2008-04-25

 

De Casablanca à Marrakech

La plupart de mes étudiants de master ont commencé leur stage ; j'en profite alors pour travailler sous d'autres cieux, là où des étudiants ont soif d'étudier.
Depuis une dizaine de jours, je sillone le Maroc, loin des soucis hexagonaux. Même si le Maroc n’est pas géographiquement très loin de la France, nous sommes dans un autre monde. Remarquez, j’habite à quelques minutes de la frontière espagnole et à chaque fois que je passe la frontière, je me fais la même réflexion. C'est si près et à la fois si loin. A force de voyages, je finis par me demander si ce n’est pas la France qui s’éloigne du monde à trop vouloir s’en isoler pour s’en protéger.
J’ai commencé vendredi dernier mes cours à Casablanca à l’Ecole Supérieure de Gestion sur le thème des fondements de l’économie internationale. Puis je me suis évadé quelques jours à Marrakech pour vivre dans un Riad en plein dans la Médina. Là, c’est la cour des miracles. On fait un saut dans le temps. Pour ceux qui veulent voir Marrakech autrement que par les hôtels de luxe et les boîtes de nuit, c’est une expérience unique.
Le concept de Riad est très en vogue. En général, ce sont des français qui reprennent des habitations locales pour les transformer en chambres d’hôtes dans le style traditionnel marocain, avec tout le luxe attendu par le touriste européen.
Il est intéressant de constater que le marocain qui réussit s’empresse de sortir de la médina pour acquérir un logement moderne dans la ville moderne alors que le français sera attiré par la tradition, bien que la tradition évoquée ici repose sur le décor basé sur un artisanat foisonnant. Car je doute qu'un touriste accepte de vivre dans les conditions de vie locale car la vie traditionnelle réelle est dure. Pour s’en rendre compte, il faut se promener dans le quartier des tanneurs de la médina. Ici, tout le monde est sollicité : les enfants, les jeunes, les hommes et les femmes. A chaque étape de la production artisanale, l’énergie humaine foisonne comme dans une ruche puis le produit fini est vendu dans les souks qui débordent de marchandises.

Je suis rentré aujourd’hui à Casablanca pour participer au salon des étudiants marocains. Demain je terminerai mes cours avec les étudiants marocains pour retrouver les étudiants de licence de Perpignan lundi prochain avec la crainte de retrouver la litanie des problèmes insolubles qui font le charme de notre pays.

Comments:
Méfions nous tout de même de l'enthousiasme : il y a un monde entre avoir quelques étudiants motivés et avoir les structures sociales, juridiques, économiques, politiques et mentales qui permettent le développement.

Autrement dit, je ne suis pas sûr que le Maroc soit la Corée du sud de demain.
 
C'est exactement le débat en cours au Maroc. Mais le fait qu'il se pose enfin aujourd'hui ce type de question est un signe encourageant.
 
See Please Here
 
M. Caccomo que les français achètent des maisons traditionnelles dans la médina ne m’étonne pas. Combien de fois j’ai trouvé des français d’un certain âge qui m’ont dit que l’Espagne d’aujourd’hui n’est pas la vrai Espagne. Ils aimaient l’Espagne des années 70, l’exotisme , le dépaysement… mais quel exotisme ? Je crois qu’ils entendaient par cela un niveau de vie inférieur à celui de la France. Cette différence faisait qu’ils se voient comme supérieurs.
La première fois que je suis venue en France c’était en 1981, c’était un échange entre lycées. Les familles nous demandaient si on connaissait le téléphone, les profs du lycée si nous savions ce que c’était un vidéo… Nous, ados, nous rigolions d’eux…
Le marocain qui réussit sait qu’il veut le confort pour son présent et pour son futur ; le français à la retraite ou en vacance cherche un passé plus ou moins idéalisé.
Je suppose que, les experts du tourisme, vous prennez en compte aussi les réprésentations sociales de l'autre.
saludos, Alauda
 
Alauda, vous voyez juste ! J'avais déjà obersvé la même chose avec l'Urkaine, la Chine ou la Thaïlande. Alors que certains intellectuels français vivant dans les beaux quartiers parisiens affirmaient "c'était mieux avant, ils avaient un mode de vie traditionnel", les ukrainiens, les chinois ou les marocains ne demandent qu'à sortir de ce mode de vie qui les condamne à la misère. Maintenant, ils nous concurrencent alors on se met à regretter le temps où ils étaient pauvres...
 
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