendre maintenant les prochaines échéances électorales de 2007. Après tout, Chirac fut élu avec 80 % des voix pour faire barrage à Le Pen mais sans aucun programme de gouvernement. Mais est-on sûr que le scénario ne va pas se renouveler ?
Car, le plus difficile sera de supporter les éternelles leçons de morale démocratique d’une gauche aussi cynique qu’arrogante, notamment depuis qu’elle a contribué à affaiblir le gouvernement en place en attisant les conflits sociaux. En effet, les rappels incessants à l’extrême droite, le souvenir honteux de Le Pen au second tour, tous ces tours de passe ne doivent pas nous masquer l’essentiel. Et je rêve d’une droite qui ne tombe plus dans ces pièges grossiers.
Car soit on considère une fois pour toutes que le Front National défend des idées et un programme ignobles et alors il faut interdire ce parti politique (et dans la foulée, interdire aussi les partis d’extrême gauche). Soit ce parti existe, et on ne peut en aucune manière interdire aux électeurs de porter leurs voix sur un parti existant. Telle est bien la règle du jeu démocratique. La gauche glorifie toujours le verdict des urnes (et la sagesse populaire) quand les résultats électoraux tournent à son avantage tandis qu’elle reniera jusqu’aux institutions elles-mêmes si ces résultats ne lui sont pas favorables. La gauche est populaire tandis que ses ennemis sont populistes. Quand un maire de gauche finance des associations amis, il fait du social ; quand un maire de droite fait la même chose, il achète la paix sociale...
Etrange conception de la tolérance citoyenne, curieuse manifestation de la sensibilité démocratique.
La présence du Front National au second tour des présidentielles fut précisément le bilan de la gauche et du gouvernement Jospin, de ceux qui précisément donnent des leçons et nous mettent en garde contre la bête immonde. Pinochet, ce fut le bilan calamiteux d'Allende ! Et la gauche veut revenir au pouvoir ?

Imaginons que la droite ne soit pas représentée lors du second tour de la prochaine élection présidentielle (et c’est une possibilité non négligeable), qu’un candidat de gauche et un candidat de l’extrême gauche se discutent les électeurs. Croyez-vous que Jack Lang s’inquièterait d’un quelconque déséquilibre démocratique ? La gauche en chœur ironiserait sur la bérézina de la droite et la sagesse populaire. Hélas, la droite n’a pas besoin de la gauche pour perdre. Même sans programme crédible, la gauche sort toujours victorieuse parce que la droite s’échine à faire perdre son propre camp à force de renier ses racines et ses valeurs.

2006-11-03

Pour un candidat du libéralisme


Il y a dans cette campagne présidentielle qui s’annonce un candidat antilibéral. Quel honneur ! La moindre des politesses était bien de leur offrir en face un véritable candidat libéral. Aujourd'hui, un parti libéral est né en France avec "Alternative Libérale" dont le Président Edouard Fillias se lance dans la course aux présidentielles. Certes, ce nouveau parti sème le doute ou l'indifférence à droite, sans susciter une adhésion franche des libéraux de ce pays.
C'est compréhensible, c'est un parti jeune animé par une réelle utopie libérale. Mais sans utopie, il n'y a pas de programme. Les partis existants sont représentés par des candidats dont l'ambition est de conquérir ou conserver le pouvoir pour le pouvoir. Ils n'ont plus d'idéologie ni de repères, ils n'ont plus de valeurs sinon celles de durer, quitte à faire les pires promesses, quitte à tomber dans les plus troubles compromissions.

Il était grand temps d'entendre un candidat du libéralisme, ce que la droite actuelle n'a jamais osé nous donner. Car, depuis plus de 30 ans, c’est la gauche marxiste la plus primaire qui dicte les règles du débat politique dans ce pays, aidé par un système éducatif militant et un système médiatique complaisant. Discours politiques, débats télévisés, éducation des esprits dès le plus jeune âge et informations quotidiennes se conjuguent pour imposer une vision dépassée de la société. Et la droite s’incline devant ce diktat, tandis que les français subissent un véritable « coup d’Etat permanent ». Je ne veux ni de cette gauche qui dicte les règles, ni de cette droite qui s’incline.
Ni gauche, ni droite ! C'est précisément le positionnement naturel d'un parti libéral.
J’attends d’un parti libéral qu’il sorte la France de cette impasse qui la condamne à un déclin économique irréversible. Sans une économie solide et prospère, rien d’autres n’est possible : ni social, ni culture, ni influence dans le monde, ni recherche scientifique. Il est fondamental de comprendre le fonctionnement de l'économie moderne plutôt que de le nier ou de l'ignorer.

Mais à chaque fois que la gauche arrive au pouvoir, elle assimile ses apports à des acquis que nul ne saurait remettre en question. A l’entendre, ses conquêtes sont tellement indiscutables que nul n’aurait le droit de les remettre cause. Quelle prétention ! Mais si la sécurité sociale (ou le C.N.R.S.) n’est pas réformée en profondeur, elle s’écroulera d’elle-même comme tout système soviétique à l’image duquel elle a été conçu. Pourtant, cette stratégie d’intimidation marche : qui oserait toucher à l’I.S.F. ou aux 35 heures aujourd’hui ? Et à chaque fois que la gauche veut conquérir le pouvoir, elle annonce qu’elle cassera ce qu’a fait la droite dans un bel esprit démocratique qui fait l'admiration des médias béats ! Et la droite se laisse piéger. C’est alors à la droite de se justifier sur la sécurité sociale, sur les 35 heures, sur les emplois « jeunes »…alors que ce sont des idées de gauche !

A son arrivée à l’Elysée en 1981, Mitterrand a installé ses amis dans les arcanes dorées du pouvoir, plaçant ses journalistes et remplaçant les animateurs de télévision, changeant les recteurs d’académie…puis quand Chirac est arrivé au pouvoir, il a promis qu’il ne ferait pas de chasses aux sorcières. Il est donc complice des blocages actuels mais il est cocasse de voir la gauche dresser le bilan !
Et c’est ainsi depuis trois décennies…C’est devenu un système qui rend toute véritable alternance impossible, puisque pour conquérir le pouvoir, la droite se croit obligée de faire campagne sur le terrain de la gauche, avec des concepts de gauche, pour finalement consolider les politiques de gauche, en récupérant les mauvaises idées de la gauche.
Si le slogan d’un parti libéral, c’est « ni droite, ni gauche », alors il faut remettre en cause ce compromis bancal qui fait de notre démocratie un simulacre de démocratie. En effet, le candidat libéral ne peut cautionner ni la gauche ni la droite puisque nous héritons aujourd’hui du bilan de leurs politiques communes. Pourtant, le libéralisme n’est pas le centre. François Bayrou est illisible politiquement car il se présente ni à droite ni à gauche ni libéral ! C’est le flou complet, autorisant toutes les démagogies possibles. Mais dans ce registre, nous avons déjà Royal et Sarkozy.

Depuis son origine, le libéralisme ne peut se positionner ni par rapport à la gauche ni par rapport à la droite, dont les partis les plus représentatifs sont aujourd’hui fondamentalement conservateurs puisqu’ils veulent préserver le modèle existant dont tout montre ses limites aujourd’hui. J’attends du candidat libéral qu’il fasse donc la pédagogie du libéralisme. Ce ne sont pas aux libéraux de se positionner par rapport à la gauche ou à la droite actuelles. Renversons la charge de la preuve. Après tout, que signifie être socialiste, communiste ou gaulliste dans la France de 2007 ? Qu’on nous explique que diable ! Revenons sur les fondamentaux du gaullisme, du communisme, du socialisme et du libéralisme et les choix ainsi éclairés s’imposeront par eux-mêmes.