2007-08-31

Le pouvoir d'achat

Un paysan savait bien autrefois, avant de recevoir des directives et des subventions de Bruxelles, que la quantité de blé qu’il pouvait ramener à la maison était liée à la quantité récoltée. De manière générale, le revenu des ménages est borné par la productivité du travail. En conséquence, les possibilités de progression du revenu global sont donc conditionnées par les possibilités de progression de la productivité. C'est donc fondamentalement sur les facteurs qui conditionnent la productivité qu'il convient d'agir si l'on veut durablement relancer le pouvoir d'achat.
Intéressons nous maintenant au revenu complet du ménage qui représente le coût total du travail du point de vue de l’employeur. Une grande partie de ce revenu est amputé à la source par les charges sociales dont le prélèvement autoritaire est destiné les différentes caisses de la sécurité sociale au nom d’un pacte social auquel les français sont très attachés. Ils sont tellement attachés qu’on ne leur donne pas le choix d’encaisser cette part de leurs revenus pour l’affecter à des caisses de leur choix.
Le revenu, que les ménages vont donc effectivement encaisser, est donc constitué par le revenu disponible. Seul le revenu disponible est susceptible d'étre utilisé pour la consommation. Pourtant, dans cette part, il faut que les ménages prévoient de conserver la partie elle-même de plus en plus grande qui fera l’objet d’un prélèvement fiscal direct (impôts nationaux et impôts locaux).
Finalement, la partie restante constitue la partie réellement disponible du revenu des ménages que l'on appelle le revenu disponible net. Encore une fois, une part du revenu disponible net doit être consacrée à l’épargne, par mesure de précaution élémentaire. La partie finalement disponible pour financer les actes de consommation quotidiens donne donc la mesure du pouvoir d’achat. N’oublions au passage que lorsque le ménage consomme, il paie sans s’en apercevoir un impôt indirect (la TVA) dont la part ampute encore le pouvoir d’achat réel.

Ces données sont élémentaires mais leur analyse est rarement faite. Puisque les partenaires sociaux ou les responsables politiques nous parlent sans cesse de la défense du pouvoir d’achat, ils doivent dire que la dérive des finances publiques (liée à l’extension sans limite de l’intervention de l’Etat) conduit à une augmentation de toutes les formes de fiscalité, soit par une création d’impôts nouveaux ou de taxes nouvelles, soit par une augmentation des impôts et taxes existantes. Ils doivent aussi prendre conscience que la dérive des comptes sociaux (liées à la multiplication des droits sociaux) conduit à une augmentation des charges sociales selon le même principe : création de nouvelles cotisations (CSG, RDS) et augmentation des cotisations existantes.
Comme on ne peut pas décréter un accroissement du revenu sans avoir au préalable un accroissement de productivité (lui-même résultat heureux mais incertain d'un effort d'investissement), l’effet cumulé de ces deux dérives est de rétrécir le revenu disponible réel. De plus, le rétrécissement du revenu disponible ne déprime pas seulement le pouvoir d’achat, il affecte aussi les capacités d’épargne des ménages, sans lesquelles on ne peut financer les investissements productifs. Or, sans investissement, aucune chance de redresser la productivité : le seul ajustement possible se fait donc au détriment du pouvoir d’achat. Et la France est coincée dans une spirale pernicieuse tandis que l’emballement des prélèvements sociaux accroît le coût total du travail et réduit l’attractivité économique du territoire.

Si le gouvernement est vraiment soucieux de défendre le pouvoir d’achat, alors il doit libérer l'économie et briser ce cercle vicieux, notamment en stoppant la dérive des comptes publics et sociaux, et donc finalement en touchant au cœur de ce qui fait le « modèle social français » : le périmètre de l’action publique d’un côté, le monopole de la sécurité sociale de l’autre côté. Là est la véritable rupture avec le passé. Sinon, nous n'aurons aucune chance de stopper la diminution inexorable du pouvoir d’achat des ménages et les français (notamment les classes moyennes) continueront de s’appauvrir.

2007-08-28

A propos de l'école

Selon Libération du 27 août 2007, « l’école française a échoué à gommer les inégalités sociales ». Voilà bien un commentaire révélateur des présupposés idéologiques qui structurent la conception et les fondements de l’éducation nationale à la française. Car est-ce bien là le premier rôle de l’école ?
L’école a vocation à former au minimum des citoyens respectueux, respectables et responsables, et au mieux à fournir les compétences multiples et variées dont aura besoin la société dans le futur, notamment en donnant à chaque enfant la possibilité de trouver sa voie et de réaliser ses talents potentiels. C’est déjà un objectif complexe.
Il se trouve que la société aura probablement toujours besoin de boulangers, de maçons, d’hôteliers, d’avocats, de chirurgiens, d’artistes, de chauffeur de taxis ou de pilotes d’avions…etc. Or dans une société où peut s’épanouir et co-exister une telle variété de métiers et de professions, l’inégalité sociale (je préfère dire la diversité fruit de la liberté) est inévitable. Faut-il alors s’en plaindre ? Non dans la mesure où cette inégalité n’est pas le résultat d’un découpage a priori de la société humaine en castes étanches qui interdirait toute mobilité individuelle.

Or à force de s’échiner à gommer l’inégalité sociale, notre école finit par détruire les compétences et les métiers, en jetant sur le marché du travail une armée de jeunes sans qualification et sans motivation. Au lieu d’être inégaux dans la richesse et la croissance économique, ils seront égaux dans la pénurie et la stagnation.

2007-08-25

Le temps de travail

Besancenot, à la pointe du combat pour la vigilance anti-sarkozienne, se propose de créer un nouveau parti politique à l'extrême-gauche alors que tous les candidats anti-libéraux ont pris une veste électorale salutaire. De son côté, Ségolène Royale, qui a conduit son camp dans une déroute historique, prépare son retour sur la scène de l'opposition. A défaut de véritable rupture, et tant que l'on n'aura pas tourné définitivement la page de nos vieux fantasmes, on prend les mêmes et on recommence. Puisqu'elle se manifeste à nouveau, ironisant sur l'immobilisme de Sarkozy (mais quand ce dernier veut faire bouger la France, les mêmes lui reprochent d'aller trop vite, sans aucune consultation de la base), rappelons que Ségolène Royal proposait de faire travailler les professeurs 35 heures, anticipant sur une sorte de service minimum à l'éducation nationale.
Revenons un instant sur cet épisode qui me permet de rebondir sur la conception du temps de travail sur laquelle raisonne une grande partie des responsables politiques, trahissant une conception très mécaniste et sommaire de l'économie.
Quand j’étais un jeune professeur intimidé et inexpérimenté, il me fallait 3 heures de préparation à la maison pour assurer 1 heures de cours en amphi. Et pendant ce temps, je ne faisais pas de recherche. Avec l’âge, les effets de l’expérience m’ont permis de gagner du temps. Est-ce à dire que je me tourne les pouces aujourd’hui ? Pourquoi pas ? Si je fais mieux mon travail, j'ai gagné - et créé - du temps libre. Mais comme j’aime mon travail, je peux consacrer ce temps gagné sur la préparation des cours à l’écriture, la recherche, le journalisme et tant d’autres activités passionnantes.

Dans ces débats d’un autre âge, on ne voit pas que, dorénavant, ce n’est pas la quantité et la durée du travail qui importent finalement, mais plutôt le résultat. D’ailleurs, l’emploi n’est pas la finalité de l’activité économique ; c’est un moyen (un médium) pour créer des richesses (tout comme la monnaie). Le résultat du travail productif, c’est donc la création de richesses avec lesquelles on va rémunérer les acteurs de la production. Pour payer les gens, il faut donc avoir produit des richesses. Et il est préférable pour tous que l’on produise un niveau X de richesses en 35 heures plutôt qu’en 45 heures, le temps gagné pouvant être consacré à produire d’autres richesses ou aux loisirs, à la famille, aux amis et autres passions dévorantes de temps.

C’est donc l’efficacité du travail qu’il s’agit de récompenser et non le travail en soi. J’ai travaillé comme ouvrier dans les services techniques municipaux pour financer une partie de mes études. A ce moment, je fus stupéfait de voir ces ouvriers chercher un endroit à l’abri du regard du contremaître ou de l’ingénieur où ils pourraient « passer le temps ». Ils empruntaient des itinéraires tordus dans la ville avec la voiture municipale pour faire « passer le temps » comme ces camions que faisait tourner l’armée pour justifier la consommation de carburants.
Mais personne ne s’enrichit en faisant semblant de travailler. Ce n’est donc pas le temps consacré au travail en tant que tel qui compte, mais bien plus les fruits de ce travail. Le temps est la principale richesse de l’homme. On n’obtient jamais de la croissance (et donc de l’emploi) en gaspillant le temps.

C’est pourquoi il est injuste de parler des professeurs comme une catégorie homogène : à l’intérieur de cette catégorie, il y a des jeunes débutants et il y a les plus expérimentés ; il y a des gens motivés et d’autres qui se planquent…etc. Les professeurs des écoles consciencieux consacrent un temps énorme aux parents d’élève, aux réunions, à la préparation des classes et à supporter des enfants que les parents portent souvent aux nues, prêts à porter plainte contre l’enseignant à la moindre punition ou mauvaise note jugées injustes par des parents démissionnaires ! D’autres sont sans cesse en congés maladie ou multiplient les stages de formation. Tout le monde s’abrite derrière un statut qui empêche précisément d’apprécier les mérites et les efforts de chacun.

A l’heure où les machines tournent en continu, où tout travail répétitif à vocation à être automatisé, c’est le résultat qui a une valeur économique et qui se doit d’être évalué pour mieux être récompensé. C’est pourquoi toute législation contraignante sur la durée du travail et toute procédure de rémunération collective constituent des inepties économiques, source de conflits inextricables et de revendications catégorielles incessantes.

2007-08-23

La valeur travail

Quand certains responsables politiques parlent du travail, c’est comme lorsqu’ils parlent du pouvoir d’achat, ils prétendent nous rendre ce qu’ils s’échinent à nous prendre. Car, pour paraphraser Bastiat, il y a ce que l’on dit et il y a ce que l’on ne dit pas.Faut-il redonner aux français le goût du travail et le sens de l’effort ?
Il est certain que lorsque l'on peut vivre des fruits de la redistribution et de l'assistanat (donc du travail des autres), on ne voit plus très bien l'utilité du travail tandis que sa désutilité (en termes de pénibilité) saute aux yeux.
Mais ce n'est pas le travail en tant que tel qu'il faut sacraliser. Après tout, la fonction des innovations technologiques est de nous épargner des efforts. Et puis, les stakhanovistes de l’URSS glorifiaient le travail ; mais on travaillait pour le parti et pour dépasser les objectifs du plan. J’ose à peine parler des camps de concentration nazis à l’entrée desquels était affichée l’inscription « Arbeit macht frei » (le travail rend libre). Dans ces systèmes, tout comme l’esclave, mais au nom de la solidarité ou du parti, on travaille intégralement pour les autres. Or, un esclave n’apprécie pas le travail tout simplement parce qu’il ne possède pas les fruits de son travail. Et s’il ne récupère pas les fruits de son propre travail, c’est qu’il ne possède pas même sa propre personne.
C’est donc plutôt la propriété qu’il faut affirmer et garantir. Tel est le rôle du politique, de l’Etat de droit et de la Constitution. C’est aussi le sentiment d’utilité - et donc l’efficacité - qui peut être fondamentalement en cause dans les pays où le droit de propriété est bafoué. Car propriété, utilité et efficacité sont intimement liés.
Si un ménage travaille pour gagner 100 mais qu’il ne perçoit que 40 au final, croyez-vous que sa motivation pour travailler soit intacte ? Dans ce cas, il vaut mieux travailler moins. Pareillement, imaginez un policier qui arrête un délinquant lequel est relâché le lendemain… Dans les deux cas, les individus développeront le sentiment d'avoir travaillé pour rien (en termes de résultat comme en termes de revenus), sentiment qui s’exprimera par un rejet du travail. Pourtant, ce n’est pas le travail en lui-même qui est rejeté.
Or, c’est précisément notre système de redistribution qui, en portant atteinte au droit de propriété, contribue à rétrécir toujours plus le revenu disponible des ménages, en collectivisant (en confisquant) les fruits du travail de chacun. Dans ces conditions, beaucoup font alors le choix rationnel de ne pas travailler du tout ou de travailler hors du territoire national. Les français sont comme tout le monde : ils aiment travailler (le succès des magasins de bricolage en est une belle preuve) si on ne leur confisque pas les fruits de leur travail, c'est-à-dire si on ne les transforme pas en esclave !

2007-08-21

A propos des gouvernements modernes

Ce qui est assez stupéfiant dans les gouvernements modernes, c’est leur capacité à faire du coup par coup, à créer des lois (de circonstance) en fonction des événements du moment, à modifier la structure en fonction de la conjoncture. Au fur et à mesure que les grandes idéologies qui guidaient l’action des hommes publics se sont effacées, c’est l’actualité qui est devenue déterminante, une sorte de moteur de substitution de l’action politique. Comme si les hommes et femmes politiques devaient absolument courir après l’actualité afin de rassurer les citoyens.
Ceci n’est pas propre au gouvernement actuel que je ne vise pas particulièrement. Car c’est une dérive observée depuis quelques décennies aujourd’hui mais qui tend à devenir un système propre avec l’arrivée des nouvelles générations de citoyens qui ont grandi dans l’immédiateté du petit écran, s’abreuvant d’une réalité virtuelle devenue notre loft collectif et commun.

Dans un passé récent, un enfant tombe et se noie dans une piscine privée, un débat est organisé à l’assemblée et une loi est votée pour durcir la réglementation en ce domaine. Quelques mois plus tard, un enfant se tue dans un ascenseur, même enchaînement. Plus près de nous, un accident de manège fait des victimes, les ministres s’emparent du dossier et la réglementation se trouve durcie dans ce domaine aussi. Les marchés financiers connaissent des soubresauts et le premier ministre convoque le gouvernement pour adopter des mesures concernant les crédits bancaires. Un pédophile récidive à sa sortie de prison et le président de la république promet une nouvelle loi concernant le traitement de la pédophilie.
On pourrait remplir des pages avec la liste de ces événements multiples et imprévisibles qui émaillent la vie en société, et qui font désormais l’agenda de nos gouvernants, bousculant dans un mouvement incessant notre tissu réglementaire et notre environnement juridique au gré des malheurs du jour. Bien sûr que tous ces événements en soi sont des drames pour les gens impliqués dans les malheurs relatés. Il ne s’agit aucunement de le nier et de le minimiser. Bien sûr que la société est perfectible et qu’il convient de tout faire pour éviter les malheurs évitables.
Mais est-ce bien là la fonction du politique ? Est-ce bien là la fonction des lois ? Ont-elles même ce pouvoir ?

L’Etat fixe des cadres généraux de même que les lois sont là pour rappeler des principes généraux valables pour tous nous permettant de vivre pacifiquement en société. L’Etat ne peut pour autant se substituer aux individus eux-mêmes, libres de passer des contrats, de prendre des décisions et d’en assumer toutes les responsabilités, qu’elles soient heureuses ou malheureuses.
Je n’ai pas de réponses toutes faites et j’en appelle à la sagacité et la perspicacité de mes lecteurs. Je leur en saurai gré de m’inspirer quelques pistes de réflexion.

2007-08-20

Imperfection des marchés ou imperfection des gouvernements : le cas des marchés financiers

Chaque secousse financière est l’occasion des mêmes rituels aussi grotesques qu’inutiles : on commente et on se lamente dans une cacophonie toujours plus assommante. Je me demande si on n’assiste pas plus à une crise de l’information (et de la connaissance) qu’à une véritable crise financière. Ou alors, il faut savoir ce que l’on appelle « la crise » et reconnaître enfin que les crises, les corrections, les turbulences, les faillites, les purges font parties du mécanisme même de fonctionnement des marchés qu’aucun régulateur extérieur ne saurait voir venir et empêcher. A ne pas comprendre que la faillite d’entreprises était un système de correction inhérent aux processus de marché, les gouvernements qui ont voulu supprimer la faillite de l’organisation macroéconomique ont eux-mêmes fait faillite, transformant un risque local (qui assure une stabilité globale) en risque global et systémique. Mais à vouloir commenter les phénomènes économiques en temps réel, sans se donner le recul nécessaire à la compréhension des processus complexes, on en reste à commenter l’éphémère, à parler de l’arbre sans voir la forêt, à confondre l’aléa conjoncturel avec la tendance structurelle.
Les professionnels de la finance ne savent pas vraiment ce qui se passe. Il est encore trop tôt pour le dire. D’ailleurs, on commence enfin à comprendre ce qu’il s’est réellement passé en 1929, même si la plupart des spécialistes ne sont pas prêts à l’admettre tant ils sont préoccupés à faire le procès des marchés et du libéralisme sauvage. Les professionnels de la finance les plus honnêtes reconnaîtront leur impuissance et leur ignorance immédiates mais ils en profiteront pour prendre des positions, car c’est dans les périodes troublées que les plus avisés savent saisir les meilleures opportunités de sorte que, pour eux, il n’y a pas de crise. Tel est leur réel savoir-faire. Dans ces domaines, il n’est pas toujours nécessaire d’attendre de comprendre pour agir. Et lorsque l’on a enfin compris, il est déjà trop tard pour agir. D’ailleurs, ceux qui sont au centre de la tourmente financière ne sont pas non plus les mieux placés pour analyser la situation.

De toutes les manières, tous les professionnels de la finance vous sortiront l’adage convenu : « les marchés ont horreur de l’incertitude ». Mais qui aime l’incertitude ? Qui se complairait dans le risque ? En fait, ce que peu de monde est prêt à admettre, c’est que les marchés existent en raison même de l’existence irréductible de l’incertitude. Si l’information pouvait être totale et transparente, si les prévisions des acteurs pouvaient être parfaites, on n’aurait nullement besoin des marchés. Les marchés seraient devenus inutiles et l’économie serait totalement planifiée par ceux dont la fonction serait de centraliser et analyser cette information. Les marchés ont peut-être horreur de l’incertitude mais ils lui doivent pourtant leur raison d’être parce qu’ils sont ce que Hayek qualifiait de processus d’apprentissage sans équivalent dans l’organisation sociale.

2007-08-17

De l'ouverture en politique

Alors que les commentateurs de l’éphémère et les Trissotin à paillettes, toujours prompts à annoncer le grand soir, s’excitent à propos de turbulences financières qui font pourtant partie intégrante d’un processus économique duquel il est impossible d’éliminer l’aléa et le risque, j’ai profité de ces temps estivaux pour prendre du recul sur l’agitation quotidienne, le brouhaha ambiant et les rencontres savantes. Le temps de laisser se former quelques pensées vagabondes à propos de l’ouverture en politique, thème qui a marqué le début de mandat de notre nouveau président mais qui a pris à contre-pied tant de militants endurcis.

Comme souvent dans les phénomènes humains et sociaux, notamment en économie et en politique, les choses ne sont jamais simples. Il est vrai que le clivage gauche/droite, comme tout clivage d’ailleurs (bien/mal, vrai/faux, chaud/froid, grand/petit), est marqué de nombreuses limites. Mais si la science économique n’est ni de gauche ni de droite, une certaine idéologie, explicitement ancrée à gauche et toute imprégnée de collectivisme, s’évertue à nier la réalité des lois économiques qui gouvernent les hommes [1]. Et ces lois agissent depuis la nuit des temps du fait même de leur condition d’être mortel qui conduit à vivre et mourir dans un monde marqué par la rareté (du temps) et l’inéluctabilité des choix à faire (dans l'usage de ce temps limité). Aucun système social et sans doute aucune avancées scientifiques ne pourront changer cette donnée de la nature humaine.
Cependant, comme tout clivage, le clivage gauche/droite apporte des repères structurant dans le paysage politique qui sont source de clarification et permettent les positionnements. Aucune évolution n’est possible sans repères, aussi conventionnels et arbitraires soient-ils. Car il faut ne pas avoir de culture politique pour dire qu’il n’y a pas de différences fondamentales - et fondatrices - entre les familles politiques de la droite et les familles politiques de la gauche. C’est une chose de changer de camps, c’en est une toute autre que de nier l’existence de camps.
Quand on revient à la source des valeurs et des principes, les projets politiques qu’ils sous-tendent sont proprement inconciliables. Bien sûr qu’il y a des gens compétents des deux côtés, comme il y a des gens intolérants et bornés dans toutes les familles politiques. Seul un esprit manichéen pourrait le nier. Un dictateur, qui voudrait construire une société totalement dirigée par un parti unique et omniscient, s’entourera de gens compétents, notamment dans la milice (où il engagera des spécialistes compétents dans les domaines de l’intimidation et de la torture). Pour autant, il y a des compétences dont on se passerait bien tandis qu’il existe des compétences (capacité à innover, aptitude à créer des richesses) qui nous font cruellement défaut.
Si un ministre de l’économie s’entoure de deux économistes appartenant à des familles de pensées différentes et antagonistes, le fait qu’ils soient tous deux compétents dans leur domaine respectif ne changera pas le fait que leurs positions sont inconciliables. Ainsi, lorsqu’il s’agit de faire des choix fondamentaux, notamment dans le domaine de la politique d’une nation comme la France, il faut nécessairement trancher et adopter des positionnements clairs.

De ce point de vue, la campagne du candidat Sarkozy fut relativement claire et c’est pourquoi elle s’est traduite par un ralliement massif et sans précédent. Par contre, sa stratégie d’ouverture est plus troublante ; elle a en tout cas suscité dans mon esprit quelques doutes et interrogations fortes. D’abord, a-t-on jamais vu un gouvernement de gauche, franchement et fraîchement élu, faire appel à des personnalités de droite ? En de pareilles situations, la gauche aura plutôt tendance à mettre en selle les personnalités de son camp, quitte à donner des strapontins à l’extrême gauche, tout en ironisant sur la déconfiture prévisible de la droite. Mais c’est somme toute normal. Alors pourquoi une droite, que l’on nous présente comme décomplexée, se sent-elle obligée de donner des preuves de sa bonne foi et des gages de tolérance au camp adverse ? Au même moment, la gauche syndicale fait front, se préparant à bloquer toute tentative sérieuse de réformes alors que notre pays peine à sortir de l’impasse dans laquelle il s’est fourvoyé depuis plus de trois décennie, et qui se traduit une détérioration inexorable des comptes de la Nation (déficit et dette publics, déficits sociaux).
De son côté, l’opposition politique, avec ce qui reste d’un parti socialiste qui saute sur tout ce qui bouge, loin d’adopter une attitude constructive, s’évertue à critiquer quoique fasse un gouvernement de droite, alors que le plus souvent, ce gouvernement ne fait que reconduire des principes mis en place par une gauche persuadée d’avoir toujours raison en tous domaines.

L’ouverture a de quoi ébranler même les esprits les plus aguerris à la chose politique. Et puis, comment des personnalités comme Jacques Attali ou Jack Lang, qui n’ont eu de cesse avec François Mitterrand, et durant leur interminable carrière politique, de critiquer la droite, de fustiger Sarkozy, de croire au socialisme réel, d’admirer un certain temps les réalisations de l’union soviétique, de prédire la débâcle du capitalisme et de fustiger le libéralisme, peuvent-elles se prêter à ce jeu de l’ouverture en acceptant les responsabilités et les missions que leur a confié le président Sarkozy ? Demander à Attali de réfléchir sur les freins à la croissance, c'est comme confier à Besancenot une mission d'étude sur le dialogue social... Ces personnalités tellement médiatiques n’ont-elles aucun amour propre à se complaire dans la contradiction ? Ou alors, l'amour du pouvoir les aveugle à ce point ? C’est à se demander si leur seule et unique motivation n’est pas d’avoir de belles places au sommet du pouvoir et d’y rester à tout prix ? C’est précisément cet opportunisme qui a miné la crédibilité de la classe politique.
Les cent premiers jours sont passés et l’avenir nous dira si l’ouverture fut seulement un effet d’annonce, une éblouissante diversion ou une stratégie puissante permettant de désamorcer d’inévitables conflits.
[1] Certes, cette même idéologie, poussée à ses extrêmes, prône et exalte une pensée relativiste qui nie toute pertinence de la science elle-même, en tant que connaissance objective, ou qui présente la science comme une connaissance bourgeoise aux mains de la classe dominante, dans la ligne de pensée du marxisme dialectique qui imprègne encore tant de charlatans des sciences humaines.

2007-08-14

Défaillances des marchés ou défaillances des gouvernements : le cas du marché du travail

Les théoriciens de la concurrence imparfaite, en banalisant l’adjectif « imparfaite », considèrent que l’on ne peut décidément pas faire confiance en la concurrence pour concilier les intérêts nécessairement divergents (à court terme néanmoins) des protagonistes du marché. La « concurrence imparfaite » est cependant un concept dérivé du modèle de « concurrence pure et parfaite » auquel il prétend se substituer en l’affinant.
Cependant, le modèle, même affiné, n’est pas une représentation fiable de la réalité des processus de marché. Si la plupart des manuels d’économie proposent des présentations détaillées et abondamment illustrées des modèles de concurrence imparfaite, ils éludent le plus souvent une telle question qui implique de revenir sur les fondements philosophiques du principe même de concurrence.
Il est clair que le monde réel, dans lequel nous vivons tous, est loin d’être parfait. Il est clair aussi que la concurrence telle qu’elle existe, dans le monde réel, est quelque chose d’autre que la « concurrence pure et parfaite ». Pourtant, l’origine des défaillances constatées est loin d’être établie clairement.
Si une grande partie des économistes se montrent favorables à l’idée d’encadrer la concurrence par des instances extérieures au marché, c’est soit qu’ils ont une conception néoclassique de la concurrence, soit qu’ils ne reconnaissent aucunement les vertus du marché libre (keynésiens, marxistes, régulationnistes…etc.). En agrégeant tous ces courants de pensée, on obtient finalement la majorité des économistes qui considèrent qu’il existe des imperfections qu’il faut – et que l’on peut - corriger.
Mais, si les développements récents vont dans le sens de la législation de la concurrence, c’est notamment en raison de l’impossibilité de se rapprocher, dans la réalité, des conditions de la concurrence pure et parfaite telles qu’elles ont été définies par la théorie. Pourtant, sommes-nous certains de la pertinence des références en ce domaine ? La question est loin d’être anodine car, si la référence est fausse, ce que nous appelons « défaillance » est alors tout autre chose[1].

Considérons l'exemple du marché du travail pour illustrer notre propos. Le marché du travail en France est caractérisé aujourd’hui par la coexistence d’un côté d’un nombre important de chômeurs de longue durée et de chômeurs diplômés ; d’un autre côté, par une pénurie croissante de personnel dans un nombre important de secteurs, que ce soit de personnel qualifié ou non. Le moins que l’on puisse observer est donc une grande défaillance dans la quête d’un équilibre du marché du travail. Face à ce constat, on en appelle généralement aux pouvoirs publics. Pour autant, le marché du travail en France est-il l’exemple d’un marché libre ou d’un marché perturbé à force de réglementations et de collectivisation des processus de négociation qui empêchent tout ajustement fin des offres et des demandes ?
Il suffit de mentionner l’existence du S.M.I.C., de la complexité du droit du travail, du poids des charges sociales, des nouvelles réglementations, du poids de l’Etat dans l’éducation et la formation pour constater qu’il n’existe pas, dans les faits, un réel marché du travail sur le dos duquel on pourrait imputer la responsabilité du chômage. Par ailleurs, les taux de chômage sont plus faibles dans les pays où les marchés du travail sont les moins perturbés par des rigidités insitutionnelles (Canada, USA, Grande-Bretagne, Irlande, Nouvelle-Zélande).
Sans avoir la prétention de trancher une question si complexe, l’économiste n’a pas le droit de s’interdire de se poser la question inverse. En France, on ne la pose jamais : la plupart des économistes officiels, qui doivent leur carrière à leur plus ou moins grande allégeance à la cause interventionniste, considérent le chômage comme la preuve d'une défaillance du marché. Ayant par avance ce postulat en tête, ils fabriqueront les modèles, à coup d'hypothèses qui sont autant de préjugés non démontrées, qui aboutissent à ces résultats.
Pourtant, si l'on veut bien se donner la peine de regarder la réalité, n’est-ce pas plutôt les tentatives constantes et maladroites de régulation forcée et de manipulation de l’offre et de la demande de travail, par des mécanismes réglementaires et administratifs (telles les conventions collectives qui se substituent de plus en plus au contrat de travail dont le fondement est individuel) qui neutralisent toutes possibilités d’ajustement fin, qu’il soit quantitatif ou qualitatif ? Le moins que l’on puisse constater est que cette tentative de « régulation » se solde par de terribles et coûteux échecs. Si les échecs de la régulation sont plus coûteux que les imperfections de la concurrence qu’elle était censée corriger, n’aurait-on pas plus intérêt à restaurer les conditions du plein épanouissement des lois économiques en abandonnant la chimère d'un monde parfait qui n'est concevable que dans les modèles mathématiques simplistes ?

En tout cas, la redoutable question du chômage nous renseigne plus sur les défaillances de l’administration et de sa gestion que sur les prétendues défaillances inhérentes à un marché libre. Car comment imputer le déséquilibre constaté aux défaillances d’un marché qu’on empêche précisément de fonctionner ?

[1] Pendant des siècles, les astronomes et physiciens concevaient l’univers à l’aide d’un modèle dans lequel la terre était placée au centre de l’univers ; c’était le système établi par Ptolémée. Avec le développement des premières lunettes d’observation du ciel, des savants ont commencé à observer des orbites « défaillantes » par rapport au modèle en vigueur. Il semblait que certaines planètes ne tournaient pas autour de la terre. La multiplication des anomalies et défaillances a aboutit à une remise en cause du modèle lui-même qui reposait sur une hypothèse qui s’est avérée fausse. De ce point de vue, la multiplication des « défaillances » en économie devrait nous conduire, de la même manière, à nous interroger sur la pertinence du modèle de référence.

2007-08-08

Déficit du commerce extérieur : les alibis et les vraies raisons

Le déficit du commerce extérieur est annoncé à 15 milliards d’euros pour le premier semestre 2007. Parmi les explications traditionnelles avancées par les médias, nous trouvons l’euro fort et l’envolée du prix du pétrole. Nous avons déjà consacré un cycle de chroniques à l’euro, montrant notamment que s’en prendre à « l’euro fort » est un alibi commode mais, en aucun cas, une explication convaincante. D’ailleurs un euro faible aurait pour effet de renchérir le coût de nos importations, et notamment des importations incompressibles (comme les matières premières), ce qui est un élément de dégradation des comptes extérieurs.

Or, il se trouve que les deux phénomènes mis en avant – euro fort et envolée des prix du pétrole - sont de nature à se neutraliser. En effet, tant que les pays exportateurs de pétrole se feront payer en dollars, il nous faut acquérir des dollars pour acheter du pétrole. Or, un euro fort nous permet d’acquérir plus de dollars avec la même quantité d’euros, et incidemment plus de pétrole ou au moins d’amortir le choc pétrolier en cas d’envolée du prix du baril. Ainsi, ces éléments ne sont pas de nature à expliquer la faiblesse de notre commerce extérieur. D’ailleurs, l’Allemagne, qui se trouve dans la zone euro et qui doit importer aussi son pétrole, est le premier pays exportateur au monde.

L’analyse de M. Hervé Novelli, le nouveau secrétaire d’Etat aux entreprises et au commerce extérieur, est plus convaincante. Ce dernier a mille fois raison de dire que notre pays souffre d’une compétitivité structurelle très insuffisante, due notamment au poids des charges (le coût de notre modèle social défaillant) et au manque d’innovations (notamment de la part des PME qui ne disposent plus de marges de manœuvre à consacrer à la R&D). Ainsi, comme souvent, les raisons de notre contre-performance sont internes à notre système économique.

2007-08-07

Innover ou disparaître

« Le courage est le moteur principal de la créativité et de l’innovation ».
Aventis Pharma Australia

Il y a quelques années, Singapour lança une campagne de sensibilisation en direction de ses acteurs économiques sur le thème : « Innovate or evaporate ! » [1]. Après avoir décroché de la recherche dans les années 70, les USA sont en passe d’exercer aujourd’hui une suprématie absolue dans les technologies de l’information, du vivant et des nouveaux matériaux qui seront bientôt les supports incontournables pour le développement des industries et des emplois de demain.
Pendant ce temps, la France perd pied dans ces mêmes secteurs en l’absence desquels toute création d’emplois nouveaux, susceptibles de remplacer les emplois dépassés et condamnés, est illusoire. Dans les années 60, notre pays a raté quelques virages technologiques cruciaux qui furent à l’origine de l’explosion de nouvelles industries dans les années 80 qui auraient pu fournir des emplois à la jeunesse actuelle (à condition de recevoir la formation adéquate et de ne pas s'engouffrer dans des filières parking). A ce moment, la France a consacré son énergie et ses moyens pour protéger les acquis (dans la sidérurgie, le textile, l’agriculture) en sacrifiant délibérément l’avenir. Nous ne pouvons plus répéter de telles erreurs collectives.

Tout le monde s’accorde à dire que pour innover, il faut une vision à long-terme, des projets à long-terme et donc de l’investissement à long-terme. Or, c’est le pays du « capitalisme sauvage » qui tire le mieux son épingle du jeu dans ce domaine. Ce pourrait être un paradoxe pour ceux dont la vision de l'économie ne dépasse pas les incantations bovéennes et les théorèmes d'Attac. Pourtant, c’est seulement dans le cadre d’une économie de marché que les innovations prennent naissance et s’épanouissent, fournissant l’aliment d’une croissance économique viable et durable. La France avec son Commissariat au Plan et son C.N.R.S. n’a pas vu l’avenir, n’a pas préparé le futur, ratant de nombreux rendez-vous technologiques cruciaux [2].

Pourtant, sur fond de contestation sociale chronique, on continue de débattre dans nos shows médiatiques de la crise du capitalisme, de la tyrannie des marchés financiers braqués sur le court-terme au détriment du long-terme. Et toutes ces idées reçues, martelées dans la tête d’une jeunesse désorientée et démissionnaire, nous empêchent définitivement de voir le monde réel. C’est la France qui a décroché, c’est son modèle social qui agonise, notamment parce que, au lieu de préparer le futur, de maintenir l’envie d’innover et le courage de produire, on s'est contenté de réciter les versets usés d’une religion dépassée. Il nous faut maintenant tourner la page. C'est le voeu d'une majorité de français qui s'est clairement exprimée le 6 mai dernier.

[1] Haour G., Resolving the Innovation Paradox, Palgrave Macmillan, New York, 2004.

[2] Caccomo J.L. « Les secrets de l’innovation ». Revue Sociétal, n° 13, novembre 1997, Paris. Voir aussi L'épopée de l'innovation. Innovation technologique et évolution économique, aux Editions l'Harmattan, Paris, 2005.

2007-08-01

Les naufrages de l'éducation nationale


La façon dont on forme la jeunesse est révélatrice d’un modèle de société.

Alors que les rapports officiels défendent l’idée que le niveau de formation monte régulièrement, la plupart des professionnels jettent un regard sévère sur les lycéens et les étudiants fraîchement diplômés. Ce n’est pas toujours le niveau des connaissances qui est d’ailleurs en cause mais plutôt une attitude, une adaptabilité et un état d'esprit. Comment, en quelques semestres, l’université peut-elle rectifier un pli pris depuis le primaire ? Et l’université cherche-t-elle même à rectifier ce pli ?
Il faudrait que le diagnostic officiel autorise le débat. Mais la sanction du marché du travail est sans appel. Notre système de formation en général, et l’université française en particulier, montrent de grandes faiblesses dans trois domaines jugés cruciaux par les acteurs de l’entreprise : le sport, l’anglais et l’économie.

Considérons la problématique inattendue du sport. Pour les professionnels, les étudiants n’ont pas l’esprit de compétition ; ils n’expriment pas la « soif de gagner » et le plaisir de se mesurer aux autres. La pratique d’un sport nous apprend que l’adversaire n’est pas un ennemi mais un partenaire qui permet de se mesurer pour mieux se dépasser. Lorsque l’on se mesure à un partenaire trop fort, alors on perd tout le temps et ce n’est pas intéressant. Lorsqu’il est trop faible, on gagne à chaque fois et ce n’est pas motivant. Ainsi, la compétition implique l’autoévaluation dans la confrontation permanente et assidue. La compétition, l’autoévaluation et le benchmarking qui forment le système nerveux de tout notre système économique, c’est précisément tout ce que l’on veut bannir à l’école et dans les universités au nom d’un moule unique qui offrirait la même qualité de formation partout sur le territoire. Au point que le débat sur l’opportunité de donner des devoirs à la maison ou de maintenir un système de notation est récurrent. Il ne faut surtout pas traumatiser nos enfants ! Et je n’ose parler de la place du sport à l’université, sans commune comparaison avec le sport universitaire dans les universités américaines.


Pensez au parcours de cette américaine, issue d’une fratrie de sept enfants, Pat Russo, et qui dirige aujourd’hui le numéro deux mondial des télécoms (Alcatel-Lucent), une entreprise du CAC 40. Pat Russo n’a de cesse de le répéter : « j’aime la compétition, j’aime gagner » [1]. Réaction primaire d’une américaine attardée ? Pour s’imposer dans ce milieu d’affaires très masculin, elle a sans cesse affronté ses frères sur les terrains de football, de basket et de hockey sur gazon du New Jersey. Si son cursus universitaire remarquable lui a donné les compétences, la pratique assidue du sport lui a donné un état d’esprit compétitif, adapté au fonctionnement réel des entreprises en particulier, et de la société en général.

Abordons la question de l’anglais. Le constat des professionnels est unanime : nos étudiants ne sont pas à l’aise avec l’anglais. Alors, les étudiants vont rejeter toute opportunité d’embauche à l’étranger. Ces propos m’ont fait pensé à une inspectrice de l’académie qui considérait que l’école publique ne devait pas être « complice de l’hégémonie américaine » en systématisant la pratique de l’anglais dans les écoles primaires. Cela me laissa songeur... Mais ce processus est révélateur d’un problème plus profond concernant la mobilité dans notre pays. L’inspectrice d’académie considère sans doute que les enfants de l’école du village vont trouver demain du travail dans leur village. Pourtant, cela n’est pas plus vrai aujourd’hui que cela ne l’était du temps de nos parents.

Venons en à l’économie. Il y aurait des pages et des pages à écrire sur la catastrophe française en ce domaine, et c'est le thème fondateur de mes chroniques. On demande aux électeurs de se prononcer sur des programmes et des problématiques économiques à un moment où ils sont de moins en moins éclairés en ce domaine. Les professionnels sont consternés par le niveau d’inculture économique des lycéens et des étudiants de manière générale. L’inculture économique, c’est dans le meilleur des cas ! Car globalement, le système éducatif distille une véritable culture anti-économique, une contre-culture ou plutôt, une « alter-culture » unique au monde au point que les étudiants ne comprennent rien à l’entreprise. Ils confondent charges, chiffres d’affaires et bénéfice. Ils pensent qu’un patron s’en met plein les poches, que les profits constituent un vol. Les étudiants les plus zélés assimilent l’entreprise à un lieu d’exploitation des travailleurs, jamais à un outil de création de richesses.

Finalement, notre rapport collectif au sport, à l’anglais et à l’économie est le symptôme d’un mal terrible, susceptible de terrasser tout un pays qui refuse d’entendre le diagnostic et d’en tirer toutes les conséquences. Dans ce domaine, où l’avenir de nos enfants se joue, une rupture s’impose.

[1] Le Point, 30 novembre 2006, n° 1785 : p. 94.