2008-03-13

 

Les chiffres de la productivité : interprétation

On entend souvent dire que les performances de productivité des travailleurs français sont supérieures à celle de nos homologues anglais, allemands ou américains pour nuancer le pessimisme persistant des « déclinologues » invétérés.
Il est exact que la productivité du travail en France est élevée. Il convient cependant d’interpréter correctement cette donnée.

Imaginez que vous échouez sur une île déserte avec votre famille, vos amis et quelques inconnus. Personne n’a l’intention de travailler, le plus grand nombre espérant l’arrivée rapide des secours. Alors si vous travaillez, vous avez intérêt à être très productif car il vous faudra nourrir tout ce petit monde qui a décidé de ne pas travailler, comptant sur votre générosité légendaire.
Généralement, quand le rapport des actifs aux inactifs s’inverse, les actifs se doivent d’être très productifs, ne serait-ce que pour maintenir le niveau de vie du plus grand nombre. Ainsi, il est à craindre qu’une forte productivité soit révélatrice d’une sous-utilisation de notre capital humain. Cette sous-utilisation d’une partie du potentiel humain entraîne une sur-utilisation de l’autre partie, notamment la génération des 35-50 ans sur laquelle repose toutes les exigences et toutes les attentes, notamment en termes de financement des comptes publics et sociaux. Ce sont ces attentes qui sont génératrices de ce fameux stress au travail, dossier dont vient de s’emparer très officiellement le gouvernement.

Il est clair que l’économie française souffre d’une manière générale d’une sous-utilisation de son capital productif (capital et travail) qui se traduit aussi par une sous-utilisation de son épargne ; car si l’effort d’épargne reste important chez nous, il ne se retrouve pas dans l’effort d’investissement, ce que les spécialistes appellent un problème de sous-capitalisation.
C’est bien cette sous-capitalisation qui est à l’origine d’une croissance molle qui plonge notre économie à la fois dans le chômage persistant sur fond de retour de l’inflation. Les politiques économiques devraient donc, non pas chercher à relancer la consommation en tant que telle, mais s'attaquer aux causes de cette sous-capitalisation chronique.

Comments:
Merci Jean-Louis pour cette démonstration nette et sans bavure.

Une fois de plus, les arguments qu'on oppose aux déclinologues sont souvent partiels. Les médias français sont les spécialistes du petit bout de la lorgnette : un "spécialiste économique" leur jette une phrase en pâture, et ils s'imaginent que c'est la loi et les prophètes.

La plupart des journalistes ayant une formation économique faible ou nulle, ils gobent toutes les aberrations des soi-disant économistes keynésiens, et les jettent à la tête des libéraux, sans chercher la moindre vision d'ensemble, ils en sont bien incapables.

A nous d'être suffisamment formés pour peser dans le débat, et faire pression avec tous les moyens dont nous disposons sur les médias et les politiques.
 
Sous capitalisation ?
... du petit bout de ma lorgnette :
J'ai exercé le métier de couvreur au pied levé pendant 2 mois. Échafaudage le jour 1, déséchafaudage en fin de jour 2. Et une maison de couverte par 2 deux personnes. On passe à la suivante. Le rythme physique est infernale d'autant plus que tout est manuel, tout devant être monté à dos d'homme (ardoises, velux, cheminée...).
Il me semble qu'il s'agit là d'un exemple de sous capitalisation compensée par l'ardeur. Cela peut-il durer ? Capitaliser sur des outils et techniques pour faire encore mieux en performance ? J'ai désormais mon idée sur la question. Mais à quoi bon ! On est en France et cela ne vaux pas la peine de se risquer puisque nous vivons depuis les années 80, selon Charles Gave, dans un cadre général extrêmement propice aux rentiers.
 
Doublon 2 deux personnes.
Il s'agit bien seulement de deux personnes pour couvrir une maison d'entrée de game en deux jours.
 
Pour augmenter les moyennes, c'est tres facile:
Prennez des courreurs de 100M, interdisez a tous ceux qui courrent en moins de 10s de participer. Vous aurez une moyenne extraordiannaire. Et bien en France avec les reglementations et notemment les 35 heures en interdisant aux "peu productifs" de courrir, vous avez une belle moyenne apparente, mais cela ne veut pas dire grand chose.
 
Desole petit correctif il fallait lire "en plus de 10s" et non "en moins"
 
Jean-Louis, allez jusqu'au bout du raisonnement.

Pourquoi le tissu industriel français est-il sous-capitalisé ? Parce que l'épargne privée finance la dette publique par l'intermédiaire des Sicav en €.

En France, il y a tout un dispositif fiscal et législatif destiné à détourner l'argent de l'investissement privé très productif vers l'investissement public très peu productif.

Autrement dit, l'Etat détourne l'argent de ce qui marche vers ce qui ne marche pas. Il n'est donc guère étonnant que le bilan global soit peu glorieux.
 
@stan
N'est-ce pas surtout l'existence du smic qui empêche les moins productifs de concourir ?
 
"Pourquoi le tissu industriel français est-il sous-capitalisé ?"

Le fait que la dette absorbe tous les ans 50 milliards d'euro qui pourrait être investit ailleurs est un problème et vous avez parfaitement raison de le souligner.

Cependant le gros du problème de sous-capitalisation viens du système de retraite par répartition qui englouti à lui seul 12.5 % du PIB annuellement soit environ 200 milliards d'euro.

Et c'est donc avant tout la quasi absence d'un système de retraite par capitalisation qui détourne le plus les capitaux.

Et il donc urgent non seulement de réduire la dette mais aussi de réformer le système de retraite par répartition.

http://www.pensionreform.org/
 
@ Josick

Absolument, c'est ce que je pense.
 
Vous avez raison fboizard de souligner ce que les économistes désignent par effet d'éviction.
bibi3378 vous me coupez l'herbe sous les pieds car la question du financement des retraites sera en effet le thème de ma prochaine chronique. Car tout se tient en effet, dans la chute comme dans l'ascension.
 
Ce message a été supprimé par l'auteur.
 
un petit détail concernant l'effet d'éviction,une petite digression théorique peut s'avérer nécessaire pour comprendre que la thèse "classique" est insatisfaisante.Cela vient du fait qu'il n'existe pas de taux d'intérêt"naturel", déterminé par les marchés en fonction de l'offre et la demande de capital, au contraire de ce que soutient cette théorie.La théorie classique suppose que le taux d'intérêt d'équilibre du marché baisserait si l'épargne s'accroissait, permettant aux entreprises de se financer à moindre coût.Il n'en est rien car ce marché classique de fonds prêtables est une pure fiction dès lors que les épargnants spéculent, ce n'est pas parcequ'ils ne consomment pas qu'ils achètent des titres.Si l'incertitude est forte, ils peuvent parfaitement conserver leur patrimoine sous forme liquide en attendant des jours meilleurs. Dans ce cas, le taux d'intérêt n'a aucune raison de baisser. En réalité le taux dépend avant tout du comportemebt de la Banque centrale.Sous Greenspan, la FED n'hésita jamais à fixer des taux très bas, malgré des déficits énormes et une épargne négative des ménages afin de soutenir la croissance sans provoquer une hausse du taux du marché.Le taux d'intérêt est d'ailleurs la seule variable que la Banque centrale soit vvéritablement en mesure de contrôler. Son niveau influence la srtucture des taux à court et long termes.
 
Je ne compte plus le nombre de fois où j'ai lu cet argument censé être anti-libéral, pro-35 heures, pro-service public et anti-réformes: euh... oui, euh... mais les salariés français sont beaucoup plus productifs que les salariés américains, euh... ces burnes inefficaces et incultes gavées aux hamburgers...

Vous voyez donc bien que le MSF (modèle social français-trademark) est le meilleur du monde...

Venant de blogueurs ignorants élevés à l'école publique marxiste française, c'est excusable.

Mais retrouver ce prétendu argument sous la plume d' "économistes", d' "experts" et de "professeurs" s'exprimant dans les pages Opinions des grands journaux, c'est inadmissible, c'est malhonnête.

Eux ne peuvent pas ne pas savoir que la prétendue formidable productivité française s'écroule dès que l'on passe de la productivité horaire à la productivité annuelle, qui inclut les congés et les 35 heures.

Eux ne peuvent pas ne pas voir, physiquement, dans les entreprises, les méfaits de la prétendue super-productivité française.

Quand vous allez dans une grande surface de bricolage totalement déserte de personnel, au point qu'il est impossible de mettre la main sur un vendeur pour lui demander un conseil, il est probable que sa productivité sera bonne.

Comme il n'y a pratiquement pas de personnel de vente (licenciements trop compliqués, charges trop lourdes) et qu'il y a tout de même un chiffre d'affaires, la productivité sera bonne. Mais de nombreuses ventes seront manquées faute de conseil. La croissance sera molle.

Partout, dans tous les métiers, sans être un spécialiste du secteur, on voit à l'oeil nu le chiffre d'affaires volontairement manqué parce que les patrons refusent de prendre des risques, parce que la prise de risque est découragée par les lois et les charges.

Partout, on voit des patrons qui se contentent d'écrêmer le chiffre d'affaires facile, la marge facile, laissant à l'abandon des pans entiers du marché, des tripotées de clients virtuels qui ne demanderaient qu'à acheter, mais qu'il faudrait aller chercher sinon avec les dents, du moins avec un certain entrain.

Le slogan semble être: travailler moins pour ne pas gagner plus, ou tout juste assez, sans trop se casser le cul.

La caricature est celle des taxis parisiens, qui n'hésitent pas à faire la queue pendant trois ou quatre heures à l'aéroport de Roissy pour charger un seul client qu'ils pourront tenter d'arnaquer à leur guise, pendant que des milliers de gens se désespèrent de trouver un taxi dans Paris.

Même dans les professions dépourvues de numerus clausus, une superstructure d'Etat étouffante coupe l'oxygène aux entreprises et ne leur pardonne rien. Comme les conséquences d'un retard de paiement URSSAF ou d'un dépôt de bilan sont dramatiques, on va tout faire pour ne pas courir de risque. Y compris celui de l'investissement et de la croissance.
 
Josick: dans le monde actuel, il n'y a aucune raison pour qu'une entreprise de couverture, même petite, ne dispose pas d'un monte-charge électrique permettant de transporter les matériaux.

Je lisais un jour (peut-être ici même...) l'exemple d'un petit entrepreneur de travaux publics étranger (hollandais? scandinave?) qui employait comme ouvriers une ou plusieurs "personnes âgées" quasi-handicapées au regard du métier: plus de 50 ans, mal de dos, impossibilité de se pencher, etc.

Eh bien, il en avait profité pour mécaniser ses méthodes, pour commander des machines innovantes, permettant de lever les matériaux sans effort physique, de se déplacer le long d'un mur, etc. Du coup, il pouvait profiter de l'expérience et de la qualité de travail de ces ouvriers âgés.

Typiquement ce qu'on ne voit jamais en France. Il faut croire que les obstacles structurels à l'investissement sont nombreux.
 
@Robert M il n'y a aucune raison pour qu'une entreprise...

Il faut croire que si. J'ai juste été embauché pour assurer le remplacement d'une personne accidenté. Il fallait le vivre pour le croire. Ma carcasse de 50 ans a souffert le martyr et c'est donc dans ma chair que j'ai compris ce qu'était une sous capitalisation d'un poste de travail.
La situation perdure avec un compagnon super qualifié du tour de France (autre non sens) qui m'avait choisi pour remplacer temporairement son collègue de 20 ans accidenté. Quel seras dans 10 ans l'état de ces corps ayant fait un tel forcing ?
 
L'ironie dans cette histoire est que mon "super" compagnon couvreur, qui a fait en sorte que je sois traiter sur le même plan d'égalité salariale que lui, a travaillé cinq ans à l'étranger et qu'au niveau équipement il a pu voir sur le terrain ce qu'en France il ne voyait que dans les livres.
Accessoirement,au cours d'une soirée organisée par son patron suédois, il a pu discuter un quart d'heure avec un digne représentant des sociétés-plateformes (cf. Charles Gave), à savoir le fondateur d'Ikéa... comme un "bon" français peut le faire... Je vous laisse deviner. Un fêtard incomparable en même temps qu'une personne extrêmement qualifiée réduite actuellement à faire du travail de tâcheron pour pouvoir gagner un peu plus correctement sa vie qu'en travaillant sur des monuments historiques grand spécialiste qu'il est de l'usage des métaux (plomb, cuivre, zinc). Il vient d'avoir 30 ans.

PS. Alors en Suède, il a été recruté par Bouygue pour la préparation des Jeux Olympiques en Chine (couverture d'une centrale électrique suédoise et couverture des pavillons français). Tombé amoureux, il a décliné ce travail, s'est installé dans ma commune et se trouve réduit à faire du travail de base à toute vitesse.
C'est cela la France et sa sous-capitalisation.
 
jmk,
on reconnait là la théorie de la trappe à liquidité, qui est aussi une théorie à prouver. Les faits suggèrent que les déterminations entre taux court et taux long semblent s'inverser. Les banques centrales n'ont pas une si grande marge de liberté, se heurtant à une fixation endogène des taux longs imposés par les marchés.
 
@Bob,

As-tu commencé à lire "Economy for Real People" de Gene Callahan? (en ligne pdf)
Si oui, tu dois commencer aussi à te rendre compte du gouffre qui existe

sur le plan théorique entre ce que professent les "économistes", les

"experts" et les "professeurs" s'exprimant dans les pages Opinions des

grands journaux, et ce que l'on peut déduire des mécanismes fondamentaux

de l'action humain qui constitue en gros le support des arguments qui

sont développés sur le blog de JLC.

les "économistes", les "experts" et les "professeurs" s'exprimant dans

les pages Opinions des grands journaux, sont enfouis dans leurs modèles

mathématiques, leur macroéconomie top down, et la défense de leurs

souhaits "d'organisation sociale", nés de leurs préjugés. On ne peut pas

dire qu'ils soient malhonnêtes. Plus simplement ils sont crétins et c'est

plus grave.

@Josick

Un très grosse entrave à la "capitalisation" que tu décris est

l'existence de chômeurs réels ou potentiels qui acceptent de travailler

dans ces conditions. La racine du mal est évidemment la même que ce qui

est décrit dans d'autres commentaires.
 
Que répondre à Larry
"Une très grosse entrave à la "capitalisation" que tu décris est l'existence de chômeurs réels ou potentiels qui acceptent de travailler dans ces conditions."

J'ai donné l'exemple d'un vécu pour illustrer à mon sens un constat de sous-capitalisation de poste de travail.
J'ai aussi fait état d'un lessivage complet de ma part, parfois dés mi-après-midi (cas d'un chantier argileux qui faisait ventouses sur les bottes).
Je crois percevoir qu'on entend qu'il y a "exploitation", ce qui à mon sens n'est absolument pas le cas. Le propre du terrain n'est pas d'être idéal comme peu l'être un poste d'usine où de bureau.

Si moi j'ai morflé physiquement (et pourtant l'armée me voulait comme para), pour mon collègue ce travail n'était qu'une promenade de santé. Si je ne pouvais qu'être au lit de fatigue une fois rentré, lui se tapait une seconde journée aussi physique et pourtant montait seul sur son dos les vélux et la cheminée. Ce rythme, c'est lui qui l'a mis en place en échange, sous couvert de prime, d'un paiement à la tâche.
Il y a véritablement là rencontre d'une demande patronale (patron que l'on n'a jamais eu sur le dos) et d'une offre. Moi je n'ai pas à me plaindre. J'ai fait des constats et cela m'a permis de m'acheter une superbe ardoise électronique que j'utilise, bien que je n'ai pas pris de tuile sur la tête, en la plaçant au-dessus de ma tête.
Et si le patron fait aussi du bénéf, j'espère qu'il n'aura pas la mauvaise idée d'investir dans un monte charge, à mon sens seulement charge financière supplémentaire. Non, tant qu'à capitaliser, je pense qu'on peut le faire plus intelligemment et cette expérience m'en a donné l'idée. Si un jour j'ai du capital, cela pourrait m'amuser de l'expérimenter grandeur nature. Voilà !
Et quand à l'épreuve physique, je pense que je commence à en tirer une leçon qu'aucun argent n'aurait pu me procurer.
 
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