2008-06-03

 

Modernisation des syndicats : la représentativité au secours de la légitimité

Les syndicats sont en colère, ils menacent le gouvernement. Qu’ont-ils à lui reprocher si ce n’est d’appliquer une politique pour laquelle il a été élu dans le respect des règles de nos institutions ? Car il faut reconnaitre que le gouvernement agit enfin, après quelques mois de flottements, et il agit sur de nombreux fronts. Dans le cadre de la réforme universitaire en cours, les universités peuvent désormais créer des fondations pour récolter les fonds privés nécessaires à leur modernisation ; les IUFM sont sur la sellette ; les 35h sont en sursis… Le processus de réformes est enfin engagé et c’est bien ce qui déplait aux syndicats.
Cependant, les syndicats ne sont plus dans leur rôle quand ils s’érigent en opposition face à un gouvernement désigné par le peuple. Il revient aux partis d’opposition de proposer une autre politique, d’en tirer un programme de gouvernement et de convaincre les électeurs. La politique est l’affaire des partis politiques et non des syndicats. C’est dire si la réforme du « dialogue social » est une priorité. C’est aussi un chantier ouvert par le gouvernement. En effet, les négociations menées par les partenaires sociaux sur la « représentativité, le développement du dialogue social et le financement du syndicalisme » ont abouti le 9 avril dernier à la définition d’une « position commune ». Cette dernière résulte de la volonté de mettre en évidence des critères de représentativité ce qui conduit à poser la question des modalités de financement des syndicats.

Sur le fond, il ne s’agit nullement de remettre en cause l’existence du syndicat mais de contester la légitimité de son fonctionnement quasi-monopolistique. Il existe des syndicats aux USA, au Japon, en Espagne ou en Angleterre, mais ces mêmes pays sont rarement bloqués par la grève qui devrait être l’arme ultime et non préventive. La rente de situation aboutit rarement à l’efficacité : c’est vrai en matière de production de biens et services mais c’est aussi vrai en matière de production de dialogue social. En France, les organisations syndicales bénéficient d’une rente fondée sur une représentativité décrétée et non éprouvée. De la même manière qu’un journal doit vivre de ses lecteurs s’il veut être véritablement représentatif d’une opinion réelle, un syndicat doit vivre de ses adhérents s’il veut être véritablement représentatif de revendications réalistes. Comme le talent ou l’autorité, comme la valeur ou la performance, la représentativité ne peut ni se figer dans les règlements ni se décréter. Si l’on admet ce principe, la mise à jour de critères de représentativité devient une étape inévitable. C’est à cette condition que les syndicats retrouveront une crédibilité.

De toute façon, le statu quo n’est plus tenable. Le monde syndical tourne en vase clos. Les taux de syndicalisation sont parmi les plus faibles du monde industrialisé et pourtant les syndicats officiels monopolisent la rue dans un jeu de blocages incessants et de grèves répétitives qui tiennent lieu de « dialogue social » alors qu’ils sont l’antithèse du dialogue. Cette politisation extrême du syndicalisme français est probablement le résultat de cette perte de représentativité elle-même résultant d’une déviation des rôles. Les syndicats se doivent d’être des acteurs de la vie des entreprises, avec le but fédérateur à tous ses acteurs : le succès de la « maison commune » que constitue l’entreprise. Les syndicats actuels ont tendance à faire de l’entreprise le théâtre de la lutte des classes de la même manière que les révoltés de mai 68 voulaient faire de l’université le foyer de la révolution permanente.
Quand une entreprise coule ou quitte le territoire, tout le monde est perdant : les clients n’ont plus de produits, les actionnaires perdent leurs capitaux et les salariés perdent leur emploi. Mais le succès de l’entreprise se joue dans un dialogue permanent entre les acteurs de l’entreprise, lesquels se doivent d’être représentés par des corps intermédiaires crédibles et efficaces. Dans ce jeu complexe et quasi-quantique de la régulation microéconomique, l’Etat se doit d’être le plus neutre possible, se contentant de rappeler les règles de conduite qui s’appliquent à tous. En l’absence d’un tel dialogue, c’est le conflit permanent qui se joue dans la rue et aboutit aux mesures d’urgence qui ne sont jamais les plus réfléchies.
Le monde universitaire souffrait lui-même de ce mal terriblement gaulois. Les étudiants sont représentés par des syndicats issus d’élections dont les taux de participation ne dépassent pas 5 % parmi la population estudiantine. Dans tous marchés, lorsque l’offre est rationnée et qu’elle ne satisfait pas le consommateur, alors le consommateur boude le produit. On ne peut tout de même pas le forcer à acheter un produit qu’il n’apprécie.
Il en va de même du monde syndical : il se doit d’être plus ouvert pour écouter les attentes réelles des salariés comme des dirigeants d’entreprises, surtout dans l’univers des petites et moyennes entreprises où personne ne peut se payer le luxe du moindre conflit qui devient vite fatal à tous.

Comments:
Bonjour Jean-Louis,
Je profite de ce premier commentaire pour vous relancer amicalement sur l'idée d'un "week-end libéral" dasn votre belle région.
Personnellement, voici les week-ends de juillet où je pourrai venir : 5-6, 19-20, 6-27.
Peux-être que les personnes intéressées pourraient communiquer avec vous via l'adresse email qui figure sur votre site ?
Merci de nous dire comment vous voyez les choses, car nous sommes déjà le 3 juin, et un mois ça passe très vite.
 
Les syndicats ne sont pas vierges, doit-on les annuler ?

Bon, OK, je sais, c'est facile, pardonnez moi, j'ai craqué :-)
 
Il est polisson fboizard, le privilège de la jeunesse sans doute!!!

Quant à la représentativité des syndicats, il devrait être obligatoire pour tout salarié dès l'instant où il participe à un mouvement de grève de justifier de son adhésion à un syndicat parmi ceux qui ont lancé le préavis de grève. Ca permettrait de comptabiliser l'intérêt réel des salariés pour le syndicalisme et obligerait peut-être comme dit JLC, les syndicats à se remettre en question et ne pas surfer sur une rente de situation totalement imméritée.
 
"Comme le talent ou l’autorité, comme la valeur ou la performance, la représentativité ne peut ni se figer dans les règlements ni se décréter." JLC.

Magnifique sentence... révolutionnaire, à graver sur le fronton de toutes nos institutions, dans un pays où l'amour du statut, du titre, du rang, de la classe, de l'apanage, du privilège - en un mot de la reconnaissance et de la protection sociales - étouffe lourdement les forces de créativité et de changement.

Il n'y a pas plus embourgeoisés que nos syndicats.
 
Les syndicats sont les dernières poches de communisme dans une société qui va de l'avant, vers le libre échange, et qui se voit contrariée dans sa marche vers le progrès par des reliques passéistes socialistes...
 
Les syndicats bénéficient en France d'un autre privilège : l'immunité judiciaire quant aux dégâts ou aux nuisances lors d'actions qui n'ont rien à voir avec le droit de grève et le code du travail (grèves de solidarité, d'avertissement, préventives, ...)
Ce n'est pas le cas dans tous les pays.
 
A mes yeux, le premier problème, c'est leur mode de financement! Comment prétendre à une quelconque indépendance alors que c'est l'Etat qui les finance très largement?
Tant que tout ceci n'aura pas été réformé, rien ne pourra se faire... malheureusement!
 
La non représentativité des syndicats en France est la rançon de leur usurpation de pouvoir.

Les gens ne sont pas fous, ils ne donnent pas leur voix à des coquins politiques.
 
une maxime que vous avez déjà du entendre et qui s'appliquerait parfaitement à beaucoup d'autres organisations:
"nous avons les syndicats que nous méritons"
 
Bonjour Pierre-Antoine,
Je serai vraiment heureux d'organiser un week-end de rencontres des plus fidèles lecteurs et lectrices de ce blog. Malheureusement, des contraintes d'ordre privée m'empêchent de l'envisager pour le mois de juillet en toute sérennité. Par contre, l'idée de le faire en fin d'année peut-elle vous intéresser. Pour ceux qui sont intéressés par ce projet, je vous invite à poursuivre la discussion via ma boite mail.
 
En France, le communisme survit encore plutôt vigoureusement grâce aux syndicats qui délivrent aux salariés un message qui leur permet de soit-disant légitimer le fameux "partage des richesses".
L'entreprise dans laquelle je travaille et qui est coté au cac 40 (facteur aggravant) me montre chaque jour que la lutte des classes persiste en 2008. Les salariés sont parfaitement scandalisés par les profits qu'engendre l'entreprise, par les salaires de la direction, etc...
Le climat est très très tendu.
Malheureusment, j'ai l'impression que ce rapport avec le travail et l'entreprise est une caractéristique bien française, que nos voisins n'adoptent pas ou plus.
 
L'idée de faire une action devant l'Elysée ou l'Assemblée est plus confortable en été, mis à part le mois d'Août période ou la France est en état de catalepsie générale. Nous pourrions proposer la participation de :Contribuables Associés, Allibert "Quitter la Sécu", Reichmann, l'IFRAP etc.Histoire d'animer un débat différent que le sempiternel débat social gogol français....
Le week-end sera l'occasion d'un débriefing autour d'une bonne table
Qui prend les rennes de cette organisation ?
 
Ce message a été supprimé par l'auteur.
 
De plus, les syndicats français sont les seules associations qui n'ont pas de comptes à rendre en matière de gestion. Et vu le peu d'adhérents, on imagine très bien que ce sont les contribuables qui paient le train de vie des Thibault et autres Blondelausorus archaïus.

On a bien vu le but de la cabale orchestrée par le PCF contre la privatisation partielle d'EDF : le CE le plus riche de France est aussi la pompe à fric avec laquelle le dernier parti stalinien d'Europe tire l'essentiels de ses ressources et peut organiser ses magouilles politiques, électorales et syndicales.
 
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