2007-02-24

Les sorcières des temps modernes


A force de conditionnement éducatif et médiatique, le discours anti-économique et le refrain anti-libéral constituent sans nul doute le discours qui imprègne une grande majorité de français répartis sur l’éventail politique le plus large possible, de l’extrême gauche à l’extrême droite. Cette opinion est dans le meilleur des cas basée sur le rejet sincère de l’exclusion, de la pauvreté et de l’inégalité des chances qui anime la plupart de nos contemporains. Dans ce cas, le malentendu est tragique. En effet, le progrès social ne peut jamais se faire contre l’économie et il ne peut y avoir d’ordre social stable sans prospérité économique. L’exclusion, la pauvreté, la corruption généralisée et l’inégalité sont les caractéristiques des sociétés de castes, d’ordres ou de classes dans lesquelles les logiques individuelles sont broyées au profit d’entités abstraites que sont les groupes sociaux, les classes sociales, les races, l’Etat ou le Parti.
C’est le principe de l’organisation collective – et toutes ces notions qui lui sont dérivées comme les notions de « responsabilité collective », d’ « opinion publique », de « justice sociale » ou encore de « violence sociale », de « dialogue social », de « prélèvements sociaux » ou de « mouvements sociaux » - qui empêche tout développement rationnel de l’économie. L’exclusion et la corruption sont partout et toujours le résultat du dysfonctionnement de l’économie et de la négation de ses principes les plus élémentaires.

Dans l’économie de marché, il y a évidemment des riches et des pauvres car il y en a dans toutes les sociétés et il y en aura toujours bien que les concepts modernes soient des concepts relatifs. Mais, dans l’économie de marché, cette distinction n’est pas la marque d’une inégalité inscrite a priori entre des groupes sociaux prédéfinis une fois pour toutes. Cette inégalité sociale traduit l’inégalité a posteriori des performances économiques et, à ce titre, elle n’est jamais définitive, acquise et irréversible alors même que tous les individus sont égaux en droit. De même que le palmarès des pays ou des entreprises les plus riches est susceptible d’évoluer, la situation économique des individus dans une économie de marché dépend en grande partie de leurs propres choix et non d’une appartenance forcée à un groupe « génétiquement » prédéfini.
Dénoncer le marché, la « dictature » de la bourse ou le règne les profits est la démarche la plus confortable mais la moins exacte : elle évite la réflexion plus approfondie et fait palpiter le cœur des âmes généreuses.

Mais la générosité ne saurait être une excuse à la bêtise. Surtout, si elle est pour l’homme politique le moyen de se faire une image sociale toujours payante en terme électoral. Surtout si elle est pour le bourgeois qui a réussi le moyen de se racheter à bon compte une bonne conscience. Surtout si elle est pour les plus nombreux le moyen de faire peser sur les autres la responsabilité de leur propre situation.
La litanie est séduisante : Les patrons sont des exploiteurs et les ouvriers sont des victimes. Ces derniers sont exploités lorsqu’ils ont du travail et ils sont exclus lorsqu’ils sont sans travail. Même litanie pour l’immigration : la France est coupable d’avoir fait appel à la main-d’œuvre étrangère durant les trente glorieuses alors le travail excédait nos capacités démographiques. On reprochait alors aux entreprises d’exploiter la main-d’œuvre immigrée. Aujourd’hui, on reproche à la France d’accueillir des familles étrangères entières sans leur offrir des perspectives d’embauche et les entreprises sont suspectées de pratiquer une discrimination honteuse.

Mon père a quitté sa Sicile natale car elle lui offrait, pour seule perspective, le choix limité entre la pauvreté ou la mafia. Il a été reconnaissant toute sa vie à la France de lui avoir donné la possibilité de travailler et de fonder une famille, ce qui n'était pas envisageable dans son pays d'origine. Il n'a jamais accusé la France d'être exploité. C'est un comble d'entendre et de laisser dire de telles âneries...

On dénonce toujours ce que l’on ne comprend pas et c’est pourquoi l’ignorance est source de haine. Toute époque a ses sorcières à brûler. Et pendant ce temps, les candidats anti-libéraux défilent sur les écrans pour nous assommer avec leur langue de bois et nous empoisonner avec leur venin.

4 commentaires:

DM a dit…

Entièrement d'accord avec vous. Même M.Sarkozy se met à critiquer la mondialisation, dénonce l'économie "de la spéculation et de la rente" pour finalement en appeler au retour du protectionnisme et de la "moralisation" de l'économie. Consternant! Son discours de Strasbourg signe sa conversion à l'altermondialisme le plus archaïque.
Alors qu'il faudrait envoyer aux Français un signal d'espoir, on les conforte dans leur statut de victime. Victime de l'autre, de l'étranger, du grand capital, de la Banque Centrale Européenne, du spéculateur, du capitalisme "immoral". Mais ou pense-t-il arriver avec ce genre de discours? A la présidence du PCF?

Caccomo a dit…

Démoralisateur autant que démobilisant en effet. Ils entonnent tous le même refrain par pure démagogie et manque total de courage.
Alors qu'il faudrait réveiller les français ; on se complait comme vous le dites si bien à leur servir le discours de la victime.

o.wyler a dit…

Merci pour vos textes d'une décapante lucidité.

Il ressort en effet que, prisonnier des sondages, audimats et autres simulacres de démocratie, Sarkozy est en train de reculer et d'abandonner la courageuse - quoique insuffisante - RUPTURE annoncée l'année dernière.

Question : est-ce de sa part seulement un abandon tactique pour passer le cap des élections (et éviter une "Madelin-isation"), ou est-ce une réelle vision politique qui témoignerait alors encore une fois de l'indécrottable fourvoiement économique - et moral - de la classe politique française...?

Ô désespoir ! Espoir ! Que faut-il croire ? Les Français seront-ils encore et toujours les poires et les dindons de la farce étatiste ?

Je vous écris de Genève - fief francophone et/mais encore quelque peu libéral - où malheureusement l'on se reconnaît presque plus dans une culture française jadis porteuse de rationalité et de liberté.

Libéralisateur a dit…

Enfin des évidences.

Il n'y a pas ni de gens de droite ni encore moins de libéraux dans nos partis de gouvernement.

C'est la fausse alternance qu'ils nous jouent depuis trente ans en nous imposant cette politique sociale démocrate étatiste. Et Sarkozy n'est pas le dernier d'entre eux. Il n'a pas fait l'ENA et ne connaît rien à l'économie avec sa formation d'avocat. il n'a fait que de la politique et est conditionné par elle.

Il l'a montré à suffisance quand il a voulu être nommé Ministre des Finances.

Nous ne pouvons dans l'état de la France actuelle, laisser le redressement de la France à d'autres que des économistes.