2008-05-24
L'entreprise
Si l’homme aspire à s’élever, alors il n’y a pas d’autres moyens de s’élever que d’entreprendre, prendre des décisions et assumer sa part du risque inhérent à la condition humaine. A chaque secousse financière, on découvre les mêmes peurs et les mêmes complaintes, comme si l’on redécouvrait à chaque fois que l’homme marche nécessairement en équilibre sur un fil ténu. Comme il ne connait jamais l’avenir, il est obligé de spéculer. Telle est l’aventure humaine qui peut être, à de nombreux égards, insupportable.Dans sa dimension économique et sociale, cette aventure humaine se concrétise aussi dans l’entreprise. Historiquement, les pays qui ont connu la prospérité économique sont ceux qui ont permis le développement de l’esprit d’entreprise. Cet « esprit » se concrétise chaque jour dans la vie des entreprises, dans la recherche incessante de nouvelles combinaisons productives et de nouvelles façons de répondre aux besoins des hommes. Rien ne saurait être ici figé et acquis. Le prix de l’énergie augmente, c’est un fait. On ne se bat pas contre un fait au risque de se frapper la tête contre le mur. Alors il faut modifier la manière de produire, adopter de nouvelles méthodes, entreprendre à nouveau sur de nouvelles combinaisons de facteurs, avec de nouveaux facteurs de production.
De ce point de vue, si la société est comparable à un organisme vivant, les entreprises sont comme les cellules essentielles de ce tissu social extrêmement complexe et malléable : elles lui donnent vie et vigueur, souplesse et dynamisme. L’entreprise a pour fonction de créer plus de richesses (output) qu’elle n’en consomme (input), richesses sans lesquelles tout progrès général serait bien illusoire. La création des richesses passe avant tout par le travail des hommes et des femmes de ce pays ; et notamment par l’accomplissement de chacun dans son travail car tous les progrès de la science économique ne pourront jamais nous faire oublier qu’il n’y a de richesses que dans les hommes à condition qu’ils soient actifs et entreprenants.
Les formidables avancées technologiques, qui ont permis d’automatiser non seulement les tâches physiques les plus pénibles mais aussi les fonctions intellectuelles les plus répétitives, ont montré finalement toute l’importance des ressources humaines - et du « capital humain » pour utiliser le langage des économistes - dans la réussite des entreprises. Car il y a dans l’homme quelque chose de spécifique qui ne pourra jamais être automatisé ni banalisé et qui fait que le travail restera la source essentielle de toute production. Ces mêmes éléments, difficilement quantifiables et palpables, font que les relations professionnelles ne sont jamais simples : on ne gère pas les hommes comme des machines.
Mais elles ne sont pas nécessairement conflictuelles même si les rapports humains sont chargés de tensions inévitables. L’entreprise est tout autant un lieu d’affrontements que de coopérations, de compétitions que d’organisations. C’est aussi le cas d’une famille, d’un orchestre ou de toute autre organisation humaine. Les hommes sont toujours en interaction au sein des entreprises, chacun étant motivé par un objectif personnel et un objectif commun. Difficile de faire primer l’un sur l’autre.
Et les entreprises sont en constante interaction entre elles, comme ces interactions complexes entre les atomes qui font la matière. Mais c’est aussi pourquoi aucune organisation ne pourra se substituer au tissu des entreprises.
Dans son ouvrage consacré à l’entreprise, Michel Drancourt met en évidence les conditions qui ont permis l’existence, la création et le développement des entreprises[1]. Pour entreprendre, il faut croire en l’avenir. De ce point de vue, l’entreprise est un instrument contre le fatalisme. La pénurie n’est pas une fatalité pour peu que les hommes s’organisent, accumulent du capital et innovent. Pour entreprendre, il faut avoir le souci de l’efficacité. Pour ce faire, la maîtrise du temps et des coûts permet de démultiplier les résultats. Toute l’histoire de l’entreprise est une lutte permanente contre le gaspillage en vue d’une meilleure allocation des ressources, que l’on sait si rares et précieuses. Pour entreprendre, il faut avoir la liberté de disposer des résultats de son action. L’économie s’épanouit à mesure que la liberté progresse. Entreprendre est une façon d’exprimer ce désir de liberté. Enfin, la liberté n’aurait pas de sens sans la discipline des contrats et de l’Etat de droit. Les contrats relient les hommes au sein des entreprises et le respect de ces contrats – donc finalement la confiance – sera la condition de la viabilité des entreprises. De ce point de vue, le temps de travail devrait être une affaire de contrat et non une affaire de loi.
Malgré nos nombreuses difficultés économiques, et notre indécrottable tendance jacobine à nous tourner vers le tout-Etat, toute l’histoire de notre pays montre que les français sont profondément attachés à ces valeurs positives qui expliquent les sursauts des nations et fondent la prospérité. Pour peu qu’on les écoute, pour peu qu’on les laisse agir, les français montrent (souvent à l'extérieur des frontières) avec talent leur fougue entrepreneuriale ou leur attachement à l’entreprise, à la propriété privée et à l’innovation, caractéristiques essentielles de nos économies contemporaines. D’ailleurs, les termes « entreprise » et « entrepreneurs » sont typiquement français, les Américains parlant de « company » tandis que les Anglais utilisent le vocable « firm ».
C’est pourquoi il faut bien leur rendre hommage de temps en temps, en montrant un visage plus positif de l’entreprise, trop souvent décriée comme étant un lieu d’exploitation ou de harcèlement. Malgré la tempête en cours, n’oublions pas que les banques sont aussi des entreprises dont l’activité est essentielle au fonctionnement quotidien de nos économies.
[1] Drancourt M. [1998], Leçon d’histoire sur l’entreprise de l’antiquité à nos jours, Presse Universitaire de France, Paris.
Comments:
<< Home
Je suis heureux d'ouvrir les commentaires sur ce post, qui illustre à merveille le principe selon lequel plus une vérité est attaquée, plus ses défenseurs doivent revenir aux fondamentaux et faire les efforts d'explication nécessaire pour que les personnes de bonne volonté puissent retrouver le chemin de la vérité.
L'inculture économique ambiante oblige JLC, comme nous tous, à souvent rappeler (pardon : expliquer pour la première fois) ce qu'est une entreprise et pourquoi elle est au fondement de la prospérité des pays occidentaux.
Ceci est bon, car de jeunes esprits vont pouvoir avoir accès à une formation de première main souvent sans aucun a priori, puisqu'ils ne connaissent rigoureusement rien à ces domaines, et comprennent confusément que l'entreprise ne peut pas être si mauvaise que ce que les médias leur en donne à voir.
Alors ne relâchons pas notre effort pour contrecarrer les présentations presque systématiquement faussées de l'entreprise, des "patrons" et du fonctionnement de l'économie en général au moins en France.
Confère à ce sujet ce billet.
L'inculture économique ambiante oblige JLC, comme nous tous, à souvent rappeler (pardon : expliquer pour la première fois) ce qu'est une entreprise et pourquoi elle est au fondement de la prospérité des pays occidentaux.
Ceci est bon, car de jeunes esprits vont pouvoir avoir accès à une formation de première main souvent sans aucun a priori, puisqu'ils ne connaissent rigoureusement rien à ces domaines, et comprennent confusément que l'entreprise ne peut pas être si mauvaise que ce que les médias leur en donne à voir.
Alors ne relâchons pas notre effort pour contrecarrer les présentations presque systématiquement faussées de l'entreprise, des "patrons" et du fonctionnement de l'économie en général au moins en France.
Confère à ce sujet ce billet.
"Dans son ouvrage consacré à l’entreprise, Michel Drancourt met en évidence les conditions qui ont permis l’existence, la création et le développement des entreprises[1]. Pour entreprendre, il faut croire en l’avenir. De ce point de vue, l’entreprise est un instrument contre le fatalisme."
Oui sauf que quand l'entreprise n'existe pas (ou plus) et que l'avenir semble inexistant comme actuellement en France, que fait-on?
Oui sauf que quand l'entreprise n'existe pas (ou plus) et que l'avenir semble inexistant comme actuellement en France, que fait-on?
C'est rare de pouvoir lire de bonnes choses sur les entreprises, alors qu'elles forment à elles seule la difference entre un pays du tiers monde, et un pays riche. - rien que ça.
Plus je pense à "l'éducation nationale", plus je pense qu'elle est détournée par cette gauche, pour précisément entretenir leur fond de commerce... le clivage : "patron / employés.", ou "la division du peuple par deux".
Parce qu'en principe, ce que l'on devrait apprendre à l'école, c'est de devenir patron* (un jour), après de nombreuse heures "d'apprentisage", de "travail" dans les entreprises, et surtout ne jamais conditionner un élève à être employé, parce que c'est le condamner.
Rien que le terme, "être employé", "être utilisé", "être jeté" tout cela forme une perspective qui finira par alimenter, au fil des déceptions, les rangs socialo-communistes.
En tout cas, confier la gestion de l'éducation nationale aux entreprenants, serait bien plus pragmatiques pour nos étudiants.
*Patron, ou entrepreneur, est avant tout un état d'esprit, en réalité un "employé" qui se donne les moyens pour avoir "le choix" EST un patron, et là on est loin du cliché traditionnel.
Enregistrer un commentaire
Plus je pense à "l'éducation nationale", plus je pense qu'elle est détournée par cette gauche, pour précisément entretenir leur fond de commerce... le clivage : "patron / employés.", ou "la division du peuple par deux".
Parce qu'en principe, ce que l'on devrait apprendre à l'école, c'est de devenir patron* (un jour), après de nombreuse heures "d'apprentisage", de "travail" dans les entreprises, et surtout ne jamais conditionner un élève à être employé, parce que c'est le condamner.
Rien que le terme, "être employé", "être utilisé", "être jeté" tout cela forme une perspective qui finira par alimenter, au fil des déceptions, les rangs socialo-communistes.
En tout cas, confier la gestion de l'éducation nationale aux entreprenants, serait bien plus pragmatiques pour nos étudiants.
*Patron, ou entrepreneur, est avant tout un état d'esprit, en réalité un "employé" qui se donne les moyens pour avoir "le choix" EST un patron, et là on est loin du cliché traditionnel.
<< Home


