2006-12-23

C'est la faute à l'euro ! (3/6)


Pendant des siècles, les agents de l’économie réalisaient leur transaction avec une monnaie métallique. Pour de nombreuses raisons, l’or fut le plus souvent la référence ultime en ce domaine.
Sous la monarchie, le pouvoir royal manifestait déjà sa volonté de dominer la monnaie. Certes, le pouvoir politique n’était pas assez fort pour pouvoir créer de l’or ex nihilo même si la quête de la pierre philosophale fut une obsession constante durant plusieurs siècles. De nombreux rois se sont entourés d’alchimistes plus ou moins éclairés qui avaient la prétention de transformer le plomb en or. Mais la nature fut plus coriace en ce domaine que le génie humain : la contrainte métallique était incontournable. On ne manipule pas aisément la quantité d’or : c’est ce qui donna sans doute à l’or son statut d’étalon monétaire au niveau national comme au niveau international.
Alors les rois ont marqué leur effigie sur certaines pièces d’or, comme un propriétaire marque ses chevaux, donnant naissance à la monnaie officielle (Louis d’or). Ce fut une première étape dans le processus d’appropriation politique de la monnaie qui était à l’origine un bien privé.
En tant que bien privé, la monnaie était utilisée par les agents de l’économie en raison des services qu’elle était de nature à rendre. Autrement dit, les agents avaient confiance dans la monnaie métallique en raison de sa valeur intrinsèque directement observable (poids en or), et non en raison de l’effigie royale.

Il faut comprendre pourquoi les gouvernements se sont tellement intéressés à la monnaie, ne pouvant la laisser exister en tant que bien privé. Avec la monnaie métallique, il n’est pas aisé de décréter une modification de la masse monétaire. La contrainte métallique s’impose d’elle-même comme un carcan incontournable. Ce n’est pas un problème (et c’est même une qualité précieuse) pour les agents de l’économie ; mais c’en est un pour le pouvoir qui a la prétention de réguler l’économie en influençant la masse monétaire. Cette prétention régulatrice s’est affirmée explicitement au XX° siècle, cautionnée par les travaux de Keynes.
Sous la monarchie, les rois n’avaient sans doute pas pareil objectif ; mais ils étaient déjà confrontés sans cesse à un problème épineux d’équilibre des finances publiques. A certaines époques, en raison des guerres ou des dépenses somptuaires, les dépenses de l’Etat s’envolaient. Le roi se voyait alors dans l’obligation d’augmenter les impôts.
Mais les impôts ne sont pas populaires. Et ils le sont d’autant moins qu’ils sont extrêmement visibles et douloureux en raison précisément de la nature métallique de la monnaie. La légende de Robin des bois illustre une révolte fiscale face à un roi illégitime qui utilise le trésor royal à des fins personnelles (détournement de la dépense publique). La France a connu de nombreuses Jacqueries qui furent des insurrections de paysans écrasés par la pression des impôts. Louis XVI lui-même en a perdu la tête, la fronde fiscale déclenchant la révolution française.
C’est que, sous la monarchie, l’impôt se voit. Et comme il est douloureux, le contribuable peut se révolter en exprimant sa douleur contre un Etat trop dépensier, surtout si cette dépense royale n’est pas de nature à accroître le bien public, c’est-à-dire le service rendu au contribuable (protection, justice). Car le prélèvement de l’impôt n’est légitime que si les agents ont le sentiment que le produit de l’impôt leur revient sous la forme de biens et services publics qu’ils n’auront donc plus besoin d’acquérir sur des marchés privés.

Progressivement, le pouvoir royal comprend qu’il peut mettre en circulation plus de pièces d’or avec la même quantité d’or, en coupant l’or pur avec un autre métal. Il invente ainsi l’ancêtre de la planche à billet. On voit bien que c’est une façon de prélever l’impôt sans le dire : c’est un impôt déguisé. Mais c’est aussi une perversion de l’instrument monétaire ainsi détourné de son usage premier. C’est cette perversion qui est à la base de la dépréciation.
Contrairement à aujourd’hui, les ménages ont alors le choix de leur étalon monétaire lorsque la monnaie doit sa valeur à sa nature métallique propre et non à sa dimension politique (son effigie). Même si cela prend du temps, les acteurs de l’économie finissent par comprendre que la monnaie officielle est dépréciée : elle contient moins d’or pur. Et comme ils peuvent la peser et observer directement cette dépréciation monétaire, ils peuvent réagir, ce que vont faire précisément les banquiers et les marchands.
En conséquence, deux choix sont possibles : soit ils se détournent de la monnaie dépréciée parce qu’ils ont la possibilité d’utiliser d’autres monnaies non dépréciées (concurrence monétaire), soit ils demandent deux Louis quand hier ils n’en demandaient qu’un, d’où l’inflation. Autrement dit, soit ils demandent une autre monnaie non dépréciée (non manipulée), soit ils demandent plus de quantité de la monnaie dépréciée (inflation). Dans les deux cas, la demande de monnaie (en quantité et en qualité) peut s’adapter à l’offre (en quantité et en qualité) car les quantités et les qualités monétaires sont directement observables lorsque la monnaie est métallique.
Dans ce contexte de concurrence monétaire à base métallique, la « bonne monnaie chasse la mauvaise » car les agents économiques peuvent se rebeller contre les abus du Prince.

2006-12-21

Quand les clichés formatent le débat politique

« La droite ignore la misère des SDF. Quand je serai Présidente, je leur apporterai ma compassion, c'est ça, le socialisme ».
Ségolène Royal

Avec la gauche, le cliché se substitue à la pensée. Madame Royal, épargnez nous ces clichés lamentables indignes du débat politique. Ce n’est pas de la compassion qu’on attend du futur président, mais de la compétence. La pauvreté que vous dénoncez est le résultat de l’aveuglement et de l’incompétence partagés à gauche comme à droite.

Cette photo donne une image de la France qui tombe. Imaginez la même photo illustrant les rues de New York. Le coupable serait tout trouvé : le néolibéralisme. Mais ne me dites pas que la France a tenté une expérience libérale. A quel moment ?
Les français ont tellement raillé l’Amérique et ses pauvres en croyant qu’ils étaient à l’abri du sous-développement grâce à leur modèle social qui devait être un bouclier face à la mondialisation libérale. Mais la pauvreté progresse inéluctablement en France parce que ce modèle social génère une inflation de prélèvements qui détruisent peu à peu les mécanismes économiques endogènes de création de richesse ; parce que ce modèle social constitue un puissant attracteur générant une immigration de droits sociaux dont le financement met en péril notre stabilité financière ; parce que, enfin, ce modèle social fait fuir les plus actifs générant une fuite du patrimoine économique hors de l’hexagone que plus rien ne pourra arrêter. Et ceux qui nous gouvernent, à droite comme à gauche, s'efforcent de rendre les prélévements indolores pour pouvoir les augmenter à notre insu, et n'ont aucune idée de la valeur totale des actifs (physiques, financiers et humains) qu'ils ont fait fuir.
Alors voir ensuite tous ceux qui ont contribué à cet état de fait pleurer sur la précarité et la pauvreté grandissante est proche de l’indécence. Cette charité qui se donne en spectacle, cette compassion simulée est à la solidarité ce que la pornographie est à l’érotisme. C’est vulgaire et déplacé.

Les économistes sont les premiers à se poser les problèmes de la pauvreté. Mais dès qu’ils pointent un problème susceptible de briser l’économie, ils se font railler ; on les traite de déclinologues. Pire : on les laisse prêcher dans le désert de l’indifférence.
Mais maintenant, on parvient difficilement à cacher 30 ans de croissance molle et de dérive des comptes publics dans un contexte de décrochage technologique qui nous condamne à ne pas pouvoir suivre le train des innovations. De la même manière que, après 18 ans de croissance à deux chiffres, on constate maintenant que la Chine devient un pays riche et puissant.
Au même moment, on ne parvient pas à maintenir notre niveau de richesse, et notre puissance se transformera peu à peu en impuissance.

La gauche fait mine de venir au secours du plus faible pour faire barrage à la droite dont sa politique aurait mis les gens dans la rue. Comment encore croire à cette fable ? La droite et la gauche sont complices d’une dérive structurelle grave faute d’avoir remis en cause cette trajectoire qui nous conduit depuis 1981 à la collectivisation de notre économie.
Le XX° siècle fut pourtant sans appel : partout où l’économie fut collectivisée, elle fut dans le même temps ruinée. Voilà pourquoi la pauvreté progresse.
Ouvrez les yeux car la compassion rend aveugle.

2006-12-20

La consommation collective : les pièges des cadeaux empoisonnés

Il y a un grand danger pour les responsables politiques à s’avancer sur le terrain économique qu’ils ne pourront jamais maîtriser sauf à détruire complètement la dynamique de l’économie. Les candidats à l’élection présidentielle s’approprient des concepts et des problématiques économiques à propos desquels ils ne semblent pas avoir une compréhension claire et achevée.

Les discussions autour du pouvoir d’achat sont un exemple flagrant du scientisme qui règne en ce domaine.

Il y a en effet une chose fondamentale qui échappe à ceux qui ont la prétention de nous diriger : plus la sphère des biens gratuits s’agrandit, et plus la vie est chère et l’économie fragilisée. Ce processus fut enclenché en France en 1981 avec l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir. Les socialistes ont créé le RMI, puis plus tard la CMU ; ils ont imposé la réduction du temps de travail, fidèle à leur tradition redistributrice. Et la droite est contrainte de gouverner dans les cadres imposés par la gauche, selon les règles « démocratiques » imposées par la gauche qui font de l’alternance politique une illusion sinon une farce. Le résultat est qu’aujourd’hui, un français sur deux a peur de devenir un jour un SDF. La gratuité généralisée rend la vie chère. Ce n'est pas un paradoxe : comme la gratuité n'existe pas, c'est que l'inflation est forcément déguisée. Que sont les biens et services gratuits ? Ce sont finalement tous ces biens et services très coûteux que l'on veut faire payer aux autres (et les autres agissent de même) comme l'éducation, la santé ou la retraite. Mais cette consommation collective est une terrifiante machine à dérégler les comportements, rendant le plus rationnel d'entre nous (lorsqu'il s'agit d'ouvrir son portefeuille) en individu totalement irresponsable (lorsqu'il s'agit de l'argent des autres).

Imaginez que, lorsque vous consommez de l’électricité, c’est votre voisin qui reçoit la facture parce que vous avez piraté son compteur. Mais ce que vous ne savez pas, c’est que votre voisin a fait la même chose à votre insu. La conséquence est un dérapage de la dépense qui entraîne à son tour un dérapage des prélèvements pour régler la facture collective. C’est ce processus de déresponsabilisation qui explique les dérives du budget de la sécurité sociale et de l’Etat.

Comme le pouvoir d’achat des ménages est dévoré par la montée des prélèvements de toute sorte, les ménages demandent de plus en plus de biens et services « gratuits » et le domaine de la consommation collective s’agrandit encore, celui-là même qui est à l’origine de l’inflation des prélèvements.

Les ménages ne s’aperçoivent plus que c’est précisément ce processus qui ronge leur pouvoir d’achat car les prélèvements leurs sont occultés, l’Etat se faisant le complice de cette tragédie collective. Là est sans doute le plus grave : ceux qui prétendent nous éclairer nous aveuglent ; ceux qui prétendent parler au nom de l’intérêt général participent activement à la liquidation collective. En effet, les responsables politiques s’efforcent de rendre les prélèvements « indolores », ce qu’il convient précisément de ne jamais faire si l’on veut que les gens réagissent, si l’on veut inverser les comportements et stopper le processus. Ainsi, les prélèvements sociaux sont retenus à la source (charges, RDS ; CSG) d’où l’illusion de gratuité des biens et services sociaux tandis que les prélèvements fiscaux basculent sur la fiscalité indirecte (TVA) d’où l’illusion de gratuité des biens et services publics.

L'administration fiscale en vient à vanter le caractère indolore du prélèvement à la source : « Ce dispositif [le prélèvement à la source] pourrait pourtant présenter des avantages pour l’administration fiscale, comme pour les contribuables. En effet, il s’agit d’un mode de recouvrement relativement simple et "indolore" pour le contribuable, favorisant l’acceptabilité de l’impôt. ».

Mais la légitimité de l'impôt vient de la légitimité de son usage, ce qui implique une évaluation et un contrôle de la dépense publique. Ce n'est pas celui qui paie ses impôts qu'il faut enchaîner et contrôler ; c'est à ceux qui dépensent le produit de ces impôts de rendre des comptes. C'est parce que les actionnaires peuvent quitter à tout moment une entreprise (en vendant leurs actions) que les managers sont contraints de gérer au mieux l'entreprise et de rendre des comptes. Les contribuables sont les actionnaires du bien public dont le gouvernement est responsable de la bonne gestion. Et tous ceux qui se présentent devant les électeurs devraient rappeler cette fonction politique qui leur implique de prendre leurs responsabilités.

Ce droit de sécession, qui permet à chacun d'exercer sa liberté en toute souveraineté (individuelle) est un des droits fondamentaux qui fonde l'Etat de droit issu de la philosophie et de la révolution libérales. Et c'est précisément ce droit là qui contraint à la bonne gestion. C'est un principe que les collectivistes ne parviendront jamais à comprendre et à accepter dans leur vision dirigiste et totalitaire du rôle de l'Etat moderne.

C'est pourquoi l'on ne voit plus dans quelle proportion l’Etat prélève du revenu pour financer les biens dits « gratuits ». On ne voit plus que cette proportion devenue énorme est de nature à briser les ressorts de la création des richesses. Et malgré cette masse croissante de prélèvement, le secteur public n’a jamais assez de moyens si l’on en croit ses représentants agréés.

A l’origine, l’argent public, c’est d’abord la part de la richesse privée que le ménage consent à laisser à la collectivité. On assiste aujourd'hui à une inversion pernicieuce des termes : l'argent privé, c'est ce que consent l'Etat à ne plus nous prendre. En ce sens, la fiscalité touche à l'éthique. Voilà pourquoi il est nécessaire et urgent de limiter la sphère des biens publics plutôt que de l'étendre. Mais au nom d'une conception démagogique de la solidarité et sur fond d'ignorance impardonnable des lois élémentaires de l'économie, les candidats aux présidentielles se proposent d'étendre la gratuité sans prévenir que la gratuité est un concept illusoire qui nous coûtera cher à tous le jour où il faudra rendre des comptes.

2006-12-19

Quand la gauche promet de tout casser !

Nous souffrons d’avoir en France à supporter la gauche la plus archaïque et la plus intolérable au monde. Elle est encore entièrement pétrie d’antilibéralisme au point de perdre toute rigueur dans l’appréhension des phénomènes économiques et sociaux. Et elle est tellement persuadée d’avoir le monopole de la morale et de la justice sociale. Fort de ses certitudes, son seul mot d’ordre : « quand nous reviendrons au pouvoir, nous remettrons en cause tout ce qu’a fait la droite ».

La droite française est si impressionnée par les diktats de gauche qu’elle ne s’est jamais aventurée à remettre en question aucune des mesures imposées par la gauche. Et pourtant, la plupart de ces mesures eurent des effets économiques catastrophiques. L’UMP n’ose pas même diligenter une enquête sur l’importance du patrimoine qui aurait quitté la France depuis la création de l’ISF alors qu’un français par jour quitte le pays à cause de cet impôt totalement idéologique.

Mais voilà, la gauche s’est élevée au rang de la nouvelle religion au pays de la laïcité. Elle a son clergé et ses inquisiteurs, elle opère ses mises à l’index. Et les lois qu’elle parvient à faire voter entrent dans l’ordre du sacré. Elles deviennent des acquis sociaux : plus question de remettre en cause les 35 heures, les emplois jeunes ou l’ISF.
Mr Sarkozy est obligé de se réfugier derrière un slogan qui sonne « gauche » en promettant la « rupture tranquille », qui n’est pas sans rappeler la « force tranquille » de François Mitterrand. Ont-ils tous les mêmes conseillers en communication ?
Lorsque la droite gagne des élections, elle est presqu’obligée de s’excuser en promettant de ne pas faire de chasse aux sorcières, en assurant qu’elle ne touchera pas aux lois votées par la gauche.
Croyez-vous que la gauche ait tant de scrupules ?

C’est pourquoi notre pays n’est gouverné que dans un seul sens et qu’il dérive invariablement vers la collectivisation rampante. Dans ce contexte, ceux qui peuvent encore fuir ne se priveront pas de le faire.

2006-12-17

C'est la faute à l'euro ! (2/6)

L’histoire monétaire est passionnante pour qui sait voir au-delà des aspects purement techniques et quantitatifs. La question de la mesure plus ou moins précise des différents agrégats monétaires (M1, M2, M3 ou L) ne doit pas occulter l’essentiel. Car l’histoire de la monnaie raconte un combat millénaire : le combat incessant entre le pouvoir et la société civile, c’est-à-dire l’affrontement permanent entre le pouvoir politique d’un côté qui cherche à contrôler l’économie (et donc les acteurs de l’économie) et l’économie qui, de l’autre côté, finit toujours par se rebeller en mettant en œuvre un puissant processus de libération dont la motivation est puisée au cœur même des aspirations individuelles.

La monnaie est, comme la roue et l’écriture, une des innovations les plus fondamentales de l’homme qui lui a permis d’accéder à la prospérité. Si la roue a permis de faciliter le déplacement physique des hommes et des marchandises, la monnaie a permis de faciliter la comparaison et le transfert des valeurs, autorisant le déplacement économique des marchandises.
La monnaie est antérieure au pouvoir politique. Elle existe depuis que les hommes font du commerce. Elle permet de transcender les frontières. A ce titre, elle constitue un progrès radical dans le sens où elle permet d’échapper aux contraintes du troc, notamment aux contraintes liantes de l’échange bilatéral. En permettant une multilatéralisation des échanges, la monnaie augmente considérablement l’espace des échanges, et donc le gain de l’échange pour ses participants.
Très tôt aussi, les Etats ont cherché à s’approprier la monnaie, comprenant son rôle structurant dans l’économie, et en faire un instrument de la souveraineté nationale. Celui qui avait prétention à réguler, sinon contrôler, l’économie se devait d’en maîtriser sa monnaie. Lénine a compris que, pour faire tomber le système capitaliste, il fallait pervertir sa monnaie qui est comme le sang qui circule dans l'ensemble du corps économique et social.

Deux tendances n’ont alors cessé de s’affronter : d’une part, la tendance à s’affranchir des contraintes et des contrôles par l’innovation monétaire ; d’autre part, la tendance à imposer les contraintes administratives (en réponse aux innovations monétaires et bancaires) par le pouvoir en place sous la forme d’un contrôle du système monétaire.
A titre d’illustration, dans le cadre d’un système bancaire soumis au contrôle d’une banque centrale, toute opération de crédit réalisée par une banque oblige cette banque à se refinancer auprès de la Banque Centrale dans la mesure où une partie de la monnaie scripturale créée par la banque sera un moment ou un autre convertie en monnaie centrale (les billets de banque qui sont les billets de la Banque centrale). Les cartes de crédit sont une innovation permettant d’effectuer directement des paiements sans avoir à utiliser des billets de banque. De ce point de vue, l’innovation permet d’échapper, en le contournant, au monopole d’émission imposé par l’Etat puisqu’elle permet de diminuer le besoin de liquidité. En riposte, l’Etat peut décider d’accroître le taux des réserves obligatoires pour contraindre les banques à conserver des billets de banque même s’ils ne sont plus l’objet d’une demande (demande de monnaie centrale) par les acteurs de l’économie.
De ce point de vue, toutes les innovations qui permettent aux acteurs d’effectuer leurs transactions sans avoir à utiliser de la monnaie centrale rendent de plus en plus inutile la Banque Centrale elle-même.
A l’heure de la monnaie électronique, alors même que la notion de « masse » monétaire devient de plus en plus virtuelle, l’existence même des Banques centrales sera bientôt le vestige d’une époque révolue.

2006-12-16

C'est la faute à l'euro (1/6)

« Chez les français depuis Charlemagne, et chez les anglais, depuis Guillaume le Conquérant, la proportion entre la livre, le shilling et le denier ou le penny, parait avoir été uniformément la même jusqu’à présent. Quoique la valeur de chacun ait beaucoup varié ; car je crois que, dans tous les pays du monde, la cupidité et l’injustice des princes et des gouvernements, abusant de la confiance des sujets, ont diminué par degrés la quantité réelle du métal qui avait été d’abord contenue dans les monnaies ».

Extrait de La Richesse des Nations – Adam Smith

Les hommes politiques ont la faculté de s’en prendre aux créations qui leur échappent. Le débat autour de l’euro est à cet égard bien révélateur: l’ensemble de la classe politique nous a quasiment imposé d’adopter une monnaie unique (au lieu d’une monnaie commune). Comme l'a montré Jean-Jacques ROSA dans son livre "L'erreur européenne", les rares économistes qui mettaient en doute le concept de monnaie unique étaient immédiatement suspectés d'être anti-européens. Au pays de la tolérance qui se veut à l'avant-garde des luttes contre toutes les formes de discriminations, gare à ceux qui ne se coulent pas dans la pensée imposée. On a voulu imposer l'équation marché unique = monnaie unique qui n'a aucun fondement dans la théorie économique.
Les anglais et les suisses, qui ne sont pas les derniers en matière monétaire et financière, n'ont pas voulu entrer dans la zone euro précisément à cause de ce choix, alors qu'ils étaient plus ouvert à l'idée d'une monnaie commune permettant de conserver les monnaies nationales.
Mais voilà maintenant la Banque Centrale Européenne est l’objet de toutes les crispations et de toutes les furies.
Cependant le mal est fait dès le XIX° siècle avec l’invention du concept même de Banque Centrale qui fut une véritable nationalisation d’une découverte fantastique et fondamentale pour le développement économique : la monnaie.
Dans ce domaine, les économistes soucieux de plaire au pouvoir se sont empressés de fabriquer des théories démontrant qu’il appartenait à l’Etat de maîtriser la masse monétaire en vue d’influencer la conjoncture. La monnaie existait depuis des siècles, mais les Etats n'ont pas pu s'empêcher de mettre la main dessus. Au XX° siècle, Keynes a donné ses lettres de noblesse à la politique monétaire, tous les gouvernements du monde faisant de l’émission monétaire un symbole du pouvoir politique et de l’identité nationale. La conséquence est qu'ils se donnaient le droit de prétendre contrôler la masse monétaire.
De ce point de vue, la zone euro est dans une situation étrange : la zone de circulation de l’euro ne correspond pas à un territoire politique intégré alors même que la notion d’identité nationale à l’échelle européenne est plutôt problématique.
Les hommes politiques qui ont fait Maastricht ont mis au monde une créature étrange qui n'a pas d'équivalent dans le monde des monnaies actuelles. Mais ce n’est pas en reprenant le contrôle de la Banque Centrale Européenne (d’ailleurs, quel gouvernement va dicter ses choix à la BCE ?) que nos problèmes seront résolus.
En ce domaine aussi, il appartient aux constructivistes (car l’Euro est une construction européenne bureaucratique) et aux interventionnistes de droite comme de gauche d’apporter la charge de la preuve. N'oublions pas que l'idée d'une monnaie unique est née du rapport Delors, un grand adepte des théories keynésiennes.

C'est à ceux qui prétendent réguler d'apporter la preuve de leur pouvoir de régulation, la preuve qu’un gouvernement est en mesure de contrôler la masse monétaire alors que les experts ne parviennent pas à mesurer précisément cette masse monétaire, la preuve qu’un contrôle de la monnaie leur permet d’influencer la conjoncture alors que les théoriciens ne sont pas d’accords sur les rapports interagissant entre l’activité économique réelle et la quantité de monnaie, la preuve aussi qu’en ce domaine, le monopole d’émission imposé par une banque centrale est plus efficace que la concurrence monétaire que l’arrivée des banques centrales a supprimé.

S’il fallait appliquer le principe de précaution, et dans la mesure où cette preuve n’est pas apporté par ceux qui ont la volonté de diriger, réguler et contrôler, alors mieux vaut ne pas s’immiscer dans les affaires monétaires.
Mais puisque le mal est fait depuis plus d’un siècle, l’indépendance de la BCE est sans doute un moindre mal.

2006-12-13

De la vérité officielle à la réalité vécue


La vérité officielle se déconnecte de la réalité vécue par les acteurs de l’économie (les ménages et les entreprises) dans les pays où les gouvernements s’obstinent à voir l’économie comme un champ d’expérimentation de théories dépassées au service d’une pseudoscience prétendument régulatrice. L’exemple extrême fut l’Union soviétique. L’histoire nous aide à comprendre le présent. Mais qu’est-ce qui nous permet de comprendre et méditer les enseignements de l’histoire ? Il semble que, dans notre pays, nous n'en soyons plus capables.

La France souffre depuis 30 ans de ce syndrome qui la conduit lentement dans un processus d’implosion interne. En Union soviétique, l’inflation officielle n’existait pas pour la simple raison que la liberté des prix y était interdite : les prix étaient fixés autoritairement par le plan central dans le pays où l’on avait anéanti l’expression des marchés.
Est-ce que l’inflation avait réellement disparu ? Pas le moins du monde ! La manifestation de l’inflation (son effet sur les prix) était empêchée mais certainement pas la cause profonde. Il existait donc une inflation réelle qui se manifestait par les files d’attente devant les magasins d’Etat. On mesurait l’inflation réelle à la longueur des files d’attente. Rappelons au passage que les prix étaient administrés dans la France des années 70 gouvernée par la droite. Pourtant, l’inflation en France était à ce moment supérieure à l’inflation en Allemagne où les prix étaient libres. Ce n’est pas parce que l’on empêche les gens de dire qu’ils ont faim que les gens ne sont pas affamés. Ils sont simplement obéissants ou terrorisés.

Pareillement, le chômage officiel était nul en URSS tout simplement parce que le chômage était interdit par le parti communiste de l’union soviétique (PCUS). Aux yeux du parti, le chômage était un délit. En effet, la carte du parti donnait droit à un travail. Du coup, si vous n’aviez pas de travail, c’est que vous n’étiez pas membre du parti. C’était une position plus inconfortable au pays des soviets et du parti unique. Dans ce cas, vous étiez immédiatement suspecté d’être un ennemi du parti unique, donc un ennemi de l’Etat.
Il est cocasse de rappeler que, dans les régimes socialistes, un chômeur était assimilé à un ennemi de l’Etat alors que dans les pays capitalistes, il est considéré comme une victime du marché. Chaque système a ses démons ! Dans la réalité de l’Union soviétique, on faisait semblant de travailler à travers le partage du travail qui n’était qu’un chômage déguisé.

Aujourd’hui, il existe de nombreux exemples dans notre pays pouvant illustrer ce décalage persistant entre la vérité officielle et la réalité vécue par les acteurs : le décalage entre la valeur officielle du diplôme et la valeur sanctionnée par le marché du travail, le décalage entre la valeur officielle de l’euro et la réalité du pouvoir d’achat de la monnaie unique telle qu’elle est vécue par les ménages, ou encore les statistiques officielles du chômage et la réalité de la population au travail, les statistiques officielles du tourisme et la réalité de l’économie touristique, les statistiques de la délinquance et la réalité de la violence vécue au quotidien, la thèse officielle du réchauffement climatique et la réalité du changement climatique…

Voilà pourquoi on résout rarement un problème économique en créant une loi pour en interdire l’expression de ses effets.

2006-12-09

L'homme baillonné


Les comités anti-libéraux se multiplient. Les réunions d'ATTAC fleurissent dans les amphis. Dans le journal local que je tiens à la main, le journaliste zélé consacre une demi-page pour annoncer la réunion du candidat anti-libéral. et cette litanie se répéte 50 fois par jour dans les médias nationaux.
S'il fallait donner un droit de réponse à chaque fois que le libéralisme est traîné dans la boue, nous serions sans cesse à l 'affiche.
Et pourtant, au nom même de la liberté et de l'égalité des chances, promptement brandies par les leaders de la gauche quand ils se disent persécutés, mais gagnées de haute lutte par les penseurs libéraux, obtenir un droit de réponse serait un minimum puisqu'il existe un parti et un candidat défendant explicitement, et non sans courage, le libéralisme.
La multiplicité des candidats anti-libéraux à gauche comme à droite permet de donner à ce discours de la haine et de la fermeture - qui ne tient que sur l'ignorance des faits et la négation de la réalité - une audience disproportionnée.
Et ceux qui ont le culot de dénoncer la pensée unique en sont ses meilleurs agents. Car on ne voit qu'eux, dans les écoles et dans les médias. Ils se sont attribués le monopole de la pensée et du jugement. Ils sont les garants de nos bonnes consciences (égarées).
Le reveil n'en sera que plus rude...

2006-12-07

Les naufrages de l'éducation nationale : l'impossible débat

La façon dont on forme la jeunesse est révélatrice d’un modèle de société.

Mes activités universitaires me conduisent à côtoyer les entreprises dans un souci de rapprochement du monde de l’université avec le marché du travail. Certes, beaucoup reste à faire dans l’empire de la rigidité qu’est notre noble université. Mais je mesure mieux aujourd’hui l’ampleur des décalages qui ont aboutit à un chômage structurel qu’aucune mesure conjoncturelle de relance de la demande n’est susceptible de rectifier.
Ce dialogue avec les chefs d’entreprises et les cadres est particulièrement instructif. Il en dit long sur le regard que portent les acteurs économiques sur nos étudiants. Alors que les rapports officiels défendent l’idée que le niveau monte, la plupart des professionnels ont un avis plus mitigé sur les lycéens et les étudiants du premier cycle.
Ce n’est pas toujours le niveau qui est d’ailleurs en cause. C’est plus souvent une attitude, une adaptabilité et un état d'esprit. Comment, en quelques semestres, l’université peut-elle rectifier un pli pris depuis le primaire ? Et l’université cherche-t-elle même à rectifier ce pli ?
Il faudrait d'abord que le diagnostic officiel autorise le débat. Mais le diagnostic du marché du travail est sans appel. Selon les recruteurs, notre système de formation en général, et l’université française en particulier, montrent de grandes faiblesses dans trois domaines jugés cruciaux par les acteurs de l’entreprise : le sport, l’anglais et l’économie.

Considérons la problématique inattendue du sport. Pour les professionnels, les étudiants n’ont pas l’esprit de compétition ; ils n’expriment pas la « soif de gagner » et le plaisir de se mesurer aux autres. La pratique d’un sport nous apprend que l’adversaire n’est pas un ennemi mais un partenaire auquel il convient de se mesurer pour mieux se dépasser. Lorsque le partenaire est trop fort, on perd tout le temps et ce n’est pas intéressant. Lorsqu’il est trop faible, on gagne à chaque fois et ce n’est pas motivant. Ainsi, la compétition implique l’autoévaluation dans la confrontation permanente et assidue.
La compétition, l’autoévaluation, le benchmarking, c’est précisément tout ce que l’on veut bannir à l’école et dans les universités au nom d’un moule unique qui offrirait la même qualité de formation partout sur le territoire. A titre d'illustration, le débat sur l’opportunité de donner des devoirs à la maison ou de maintenir un système de notation est récurrent. Il ne faut surtout pas traumatiser nos enfants !
Et je n’ose parler de la place du sport à l’université, sans commune comparaison avec le sport universitaire dans les universités américaines digne de nos clubs professionnels.
Pensez au parcours de cette américaine, issue d’une fratrie de sept enfants, Pat Russo. Cette femme d'affaires dirige aujourd’hui le numéro deux mondial des télécoms (Alcatel-Lucent), une entreprise du CAC 40. Pat Russo n’a de cesse de le répéter : « j’aime la compétition, j’aime gagner » [1]. Réaction primaire d’une américaine attardée ? Pour s’imposer dans ce milieu d’affaires très masculin, elle a sans cesse affronté ses frères sur les terrains de football, de basket et de hockey sur gazon du New Jersey. Si son cursus universitaire remarquable lui a donné les compétences théoriques, la pratique assidue du sport lui a donné un état d’esprit compétitif adapté au fonctionnement réel des entreprises.

La semaine dernière, j’étais invité à faire un séminaire sur l’économie du sport et du loisir sportif en STAPS à l’université de Montpellier I. J'’apprends alors qu’un colloque était organisé sur le thème de « l’idéologie ultra-libérale comme menace pour les formations sportives". L’enseignement du sport est à la dérive dans le système français, alors on accuse le libéralisme... Comment peut-on corriger nos faiblesses quand on est à ce point aveugle ?

Abordons la question de l’anglais. Le constat des professionnels est unanime : nos étudiants ne sont pas à l’aise avec l’anglais. Alors, les étudiants vont rejeter toute opportunité d’embauche à l’étranger. Ces propos m’ont fait penser à une inspectrice de l’académie qui considérait que l’école publique ne devait pas être « complice de l’hégémonie américaine » en systématisant la pratique de l’anglais dans les écoles primaires. Cela me laisse songeur. Mais il y a beaucoup de monde en France pour considérer que la pratique de l'anglais n'est pas indispensable pour évoluer dans le monde actuel et qu'il convient de défendre le français, comme si l'un excluait l'autre.
Ce processus est révélateur d’un problème plus profond concernant la mobilité dans notre pays. L’inspectrice d’académie considère sans doute que les enfants de l’école du village vont trouver demain du travail dans leur village. Pourtant, cela n’est pas plus vrai aujourd’hui que cela ne l’était du temps de nos parents.

Venons-en à l’économie. Il y aurait des pages et des pages à écrire sur la catastrophe française en ce domaine. On demande aux électeurs de se prononcer sur des programmes et des problématiques économiques à un moment où ils sont de moins en moins éclairés en ce domaine. Les professionnels sont consternés par le niveau d’inculture économique des lycéens et des étudiants de manière générale. L’inculture économique, c’est dans le meilleur des cas ! Car globalement, le système éducatif distille une véritable culture anti-économique, une contre-culture ou plutôt, une « alter-culture » unique au monde au point que les étudiants ne comprennent rien à l’entreprise. Ils confondent charges, chiffres d’affaires et bénéfice. Ils pensent qu’un patron s’en met plein les poches. Les étudiants les plus zélés assimilent l’entreprise à un lieu d’exploitation jamais à un outil de création de richesses.

Finalement, notre rapport collectif au sport, à l’anglais et à l’économie est le symptôme d’un mal terrible, susceptible de terrasser tout un pays qui refuse d’entendre le diagnostic et d’en tirer toutes les conséquences. Dans ce domaine, où l’avenir de nos enfants se joue, une rupture s’impose.


[1] Le Point, 30 novembre 2006, n° 1785 : p. 94.

2006-12-02

Economie et religions : des liaisons pas nécessairement tumulteuses


Souvent, l’ignorance est source de peur et la peur alimente la haine. Un libéral sait bien que l’ignorance de la philosophie libérale nourrit la haine du marché et la peur de la mondialisation, ciment de l’inculture économique.

L’étude des textes bibliques fut une fantastique source d’inspiration scientifique et artistique tandis que les clercs réalisèrent, pendant plusieurs siècles, un formidable travail de traduction et de préservation des textes de l’antiquité les plus fameux. Pythagore, en cherchant l’expression d’un ordre divin dans la nature, a posé les bases de la géométrie et des mathématiques. Jean-Sébastien Bach, en consacrant son talent musical à la célébration de la puissance divine, a permis à la théorie musicale (notamment l’harmonie, le contrepoint, la fugue) de connaître des progrès fantastiques. Et l’on observa un phénomène similaire dans la peinture ou l’architecture.
Mais une lecture politiquement orientée de la Bible fut aussi l’instrument des guerres religieuses, du contrôle des esprits, de l’inquisition et du blocage du progrès du savoir et des connaissances dont le procès de Galilée est l’épisode le plus connu.

Pareillement, l’étude minutieuse du Coran par les théologiens et les savants arabes a nourrit le progrès des arts et des sciences conduisant à un âge d’or dans le monde arabe (alors que l’Europe ne se relevait pas de l’effondrement de l’empire romain). Elle fut notamment le moyen de faire progresser les mathématiques et les statistiques. L'Europe adopta à sa renaissance la numération arabe, qui permit un formidable essor des mathématiques.
En tentant d’établir une chronologie exacte des révélations du prophète, les théologiens arabes furent à l’origine de l’analyse des fréquences, donnant ainsi naissance à une discipline aujourd’hui essentielle à l’ère des réseaux d’information : la cryptanalyse. Ainsi, le savant arabe Al Kindi (auteur de 290 ouvrages de médecine, d’astronomie, de mathématiques, de linguistique et de musicologie) proposa au IX° siècle le premier « manuscrit sur le déchiffrement des messages cryptographiques ». Ce traité fut redécouvert en 1987 et inspira des innovations cruciales dans le domaine des clés informatiques, technologies essentielles à l’épanouissement de l’économie de l’internet.
De ce point de vue, le monde musulman a une carte à jouer en mettant à profit sa connaissance intime du Coran qui lui confère la maîtrise de la langue arabe, pour voir à nouveau dans le Coran une source d’inspiration créatrice à même d’alimenter un potentiel d’innovation qui est la base de la croissance dans tous les pays du monde.
Mais il faudra d’abord sortir de cette problématique diabolique d’affrontement des civilisations et des religions, qui résulte d’une lecture tronquée des textes religieux, dont tout le monde fait les frais, y compris et surtout le monde musulman lui-même [1].

Après tout, on a longtemps imputé le sous-développement asiatique à un trait culturel, notamment à sa tradition bouddhiste postulée incompatible avec les valeurs de l’économie de marché. Mais lorsque les blocages politiques ont sauté dans cette partie du monde, lorsque les réformes furent mises en œuvre au Japon, en Chine, en Inde ou en Thaïlande, ces pays ont su participer activement à la croissance mondiale sinon en être les moteurs. Auraient-ils perdu leur âme pour autant en devenant les dragons de l'Asie ?

Finalement, le bilan du XX° siècle est sans appel : ce sont tous les gouvernements qui ont éradiqué le sentiment religieux lui-même, au nom d’une vision matérialiste imposée par l’idéologie communiste et toutes ses déclinaisons, qui ont précipité leur pays dans la ruine. Ce sont encore tous les gouvernements despotiques qui ont utilisé la religion comme un instrument de contrôle collectif qui ont fait sombrer leur pays dans le moyen-âge.
Ils avaient simplement oublié qu’on ne fait pas l’économie sans les valeurs humaines et que les actes humains ne sont pas uniquement déterminés par les conditions matérielles et la lutte des classes. Ils ont aussi oublié que la religion est une affaire individuelle.

[1] De la même manière, une lecture politique de la science économique déforme le savoir économique, transformant la connaissance en propagande.