2007-07-25

Une pause aux Antilles

Après une année chargée (sortie de deux livres) et mouvementée (campagne électorale sur fond de réforme des universités), je me suis évadé aux Antilles, sillonnant de long en large la Martinique pendant tout le mois de juillet. J'ai coupé tout lien avec l'actualité et je me consacre à l'expertise touristique, dans la foulée de la promotion de mon manuel d'économie du tourisme.
J'ai une pensée pour les lecteurs de mon blog que je veux saluer ici, en les remerciant de leur fidélité.
Je me suis rendu hier aux Antilles britanniques, après une traversée en catamaran escortée par une impressionnante escadrille de dauphins. Grand moment d'émotion et de communion avec les éléments.
Pensées tropicales à tous.

2007-07-06

Ils vont prendre le FMI

Décidément, la droite aux affaires fait la carrière des socialistes. On parle maintenant de Laurent Fabius ou Dominique Strauss-Kahn comme directeur du Fond Monétaire International (FMI). J’ai beau vouloir rester zen mais je m’interroge. Comment peut-on sérieusement envisager de confier la direction du FMI à ceux qui ont contribué à l’endettement de notre pays ? Laurent Fabius a beau avoir été ministre de l’économie mais son bilan est plutôt inquiétant (sans parler de l’affaire du sang contaminé). Puis il a entonné le discours le plus antilibéral de l’Europe, indiquant que son « non » à la constitution européenne se voulait être un non à l’Europe libérale…alors que ce projet de constitution ressemblait à tout, sauf à une Constitution libérale.
La candidature de DSK parait plus sérieuse puisqu’il est un peu notre « Stiglitz » français et qu'il apparait comme celui qui est en mesure de moderniser le parti socialiste. Mais tout de même, c’est un peu dur à avaler. Entre ne pas faire de chasse aux sorcières (ce que ne se prive jamais de faire la gauche qui se sent investie de tous les droits à chaque fois qu'elle arrive au pouvoir) et propulser la carrière de ses opposants, il y a une marge importante…Il est facile de fustiger les clivages partisans une fois parvenu au sommet du pouvoir mais il a bien fallu des partis et des partisans (et des promesses) pour conquérir ce pouvoir.

Plus fondamentalement, il est difficile de conduire les réformes sans une orientation idéologique claire. Et on peut difficilement mélanger des principes renvoyant à des systèmes antagonistes (libéralisme, collectivisme) sans prendre le risque de se condamner à l’immobilisme à force de vouloir plaire à tout le monde ou d'avoir peu de fâcher telle ou telle catégorie [1].

En tout cas, le président Sarkozy soutiendrait les deux candidats dans son élan d’ouverture qui, décidément, ne semble pas avoir de bornes. A quand un poste de consultant spécial pour Arlette Laguiller pour mettre à l’étude la réforme du « modèle social français » tandis que les experts socialistes se penchent sur la réforme de l’université et l’avenir de la mondialisation…
[1] voir mon essai "La troisième voie: impasse ou espérance" aux Presses Littéraires: http://www.lespresseslitteraires.com/

2007-07-05

Le trou de la sécu: le retour !

Pour un économiste lucide et honnête, le trou de la sécu n'est pas une surprise puisqu'aucune véritable réforme de la sécurité sociale n'a jamais été entreprise au nom de la préservation d'un pacte social qui nous condamne pourtant à l'impasse. La sécurité sociale accuse aujourd'hui un déficit de 12 milliards d’euros pour 2007, ce qui constitue un de ses déficits les plus élevés depuis sa création.
Depuis trente ans, le gouvernement en place constate que les dépenses sociales excèdent les recettes sociales. Il s’ingénue alors à inventer de nouvelles recettes (qui sont autant de nouveaux prélèvements sur la richesse produite comme la CSG, la RDS et demain la TVA sociale) dans le même temps qu’il tente de rationner les dépenses sans s’attaquer à la cause ultime de ce dérapage structurel. Car la multiplication des prélèvements sociaux n'a jamais stoppé ce processus de dérive alors même qu'il contribue à accélérer la dislocation du tissu économique (délocalisation, déconnection entre le coût du travail supporté par l'employeur et salaire disponible pour l'employé).

La cause de cette inflation de dépenses est pourtant connue mais elle heurte un tabou français : elle provient du mythe de la gratuité qui consiste à décréter et à multiplier des droits sociaux dans des domaines (santé, retraite) qui échapperaient à toute contrainte et toute régulation économiques. Depuis trente ans, on s’attaque donc aux effets (insuffisances de recettes, dérapage des dépenses) sans remettre en cause la logique d’un système qui conduit précisément à ces dysfonctionnements. Car les dérapages ne proviennent ni de la fraude, ni des abus ; ils sont inhérents au fonctionnement de tout système collectiviste qui conduit chacun de nous à nous comporter comme des passagers clandestins.
Imaginez que, lorsque vous consommez l’électricité, c’est votre voisin qui paie les factures car vous avez, à son insu, piraté son compteur. Ce que vous ne savez pas, c’est que votre voisin est aussi malin que vous et qu'il a fait la même chose…
Alors que le consommateur français est extrêmement rationnel et vigilant lorsqu’il consomme des biens et services marchands (parce qu’il reçoit et assume la facture de ses propres choix de consommation), il devient totalement irresponsable lorsque qu’il consomme des biens et services publics (et sociaux). Croyant avoir droit gratuitement au maximum de biens et services publics (et sociaux), il participe en fait à un véritable pillage d’une ressource rare puisque son entretien et sa préservation dépendent de l’argent public et du travail des fonctionnaires, c’est-à-dire de la manne que chaque contribuable consent à laisser à la collectivité.

2007-07-04

Le traitement médiatique de l'économie : l'affaire Danone

Décidément, rien n’a changé sous le soleil hexagonal, au pays des lumières et des droits de l’homme. Les charlatans ont encore de beaux jours devant eux ; ils occupent en tout cas la scène médiatique avec une complaisance sans égale des journalistes et des professionnels de l’information. Mais peut-on encore parler d’information à ce niveau là d’hystérie ? Les médias sont devenus de véritables tribunaux dans lesquels on juge, on décrète le bien et le mal, on fustige les mauvais, on désigne les coupables...

Car le traitement médiatique du rachat de Danone est symbole de notre enfermement persistant dans une incompréhension butée du monde dans lequel nous vivons. Les fusions, cessions et acquisitions font partie intégrante du fonctionnement normal de l’économie depuis que l’économie existe, c’est-à-dire depuis que les hommes participent à des échanges. C'est même grâce à ces restructurations permanentes et en temps réel que l'économie évolue, ce qui nous permet d'exiger le niveau de qualité que nous attendons tous de notre consommation.
De plus, elles sont le résultat de stratégies développées par des entités autonomes et responsables que sont les entreprises (à la différence des universités), et validées par les conseils d’administration de ces mêmes entreprises.

Mais qui fait-on parler dans les reportages, les délégués syndicaux (CGT, CFDT) de l’entreprise qui développent un discours dont la véhémence est inversement proportionnelle à la pertinence. On y retrouve immanquablement les clichés sur les actionnaires assoiffés du sang des salariés, sur la loi du profit qui brise les entreprises. Tout étudiant en économie apprend dès la première année que l'entreprise se définit en référence au profit, sans lequel elle n'a plus de critère d'appréciation de ses performances de gestion. Mais pêché suprême, l'entreprise Danone est vendue aux américains.
On a l'impression que nous sommes attaqués par les martiens dans un remake de la guerre des mondes. Car les américains sont littéralement insultés. Remplacer le terme « américain » par « français » ou « arabe » ou encore « africains », on parlerait déjà de racisme.
Mais voilà, le mal absolu est là : une entreprise américaine a racheté un fleuron du patrimoine français. Comme si les appartenances nationales avaient encore un sens dans l’économie globalisée et ouverte, et dans la science économique elle-même. Ne sommes-nous pas prompts à chanter la Marseillaise quand une entreprise française rachète un groupe américain ? Si nous acceptons le second, il faut accepter sa réciproque.
Et l’enchaînement fatal de tous ces clichés d’un autre temps conduit notre ministre de l’économie, qui pourtant vient des milieux d’affaires américains, à intervenir dans ce débat pour veiller aux intérêts français. Mais combien d’entreprises françaises ont été détruites au nom des intérêts français ? Le ministre de l'économie n'a pas à se faire l'arbitre de restructurations d'entreprises privées. Les Etats ont déjà du mal à manager les entreprises publiques, laissant l'ardoise aux contribuables qui ne peut que constater et subir le défaut de compétence de gestion.

Décidément, le parfum de la rupture se fait attendre. Jusque là, nous avons droit aux mêmes complaintes récitées et amplifiées par les mêmes guignols de l’information. Pourtant, les pays qui connaissent la croissance sont les pays dont les habitants et les dirigeants ont fini par comprendre comment fonctionnait l’économie. Les autres ont disparu dans le déclin ou le sous-développement.

2007-07-03

La politique selon Tom Clancy


Nous avons tous en mémoire les campagnes électorales pour le Congrès. Les candidats nous disaient : « votez pour moi, parce que pour chaque dollar d’impôts prélevé, un dollar et vingt cents reviennent à ce district. » Vous rappelez-vous ces promesses ?

Mais ils oubliaient de vous dire un certain nombre de choses. Primo, qui a jamais prétendu que vous dépendiez du gouvernement, d’un point de vue financier ? C’est le contraire : le gouvernement n’existe pas si vous ne lui donnez pas votre argent. Secundo, le déficit du gouvernement signifie que chaque district reçoit plus en subventions fédérales qu’il ne verse en impôts fédéraux, je veux dire en impôts fédéraux directs. Ceux-là même que vous pouvez voir.
Donc ces candidats se vantaient de dépenser davantage d’argent qu’ils n’en avaient. Si votre voisin vous avoue qu’il tire des chèques sur votre compte personnel, vous ne pensez pas que vous allez prévenir la police ?

Nous savons tous que le gouvernement prélève plus que ce qu’il donne. Mais il s’en cache bien. Le déficit du budget fédéral signifie que chaque fois que vous empruntez de l’argent, cela vous coûte plus cher que ça ne devrait. Et pourquoi donc ? Parce que le gouvernement emprunte lui-même tant d’argent que ça fait monter les taux d’intérêt.

Et donc, mesdames et messieurs, chaque mensualité pour une maison ou pour une voiture, chaque paiement par carte de crédit est aussi un impôt. Et le gouvernement vous offre parfois un avantage fiscal sur les intérêts de vos emprunts. C’est gentil de sa part ! Il vous l’offre sur des sommes que vous n’auriez pas dû payer, et ensuite il vous dit que vous récupérez davantage que ce que vous avez versé !

Quelqu’un, ici, est assez crédule pour gober ça ? Mesdames et messieurs, je ne suis pas un politicien et je ne suis pas ici aujourd’hui pour soutenir l’un ou l’autre de vos candidats aux sièges vacants de la Maison du peuple. Je suis simplement là pour vous demandez de penser un peu à tout cela…

Tom Clancy, Sur Ordre, Tome 2, page 367-368

2007-07-02

Comprendre l'impôt

Supposons que tous les jours 10 hommes se retrouvent pour boire une bière et que l'addition se monte à 100 $. (Normalement 10 $ chacun). S'ils payaient la note de la façon que l'on paye les impôts, cela donnerait à peu près ceci : les 4 premiers (les plus pauvres !?), ne paieraient rien ; le cinquième paierait 1 $ ; le sixième paierait 3 $ ; le septième paierait 7 $ ; le huitième paierait 12 $ ; le neuvième paierait 18 $ ; le dernier (le plus riche ?!) devrait payer 59 $. Ils décidèrent de procéder comme décrit. Les dix hommes se retrouvèrent chaque jour pour boire leur bière et semblèrent assez contents de leur arrangement. Jusqu'au jour ou le tenancier les plaça devant un dilemme :« Comme vous êtes de bons clients, dit-il, j'ai décidé de vous faire une remise de 20$. Vous ne payerez donc vos 10 bières que 80$ ».
Le groupe décida de continuer à payer la nouvelle somme de la même façon qu'ils auraient payé leurs taxes. Les quatre premiers continuèrent à boire gratuitement. Mais comment les six autres (les clients payants) allaient diviser les 20$ de remise de façon équitable ? Ils réalisèrent que 20$ divisé par 6 faisaient 3,33$. Mais s'ils soustrayaient cette somme de leur partage alors le 5ème et 6ème homme devraient être payés pour boire leur bière. Le tenancier du bar suggéra alors qu'il serait équitable de réduire l'addition de chacun avec la même répartition, donc il fit les calculs. Alors ?
Le 5° homme, comme les quatre premiers ne paya plus rien ; le 6° paya 2 $ au lieu de 3 (33% de réduction) ; le 7° paya 5 $ au lieu de 7 (28% de réduction) ; le 8° paya 9 $ au lieu de 12 (25% de réduction) ; le 9° paya 14 $ au lieu de 18 (22% de réduction) ; le 10° paya 49 $ au lieu de 59 $ (16% de réduction). Chacun des six « payants » paya moins qu'avant et les 4 premiers continuèrent à boire gratuitement.
Mais une fois hors du bar, chacun compara son économie :« J'ai seulement eu 1 $ sur les 20 $ de remise », dit le 6°. Il désigna le 10° : « Lui il a eu 10 $ ».« ouais ! dit le 5°, j'ai seulement eu 1 $ d'économie aussi »« C'est vrai ! » s'exclama le 7°, « pourquoi aurait-il 10 $ alors que je n'en ai eu que 2 $ ? Le plus riche a eu le plus gros de la réduction »« Attendez une minute » cria le 1° homme à l'unisson, « Nous quatre n'avons rien eu du tout nous. Le système exploite les pauvres ». Les 9 hommes cernèrent le 10° et l'insultèrent. Le lendemain soir, le 10° homme (le plus riche ?!) ne vint pas. Les neuf autres s'assirent et burent leur bière sans lui. Mais quand vint le moment de payer leur note, ils découvrirent quelque chose d'important Ils n'avaient pas assez d'argent pour payer ne serait-ce que la moitié de l'addition.
Pour ceux qui ont compris, aucune explication est nécessaire. Pour ceux qui n'ont toujours pas compris, aucune explication n'est possible.