2008-02-01

 

La gifle

Il est un âge à partir duquel certains souvenirs que l’on croyait définitivement perdus refont surface en écho à une actualité par certains côtés aussi lamentable que désespérante. Je me souviens avoir pris la gifle de ma vie, dans tous les sens du terme il faut bien l’avouer. J’étais un tout jeune collégien et la scène se passait durant un cours de mathématique dans lequel j’avais plutôt tendance à m’ennuyer alors qu’un ancien militaire à la retraite devenu enseignant s’échinait à nous expliquer les bijections à l’aide de patates et de flèches. Je confesse avoir fait souffrir cet enseignant dont la pédagogie cependant n’était pas des plus alléchantes.
Ce jour là, j’écrivais des notes de musique sur mon cahier, ne prêtant plus attention à mon professeur qui avait interrompu le cours pour me regarder. Tout le monde avait les yeux fixés sur moi alors que je m’étais perdu dans mon monde, rêvant du concert que j’étais en train de composer en jetant sur le papier une ébauche de partition bien enfantine.
Le professeur s’est approché de moi et il m’a appelé. Au moment où je redressai ma tête, j’ai juste eu le temps de voir arriver sa main énorme dans ma face pour prendre une gifle retentissante, imprimant une trace persistance sur ma joue endolorie. Puis il a demandé à voir mon cahier ; il m’a regardé fixement dans les yeux pour me dire : « vous devriez écouter ce cours, il y a des mathématiques dans la musique ! ».
J’ai eu la honte de ma vie. Je me suis abstenu d’en parler à mon père qui aurait doublé le tarif.
Plus tard, bien plus tard, je me suis identifié au personnage du petit garçon mis en scène par Alan Parker dans le film musical « The Wall » du groupe Pink-Floyd, et qui se fait taper sur les doigts à l’aide d’une règle par son professeur parce qu’il écrivait des poèmes au lieu de suivre ses cours.

Pourtant, à aucun moment, je n’aurai insulté mon professeur. On tremblait déjà quand on voyait certains surveillants…Aucun élève n’aurait osé. Avec le recul, je me suis aperçu que j’avais pris goût aux mathématiques, découvrant Pythagore dans mes premières gammes majeures. C’était bouleversant. Aujourd’hui, je sais que l’on peut traquer les mathématiques partout, derrière le mouvement des planètes comme derrière les fluctuations boursières. J’ai même appris que ce professeur avait pris ma défense lorsque le conseiller d’orientation avait émis un avis défavorable à mon entrée dans le lycée…

Tout cela pour rebondir sur l’actualité de cette gifle qui a valu à un professeur d’être mis aux arrêts, tout cela parce que le collégien était fils d’un gendarme. Dans l’exercice de ses fonctions, j’imagine que le gendarme n’aimerait pas être traité de « connard » par un chauffard excédé d’être flashé à longueur de kilomètres. Il n’est pas sérieux de mélanger sa fonction professionnelle et son statut de parent. Un enfant attend de son père qu’il soit père et non gendarme. Un parent gendarme n’a pas plus de droit que les autres. Le problème aujourd’hui, c’est que les parents portent plainte lorsque leur enfant redouble ou lorsqu’il est puni par le maître. Et l’on voudrait ensuite donner le pouvoir aux élèves de noter les professeurs ? Mais ces derniers seront terrorisés par les élèves, soumis à leurs caprices dans la peur d’être mal notés.
On comprend pourquoi alors certains étudiants ne supportent plus l’idée de sélection dans les études supérieures, d’obligation de résultats ou de discipline dans l’effort, de modestie dans l’excellence et de souffrance dans la compétition.

Il ne faudrait pas que la justice cautionne de telles dérives. Pourquoi ne pas mettre en place un numéro vert pour inciter les enfants à dénoncer les parents aux méthodes éducatives jugées par eux trop sévères ? La délation est le sport préféré des français pour la plus grande efficacité des services fiscaux. N’y voyez pas un vice, ils sont dans leur rôle de bons citoyens, traquant chaque jour les inacceptables inégalités que le gouvernement ne saurait tolérer. Solidarité ou jalousie ? Donnez moi une gifle si me je trompe…

Comments:
Entièrement d'accord avec vous.
En vérité, cela fait 30 ans que l'on sape l'autorité dans ce pays: merci aux socialistes soixante huitards de leurs efforts !!
Heureusement que la bêtise n'est pas sanctionnée par la justice, sinon imaginez l'encombrement des tribunaux !
 
Cette histoire est un commentaire sur la dérive du bon sens, et de bien d'autres choses dans la société.
Elle en est un aussi sur le niveau de certains éléments qui peuplent des professions demandant reconnaissance et respect : gendarmerie, justice (qualification : violences aggravées).
On attend la suite avec intérêt.
 
"Pourquoi ne pas mettre en place un numéro vert pour inciter les enfants à dénoncer les parents aux méthodes éducatives jugées par eux trop sévères ?"

Mais ça existe, Jean-Louis, ça existe!

Il y a des lignes téléphoniques destinées aux enfants qui voudraient dénoncer les mauvais traitements dont ils seraient victimes.

Les chartes des prétendus droits de l'enfant qui interdisent pratiquement toute autorité parentale sont maintenant gravées dans le marbre partout: ONU, institutions européennes, constitution française...

Mettez l'un et l'autre ensemble, lisez les textes en question, et vous avez votre réponse.

Les chers petits sont au courant, croyez-moi.

Quand le gendarme en question se fera caillaisser par un gamin quelconque, il ne fera naturellement pas le lien avec sa ridicule équipée à l'école en uniforme.

En Angleterre, c'est déjà pire. Les enfants sont maîtres des rues. Si les adultes protestent, c'est eux que la police met en prison. Je n'invente rien.

Un vieillard de plus de soixante-dix ans se plaignait sans cesse à la police de la bande de racailles locale qui rendait la vie impossible aux habitants. Rien ne se passait.

Un jour, ils les voit en train de jeter des pierres à des canards dans une mare. Il le leur reproche. Ceux-ci le prennent de haut, et, de fil en aiguille, le retraité gifle l'un d'entre eux.

Aussitôt, les racailles appellent la police, le vieillard passe 24 heures en garde à vue et est inculpé pour agression.
 
Larry relève avec raison le chef d'inculpation incroyable du prof gifleur: "violences aggravées".

Et des violences simples, ce serait quoi? "Atteinte à l'estime de soi par personne ayant autorité"?
 
C'est marrant dans une société comme tout peut converger :

> la résistance à la contrariété et à la frustration est ce qui permet de devenir adulte, libre et responsable, conscient de ses limites comme de ses responsabilités.

C'est bien entendu, dans la répartition des tâches psychologiques, le rôle du père que d'enseigner cela.

L'autorité est aussi une condition de l'enseignement.

Notre société est très cohérente :

> elle dévalorise tout ce qui viril (ça a des poils, ça pue et ça fait la guerre)

> elle rejette l'autorité comme une insupportable oppression.

> elle privilégie la satisfaction immédiate, les caprices par rapport au stoïcisme et à la patience.

> et, enfin, elle choie les éternels enfants, imbéciles ni libres ni responsables, seulement capables de beugler avec le troupeau («F comme fasciste, N comme nazi» etc.).

Certes, tout cela est très cohérent, mais dans l'erreur.

On a reproché à Raymon Aron son hostilité à mai 68, qu'on a mis sur le compte de l'orgueil blessé d'un mandarin (insulte suprême).

Avec le recul, on constate qu'il était plus clairvoyant que les inénarrables (dont Simone B. et Jean-Paul S.) qui se sont empressés de se laisser porter par le vent du jeunisme.
 
Cette affaire est pathétique et dénote de la dévalorisation du monde enseignant... mais est-ce vraiment étonnant?
Quand on voit comment certains morveux se permettent de parler à leur professeur - traitent ceux-ci, par exemple, de raciste parce qu'ils les sanctionnent pour leurs écarts de conduite - de leur manquer de respect à tous points de vue...
Nous sommes dans la civilisation des effets en tout genre, surtout spéciaux ; du zapping permanent et comme le remarque avec une grande acuité M. Finkielkraut, dans le monde du tout tout de suite... comment espérer que les élèves gardent la tête froide?
Pour ce qui est de la notation, ce sera le meilleur moyen de faire fuir les meilleurs éléments... comme me le faisait remarquer un ami professeur en université : "si l'on doit être noté, il serait normal que les étudiants financent avec leur propre argent leurs études..." mais ne rêvons pas ce n'est pas demain la veille qu'une telle chose se produira... et nos universités continueront de péricliter cahin caha pour produire des diplômes "bonux" n'ayant aucune réelle valeur - mais après tout, dans le monde du virtuel qui est de plus en plus le nôtre, un peu plus ou un peu moins de vent, est-ce si grave ?
 
http://www.philippebilger.com/blog/2008/02/classe-tous-ris.html

Par ailleurs, mon blog est de nouveau ouvert (soupir de soulagement chez les fans).
 
En effet, Franck, ce qui est préoccupant, c'est la cohérence de tout cela. Toutes les forces vont dans la même direction.

Cela étant, il y a dans votre check-list un argument majeur des anti-libéraux: le règne de la satisfaction immédiate, dont on voit effectivement les effets partout.

Règne dont il est difficilement contestable qu'il est dû à la société de consommation, à la publicité omniprésente, à la télévision dans la chambre des enfants, etc. Et aussi à l'alliance objective de ces facteurs avec le gauchisme sociologique post-mai 68 (refus de l'autorité, de la tradition, de l'héritage historique, de la figure paternelle, féminismo-maternalisme, etc).

Mais les valeurs de mai 68 ne sont rien sans le moteur social qui les a mises et les maintient au pouvoir: la société de consommation matérialiste et frénétique.

C'est pourquoi je soutiens que les libéraux du XXIème siècle ont un gros travail théorique à faire entre eux avant de convaincre les Français du bien-fondé de leur philosophie -- et de la rendre opérationnelle, tout simplement.

Tocqueville, Bastiat, Hayek, Aron, Revel, c'est très bien; mais quelque chose a changé fondamentalement dans la seconde moitié du XXème siècle, que ces penseurs plus anciens n'ont pas pu prendre en compte.

Le libéralisme a la capacité d'être un facteur de cohésion sociale, sauf si ses effets bénéfiques sont détruits par le poison social des modalités du capitalisme actuel que vous venez de désigner vous-même: la satisfaction immédiate, le refus de l'autorité et donc de l'intérêt général, etc.

Contradiction interne du capitalisme que n'avait pas prévue Marx, sauf erreur de ma part.
 
Robert,
La dictature de la satisfaction immédiate n'a rien à voir avec le libéralisme, elle est le pure résultat de cette course aux droits sans devoir, aux revenus sans travail, au plaisir sans effort, à la satisfaction sans contrainte, à apprendre la guitare en s'amusant. Bref, rien à voir à l'économie, encore moins avec la vraie vie.
 
«La dictature de la satisfaction immédiate n'a rien à voir avec le libéralisme»

J'abonde : liberté et responsabilité marchent de conserve car, quand on est libre, on est censé subir les conséquences de ses choix.

Or, notre société tend à faire payer à la collectivité les conséquences des choix individuels, donc à responsabiliser les gens.

Vraiment, rien à voir avec le libéralisme.
 
Vous étiez au collège, à mon époque c'était lycée unique de la 6ème à la terminale.
J'étais à Thiers en classique et si certains professeurs étaient d'admirables humanistes, je connus aussi des psychopathes qui auraient bien mérité une garde à vue (salauds).
Mais c'était avant 68 et on n’écoutait pas les enfants, alors que maintenant on a plutôt du mal à leur faire fermer leurs grandes gueules.

@Marchenoir : l'hédonisme est plutôt le credo des libertaires (cf Michel Onfray) que des libéraux.
 
Palm rejection, ou le rejet de la gifle...
Dans un tout autre registre, avec mon esprit en rupture, esprit qui marche et ne trace donc pas en continu... on peut rebondir sur mon dernier post ( Quand cela cède, du verbe céder ) finalement pas si hors sujet que cela car remettant en cause l'écrit que l'on trace, apprentissage scolaire étatique.
Par ailleurs, l'économie de la 3iéme vague gomme les rapports hiérarchique du style patron-employé pour des rapports de type offre-demande, client-vendeur.
Que faire avec des élèves qui ne sont pas demandeurs et sont en classe comme on est en prison ?
 
Version du Procureur dans La Voix du Nord :
"L’enseignant veut déplacer des tables pour favoriser le travail en groupe de sa classe de sixième. Arrivé devant l’une d’elles, il balaye d’un revers de main les affaires d’un élève. « Pourquoi monsieur avoir fait cela ? », objecte alors le collégien qui se voit plaqué contre un mur. « Connard », répond l’enfant. Le mot de trop pour l’enseignant qui le gifle violemment sur la joue gauche, le traîne par le pull jusqu’à son bureau et lui fait, dans une salle proche, rédiger une lettre d’excuses. Puis revient avec l’enfant et dit à toute la classe : « La parenthèse est fermée vous n’en parlez à personne. » Comme si, pour ce professeur, l’incident était clos. Réglé. On en est loin. Deux fillettes, au bord des larmes, prennent le chemin de l’infirmerie. Elles sont choquées. Tout revient aux oreilles de la principale du collège.
Interpellé plus tard dans la matinée à son domicile avec 0,36 mg d’alcool, l’enseignant est placé en garde à vue. Son avocat Me Jean-Marc Villesèche confirme que lors de l’interpellation son client avait bu deux verres mais chez lui et après les faits. « Parce que, dit-il , la situation l’avait perturbé. » Et d’insister : « Il n’a jamais exercé sous l’empire d’un état alcoolique. » Lors de son audition, l’enseignant a quand même reconnu une dépendance alcoolique depuis quatre ans."


Si c'est vrai il ne mérite plus d'enseigner
 
«Que faire avec des élèves qui ne sont pas demandeurs et sont en classe comme on est en prison ?»

Vous êtes toujours allé à l'école de bon coeur ?

Ce n'est pas aux enfants de décider si ils ont envie d'aller à l'école ou non.

Marc Le Bris, directeur de primaire en Bretagne, raconte qu'une mère célibataire négocie tous les jours avec son fils : «Mon chéri, hier tu a promis que tu voudrais bien aller à l'école.

> Nan, j'ai changé d'avis.

> Pour faire plaisir à maman ...

> Nan, j'aime pas l'école.

> Mais mon chéri ...»

etc ...

J'avoue que je coince un peu avec les adultes qui refusent de jouer leur rôle d'adulte quand il est déplaisant.
 
Tu as bien raison fboizard. Il en va de même des activités extrascolaires. J'avoue que je trainais des pieds pour aller à mon cours de solfège, pour passer les concours de musique. Mais finalement, avec le recul, cela m'a servi à gérer mon stress, à affronter le public, à évoluer. Aujourd'hui, quand je discute avec les profs de musique dans les écoles, ils constatent que plus de la moitié des élèves arrêtent l'étude de l'instrument vers les 12-14 ans. L'argument des parents : je ne veux plus forcer mon enfant qui n'a plus envie...
En ce domaine aussi, les bons instrumentistes (sans parler des virtuoses) entre 20-30 ans sont devenus une denrée très. C'est un chef d'orchestre qui vous le dit.
 
Le constat est fait depuis plusieurs décennies : concassage systématique des valeurs, d'où perte de confiance en soi et perte d'autorité. Chez nous plus qu'ailleurs on assiste à la castration systématique du père qui traditionnellement incarne cette autorité. D'où le démantèlement des différents corps constituants (famille, école, armée, etc.)

Ok avec ce constat, mais il ne faut pas en réaction justifier toute position d'autorité : il y a des parents, des enseignants, des autorités insupportablement injustes et abusifs. Ce n'est pas à des libéraux que j'apprendrai cela. L'enseignant en question, dans sa regrettable réaction est le symptôme de cette crise de l'autorité.

Toute personne en position d'autorité doit certes avoir suffisamment de tripes et de confiance en soi pour exercer son magistère et son pouvoir sans défaillance, mais il doit aussi chercher à se montrer exemplaire. Ce n'est pas le cas de cet enseignant, ce n'est pas le cas du contrôle managérial interne de la SG, ce n'était pas le cas de Chirac ni de Mitterrand : le pouvoir chez nous est malade parce qu'à tous les échelons nous avons laissé sombrer les valeurs.

Les premiers responsables sont les adultes, pas les enfants.
 
"Toute personne en position d'autorité doit certes avoir suffisamment de tripes et de confiance en soi pour exercer son magistère et son pouvoir sans défaillance"
Désolé de vous contredire mais ceci n'est rien d'autre que pure théorie...
Cela fonctionne avec des élèves qui sont des élèves, veulent bien jouer leur rôle! Malheureusement, c'est loin d'être toujours le cas - je dirais même que c'est l'inverse qui tend à devenir la norme...
Qui plus est, il y a un autre aspect du problème qui n'a pas été évoqué : la féminisation du métier d'enseignant. Il n'est point question de machisme rentré mais plutôt de constater les déséquilibres qui règnent au sein de cette institution - sans remettre aucunement en cause le travail fournie par toutes les professeurs femmes!
Face à certains types de population, cela pose très clairement problème et tout un chacun ne sait pas nécessairement gérer une situation donnée...
Un autre aspect de la problématique concerne le système de formation des maîtres (IUFM) qui ne fonctionne pas correctement ; nombreux sont les jeunes enseignants qui le trouvent sans aucune utilité ou presque... A quand une réforme en profondeur de cet antre du pédagogisme délirant?
Sur un autre plan : à quand une réforme sérieuse du collège unique qui a été et est une absurdité sans nom, conçu dans un but égalitariste qui ne correspond pas un instant ni aux besoins réels, ni à la réalité du monde tout court?
Que de questions, n'est-ce pas... mais j'en ai encore un paquet en réserve...
Tiens, d'ailleurs, l'éducation est-elle vraiment la priorité de nos chers politiques? J'en doute absolument!
 
Ce message a été supprimé par l'auteur.
 
@fboizard : "Vous êtes toujours allé à l'école de bon coeur ?
Ce n'est pas aux enfants de décider si ils ont envie d'aller à l'école ou non."

Effectivement, pas plus qu'à l'Etat d'ailleurs.
Quand à l'école, j'y suis toujours allé sans redoubler jusqu'à l'age de 22 ans (tout comme à la messe dominicale jusqu'à l'age de 18 ans)... je ne saurai dire si c'est de bon coeur mais cela a toujours été avec angoisse, même élève-ingénieur.
Quand à être enseignant aujourd'hui en France, ce n'est pas pour moi de l'ordre du possible, tout comme être chef d'entreprise (si on ne peut licencier.. ).
 
Jean-Louis, Franck, All:

Vous dites que la course à la satisfaction immédiate n'a rien à voir avec le libéralisme.

Je sens que nous allons rentrer dans une querelle de mots.

Je suis évidemment d'accord avec vous sur le fond: liberté et responsabilité devraient aller de pair, les droits devraient être la contrepartie de devoirs, etc.

Nous nous disons tous trois libéraux, et nous sommes tous trois d'accord avec cela.

Mais je vous ferais remarquer que de nombreuses personnes qui se disent anti-libérales sont aussi d'accord avec cela. Pis, elles accusent le libéralisme d'être à l'origine du découplage de la liberté et de la responsabilité, des droits et des devoirs.

Pour ne fâcher personne, je propose que nous appelions temporairement "idéologie des poneys à poils durs" l'ensemble des valeurs qui conduisent à ce découplage.

Nous sommes bien d'accord tous les trois: nous sommes opposés aux idées des poneys à poils durs.

Cependant, il semble qu'il y ait, dans la plupart des pays occidentaux développés, de plus en plus de poneys à poils durs qui réclament toujours plus de "droits à", qui estiment que tout leur est dû par la collectivité indépendamment de leurs efforts, etc.

Certains de ces poneys à poils durs votent à gauche, pour des partis anti-libéraux. D'autres votent à droite, pour des partis qui, en France, sont souvent, ou ont été, ou sont encore, largement anti-libéraux.

D'autres (ou les mêmes), en France, votent pour des partis de droite qui sont ce qu'ils sont, mais, si vous interrogez ces électeurs, ils vous diront qu'ils soutiennent à fond les valeurs libérales, l'initative individuelle, la concurrence, le marché, la réduction de la dépense publique, l'Etat modeste, etc.

D'autres encore, à l'étranger, votent, à "gauche" ou à "droite", pour des partis qui sont largement libéraux, dans des pays qui ont largement (en tous cas beaucoup plus qu'en France) embrassé le libéralisme (les Etats-Unis, par exemple).

Convenons aussi qu'il n'y a pas de pays 100% libéral, au libéralisme chimiquement pur, sinon on ne s'en sortira jamais -- et je soutiendrais d'ailleurs qu'un tel pays serait anti-libéral, le libéralisme étant justement, à mes yeux, un anti-dogmatisme.

On voit donc qu'il y a des poneys à poils durs qui se disent libéraux, d'autres qui se disent anti-libéraux. Des poneys à poils durs qui vivent dans un pays largement et historiquement anti-libéral (la France), et qui se sentent en accord avec la culture politique historique qui a cours dans ce pays; et des poneys à poils durs qui vivent dans des pays largement et historiquement libéraux, et qui se sentent en accord avec la culture politique historique qui a cours dans leur pays (les Etats-Unis, et bien d'autres).

Tout cela converge vers ce que j'indiquais dans mon précédent commentaire: la théorie est en décalage avec la réalité. Il est en train de se passer, depuis un demi-siècle environ, quelque chose que la théorie libérale n'a pas, ou n'a pas encore pris en compte.

On le voit bien, d'ailleurs, dans vos réactions. Vous me dites tous les trois: "Le libéralisme, ce n'est pas ça . C'est...". Variante: "Ce sont les anti-libéraux (exemple: Michel Onfray) qui préconisent cela, pas les libéraux".

Autrement dit: ce n'est pas marqué dans le bouquin. D'après "Le libéralisme pour les nuls", ça ne devrait pas se passer comme ça. Je le sais bien. C'est même pour ça que j'ai pris ma carte, parce que ce qui est écrit dans le bouquin me plaît bien.

Mais vous ne faites rien pour réfuter le lien évident que je montre entre la société de consommation, la publicité à outrance, la télévision, le matérialisme frénétique, et les valeurs des poneys à poils durs.

Or ces facteurs (société de consommation, etc), sont la conséquence directe de l'application, en 2008, dans les circonstances historiques et sociales actuelles, de certains des principes les plus fondamentaux du libéralisme (libre jeu du marché, développement des technologies pour accroître la productivité, recherche de la croissance touours plus forte, etc).

Autrement dit, vous refusez de faire le lien entre la théorie et ce qui se passe effectivement, entre la théorie et certaines de ses conséquences, entre les superstructures et les infrastructures, entre les souhaits et la réalité.

Donc, si on ne veut pas se contenter de rêver à une société idéale telle que l'imagine Bastiat (ce qui est déjà pas mal, hein, je ne veux pas discréditer la valeur de l'imagination), si l'on veut essayer d'avancer vers une société plus libérale, il faut bien s'attaquer à cette contradiction.

Cela ne réfute pas obligatoirement le libéralisme de but en blanc, mais cela l'affaiblit sérieusement à défaut d'une rénovation intellectuelle.

Dire: moi, je ne suis pas comme ça, moi j'ai le sens du devoir et de l'effort, cela ne suffit naturellement pas. Vous n'êtes pas tout seuls. Nous ne sommes pas tout seuls.

Je propose trois hypothèses.

1) Le libéralisme est amendable, et doit l'être pour s'adapter aux conditions actuelles et redevenir viable. C'est naturellement l'hypothèse que je préfère.

2) Le libéralisme ne fonctionne pas et s'auto-détruit. Ce à quoi nous assistons actuellement et qui a déclenché cette discussion (les parents d'enfants insulteurs qui s'en prennent aux profs, les profs en prison) est la conséquence logique du libéralisme. Cette hypothèse n'est pas à exclure.

3) Le libéralisme ou son absence n'ont rien à voir, ou bien sont loin d'être des facteurs prépondérants. Les comportements socialement vertueux qui subsistent (Jean-Louis qui se dévoue à ses étudiants bien que toute l'institution soit contre lui) sont des vestiges de structures collectives antérieures: de la cohésion sociale, de l'identité nationale procurées par le catholicisme, par exemple.

En l'absence des structures anciennes qui leur ont donné naissance, de tels comportements sont justifiés par leurs auteurs au nom d'idéologies diverses et parfois même opposées.

Jean-Louis se proclame libéral. On trouvera d'autres personnes faisant preuve de la même responsabilité qui se réclameront du socialisme. Mais il ne s'agit que de justifications a posteriori, d'habillages convenant à chacun.

En réalité -- je suis toujours dans l'hypothèse, quoique... -- nous vivons la décadence d'une civilisation.

En ce sens, le libéralisme (ou son opposé sur la plan de la théorie, c'est à dire la société d'assistanat droit-de-l'hommiste couplée à un moteur capitaliste) ne fait que donner le coup de grâce à un corps social déjà condamné par une maladie antérieure.

Sur ces paroles optimistes, bon week-end à tous...
 
J'ai été pion pendant trois années pour financer mes études, ce qui m'a convaincu d'éviter d'être prof en collège. Les profs n'avaient plus d'autorité, mais aussi ils ne voulaient pas l'exercer cette autorité qui les dérangeait. Ils excusaient tout aux jeunes des banlieues, leur façon à faire du social, mais ils avaient la trouille de punir un fils d'avocat. Un jour, un élève m'a défié de le punir, sous prétexte que son père était le procureur de la république. j'ai appelé son père devant lui. L'enfant n'en revenait pas...mais je l'avais conquis. Il m'a toujours obéi, alors qu'il avait la réputation d'une terreur.
A propos de féminisation, j'ai lu dans une revue de l'éducation nationale un propos d'une psy qui propose de désexuer l'éducation, sinon "on risque d'élever les garçons comme des garçons, et les filles comme des filles"...Elle constatait que les pères n'avaient pas le même rapport aux enfants que les mères, et elle le regrettait !!
Je suis assez d'accord sur cette idée d'homme contrarié, peut-être mes origines siciliennes. Mais je voyage beaucoup et dans tous les pays que je visite, l'homme a gardé une place qui serait considérée ici presque comme un outrage...alors les hommes feignent de s'accomplir dans des rôles de papa et mari idiots, mis en scène par la pub, sous prétexte de lutter contre des siècles de domination masculine...
 
"apprendre la guitare en s'amusant"



Oui, effectivement, le niveaux ne sera pas très élevé, pour la guitare c'est pas trop grave, mais pour une carrière professionnelle, ou pour la prospérité d'un pays tout entier, ces méthodes ne sont pas sans conséquences.

L'idéologie qui consiste à faire de l'école un terrain de jeu pour les enfants, donne à peu prés les mêmes résultat que la méthode de guitare dont parle Jean-Louis.

Et au final, on se retrouve avec des amateurs plutôt qu'avec des professionnels.


! Ils ont quant même mis ce prof en garde à vue 24 heures ! a penser qu'ils ont voulu en faire un exemple, au cas ou d'autres profs voudraient en faire autant et de finir avec une émeute de profs comme en 2005, qui casseraient tout sur leur passage...
 
Ce message a été supprimé par l'auteur.
 
«une psy qui propose de désexuer l'éducation, sinon "on risque d'élever les garçons comme des garçons, et les filles comme des filles"...Elle constatait que les pères n'avaient pas le même rapport aux enfants que les mères, et elle le regrettait.»

Mon bon maitre Montaigne avait comme précepte distingo, autrement, je classe, je range, je m'efforce de voir ce que les choses sont et ce qu'elles ne sont pas.

La confusion intellectuelle a un autre nom moins ampoulé : la bêtise.

En tant que membre su sexe indigne (ou soi disant tel), je voudrais quand même qu'on se souvienne que l'homme n'est pas une femme comme les autres :-)
 
La gifle est quelque-chose de particulier. En Pologne, la societe est encore tres virile et l'autorite n'a pas encore ete sapee.
Les eleves sont facilement punis et l'autorite du professeur est tres respectee.

Par contre, la gifle est tres mal vue. C'est considere comme un geste visant a humilier publiquement. Le genre de choses que l'on fait entre adultes, pour des choses graves. Il est tres mal vu de donner une gifle a un enfant. Le piquet, le coin, les lignes, l'heure de colle, la tape derriere la tete...mais pas la gifle.
Question de culture.
 
Crise de civilisation. Oui. C’est quand les profs ont peur des élèves.
Cette peur je l’ai découverte à la deuxième année de mon arrivée en France. Je n’avais pas encore compris comment fonctionnait le système français. Deux collègues hommes assis à mon côté parlaient tout bas (ils pensaient que je ne comprenais pas tout) ; l’un racontait à l’autre qu’il avait été menacé par un élève ainsi que sa famille, mais même pas mal et même pas peur ! et qu’il ne voulait pas que cela se sache, mais il allait en cours « stressé » quand même. J’étais Titulaire Académique, c’est-à-dire, agrégée sans poste définitif, avec un service entre deux collèges qui se trouvaient à 50 km de distance, avec les classes que les titulaires ne voulaient pas, avec des vrais « cas sociaux » . J’avais peur que ces « cas » viennent avec des armes. Dès qu’un incident éclatait je le signalais au principal. En Espagne le chef d’établissement était un prof avec une décharge horaire. C’est un collègue, un prof. Ici il s’agit de quelqu’un de différent qui note son monde. Chaque « acteur » travaille pour son intérêt : le prof cherche « qu’on ne parle pas de lui » il veut sa note administrative pour partir ailleurs ; le chef ne veut pas de « vagues » dans l’inspection académique et il veut que même les résultats de l’établissement soient dans la moyenne académique ; l’élève, cela dépend… Les procédés disciplinaires arrivent si tard, sont soumis à tant de procédures qu’ils découragent les profs de signaler des problèmes. J’avais l’impression d’être dans un monde où chacun ramait dans un sens différent. L’IUFM était incroyable pour moi : un endroit où les « formateurs » cherchaient à transmettre une idéologie, à arrondir ses fins des mois ou à échapper des salles de classe, avec une autorité formidable sur des jeunes soumis mais très bien formatés pour le système que les attendait. « Il faut rentrer dans le moule » c’est l’expression qu’ils répétaient sans cesse.
Pour moi, le problème est là. Il est la conséquence de la perte d’autorité, de discipline, de responsabilité, de sélection, de l’égalité par le bas…
Ce prof qui a giflait me fait de la peine. Soit, il était à bout soit il a fait cela pour marquer qu’il était en dehors de ce système. Ce comportement, comme celui de l’autre enseignant qui a feint avoir été poignardé pour partir par miséricorde et non par ancienneté, montre l’état de délabrement dans lequel se trouve l’enseignement.
Pourquoi n’est-il pas possible un monde où la liberté de marché et d’entreprendre cohabite avec la rigueur, la discipline, l’excellence ? Je ne vois pas pourquoi ces valeurs doivent être assumés de façon individuelle et en opposition avec le système dans lequel on évolue. Je ne vois pas pourquoi elles ne peuvent pas être collectives. Je ne vois pas pourquoi il faut qu’elles aillent de pair avec l’autarcie et l’autoritarisme. Saludos, Alauda
 
Bien sûr que l'on peut avoir peur en tant que prof quand on est confronté à certains élèves qui jouent aux caïds...
Et comme bien souvent, le système ne sait pas gérer ces cas, la situation empire... résultat de forts taux d'absentéisme et des démissions ; d'ailleurs, il n'est pas aisé de se procurer les chiffres concernant ces dernières... trop brûlant peut-être?
De surcroît, nombre de jeunes professeurs disent ne pas vouloir rester dans l'éducation nationale très longtemps...
Mais le plus préoccupant, ce sont les postes non pourvus dans certaines matières ce qui contrait l'éducation nationale à faire appel au premier venu - et plus généralement aux vacataires, les nouveaux esclaves des temps modernes!
Avec le vieillissement de la population, cette vénérable institution va sans nul doute avoir de plus en plus de mal à recruter... comment va-t-elle faire à ce moment-là et surtout comment les élèves vont-ils faire de leur côté pour quand même apprendre?
 
Encore une découverte fort enrichissante que je vous recommande : les vidéos de pat condell sur YouTube.
La seule condition : comprendre assez bien l'anglais même si quelques-unes de ses interventions sont sous-titrées. Le rapport avec notre propos actuel est assez lointain mais il existe tout de même...
Au plaisir de vous lire
 
"Crise de civilisation. Oui. C’est quand les profs ont peur des élèves. "

J'ai appris par le hasard d'une conversation, que des profs dans certains établissement se font traiter toute la journée, mais apparemment et au dire de ce "mi-prof mi-éducateur" qui m'expliquait tout, c'était normal et qu'il n'y avait rien d'affolant, et le comble, c'est qu'il me regardait un peu comme un martien, du genre : "mais d'où y sort celui là".

"La confusion intellectuelle a un autre nom moins ampoulé : la bêtise."

Ce jour là, j'ai eu a faire à du lourd.
 
Les problèmes de l'Education nationale ne sont pas issus de la société ou de la civilisation (libérale ou autre, elle a toujours bon dos), ni de budgets, de programmes ou de profs insuffisants. Toujours ces causalités externes trop faciles...

Fondamentalement nous sommes face à un problème de gouvernance des établissements. Il est clair qu'il appartient aux professionnels adultes qui ont la responsabilité d'un établissement d'imposer leurs valeurs et leurs lois aux enfants qui leur sont confiés.

L'élève qui entre dans un périmètre scolaire doit immédiatement sentir qu'il se trouve dans un espace particulier, dirigé par un directeur et des enseignants qui partagent et imposent un corpus de valeurs et d'exigences simples et fortes. Que s'il ne respecte pas ce cadre de vie, il sait très bien qu'il devra se réorienter vers un autre établissement, lequel sera également dirigé par un directeur et des enseignants qui ensemble se font une haute idée de leur mission.

Le problème est que ces "adultes", pourtant rémunérés pour encadrer et former les enfants, ne savent plus et n'osent plus, dans un pays miné par la négativité, fixer d'un commun accord et affirmer haut et fort des exigences minima.

Il est de bon ton dans notre pays de montrer du doigt les collaborateurs du passé qui vendaient leur âme à l'ennemi. Aujourd'hui on ne sait même plus s'opposer à la volonté des enfants et de leur quartier.
 
si je peux me permettre...

Les élèves aussi ont changé, et les problèmes que les profs rencontrent viennent aussi de la non acceptation de cette évolution.

Les élèves perçoivent le monde via les médias, via une société de consommation et sont perdus dans le décalage qui existe entre une liberté apparente et des contraintes qu'ils ne comprennent pas. Ils ont besoin de savoir POURQUOI ils sont à l'école.

Il me semble qu'il y a encore 30 ans, la majorité des élèves ne se posait pas ce genre de question. A quoi ça sert l'école? Ils apprenaient des choses pour pouvoir évoluer dans la société. Ils voyaient que le travail était récompensé, à l'école comme en entreprise. Aujourd'hui, les messages envoyés sont du genre "tout, tout de suite et sans efforts". Il y a un profond décalage entre l'école et son public.

Le prof, en, plus de maitriser la matière qu'il enseigne doit intéresser les élèves. C'est du one-man-show! Il m'arrive souvent de faire des digressions pour expliquer les liens de mes matières avec la vie de tous les jours, d'expliquer qu'au delà des connaissances, c'est la manière de structurer son esprit qui est intéressante, justement pour pouvoir appréhender la société avec un regard différent de ce que l'on veut bien nous montrer.

Le problème du respect est à double sens. Il faut respecter ce qui est respectable, et il faut demander le même respect envers soi que celui que l'on applique aux élèves. Si je vouvoie, c'est que je veux être vouvoyé... Et même à 10 ans, e respect passe par là, il est mutuel. Ce prof qui a giflé cet élève dans ces circonstances est un vrai connard. Et il est normal que l'élève se rebiffe. C'est aussi l'espression d'un esprit libéral...
 
Damien,
je t'accorde que l'enseignement doit être avant tout une vocation et un talent. Il faut en effet maîtriser son sujet et l'art de le transmettre. J'ai vu beaucoup d'étudiants s'arrêter en licence pour passer le concours de l'IUFM en se disant que ce sera la planque d'être professeur (sécurité de l'emploi). Je les ai prévenu, si c'est votre seule motivation, vous allez en baver.
J'adore enseigner, mais à chaque rentrée, j'ai le trac d'affronter une nouvelle promo. Et même avec mes promos, parfois un cours se passe pas bien, on a le sentiment d'avoir été nul ou ennuyeux, et cela vous travaille toute la journée. Et puis le lendemain, c'est le bonheur de retrouver son amphi. Mais ce n'est jamais acquis. Il faut le vivre comme une passion, en effet, comme un artiste qui rentre sur scène. Même si c'est la 100ème fois qu'il joue sa pièce, il doit faire comme si c'était la première, par respect du public.
Je respecte toujours mes étudiants. Et la première marque de respect, c'est de leur montrer leurs limites, ce qu'ils peuvent et ce qu'ils ne doivent pas faire. Quand on est clair, c'est que du bonheur après.
 
J'ai pris connaissance de votre chronique. Je lis toujours vos chroniques avec attention même si je ne suis pas toujours de votre avis. "La gifle", nous la recevons tous, ou tout au moins, nous l'avons tous reçue un jour ou l'autre. La différence, aujourd'hui, je crois, c'est qu'elle n'est pas nécessairement physique. Les gifles viennent plus tard et elles sont plus vicieuses, plus destructrices également. S'il est vrai que la gifle n'est jamais une bonne solution, car elle défoule plus l'adulte qu'elle ne corrige l'enfant, vient un moment où il faut lever la main. Mais dans tous les cas, je pense que ce sont les parents qui peuvent le faire. Quant aux professeurs, ils sont soumis en effet à des conditions d'enseignement qui ne sont plus satisfaisantes tout simplement parce que les parents sont totalement dépassés. Si bien qu'ils demandent aux professeurs de remplir aussi le rôle de parents, mais aussi d'assistants. Dans le même temps, les jeunes, qui n'ont pas toujours eu de limites, réclament l'autorité ou les exigences. Ils apprécient en général les professeurs exigeants; mais ils demandent aussi le travail des professeurs qui souvent pourtant, dispensent leurs cours sans plus. La passion du professeur, son investissement, son envie de faire partager ce qu'il sait sont des éléments qui sont également importants. Je ne sais pas vraiment ce qui s'est passé avec cet enseignant et ce gamin mal élevé; par contre, je ne parviens décidément pas à comprendre comment un gendarme peut intervenir pour défendre l'insulte ni pourquoi ce gamin n'a que trois jours d'exclusion; car il me semble que c'est bien peu payé pour insulter quelqu'un, que ce soit un professeur ou toute autre personne. En plus, ça risque de faire plaisir à ce gosse... Et il reviendra, comme un héros! Bref, la sanction est absurde. Je vais vous raconter une petite histoire: un étudiant a insulté un professeur; oh! il n'y a pas eu de conseil de discipline; rien de tout ça. Le gamin s'est retrouvé dans le bureau du directeur qui lui tint à peu près ce langage: "t'as besoin d'une bonne leçon de vie; je ne vais pas te faire la morale; seulement, pendant une semaine, tu viendras à 7 h 30 chaque matin et tu feras le métier des hommes de ménage, en l'occurrence, tu nettoieras les toilettes". Voilà, et là, les parents n'ont rien trouvé à redire... (ouf! c'est quand même rare!). Le gamin a exécuté les instructions, et depuis, il n'y a plus de problèmes... C'est simple, plein de bon sens, intelligent... Ce petit gamin de 12 ans qui fait l'actualité devrait avoir ce genre de sanction, sinon, il ne comprendra jamais le respect. Les grands discours sont parfois très oiseux et puis surtout, tout le monde le sait, les gamins s'n fichent éperdument! C'est seulement un mauvais moment à passer.
Quant à la notation des professeurs, je suis parfaitement contre même si je subis cela tous les ans depuis que j'enseigne... Les gamins (j'utilise ce terme en conscience, car même à 20 ans, ce sont des gamins) ne sont pas en mesure de savoir si l'enseignement dispensé est utile ou non et je condamne de plus ce qui est considéré comme utile ou inutile: dans la vie, on comprend vite que tout est utile. Seulement, eux, ne peuvent pas le savoir et ils ne veulent pas admettre que des gens réfléchissent longuement pour s'assurer de la valeur des enseignements. Certes, certains professeurs ne sont pas parfaitement pédagogues mais ils ont un savoir que d'autres n'ont pas et c'est ce qui doit en faire toute la richesse. Comment faire comprendre cela? Notre expérience ne sert pas à grand chose, ils nous prennent pour des imbéciles et cela se remarque dans les copies copier-coller... Bref, ils n'ont pas beaucoup d'estime pour les professeurs qu'ils respectent donc peu tandis qu'ils réclament le respect... Et si cette profession était revalorisée (et pas forcément en termes monétaires), il se pourrait que cela porte ses fruits. Encore faut-il que les professeurs dégagent une image respectable, ce qui hélas n'est pas toujours le cas!!! Comme je ne veux pas laisser l'imagination vagabonder à la suite de cette phrase, je m'explique car je ne fais en aucun cas référence à ce professeur qui a giflé le petit de 12 ans. Je veux seulement dire que les professeurs se présentent parfois si mal devant leurs étudiants (en jean, à peine rasés pour les hommes, sans maquillage pour les femmes, vêtements non repassés, j'en passe et des meilleurs) qu'ils ne se rendent pas compte de l'effet qu'ils produisent: comment peuvent-ils faire envie? Et on demande aux jeunes d'être bien habillés pour un oral... Les contradictions, il y en a des tonnes; et de ce fait, de contradictions en contradictions, nous ne pouvons plus être cohérents! et le rôle d'un jeune, entre autres, c'est de jouer sur les travers des adultes: et ils ne se gênent pas... Alors en effet, que les adultes occupent leur place d'adultes pour redonner aux gamins le pouvoir d'occuper leur place de gamins.
 
Merci Nathalie (que je devine collègue) pour ce texte que j'approuve totalement. La hiérachie implique le respect mutuel. Mais chacun doit rester dans son rôle en effet, et l'assumer pleinement. J'ai participer X fois à des réunions d'enseignants qui se plaignent sans cesse de la recrudescence de la tricherie à l'examen. Mais les mêmes enseignants ferment les yeux et font semblant de ne rien voir quand ils constatent qu'un étudiant est en train de pomper. Ne voulant pas assumer la charge de leur autorité, ils en perdent aussi le respect.
 
Et ce problème de fierté d'enseigner déficiente n'est-elle pas à chercher dans la motivation des enseignants? Pourquoi la plupart des jeunes profs ont-ils choisis ce métier? Par passion, ou par intérêt personnel pour la durée des congés et le nombre d'heures passées devant les élèves relativement peu élevées?

Comme vous le disiez, si il n'y a pas la passion de la transmission d'un savoir, l'envie de faire évoluer les "gamins" pour leur faire entrevoir le monde et leur donner l'envie de s'ouvrir, d'explorer, la qualité de l'enseignement s'en ressent forcément.

Personnellement, j'enseigne en niveau BTS. Je suis un professionnel qui enseigne des matières professionnelles scientifiques, qui demandent une certaine rigueur mathématique et le développement d'un raisonnement. J'ai passé 7 ans en entreprise, dont 5 ans mon compte, et c'est maintenant ma troisième année en tant que prof à plein temps (30 heures de cours... sur 2 matières). Et quand je ne serais plus au top devant les étudiants, quand j'irai enseigner à reculons, quand je n'aurais plus de plaisir à faire ce que je fais, je ferai autre chose.

Tout ça pour dire qu'espérer d'un prof qu'il fournisse pendant 40 ans des enseignements de qualité est complètement utopique. C'est humainement impossible. Et malheureusement, les profs du public s'en rendent compte et au bout d'un certain temps, ils dépriment... Je connais d'expérience familiale... Ils faudrait les sortir de ce carcan qu'est l'éducation nationale, leur permettre à eux aussi de découvrir d'autres choses, de se remettre en question, d'évoluer. Depuis que j'enseigne, j'ai envie de reprendre des études, d'apprendre d'autres choses, de valider certaines connaissances, etc.

L'avenir est à la mobilité, et la mobilité c'est la vie. Le mammouth se meure d'engourdissement!
 
Très intéressants et instructifs ces commentaires. Merci

Deux remarques.

Le communiqué du procureur : il ressemble dans sa froide objectivité apparente à un plaidoyer pro domo pour défendre l'action des acteurs de l'ordre public. En le lisant, on a du mal à comprendre comment on en est arrivé là. Il faudrait connaître les détails, les tenants et aboutissants. Et comparer avec les communiqués justifiant au début de l'affaire d'Outreau les actions du juge d'instruction.

Bob, le libéralisme, la société de consommation et les tentations.
Visiblement tu te cherches Bob.

Tu as raison le libéralisme est très dur quand il te laisse face à tes responsabilités et tes tentations. Mais tu es libre aussi de t'associer à d'autres, de suivre des préceptes religieux, de suivre des règles vieilles comme le monde pour surmonter ces problèmes - tentations, responsabilité - eux aussi vieux comme le monde.
C'est parfaitement compatible avec le libéralisme. C'est le choix de chacun.

Une difficulté de l'application du libéralisme en politique provient d'une difficulté de la nature humaine : se prendre en mains.
Un anglais a dit quelque chose comme cela : "scratch a complaining adult and more often than not you will find a whining 12 years old". (Sous un adulte qui se plaint vous trouverez souvent un enfant qui geint.) D'où la tentation - vieille comme le monde - de "bien intentionnés" de prendre les autres en mains. Jusqu'où? C'est tout le problème pratique.

Hayek a évoqué la possibilité d'un libéralisme autoritaire, quant à l'application de règles de base - quand il a examiné des différences entre démocratie et libéralisme. La démocratie peut pousser au laisser aller dans certains domaines (on est tous égaux, on est en démocratie, je fais ce que je veux, j'en ai bien le droit) et être totalitaire dans d'autres (conformisme de la majorité, égalitaritarisme, politiquement correct).

Il est aussi évident que l'on trouve des gens qui veulent de bonnes conduites en société dans toutes les familles politiques et religieuses.

Singapour expérimente le libéralisme économique couplé à l'autoritarisme politique (On se conduit bien, on ne jette pas de chewing gum par terre). La Chine a l'air d'imiter ce modèle. Pas facile de laisser un milliard plus ou moins "d'enfants geignards et remuants" se lâcher soudainement.

Pas simple la vie.
Bon courage Bob dans ta recherche.
 
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