2007-06-29

La droite décomplexée

Puisque il devenu bon ton de citer des grands penseurs de gauche, permettez-moi de citer un grand spécialiste de psychologie...Coluche. Voilà comment Coluche décrit un homme complexé : "Avant je faisais pipi au lit et j'avais honte. Je suis allé voir un psy. Maintenant, je fais pipi au lit et je suis fier !".
Il en est ainsi de la droite décomplexée. Avant la droite faisait une politique de gauche, et elle en avait honte. Aujourd'hui, la droite fait une politique de gauche, et elle en est fière.
Ainsi, les leaders de l'UNEF sont rassurés par le projet de "réforme" de l'université tandis que Jack Lang approuve la politique de Sarkozy. Ainsi, plus cela change, plus c'est la même chose...
Le peuple de France doit bien dormir car il va devoir en effet travailler plus, pas pour gagner plus, mais pour payer la facture de notre immobilisme.

2007-06-27

Un test crucial

C'était un test crucial. La ministre de l'enseignement supérieur, Valérie Pécresse, présentera donc un texte amendé. C'est pourtant au parlement de discuter des projets qui lui sont présentés par le gouvernement. Ces projets ne sont pas conçus dans la précipitation. Il y a eu une campagne électorale. Il y a donc eu un débat devant les français qui fut l'occasion de confronter les projets et les valeurs.
On est en droit de se demander finalement à quoi peut bien servir le parlement si les textes qui lui sont soumis sont déjà amendés, subissant le lifting imposé par le "dialogue social". Ainsi, les partenaires sociaux sont désormais consacrés comme les véritables législateurs de ce pays. Comment peut-on alors s'étonner ou feindre de s'inquiéter des taux d'abstention, comme on a pu l'entendre à l'occasion des dernières élections législatives ?
Les syndicats ne sont pas les représentants du peuple ni de la nation ou alors nous avons insidieusement changé de régime. Mais quand la voix de la Nation n'est plus entendue, quand elle est court-circuitée par les corporatismes, le peuple n'a plus d'autres recours que l'abstention, l'expatriation ou le vote extrême.

2007-06-26

La question universitaire ou la grande mystification du dialogue social

En novembre 2003, le ministre de l’éducation de l’époque a enterré son projet de réforme des universités devant l’hostilité affichée des syndicats et de la communauté universitaire. Pourtant, à cette époque, il était déjà urgent de réagir alors que les universités françaises s’enfonçaient dans les palmarès internationaux.
En 2007, les français se sont dotés un nouveau président auquel ils ont donné une nouvelle et claire majorité. Avant de mettre en œuvre ses projets, le président consulte les « partenaires sociaux », notamment sur le dossier universitaire. Cela pourrait être tout à son honneur, traduisant une volonté d’ouverture et de dialogue, si cela ne cautionnait pas une dérive inquiétante de nos institutions. C'est cette même dérive qui a rendu notre pays autant ingouvernable qu’irréformable car les « partenaires sociaux » sont partisans de l’immobilisme et de la préservation des acquis, même si ces derniers sont intenables alors qu’ils ont été arrachés dans un contexte bien particulier.
Mais surtout, les « partenaires sociaux » imposent un dialogue social qui est une totale mystification consistant à neutraliser toute politique orientée à droite.
Sur le dossier des universités, les « partenaires sociaux » vont vider de sa substance ce qui fait l’autonomie réelle de toute organisation, de sorte que la loi d’autonomie qui sera soumise au parlement risque d’être déjà une réforme avortée dans l’œuf. Ce serait le pire des scénarios car c’est précisément ce scénario qui se répète inlassablement depuis trente ans, et qui a détourné les français de la politique. En effet, pourquoi élire des gens qui ensuite vont soumettre leur programme à des organisations qui n’ont rien à voir avec l’expression de la volonté du peuple au nom d’un « dialogue social » qui n’est qu’un prétexte pour poursuivre sur la voie de la collectivisation ruineuse de notre pays ?
Les universités ont besoin d’être mises en concurrence dans le cadre d’une autonomie réelle fondée sur des conseils d’administration qui doivent être de vrais conseils d’administration, dans lesquels siègent ceux qui sont les plus impliqués dans le financement de l’université. Dans le monde entier, les universités ont une autonomie de gestion qui leur permet d’aller chercher les moyens là où ils se trouvent. On ne peut pas prendre de décisions responsables avec l’argent des autres ; et il faut sortir de ces conseils qui miment l’autonomie et qui donnent du pouvoir à ceux qui ne veulent assumer aucune responsabilité. L'inflation des dépenses découlent toujours d'une absence de définition claire des responsabilités.
J’ai siégé au conseil d’administration de mon université. J’ai vu les représentants de toutes les corporations (étudiants, professeurs, directeur de laboratoire, administratifs) prendre des décisions qui conduiraient inévitablement à des dépenses alors qu’il n’y avait pas les recettes en face. Mais l’argument était toujours le même : c’est à l’Etat de nous donner les moyens ! Ainsi, « je dépense et tu paies », « je décrète la dépense, et tu trouves la recette » : voilà la logique profonde et inavouable qui anime ceux qui sont censés éclairer la jeunesse de notre pays, en vertu du fait que les études (comme la santé, la culture…) devraient être un droit pour tous.
Les mêmes, se donnant bonne conscience en affichant leur capacité sans bornes à faire « du social », exonèrent dans une pathétique unanimité telle ou telle catégorie d’étudiants des frais d’inscription. Ainsi, les conseils d’administration multiplient les dépenses (notamment en créant des formations dans lesquelles on trouve plus de professeurs que d’étudiants) tout en se privant de recettes ; puis ils se retournent vers leur ministère de tutelle pour demander à l’Etat « de prendre ses responsabilités » (sic !).
Quand on sait que tous les conseils d’administration des quatre-vingt universités françaises se comportent ainsi (car c’est bien le système universitaire français centralisé qui conduit les individus à adopter ce type de comportement), on comprend qu’il faut bien siffler un jour la fin de la récréation. Car, pendant ce temps, les étudiants, les chercheurs, les professeurs les plus motivés et les plus responsables, découragés par le fonctionnement délirant de cette machine à broyer le talent, désertent l’université française.

2007-06-24

De l'origine du pouvoir d'achat

Un paysan sait bien que la quantité de blé qu’il ramène à la maison (revenu disponible) est liée à la quantité récoltée (production), elle-même grandement déterminée par la quantité semée (investissement). De manière générale, le revenu des ménages est borné par la productivité du travail. Les possibilités de progression du revenu global sont donc conditionnées par les possibilités de progression de la productivité (évolution technologique).
Intéressons nous au revenu complet du ménage qui représente le coût total du travail du point de vue de l’employeur. Une grande partie de ce revenu est déjà amputé à la source par les charges sociales (CS) dont le prélèvement autoritaire est destiné à financer les différentes caisses de la sécurité sociale au nom d’un pacte social auquel les français sont très attachés. Ils sont tellement attachés qu’on ne leur donne pas le choix d’encaisser cette part de leurs revenus pour l’affecter à des caisses de leur choix.
Le revenu, que les ménages vont donc effectivement encaisser, est donc constitué par le revenu disponible. Dans cette part, il faut que les ménages prévoient de conserver la partie elle-même de plus en plus grande qui fera l’objet d’un prélèvement fiscal direct (impôts nationaux et impôts locaux). Finalement, la partie restante constitue la partie réellement disponible du revenu des ménages dont une part doit être consacrée à l’épargne, par mesure de précaution élémentaire (l'épargne étant un transfert de consommation dans le futur). Le reste donne donc la mesure du pouvoir d’achat. N’oublions au passage que lorsque le ménage consomme, il paie sans s’en apercevoir un impôt indirect (la TVA) dont la part ampute encore le pouvoir d’achat réel.

Ces données sont élémentaires mais leur analyse est rarement faite. Puisque les partenaires sociaux ou les responsables politiques nous parlent sans cesse de la défense du pouvoir d’achat, ils doivent comprendre que la dérive des finances publiques (liée à l’extension sans limite de l’intervention de l’Etat) conduit à une augmentation de toutes les formes de fiscalité, soit par une création d’impôts nouveaux ou de taxes nouvelles, soit par une augmentation des impôts et taxes existantes. Ils doivent aussi prendre conscience que la dérive des comptes sociaux (liées à la multiplication des droits sociaux) conduit à une augmentation des charges sociales selon le même principe : création de nouvelles cotisations (CSG, RDS, TVA sociale) et augmentation des cotisations existantes.
Comme on ne peut pas décréter un accroissement du revenu sans avoir au préalable un accroissement de productivité, l’effet cumulé de ces deux dérives est de rétrécir le revenu disponible réel. Mais, le rétrécissement du revenu disponible ne déprime pas seulement le pouvoir d’achat, il affecte aussi les capacités d’épargne des ménages, sans lesquelles on ne peut financer les investissements productifs. Or, sans investissement, aucune chance de redresser la productivité : le seul ajustement possible se fait donc sur le pouvoir d’achat.
Et la France est coincée dans une spirale pernicieuse tandis que l’emballement des prélèvements de toute sorte accroît le coût total du travail et réduit l’attractivité économique du territoire.

Il est temps aujourd'hui de briser ce cercle vicieux notamment en stoppant la dérive des comptes publics et sociaux, et donc finalement en touchant au cœur de ce qui fait le « modèle social français » : le périmètre de l’action publique d’un côté, le monopole de la sécurité sociale de l’autre côté. Le président a aujourd'hui toutes les cartes en main pour stopper cette dérive.

2007-06-20

L'euro et le pouvoir d'achat des français

Monsieur le Président de la République,

Si je peux me le permettre, je voudrais vous dire que la faiblesse du pouvoir d’achat des français n’a rien à voir avec le fait que « l’euro soit trop fort ». L'euro est un coupable idéal mais trop facile. D’ailleurs, l’euro est une monnaie artificielle que les responsables politiques ont voulu en soutenant que la monnaie unique était censée résoudre tous nos problèmes (notamment l'inflation et l'endettement public), il leur faut donc composer avec maintenant. Les espagnols sont dans la zone euro et ils n’ont pas l’air de manquer de pouvoir d’achat, comme en témoigne l’afflux croissant des catalans dans les stations des pyrénées.
D’ailleurs, quand on parle du taux de change de l’euro, on exprime la valeur de l’euro par rapport à la valeur d’une autre devise, le dollar par exemple. De ce point de vue, le fait que l’euro soit fort par rapport au dollar a permis d’amortir le choc pétrolier alors que nous réglons nos importations de pétrole en dollar. De ce point de vue, la montée de l’euro par rapport au dollar a redonné du pouvoir d’achat aux ménages français, notamment en diminuant le coût de nos importations libellées en dollars.
J’ai soutenu à mon modeste niveau votre campagne et votre action. En tant que citoyen et militant, vous êtes le président que j'ai appelé de mes voeux. Je salue aussi votre nouveau gouvernement. Mais je suis aussi un économiste, certes d'une petite université de province appelée à être avalée par les grosses universités dans le cadre de regroupement qui, à mon humble avis, ont peu de chose à voir avec l'autonomie qui caractérise la plupart des universités dans le monde, quelle que soit leur taille. J'ai toujours étudié l'économie par passion, et non pour briguer des titres ou des médailles officielles.
Mais permettez-moi malgré tout de vous dire qu’il vous faut vous entourer de meilleurs conseillers en matière économique. La gaffe de la TVA sociale vous a déjà coûté quelques sièges de députés. Le taux de change de l’euro n’est pertinent que par rapport à nos relations économiques avec l’extérieur. Pour les touristes français visitant l’étranger, la force de l’euro est une bonne chose. Et pour les étrangers qui visitent la France (et je rappellerai que la France est la première destination touristique au monde), la force de l’euro augmente la valeur des recettes touristiques générées par cette fréquentation touristique.
Non, l’usure du pouvoir d’achat des français est d’origine interne. Elle est endogène à notre propre système de redistribution dont le principe même de fonctionnement incite à la dépense. Autrement dit, notre système est inflationniste mais comme nos dirigeants ne peuvent plus manipuler la masse monétaire (pour nous extorquer un impôt déguisé appelé inflation) alors ils multiplient les prélèvements de toutes sortes. Ainsi, l'usure du pouvoir d'achat est liée à la part accrue de ces prélèvements (publics et sociaux) destinés à financer des dépenses publiques et sociales que plus personne ne maîtrise. Tous les précédents gouvernements français se sont acharnés à rendre indolores ou invisibles cette montée des prélèvements. Ils sont tellement invisibles que l'on ne voit même plus qu'ils amputent à la source même le pouvoir d'achat ; mais le résultat de ces prélèvements (quel que soit le nom qu'on leur donne) se traduit inévitablement par une perte de pouvoir d’achat et une fragilisation des capacités d’épargne (et donc d’investissement). Le pouvoir d'achat vient toujours du pouvoir de produire.
Là est donc la seule source d’érosion du pouvoir d’achat des français. S’attaquer à l’euro est un faux problème. La vraie rupture, que vous incarnez, consiste donc à s’attaquer à la cause unique et ultime de notre appauvrissement : la maîtrise des finances publiques et sociales et la libération de l'offre.

2007-06-19

Même quand la gauche perd, elle gagne !

Au soir du second tour des législatives, la messe était dite : toute application du programme de Sarkozy serait considérée comme « un passage en force ». Le PS perd les élections mais Mr Emmanuelli se permet de suggérer au gouvernement d’accroître le SMIC, c’est-à-dire de pérenniser les politiques dirigistes de gauche qui nourrissent précisément le démantèlement de notre économie. Ainsi, même lorsqu’elle est au pouvoir, la droite est forcée de cohabiter avec les médias, dont les sympathies pour les mouvements altermondialistes et antilibéraux ne sont jamais cachées, et avec la « démocratie sociale » clairement orientée à la gauche de la gauche.

Car l’entre-deux tours de ces élections législatives fut extrêmement instructif. Après le premier tour qui confirma l’élan des présidentielles, les uns et les autres ont averti. D’abord les médias qui ont savamment orchestré une alerte à la vague bleue : il suffisait d’annoncer des résultats spectaculaires pour faire passer un succès net pour un échec. Bravo l’artiste ! Car, dans les journaux, sur les ondes radios, dans les débats télévisés, on a pu entendre la lamentable complainte d’une gauche pourtant défaite, reprise en cœur par les experts en institutions politiques et les analystes politique : la démocratie serait menacée par la concentration des pouvoirs dans les mains du nouveau président. Ceux qui ont voulu le quinquennat n’avaient-ils pas prévu un tel scénario qui est, somme toute, dans la logique des choses ?
En parallèle, les « partenaires sociaux » se présentaient comme les derniers remparts de la démocratie en cas de défaite cinglante de la gauche, menaçant de prendre la rue en otage comme cela dure depuis trois décennies. Ce qui est le plus inquiétant, c’est que des appareils qui ne sont pas issus des urnes ont bien l’intention d’empêcher le gouvernement de mettre en œuvre les réformes annoncées qui forment l’armature du programme présidentiel. Quelle étrange conception de la démocratie de remettre en cause précisément un résultat qui n’est pourtant rien d’autre que l’expression des urnes ! Il est dommage que des libéraux, qui devraient être les premiers à respecter les règles du jeu institutionnelles, se soient prêtés à cette dénonciation.

Qu’on le veuille ou non, les français ont donné une confortable majorité au président lui-même confortablement élu. Pourquoi faudrait-il toujours que la droite s’excuse de gagner les élections quand elle les gagne proprement et nettement ? La gauche n’est-elle pas prompte à sonner le clairon lorsque les urnes lui sont favorables ? Rappelez-vous en 1981 comment les ténors de l’union de la gauche nous affirmaient que la France venait de passer de l’ombre à la lumière, légiférant tout l’été pour mettre en œuvre au plus vite le programme commun. Personne n’a dénoncé le passage en force à cette occasion…
Aux dernières élections régionales, la vague rose qui emporta la quasi-totalité des régions n’avait pas suscité les mêmes états d’âmes démocratiques. En tout cas, cette raclée a poussé la droite à méditer sur ses échecs et à ne pas répéter ses erreurs, notamment la division, ce qui fut le préalable à une reconquête du cœur des français. Je ne suis pas sûr que la gauche soit capable de méditer ce qui lui arrive aujourd’hui, persistant à résister sur des bases mauvaises. Il vaut mieux parfois une cinglante défaite qu’une lente agonie pour réussir une restructuration. De plus, la droite gagnerait à avoir en face d’elle une gauche modernisée, à l’instar des partis de gauche anglais, italiens ou espagnols qui ont d’ailleurs salué l’arrivée de Nicolas Sarkozy à l’Elysée.

Notre pays a souffert de ne jamais se réformer parce que les gouvernements successifs furent empêchés de gouverner. A chaque fois qu’un président a tenté de réformer, il a dû reculer de sorte que l’on ne peut jamais savoir si la France va mal parce que les réformes sont mauvaises ou parce que les réformes n’ont pas été menées à leur terme. Je ne suis d’ailleurs pas rassuré quand le président s’engage à discuter avec « les partenaires sociaux » avant de lancer le moindre projet : serait-ce une nouvelle chambre occulte chargée de contrôler le gouvernement ? Pourquoi le gouvernement s’enferme-t-il lui-même dans une cohabitation nullement légitime, au risque de créer une nouvelle déception qui sonnerait le glas du réveil de l’hexagone ?

2007-06-15

La fable des effets "pervers"

A peine Nicolas Sarkozy s’empresse de tenir ses promesses, rêvant d’une France de propriétaires, d’entrepreneurs et de travailleurs libres, et la polémique sur la défiscalisation des intérêts des emprunts immobiliers bat déjà son plein, sur fond d’analyses savantes tandis que François Hollande s’inquiète de la disparition d’une durée légale du travail qui offrirait aux français la « liberté de travailler ». Cachez cette liberté que les français ne sauraient assumer !Dans ce vacarme où se côtoient la mauvaise foi et l’aveuglement volontaire, les fameux « effets pervers » sont notamment montrés du doigt par les économistes officiels.
Personnellement, ce débat m'exaspère surtout quand on sait comment les modèles macroéconomiques, sur lesquels s’appuient les dits experts, sont insidieusement orientés. Ces modèles sont d’ailleurs pareils aux modèles climatiques formatés pour produire des résultats qui sont déjà contenus dans des hypothèses qu’il serait malvenu de discuter. Au demeurant, aucun de ces éminents experts n'avait trouvé à redire à l’occasion du vote de la loi sur les 35 h ou de la mise en place de l’I.S.F. dont on mesure pourtant pleinement les effets catastrophiques aujourd’hui.

On sait déjà depuis Jean-Baptiste Say, Frédéric Bastiat et Adam Smith que, quand les responsables politiques interviennent dans l'économie, il y a nécessairement des effets que les sages considèrent comme logiques quand les ignorants les qualifient de « pervers ». Le qualificatif « pervers » vient seulement du fait que ceux qui interviennent ne les avaient pas prévu, ce qui est une indication de notre ignorance. C’est un peu comme le hasard en physique : existe-t-il intrinsèquement ou n’est-il que la limite de nos connaissances ? On peut toujours postuler, comme hypothèse de travail, l’existence d’un régulateur bienveillant et omniscient ; dans la réalité, une telle entité est une chimère. Par principe de précaution, auquel les responsables politiques semblent si attachés, on ne devrait donc pas intervenir dans l'économie lorsque l'on n’est pas en mesure de prévoir la somme infinie des effets qui vont se déployer... et qui se retournent souvent contre l’objectif initialement visé.
L'argument évoqué dans la polémique en cours (hausse des prix, hausse des loyers) pourrait prêter à sourire s’il n’était pas l’indicateur de la mauvaise foi ambiante. Souligner l’éventualité de la hausse des prix ou des loyers, c'est arrêter arbitrairement – et pour les besoins de la polémique - la chaîne des effets et conséquences.


Tout marché fonctionne sur le principe d'une dynamique d'ajustements sans fin entre prix et quantités. Si on prend une mesure dont l'effet est d'accroitre le pouvoir d'achat des ménages, et si les ménages utilisent ce pouvoir d’achat retrouvé, cela aura pour effet normal d'accroitre la demande (et l’épargne). Si la demande augmente, l'offre étant donnée, le prix augmente normalement (mais pas nécessairement lorsqu'il y a une offre disponible). Ce n’est pas un effet pervers, c’est normal ! D’autant que l'augmentation du prix n'est pas en soi une mauvaise chose. L’augmentation des prix, c'est le signal qui va provoquer à son tour une réaction de l'offre. Si le prix monte, cela incite les offreurs à accroitre les capacités offertes sur le marché, ce qui était l'objectif de la mesure initiale.

C’est pourquoi tous les pays qui ont supprimé la liberté des prix sont entrés dans une économie de pénurie. Dans une économie de liberté, il faut accepter la première règle fondamentale du fonctionnement des marchés : pour que les quantités s’adaptent, les prix doivent être flexibles. Sur certains marchés ou dans certaines périodes, les prix vont parfois baisser (ce qui va inquiéter les producteurs) tandis que sur d’autres marchés ou d'autres périodes, les prix seront amenés à monter (ce qui va affoler les consommateurs). Que telles évidences fassent encore débat au pays des Lumières nous montre tout le chemin qui reste encore à parcourir. Il reste que le chemin parcouru en quelques semaines est d’ores et déjà impressionnant : hier la droite française, intimidée par une gauche arrogante, était qualifiée de « droite la plus bête du monde ». En composant un gouvernement d’une rare modernité, en redonnant le moral aux Français désormais dans l’attente (ce que les élections législatives ont magistralement confirmé), Nicolas Sarkozy a rendu sa fierté à la droite française tandis que nous assistons à l’agonie de la gauche la plus archaïque du monde.

2007-06-12

Lamentable complainte

Dans les journaux, sur les ondes radios, dans les débats TV, on a pu entendre la lamentable complainte d’une gauche pourtant défaite, reprise en cœur par les experts et les analyses. A les entendre tous, la démocratie serait menacée par la concentration des pouvoirs dans les mains du nouveau président.
Quelle étrange conception de la démocratie de remettre en cause précisément un résultat qui n’est pourtant rien d’autre que l’expression des urnes ! Sur Sud-Radio, l’animateur exprime son angoisse devant le déséquilibre produit par la vague bleue qui sonne le glas du débat d'idées. Mais si l'opposition est laminée, c'est sans doute que ses représentants sont mauvais. En France, on voudrait sauver les journaux qui n'ont pourtant plus de lecteurs ou les syndicats qui n'ont pu d'adhérents, au nom d'une diversité décrêtée !
Pourquoi faut-il toujours que la droite s’excuse de gagner les élections quand elle les gagne proprement et nettement ? La gauche n’est-elle pas prompte à sonner le clairon lorsque les urnes lui sont favorables tandis que la droite ne devrait pas faire de triomphalisme ? Aux élections régionales, la vague rose qui emporta la quasi-totalité des régions n’a pas suscité les mêmes états d’âmes démocratiques. En tout cas, cette bérésina a poussé la droite à méditer sur ses échecs et à ne pas répéter ses erreurs, ce qui fut le préalable à une reconquête du cœur des français.

Encore une fois, quand la gauche gagne les élections, elle salue bruyamment, à renfort d’autosatisfaction arrogante, la sagesse du peuple de France. Mais quand elle perd les élections, c’est alors que la démocratie va mal ! Laissons cette lamentable complainte aux aigris qui n’apprennent jamais rien de leur propre défaite et restent sourd aux enseignements de l'histoire. Comment peut-on encore inviter le représentant de LCR à vociférer ses slogans ineptes sur les plateaux de télévision alors que les électeurs lui ont clairement signifié sa retraite anticipée ?

Notre pays a souffert de ne jamais véritablement se réformer parce que les gouvernements successifs furent empêchés de gouverner. A chaque fois qu’un président a tenté de réformer, il a dû reculer, les réformes annoncées acouchant de réformettes. Alors le statu quo imposé par Mitterrand fut maintenu alors qu’il est proprement intenable comme en atteste la dérive structurelle des finances publiques.
Les français ont compris qu’il faut laisser les gouvernements appliquer les politiques pour lesquelles ils sont élus. Telle est la règle du jeu démocratique. S’ils échouent, les urnes sauront leur faire savoir. Le succès n’est jamais acquis et il n’est en aucun cas un chèque en blanc de la même manière que les échecs ne sont jamais définitifs pour peu que l’on sache en tirer des leçons pour l’avenir, et non des rancoeurs stériles.

2007-06-05

Tourisme et Prospérité

Dans toutes les périodes de renaissance de l’histoire humaine, lorsque la paix et la prospérité furent heureusement combinées, les voyages se sont développés autant pour le besoin des commerçants, des affaires et des échanges que pour satisfaire la curiosité des savants et la soif de connaissances des grands chercheurs et explorateurs. Dans ce contexte, les frontières s’affirment pour plutôt définir les identités (nationales, culturelles, conceptuelles, géographiques…) que pour séparer et opposer les hommes et les femmes qui nourrissent toutes les dimensions de cette diversité (nationale, culturelle, conceptuelle, géographique…). Le tourisme, comme l’économie, se nourrit pour mieux les transcender de toutes ses frontières [1].
Il existe par ailleurs un lien profond entre la situation géopolitique d’un espace donné, les conditions économiques qui prévalent dans ce même espace et le sort des activités touristiques. C’est pourquoi le secteur touristique est un champ d’application passionnant pour l’analyse économique et que j’ai voulu consacrer un manuel, dans une perspective positive et libérale, à ce qu’on dénomme, de façon souvent réductrice et péjorative en France, l’économie du tourisme (photo ci-contre) [2].

L’expérience montre que les dotations naturelles (climat, environnement) ou historiques ne peuvent suffire à consolider une économie autour des seules activités touristiques. Le patrimoine historique de l’Egypte compte parmi les sites touristiques les plus fantastiques et les plus visités dans le monde. Pourtant, le tourisme en Egypte est régulièrement perturbé par les conflits qui frappent le Proche-Orient de manière récurrente. Bien avant de devenir la région la plus visitée dans le monde au titre du tourisme international, l’Europe fut elle-même le théâtre de conflits multiples et ancestraux, et notamment de deux guerres mondiales. La réconciliation franco-allemande fut la condition de la cessation définitive de ces luttes suicidaires qui ont tant coûté à la prospérité européenne. Depuis, l’Europe a pu bénéficier d’une période de forte croissance économique dans les années 60. C'est à partir de ce moment là que l’Europe est devenue un acteur majeur du tourisme international dans lequel l’axe franco-allemand joue un rôle pivot. En effet, l’Allemagne est le premier pays émetteur de touristes internationaux, ce qui lui assure une place privilégiée dans l’industrie du tourisme, tandis que la France est la première destination mondiale, ce qui lui garantit un rôle tout aussi central dans les services touristiques.

Ainsi, le développement du tourisme est un des fruits et une dimension de la prospérité économique. De ce point de vue, la restauration de la paix et la mise en place de cadres institutionnels propices au développement d’un Etat de droit sont la condition du retour de cette prospérité. Dans cette perspective, il y a encore de trop nombreuses régions dans le monde, notamment en Asie, en Afrique, en Amérique Latine, au Proche-Orient et en Europe de l’Est, qui subissent les ravages des conflits géopolitiques, de la corruption étatique et de l’instabilité institutionnelle. Mais ces régions du monde sont autant de gisements potentiels pour le tourisme international. Depuis l’effondrement de l’économie soviétique, on voit grandir le flux des touristes en provenance de la Russie ; de même, la fréquentation des touristes chinois dans la capitale française est en progression régulière. On ne peut donc que souhaiter, pour ces pays, une normalisation des conditions politiques et institutionnelles, qui est toujours le préalable à toute croissance économique viable. Lorsqu’elle aura lieu, il y a fort à parier que le tourisme international connaîtra une nouvelle explosion.
De ce point de vue, le tourisme est bien un secteur d’avenir mais il est dommage que les économistes français n'accordent pas à ce domaine toute l'attention qu'il mérite, surtout que la position française est loin d'être assurée.

[1] Caccomo J.L. (directeur), Tourisme & Frontières, L’Harmattan, Paris 2007.
[2] Caccomo J.L., Fondements d’économie du tourisme. Acteurs, marchés et stratégies. De Boeck Université, Bruxelles, mai 2007 :

2007-06-02

Solidarité, mais quelle solidarité ?

Ronald Reagan a eu un jour ce mot délicieux : « savez-vous ce qu’est un communiste ? C’est quelqu’un qui a lu Marx et Lénine. Savez-vous ce qu’est un anti-communiste ? C’est quelqu’un qui a compris Marx et Lénine ! » [1]. J’entends les discours de la gauche et je lis leur tract. Ils n’ont que ce mot à la bouche : la solidarité, la solidarité, la solidarité. Un mot vaut-il programme ? A les entendre, la droite est dure, antisociale et bien sûr égoïste. Le contraire de la solidarité !
J’ose dire que je suis saturé de la solidarité, du moins de la solidarité galvaudée. Car a-t-on pris soin de définir le concept ?
La solidarité, c'est tenter de tout faire pour ne pas être à la charge des autres. Quand j'ai voulu faire des études longues, mes parents m'ont expliqué que je n'étais pas tout seul. Il y avait mon frère et mes deux soeurs. Je devais être solidaire : alors j'ai travaillé tous les étés pour financer mes études.
Depuis trois décennies, les socialistes et les communistes ont exploité le filon de la solidarité, faisant mine de transformer un vice privé en une vertu collective. En effet, insidieusement mais sûrement, la solidarité est devenue l'alibi des comportements les plus abjects (que les économistes qualifient de « passager clandestin ») conduisant chacun à tenter de vivre sur le dos de son prochain. Les responsables politiques, terrorisés par le diktat des « partenaires sociaux » qui orchestrent un « dialogue social » tronqué, ont pérennisé un modèle social qui, sous couvert d’instituer la solidarité, fait du racket un véritable système dont les français sont collectivement les victimes. En effet, chacun cherche à donner le moins possible (devoirs) pour tenter d’obtenir le plus possibles (droits).
Et c’est précisément dans le cadre de ce système que les français ne parvenaient plus à respirer, à s’épanouir, à entrevoir des perspectives d’avenir pour leurs projets. Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy, le moral des français est revenu parce qu’ils entrevoient la fin de ce système : fini les droits sans devoir, les aides sans contrepartie. Après tout, la solidarité est aussi un échange.
Cela ne signifie pas que les français ne sont pas généreux, ne sont pas solidaires ; mais ils ont compris que toute leur énergie était perdue dans un système condamné à briser l’économie, et donc à ruiner le résultat de leurs efforts. On ne risque pas d'être solidaire quand on s'appauvrit !
Futurs responsables, futurs députés, vous voulez faire preuve de solidarité, alors libérez-nous de ce système. Retrouvons le sens originel du mot, tel que Lech Walesa l’avait donné à son syndicat Solidarnosc qui avait affronté le totalitarisme.
[1] Reagan R., Ecrits personnels, Editions du Rocher, Paris 2001