2008-05-31
Anecdote autour du pouvoir d'achat
On ne peut affirmer sans nuance que le pouvoir d’achat baisse. Par contre, il est incontestable que la capacité à autolimiter ses besoins (et donc ses dépenses), en les ajustant notamment à ses capacités (de financement), a fortement diminué de sorte que les gens se sentent toujours plus pauvres. On dit que l’argent qui tombe du ciel brûle les doigts. La plupart des ménages ne s’aperçoivent plus à quel point ils consomment sans le voir des biens et des services qui étaient encore inaccessibles il y a quelques années.
Je vais prendre un exemple dans la musique puisque c’est un domaine qui m’intéresse particulièrement. Je me souviens encore du premier 33 tours vinyle dont j’ai fait l’acquisition avec mon argent de poche. C’était un album de Supertramp que j’avais acheté au prisunic de mon quartier. Qu’est-ce que j’ai pu écouter cet album, notamment parce que c’était le seul de ma collection et que j’avais dilapidé mes patientes économies en un seul achat. C’est aussi là que j’ai pris conscience qu’il était long d’accumuler une somme que l’on pouvait dépenser en quelques secondes.
Il me fallait amortir cet effort. D’un autre côté, je suis rentré en profondeur dans chacune des chansons de cet album scintillant, les écoutant et les réécoutant au point que je pouvais les interpréter à la guitare ou au piano quelques mois plus tard. Dans ces années pas si lointaines, on n’achetait pas tous les jours un 33 tours en vinyle ce qui faisait de l’accès à la musique un luxe qui n’était pas à portée de toutes les bourses.
Aujourd’hui, j’observe mes fils : ils téléchargent à volonté des centaines de titres à partir d’internet sur leurs MP3. Ils gravent leurs titres préférés sur un CD en réalisant une maquette de la pochette. A leur âge, je rêvais de telles possibilités qui font parties aujourd’hui de leur quotidien. Parfois, ils se moquent de moi de me voir m'émerveiller par cette technologie car j’ai vécu la transition. Je sais que ce n’est pas aussi évident. Je me rappelle encore que lorsque je disais à mon directeur de thèse qu’il serait bien de pouvoir naviguer sur un réseau pour consulter les bibliothèques universitaires du monde entier à distance, sans avoir à se déplacer, ce serait bien commode pour nous autres thésards. Alors il riait, me rétorquant que je lisais trop de science-fiction.
Aujourd’hui, quand j’ai besoin de déchiffrer un nouveau morceau de musique, je télécharge le morceau en question, je trouve la partition que j’imprime, et je peux même trouver sur Dailymotion ou Youtube des interprétations, des cours, des conseils. Ce pouvoir d’accès à la connaissance, à la culture, à l’art est désormais à la portée de nos enfants. Il n’est plus un luxe.
Sauf que c’est sans doute un luxe de s’en apercevoir, de le comprendre et de l’utiliser à bon escient. Cela la technologie ne le changera jamais.
Je vais prendre un exemple dans la musique puisque c’est un domaine qui m’intéresse particulièrement. Je me souviens encore du premier 33 tours vinyle dont j’ai fait l’acquisition avec mon argent de poche. C’était un album de Supertramp que j’avais acheté au prisunic de mon quartier. Qu’est-ce que j’ai pu écouter cet album, notamment parce que c’était le seul de ma collection et que j’avais dilapidé mes patientes économies en un seul achat. C’est aussi là que j’ai pris conscience qu’il était long d’accumuler une somme que l’on pouvait dépenser en quelques secondes.
Il me fallait amortir cet effort. D’un autre côté, je suis rentré en profondeur dans chacune des chansons de cet album scintillant, les écoutant et les réécoutant au point que je pouvais les interpréter à la guitare ou au piano quelques mois plus tard. Dans ces années pas si lointaines, on n’achetait pas tous les jours un 33 tours en vinyle ce qui faisait de l’accès à la musique un luxe qui n’était pas à portée de toutes les bourses.
Aujourd’hui, j’observe mes fils : ils téléchargent à volonté des centaines de titres à partir d’internet sur leurs MP3. Ils gravent leurs titres préférés sur un CD en réalisant une maquette de la pochette. A leur âge, je rêvais de telles possibilités qui font parties aujourd’hui de leur quotidien. Parfois, ils se moquent de moi de me voir m'émerveiller par cette technologie car j’ai vécu la transition. Je sais que ce n’est pas aussi évident. Je me rappelle encore que lorsque je disais à mon directeur de thèse qu’il serait bien de pouvoir naviguer sur un réseau pour consulter les bibliothèques universitaires du monde entier à distance, sans avoir à se déplacer, ce serait bien commode pour nous autres thésards. Alors il riait, me rétorquant que je lisais trop de science-fiction.
Aujourd’hui, quand j’ai besoin de déchiffrer un nouveau morceau de musique, je télécharge le morceau en question, je trouve la partition que j’imprime, et je peux même trouver sur Dailymotion ou Youtube des interprétations, des cours, des conseils. Ce pouvoir d’accès à la connaissance, à la culture, à l’art est désormais à la portée de nos enfants. Il n’est plus un luxe.
Sauf que c’est sans doute un luxe de s’en apercevoir, de le comprendre et de l’utiliser à bon escient. Cela la technologie ne le changera jamais.
2008-05-30
Le discours pavlovien ou l’insupportable hégémonie de la pensée en kit
La pensée en kit est un assemblage de poncifs qui forment le prêt-à-penser de ceux qui veulent briller en société ou faire un coup de gueule sur les plateaux de télévision. La palme d’or du festival de Cannes est une illustration parfaite de ce prêt-à-penser qui tient lieu de conscience citoyenne pour les Peoples, les stars qui s’intronisent en conscience du monde et autres grandes fortunes en mal de bonne conscience. Ils ont l’art d’admirer les écoles dans lesquelles ils ne mettront jamais leurs bambins. Dans le registre, Marion Cotillard avait proposé une analyse de l’attentat du World Trade Center aussi extravagante que stupide tandis que Sharon Stone fait du tremblement de terre en Chine, qui a frappé tant d’innocents, une sorte de vengeance destinée à punir ce vilain pays et son méchant gouvernement... Certains acteurs feraient mieux de s’en tenir aux textes que l’on écrit pour eux. S’ils étaient payés pour penser, cela se saurait. Mais penser ne paye pas…Ainsi, la pensée en kit permet à chacun d’exprimer une opinion en phase avec le politiquement correct car il est toujours socialement coûteux de penser à contre-courant et souvent périlleux d’assumer sa différence.
En cette période de blocage du pays et de grèves à répétition, chacun vient faire de ses malheurs privés une affaire publique, donnant à la pensée en kit l’occasion de se défouler allègrement. L’opinion répandue veut par exemple que les acteurs économiques ne sont que de vulgaires profiteurs qu’il faut donc surveiller et étroitement encadrer, ce qui suppose du même coup que les acteurs publics, qui organisent cette surveillance et mettent en œuvre la réglementation, sont foncièrement éclairés et bienveillants. C’est l’opinion de la caissière de supermarché, du café du commerce comme du grand mandarin d’université. Je discutais encore récemment avec un professeur de sciences à l’université pour qui les industriels ne pensaient « qu’à faire du fric », n’étant motivés que par l’appât du gain. On entendra couramment la même chose à propos du banquier, du spéculateur ou de la grande distribution.
Que les acteurs économiques soient motivés par l’appât du gain n’est pas faux puisque c’est ce qui fait fonctionner tout le monde. Je serai plutôt inquiet d’apprendre qu’ils cherchent à maximiser les pertes. Ce qui est stupéfiant, c’est que l’on s’en étonne et que ceux qui s’en étonnent fassent comme s’ils agissaient autrement eux-mêmes.
En effet, les gens n’agissent que sous l’effet de deux aiguillons : la contrainte et l’intérêt. Personne ne se donnera un objectif qui va contre son intérêt et personne n’atteindra son objectif sans aucune contrainte dans la mesure où, en collectivité, les intérêts des uns font les contraintes des autres. Autrement dit, intérêt et contrainte ne sont que les deux dimensions d’un même phénomène de la même manière que revenu et coût ne sont que les deux faces d’un même flux.
La science économique s’intéresse précisément à l’optimisation sous contrainte qui constitue le comportement le plus rationnel de celui qui veut survivre sinon se développer, et qui poussent les agents à se lancer dans des opérations économiques.
Il est regrettable que la plupart des gens, et pas les moins cultivés, aient une vision aussi sommaire – et digne de la théorie du complot très en vogue de nos jours - des acteurs essentiels de notre économie moderne alors qu’ils leur doivent l’essentiel de leur confort général et de leur niveau de vie quotidien.
2008-05-28
Mise au point royale !
Pour une fois, je suis d’accord avec Ségolène Royal, je ne vois pas comment l’on pourrait être socialiste et libéral, et je me félicite de ne pas avoir voté pour Madame Royal, qui revendique la pureté de son socialisme. A ce propos, je ne peux m’empêcher de sursauter lorsque j’entends Madame Royal entonner le refrain convenu du libéralisme qui nous conduit au capitalisme sauvage. Même le capitalisme le plus sauvage n’arrivera jamais à la sauvagerie des régimes socialistes qui ont toujours pratiqué les camps de travail (au nom du parti ou de la réussite de la révolution), la police politique et le parti unique, sur fond d’exécution de masse et de propagande d’Etat.Car si les mots ont encore un sens, le socialisme prône la collectivisation des moyens de production, l’étatisation du dialogue social et la disparition de la propriété, réduisant la société civile réduite à sa plus petite expression : celle de l’individu nu et désarticulé face à l’Etat omnipotent.
Dans la nature, les atomes s’assemblent en structures plus complexes pour former la matière. Il en est de même de la matière économique et sociale faite d’organisations et d’auto-organisations complexes (comme les familles, les entreprises, les fondations et toutes formes de communautés humaines tournées vers un objectif) fondées sur l'initiative individuelle.
Les clivages politiques ne sont pas seulement de simples étiquettes sans contenu. Ils renvoient à une histoire et des théories politiques qu’il appartient de connaitre si l’on veut comprendre quelque chose en politique. De ce point de vue, la philosophie libérale et le socialisme sont fondamentalement distincts et antinomiques, tandis que le communisme et le socialisme (et le national-socialisme faut-il le rappeler) se distinguent en degré mais appartiennent à la même famille idéologique.
Il est regrettable pour notre pays qu’une trop grande partie de la droite française tourne le dos à ses racines libérales, sans doute complexée et intimidée par les moralistes de gauche qui mettent tous les malheurs de la terre sur le dos du libéralisme. Mais ce n’est pas parce que la droite renie son héritage libéral que cela fait de la gauche l’héritière naturelle du libéralisme, alors que les ténors de gauche n’ont de cesse de diaboliser l’économie de marché pour reconquérir les électeurs de la LCR. De là à ce que les libéraux de gauche s’unissent avec les libéraux de droite pour créer une hypothétique troisième voie dans un centre politique décidément bien improbable, c’est un peu le serpent de mer de la politique française.
2008-05-26
Retraite : la logique, la loi et le contrat
La question du financement de la retraite ne trouvera pas une solution politique sous la pression de la rue. On ne peut pas trouver une solution à un problème mal posé. La question de la retraite est avant tout un problème économique qui relève de l’arbitrage individuel et de la logique économique. Il appartient au gouvernement de rendre possible et rationnel les conditions de cet arbitrage à l’intérieur de nos frontières. En dehors de ce cadre, le gouvernement n’est pas plus en mesure de garantir des retraites que de distribuer du pouvoir d’achat.Quels sont les principaux enseignements de l’économie (et de la sagesse) en la matière ?
Pour assurer sa retraite, un individu doit d’abord investir dans son capital humain, notamment en réussissant ses études dans des formations porteuses de débouchés. Quand il devient actif, il doit veiller à épargner une partie de son revenu de manière à se constituer un patrimoine (immobilier, financier, culturel…). Ces différentes formes du patrimoine constituent à leur tour un capital qui n’est que le prolongement du capital humain initial positivement valorisé.
C’est ce patrimoine, correctement géré, qui permettra de générer un revenu lorsque la période d’activité sera terminée. Chaque individu fait donc face à un arbitrage. S’il opte pour un plus grand niveau de consommation durant sa vie active, alors c’est au détriment de sa capacité d’épargne ce qui ne lui permettra pas de se constituer un patrimoine qui serait de nature à lui assurer une retraite confortable pour ses vieux jours. Il réalise ainsi un arbitrage en faveur du présent et au détriment du futur. Les experts disent que ces choix sont révélateurs d’une forte préférence pour le présent.
S’il modère ses appétits de consommation courante, il peut accroitre sa capacité d’épargne en vue de se constituer un patrimoine plus solide, assurant ainsi un niveau de retraite plus important. D’ailleurs chaque individu peut se donner des objectifs personnels de patrimoine et atteindre ces objectifs avec des durées différentes de sorte que chacun devrait être libre de décider du nombre d’années qu’il décide de consacrer à son activité professionnelle.
Mais je vous parle là d’une insupportable liberté dont bien peu de personnes sont prêtes à assurer le fardeau. Car les individus qui ne supportent pas l’idée d’arbitrer, de choisir et qui veulent tout et son contraire, s’en remettent à l’Etat, attendant de lui un tour de passe-passe, comme s’il disposait d’une baguette magique lui permettant de supprimer la contrainte économique.
C’est proprement suicidaire de s’en remettre totalement à un système monopolistique fondé sur la répartition en croyant que cela nous exonère de tels arbitrages d’autant plus que les acteurs qui participent au fonctionnement de ce système sont hostiles à son adaptation et ne sont aucunement incités à avoir des comportements efficaces et responsables.
2008-05-24
L'entreprise
Si l’homme aspire à s’élever, alors il n’y a pas d’autres moyens de s’élever que d’entreprendre, prendre des décisions et assumer sa part du risque inhérent à la condition humaine. A chaque secousse financière, on découvre les mêmes peurs et les mêmes complaintes, comme si l’on redécouvrait à chaque fois que l’homme marche nécessairement en équilibre sur un fil ténu. Comme il ne connait jamais l’avenir, il est obligé de spéculer. Telle est l’aventure humaine qui peut être, à de nombreux égards, insupportable.Dans sa dimension économique et sociale, cette aventure humaine se concrétise aussi dans l’entreprise. Historiquement, les pays qui ont connu la prospérité économique sont ceux qui ont permis le développement de l’esprit d’entreprise. Cet « esprit » se concrétise chaque jour dans la vie des entreprises, dans la recherche incessante de nouvelles combinaisons productives et de nouvelles façons de répondre aux besoins des hommes. Rien ne saurait être ici figé et acquis. Le prix de l’énergie augmente, c’est un fait. On ne se bat pas contre un fait au risque de se frapper la tête contre le mur. Alors il faut modifier la manière de produire, adopter de nouvelles méthodes, entreprendre à nouveau sur de nouvelles combinaisons de facteurs, avec de nouveaux facteurs de production.
De ce point de vue, si la société est comparable à un organisme vivant, les entreprises sont comme les cellules essentielles de ce tissu social extrêmement complexe et malléable : elles lui donnent vie et vigueur, souplesse et dynamisme. L’entreprise a pour fonction de créer plus de richesses (output) qu’elle n’en consomme (input), richesses sans lesquelles tout progrès général serait bien illusoire. La création des richesses passe avant tout par le travail des hommes et des femmes de ce pays ; et notamment par l’accomplissement de chacun dans son travail car tous les progrès de la science économique ne pourront jamais nous faire oublier qu’il n’y a de richesses que dans les hommes à condition qu’ils soient actifs et entreprenants.
Les formidables avancées technologiques, qui ont permis d’automatiser non seulement les tâches physiques les plus pénibles mais aussi les fonctions intellectuelles les plus répétitives, ont montré finalement toute l’importance des ressources humaines - et du « capital humain » pour utiliser le langage des économistes - dans la réussite des entreprises. Car il y a dans l’homme quelque chose de spécifique qui ne pourra jamais être automatisé ni banalisé et qui fait que le travail restera la source essentielle de toute production. Ces mêmes éléments, difficilement quantifiables et palpables, font que les relations professionnelles ne sont jamais simples : on ne gère pas les hommes comme des machines.
Mais elles ne sont pas nécessairement conflictuelles même si les rapports humains sont chargés de tensions inévitables. L’entreprise est tout autant un lieu d’affrontements que de coopérations, de compétitions que d’organisations. C’est aussi le cas d’une famille, d’un orchestre ou de toute autre organisation humaine. Les hommes sont toujours en interaction au sein des entreprises, chacun étant motivé par un objectif personnel et un objectif commun. Difficile de faire primer l’un sur l’autre.
Et les entreprises sont en constante interaction entre elles, comme ces interactions complexes entre les atomes qui font la matière. Mais c’est aussi pourquoi aucune organisation ne pourra se substituer au tissu des entreprises.
Dans son ouvrage consacré à l’entreprise, Michel Drancourt met en évidence les conditions qui ont permis l’existence, la création et le développement des entreprises[1]. Pour entreprendre, il faut croire en l’avenir. De ce point de vue, l’entreprise est un instrument contre le fatalisme. La pénurie n’est pas une fatalité pour peu que les hommes s’organisent, accumulent du capital et innovent. Pour entreprendre, il faut avoir le souci de l’efficacité. Pour ce faire, la maîtrise du temps et des coûts permet de démultiplier les résultats. Toute l’histoire de l’entreprise est une lutte permanente contre le gaspillage en vue d’une meilleure allocation des ressources, que l’on sait si rares et précieuses. Pour entreprendre, il faut avoir la liberté de disposer des résultats de son action. L’économie s’épanouit à mesure que la liberté progresse. Entreprendre est une façon d’exprimer ce désir de liberté. Enfin, la liberté n’aurait pas de sens sans la discipline des contrats et de l’Etat de droit. Les contrats relient les hommes au sein des entreprises et le respect de ces contrats – donc finalement la confiance – sera la condition de la viabilité des entreprises. De ce point de vue, le temps de travail devrait être une affaire de contrat et non une affaire de loi.
Malgré nos nombreuses difficultés économiques, et notre indécrottable tendance jacobine à nous tourner vers le tout-Etat, toute l’histoire de notre pays montre que les français sont profondément attachés à ces valeurs positives qui expliquent les sursauts des nations et fondent la prospérité. Pour peu qu’on les écoute, pour peu qu’on les laisse agir, les français montrent (souvent à l'extérieur des frontières) avec talent leur fougue entrepreneuriale ou leur attachement à l’entreprise, à la propriété privée et à l’innovation, caractéristiques essentielles de nos économies contemporaines. D’ailleurs, les termes « entreprise » et « entrepreneurs » sont typiquement français, les Américains parlant de « company » tandis que les Anglais utilisent le vocable « firm ».
C’est pourquoi il faut bien leur rendre hommage de temps en temps, en montrant un visage plus positif de l’entreprise, trop souvent décriée comme étant un lieu d’exploitation ou de harcèlement. Malgré la tempête en cours, n’oublions pas que les banques sont aussi des entreprises dont l’activité est essentielle au fonctionnement quotidien de nos économies.
[1] Drancourt M. [1998], Leçon d’histoire sur l’entreprise de l’antiquité à nos jours, Presse Universitaire de France, Paris.
2008-05-22
Bug social
Voilà le visage radieux de nos OGM hexagonaux, nos Organisateurs de Grandes Manifestations. On rendrait un service inestimable au pays en proclamant un moratoire sur cette variété là d’OGM…« C’est une semaine sociale chargée qui s’annonce… » ou encore « la rentrée sociale sous haute tension », « le printemps social sera chaud ». Ces titres de journaux, j’ai l’impression de les avoir lus pratiquement chaque mois depuis bientôt 20 ans. Vingt années décisives de ma vie à tenter d’évoluer dans un pays en voie de dislocation économique et sociale. Et pour ceux qui veulent créer une entreprise, exploiter un brevet, gérer un patrimoine, je comprends qu’ils soient tentés par d’autres cieux plus propices à l’épanouissement de l’activité humaine. Sont-ils traitres ou lucides ? Tout cela parce que notre pays n’a pas réalisé les réformes au moment où il fallait le faire, c’est-à-dire dans les années 80, période où la plupart des pays industrialisés ont énergiquement réagi après dix années de stagflation qui avaient sonné le glas des politiques conjoncturelles de croissance.
Non seulement nous avons conduit le pays vers plus de dirigisme et de collectivisation de l’économie et du dialogue social, mais nous continuons à croire en l’efficacité de politiques de relance de la consommation définitivement dépassées. C’est comme si nous étions prisonniers d’un gigantesque bug social dont la facture pourrait nous être fatale. Dans ce contexte, je crains que le changement devienne impossible puisqu’il est devenu impensable.
Durant les vingt dernières années, le monde a connu une croissance sans précédent et l’élévation continue du niveau de vie dans un nombre croissant de pays explique une grande partie de la montée actuelle des cours des matières premières : la demande mondiale progresse alors qu’il faut du temps pour adapter les capacités de production. Il faut prendre conscience que, chaque année sur la planète, c’est près de 70 millions d’individus qui atteignent le niveau de vie d’un français moyen.
Mais coincé dans notre bug, nous sommes passés à côté de cette période de croissance, nous empressant de redistribuer et de consommer les modestes fruits à peine produits plutôt que de les réinvestir. Maintenant que le monde entre en récession, nous sommes frappés de plein fouet, faute d’avoir accumulé aucune prévoyance, aucune anticipation (rappelez-vous sous Jospin, il n’était plus question de réformer le système de retraite puisque le gouvernement de l’époque nous prédisait le retour de la croissance), aucune prospérité susceptible de nous aider à traverser le trou d’air.
Alors fleurissent les blocages et les cortèges au pays du dialogue social tronqué à force d’être monopolisé par les mêmes syndicats dont la puissance de nuisance est inversement proportionnelle à la représentativité.
2008-05-21
Temps de travail, tant de travail
Dans un précédent billet, je rappelais un principe économique important : le travail ne consiste pas à occuper des gens mais à créer des richesses. Car c’est seulement à partir de cette richesse additionnelle que l’on pourra tirer le revenu permettant de rémunérer le travail. Autrement dit, si aucune richesse n’est créée, directement par le secteur marchand ou indirectement par le secteur public, alors le travail sera payé en « monnaie de singe ». Le chômage déguisé engendre toujours de l'inflation. Ce que le salarié aura gagné d’un côté (le salaire) sera perdu de l’autre côté par la montée des prix (inflation) dans la mesure où la distribution de salaire aura nourrit une augmentation de demande ne correspondant à aucune création de richesses susceptibles d’être achetées. Dans les pays communistes, les gens avaient l’habitude de dire qu’ils faisaient semblant de travailler et le gouvernement faisait semblant de les payer.Mais au-delà de la pure analyse économique, permettez-moi de m’arrêter un instant sur un symbole. C’est aussi le même mot « travail » qui désigne aussi le processus par lequel une femme met un enfant au monde. Or, les économistes savent que la seule richesse qui soit, et qui donne toute sa valeur aux autres, c’est l’homme (ou le capital humain dans le langage académique des experts). Certes, on dit aussi que l’homme détruit la planète et son environnement. Mais ce souci de préserver l’environnement provient du fait qu’il existe des hommes conscients sur cette planète. Ils sont conscients que pour produire, il faut consommer ; pour créer, il faut détruire ; pour qu’il y ait la vie, il faut la mort. Et pour l’instant, c’est la seule espèce vivante à être tourmentée par cette flamme de la conscience qui met à jour ces paradoxes apparents.
Y a-t-il des habitants pour se soucier de l’environnement de Jupiter ou Saturne ? Y a-t-il des êtres conscients pour admirer les paysages de Saturne ? La beauté de la nature elle-même est une richesse s’il existe un observateur conscient pour l’apprécier, s’il existe un cerveau à l’intérieur duquel se forgent une image et une conception de l’esthétique, s’il existe une âme pour ressentir l’émoi devant cette beauté. En somme, s’il existe des êtres humains.
L’être humain est la mesure de toute chose. Encore faut-il produire des êtres humains. Certes, la conception peut prendre tout au plus quelques minutes ; la grossesse quelques mois et l’accouchement quelques heures. Mais quand le bébé vient au monde, ce n’est que le début d’une aventure qui consiste à faire de l’enfant un adulte. Quel travail ! Et il prendra des années. Pendant toutes ces années, il faut tant de travail et d’amour, d’abnégation et de sacrifices, de patience et de confiance, de souffrances et de plaisirs.
Mais finalement, ce sont les ingrédients de tout processus de création de richesses. Celui qui crée son entreprise en parle comme de son bébé. Et le développement de son entreprise lui prendra l’essentiel de son temps et de son énergie. Il faut le vouloir. Il faut en avoir l’envie et la motivation. C’est aussi fort qu’un acte d’amour.
La prospérité économique est d’abord fondée sur la création des richesses, la création comme un engagement avant d’être fondée sur la consommation. Les générations qui ont relevé la France après 1945 ont construit une économie du travail qui a aboutit à la prospérité. La génération 68, en se révoltant contre cette société du travail (qui suppose autorité et discipline et qui n’est pas toujours drôle en effet), a voulu consommer tous les fruits de ce travail laborieux, ce qui a débouché sur une société de consommation fondée sur le consumérisme généralisé et la satisfaction instantanée de plaisirs immédiats [1].
Dès lors, toute contrainte était assimilée à une perte de liberté alors qu’elle est l’instrument de la liberté comme le tuteur qui permet à l’arbrisseau de devenir un arbre. Toute frustration était assimilée à un frein à l’épanouissement alors qu’elle est l’instrument du développement progressif de la personnalité dans la mesure où l’on n’apprécie jamais ce que l’on obtient tout de suite sans effort. Apprécie-t-on d’avoir dix doigts ? Par contre, on éprouvera un bonheur intense à interpréter une pièce de Bach ou une chanson des Beatles au piano. Les dix doigts, on les a normalement à la naissance sans aucun effort ni mérite. La maîtrise du piano, il faut tant de travail…
[1] Rappelons qu’un des slogans en vogue sur les barricades en 68 et sur les murs des facultés étaient « Ne travaillez jamais ! ». Et dire que certains trouvent encore cet élan animé par le génie.
2008-05-19
Sondage : opinion ou raison
Selon un récent sondage, 94 % des français pensent que les prix vont augmenter cette année. Dans la même enquête, ils mettent la lutte contre l’inflation au troisième rang de leur préoccupation, loin devant la réduction des déficits ou les mesures prises en faveur de la compétitivité (Politique Magazine n° 62, p. 18).Ne voient-ils donc pas que ce sont les mêmes politiques qui aboutissent conjointement à l’accumulation de déficits et à la dégradation de la compétitivité dont les effets sont précisément de nourrir l’inflation ? Mais comment peut-on exprimer un raisonnement à travers un sondage puisqu’il s’agit de répondre à des questions par avance formatées et dont les réponses sont par avance interprétées ?
Si on demande aux français s'ils veulent des universités gratuites de grande qualité, la santé pour tous dans les meilleures conditions, une justice efficace et juste, une grande majorité répondra sans doute oui. Mais si on demande aux français s'ils veulent payer plus d'impôts - notamment pour pouvoir disposer de ces services publics -, la même majorité dira non. L'économie n'est pas une question d'opinion. D'ailleurs, quand on demande aux jeunes ce qu'ils veulent faire plus tard, ils sont nombreux à vous dire qu'ils veulent gagner de l'argent. Mais quand on leur demande s'ils veulent travailler, ils sont beaucoup moins nombreux...
Le sondage fabrique une opinion publique qui est un concept purement abstrait et artificiel. Mais opinion n’est pas raison. Ni l’opinion de celui qui aura fait les questions, ni l’opinion de celui qui aura répondu, ni l’opinion de celui qui interprète les réponses ne sont de nature à former une explication juste de l’inflation.
Et pourtant, les machines à sonder l’opinion jouent à fond dans les couloirs de l’Elysée, pariant sur une remontée de la popularité du président au détriment du premier ministre. Ne voit-on pas qu’une telle vision de la politique contribue à réduire les décideurs au rang de réactifs sans horizon, gouvernant sans prévoir, agissant sans anticiper, et surtout bradant les principes en vue de séduire l’opinion comme s’ils étaient éternellement en campagne électorale. La tyrannie du sondage transforme ceux qui sont en charge de piloter l’Etat en agents prisonniers du court-termisme et de l’asymétrie d’information, ce qui est précisément ce que les experts reprochent aux agents privés – animés par leurs seuls intérêts égoïstes – pour justifier l’intervention grandissante dans l’économie et la société de l’Etat qui serait au-dessus de ces limites.
2008-05-14
Herbert Marcuse : l'apôtre de l'antilibéralisme
S’il est un auteur dont mes professeurs m’ont imposé la lecture, c’est Marcuse. Herbert Marcuse (1898-1979) était un philosophe et sociologue marxiste américain d’origine allemande qui a profondément influencé l’intelligentsia de gauche. En France et aux USA, il fut un des maître-à-penser de l’antilibéralisme dont la rhétorique fut l’alpha et l’oméga des apprentis sorciers de mai 68.Moi qui venait d’un milieu plutôt modeste et rural (j’ai passé mon bac dans une ville de 16 000 habitants), plus je lisais Marcuse et plus mon complexe d’infériorité provinciale était renforcé tant je ne comprenais rien à ce charabia qui s’apparentait plus, dans mon esprit vierge, à une démonstration pompeuse de rhétorique savante qu’à l’énoncé limpide d’une connaissance solide qui devient ainsi accessible à tous par la magie de l’enseignement et le talent du pédagogue. Aussi le jour de mon partiel en épistémologie critique, j’ai sagement récité Marcuse sans en comprendre le moindre mot, obtenant ainsi une des meilleures notes de ma promo.
A force d’être gavé par Althusser, Gramsci, Marcuse, Rosa Luxemburg et Marx, je me demandais si j’étais bien fait pour faire des études d’économie, voire faire des études tout court. Il y avait si peu de mérite à obtenir un diplôme en récitant une prose obscure tel un perroquet qui mime le langage humain. De surcroit, je ressemblais si peu à l’étudiant aixois typique : bien à gauche dans sa tête mais habitant dans la belle bastide provençale du papa avocat ou de la maman médecin. Au total, il me semblait que je n’apprenais pas grand-chose du monde réel qui m’attendait et j’avais peu de temps à consacrer aux envolées verbales de ces prophètes d’un autre monde. Et oui, le temps c’est de l’argent ; et cet argent, je ne pouvais pas le soutirer à volonté à mes parents et en priver mes frère et sœurs.
Heureusement, d’autres professeurs m’ont fait entrevoir la lumière dans les études d’économie et le bonheur de la connaissance, ce qui me motiva à continuer.
Avec le recul, ce que je lis désormais entre les lignes de ce penseur de la révolution m’apparait trop clair et frise l’escroquerie intellectuelle. Marcuse a atteint les sommets de la dialectique en prônant le concept de « tolérance répressive » par lequel il s’opposait carrément à la liberté de parole [1]. Ce droit fondamental dans la philosophie libérale était alors considéré par Marcuse comme un concept bourgeois favorisant l’ordre établi au profit des riches dans un raisonnement dont la logique est inversement proportionnelle à la rigueur. Mais puisque la liberté d'expression vient des libéraux, c’est forcément douteux.
En effet, si l’on suit le raisonnement de Marcuse, la liberté de parole favorise les riches et les puissants puisqu’elle aboutit à une profusion d’idées et de concepts face à laquelle les plus modestes ne sont pas armés. Ce sont ces mêmes arguments qui permettent aux censeurs de fustiger Internet (voir chronique précédente). Remarquons que les mêmes sont prêts à s'en prendre au grand capital à partir du moment où ce dernier tient la presse au risque de brimer cette même liberté d'expression. Mais la dialectique ne s'effraie pas des paradoxes.
On voit ainsi comment une logique apparente atteint les sommets de la dialectique : au nom de la liberté, on veut supprimer la liberté de la même manière qu’au nom du peuple, on en arrive à opprimer le peuple. Les régimes totalitaires ne se qualifient-ils pas de « démocratiques » ? Telle est l’effroyable logique révolutionnaire : elle repose sur le détournement constant du sens même des mots comme la magistralement illustré Orwell dans son roman « 1984 ».
Mais c’est une logique apparente fondée sur des contre-sens et l’usurpation du langage et du vocabulaire. Les paradoxes de Zénon ont l’apparence de la logique. Avant d’atteindre la cible, la flèche doit passer par le point A qui est à mi-distance entre le tireur à l’arc et la cible. Mais avant d’atteindre le point A, elle doit passer par A’ qui est lui-même à mi-distance entre le tireur et le point A. Mais avant d’atteindre A’, elle doit passer par A’’, A’’’ …en somme, elle n’atteindra jamais la cible. Si le raisonnement a l’air logique, le résultat est faux. Les mathématiciens grecs ont flanché devant ce paradoxe. Mais au cours des siècles les mathématiciens ont affiné les concepts mathématiques pour lever le paradoxe, approfondissant ainsi la connaissance des mathématiques et le champ de la rigueur.
En sciences sociales ou humaines, les experts n’ont pas toujours les mêmes scrupules. La dialectique marxiste est d’ailleurs le pur produit de cette démarche usurpatrice. Marx lui-même qualifiait d’ailleurs la logique de « science bourgeoise » ; c’est pourquoi il proposait une nouvelle méthodologique qualifiée de « matérialisme dialectique » au service d’une « science prolétarienne » qui a conduit à Lyssenko.
C’est au nom de ce matérialisme dialectique que Marcuse prônait « l’intolérance envers les libéraux » qui défendent toutes les libertés et donc la liberté de parole – consigne qui a été strictement suivie à l’université qui est devenue un lieu de rééducation politique – afin de sauver la liberté véritable et la tolérance véritable.
En somme, la liberté de parole défendue par le libéralisme n’est pas la vraie liberté et seule la parole de Marcuse libère. Marcuse se donne le droit d’être intolérant au nom de la vraie tolérance dont lui seul connait les clés. On comprendra pourquoi une telle philosophie, lorsqu’elle cautionne un programme politique, ne peut qu’aboutir à des régimes meurtriers et concentrationnaires. On comprendra aussi pourquoi je suis las d'entendre le refrain nostalgique des soixante-huitards.
[1] Voir à ce propos la contribution de Steve Frankel « 1968 : l’année de la tragique illusion aux Etats-Unis » in Liquidez mai 68 ? sous la direction de Grimpret M. et Delsol C., Presses de la Renaissance, Paris 2008.
Mais c’est une logique apparente fondée sur des contre-sens et l’usurpation du langage et du vocabulaire. Les paradoxes de Zénon ont l’apparence de la logique. Avant d’atteindre la cible, la flèche doit passer par le point A qui est à mi-distance entre le tireur à l’arc et la cible. Mais avant d’atteindre le point A, elle doit passer par A’ qui est lui-même à mi-distance entre le tireur et le point A. Mais avant d’atteindre A’, elle doit passer par A’’, A’’’ …en somme, elle n’atteindra jamais la cible. Si le raisonnement a l’air logique, le résultat est faux. Les mathématiciens grecs ont flanché devant ce paradoxe. Mais au cours des siècles les mathématiciens ont affiné les concepts mathématiques pour lever le paradoxe, approfondissant ainsi la connaissance des mathématiques et le champ de la rigueur.
En sciences sociales ou humaines, les experts n’ont pas toujours les mêmes scrupules. La dialectique marxiste est d’ailleurs le pur produit de cette démarche usurpatrice. Marx lui-même qualifiait d’ailleurs la logique de « science bourgeoise » ; c’est pourquoi il proposait une nouvelle méthodologique qualifiée de « matérialisme dialectique » au service d’une « science prolétarienne » qui a conduit à Lyssenko.
C’est au nom de ce matérialisme dialectique que Marcuse prônait « l’intolérance envers les libéraux » qui défendent toutes les libertés et donc la liberté de parole – consigne qui a été strictement suivie à l’université qui est devenue un lieu de rééducation politique – afin de sauver la liberté véritable et la tolérance véritable.
En somme, la liberté de parole défendue par le libéralisme n’est pas la vraie liberté et seule la parole de Marcuse libère. Marcuse se donne le droit d’être intolérant au nom de la vraie tolérance dont lui seul connait les clés. On comprendra pourquoi une telle philosophie, lorsqu’elle cautionne un programme politique, ne peut qu’aboutir à des régimes meurtriers et concentrationnaires. On comprendra aussi pourquoi je suis las d'entendre le refrain nostalgique des soixante-huitards.
[1] Voir à ce propos la contribution de Steve Frankel « 1968 : l’année de la tragique illusion aux Etats-Unis » in Liquidez mai 68 ? sous la direction de Grimpret M. et Delsol C., Presses de la Renaissance, Paris 2008.
2008-05-12
Vive le blog
Tandis qu’un article de Marianne vient s’en prendre à Facebook, j’entendais hier sur une grande radio un journaliste fustiger la mode des blogs [voir lien]. Vous rendez-vous compte, tout le monde peut exprimer ses pensées. La vulgarité en somme ! Très étrange, cette attitude des grands médias à se positionner dans une posture de gauche bon chic bon genre qui se donne le droit de parler pour le peuple et au nom du peuple et de ses prétendus idéaux, mais qui s’offusque dès que le peuple cherche à s’exprimer par lui-même.Cela rappelle aussi le courroux de l’Eglise à l’encontre de l’invention de Gutenberg. Il y a fort à parier que ce ressentiment à l’encontre d’internet et des nouveaux services qu’il propose vient probablement du fait que toutes ces nouveautés nous échappent et viennent d’outre-Atlantique. En quelques années, qui furent pour nous des années de marasme, les USA ont donné naissance à Microsoft, Google, Yahoo, les blogs, Dailymotion, Facebook ou encore Myspace.com. Et ce n'est que le début. Toujours au départ, des idées extravagantes donnant naissance à des petites entreprises qui sont devenues, avec le succès, des empires planétaires. Peu de pays sont capables de s'inscrire dans une telle dynamique.
Pendant ce temps, notre pays ressasse des querelles ancestrales et s’enfonce dans le passé, symptôme prévisible des nations qui ne comprennent plus le progrès, se complaisant à quitter la scène de l’histoire. On ne peut pas innover, prendre des risques, créer des richesses sans un minimum de confiance dans l’homme et l’avenir. A écouter les débats qui agitent l’hexagone dans un immobilisme effrayant, il semble que nous ayons définitivement perdu cette confiance.
Bien-sûr, comme toutes les innovations, internet est à l’image de l’homme, on y trouve le pire comme le meilleur. On peut l’utiliser pour s’instruire ou pour s’abrutir. On peut faire avec ce nouvel outil les meilleures comme les pires choses. Mais cela est vrai depuis la nuit des temps : on peut maîtriser le feu pour cuire les aliments ou pour brûler la maison de son voisin. Ne feignons pas de découvrir les évidences.
On peut bien trouver ridicule cette mode qui consiste à avoir son propre blog. Oui, c’est très puéril, égocentrique, tout ce que l’on veut… Mais avaler sagement les vérités officielles dont nous assomment les mêmes éditorialistes pendant des décennies, est-ce une meilleure chose ? Faire confiance les yeux fermés à une presse par laquelle les journalistes préfèrent étaler leur propre opinion personnelle que donner une information fiable, est-ce si instructif ? Après tout, les mêmes intellectuels autoproclamés se plaignent que les gens ne lisent plus, n’achètent plus les journaux et se complaisent dans la médiocrité. Quel jugement péremptoire !
Le foisonnement de blogs, de forums, d’espaces de débats et de controverses, de sites de communautés thématiques montre combien les gens peuvent être motivés et passionnés sur tous les sujets. D’ailleurs, s’il n’y avait pas internet, il est fort probable que les français n’auraient plus guère d’accès à la philosophie libérale alors que les médias officiels et l’éducation nationale colportent une caricature du libéralisme qui tient plus de la propagande et de l’endoctrinement que de l’enseignement et de la culture.
Personnellement, les blogs, les listes de diffusion, les sites web m’ont permis d’entrer en contact avec des lecteurs, de créer une communauté avec ceux qui se retrouvent dans mes écrits, de diminuer une solitude intellectuelle, de m’ouvrir des perspectives de collaboration passionnante alors que les grands médias fermaient leurs portes et que les grands éditeurs ignoraient tout simplement mes écrits. Parallèlement, l’université tend à devenir un lieu où l’académisme et la pensée conformiste exercent une telle pression sur les carrières que les vrais débats y sont exclus. On y fait plus de la recherche, on clone la pensée. La recherche, l’imagination, la création, c’est bien ailleurs que cela se passe : là où la liberté reste préservée.
Enfin, quand j’entends Olivier Besancenot, la coqueluche des médias, se plaindre qu’on ne lui donne jamais la parole (mais quel fut son score aux dernières présidentielles ?), je remercie encore ces génies d’outre-Atlantique pour avoir inventé ces outils qui sont désormais à notre disposition. Je peux me défouler en m’exprimant et cela calme ma colère intérieure. C’est puéril…mais cela fait du bien.
Personnellement, les blogs, les listes de diffusion, les sites web m’ont permis d’entrer en contact avec des lecteurs, de créer une communauté avec ceux qui se retrouvent dans mes écrits, de diminuer une solitude intellectuelle, de m’ouvrir des perspectives de collaboration passionnante alors que les grands médias fermaient leurs portes et que les grands éditeurs ignoraient tout simplement mes écrits. Parallèlement, l’université tend à devenir un lieu où l’académisme et la pensée conformiste exercent une telle pression sur les carrières que les vrais débats y sont exclus. On y fait plus de la recherche, on clone la pensée. La recherche, l’imagination, la création, c’est bien ailleurs que cela se passe : là où la liberté reste préservée.
Enfin, quand j’entends Olivier Besancenot, la coqueluche des médias, se plaindre qu’on ne lui donne jamais la parole (mais quel fut son score aux dernières présidentielles ?), je remercie encore ces génies d’outre-Atlantique pour avoir inventé ces outils qui sont désormais à notre disposition. Je peux me défouler en m’exprimant et cela calme ma colère intérieure. C’est puéril…mais cela fait du bien.
2008-05-09
La vérité sur l'inflation
L’inflation est un impôt déguisé tandis que la dette est un impôt reporté. Les acteurs de l’économie travaillent pour obtenir un revenu disponible lequel permet d’acquérir les biens et services (marchands et publics) qui sont précisément le fruit de ce travail. Alors à quel moment tout cela se dérègle-t-il ?Si le travail ne produit pas de biens et services demandés par les ménages, le revenu distribué est l’équivalent d’une « monnaie de singe » : il ne permettra pas d’acquérir les biens et services qui n’ont pas été produits. Le travail ne consiste donc pas à occuper les gens mais à créer de la richesse.
Si l’impôt payé par les ménages ne sert pas à produire ou entretenir les biens et services publics sans lesquels les acteurs de l’économie ne pourraient remplir leurs propres objectifs, encore une fois, l’amputation du revenu disponible par l'impôt ne correspond à aucune contrepartie. Il en résulte que le revenu disponible des ménages est rongé, soit par la dépréciation de la valeur de la monnaie dans le premier cas, soit par des finances publiques déséquilibrées (c’est-à-dire un détournement de l’impôt) dans le second cas.
La perte de pouvoir d’achat ne peut avoir d’autres origines. Il existe bel et bien une flambée du prix des matières premières et de l’énergie, due notamment à la montée en puissance de l’Asie après des années de croissance à deux chiffres. Cependant, cette montée des prix est compensée par la baisse des prix réels sur les autres postes de consommation des ménages français, postes qui occupent une place grandissante avec la montée du niveau de vie (biens d’équipements, produits manufacturés, services, loisirs). Les prix s’ajustent en fonction de l’offre et de la demande sur les marches respectifs, mais il n’y a aucune raison pour que les positions d’offre et de demande évoluent dans la même direction sur les différents marchés.
La perte de pouvoir d’achat provient donc d’une perte dans le revenu lui-même, ou d’une dégradation de la valeur de la monnaie dont la fonction est de stocker ce revenu en vue de son usage pour les transactions quotidiennes. Or qui a le pouvoir de contrôler la monnaie ? Qui a le pouvoir légal d’amputer le revenu disponible par le jeu de la loi de finance ?
Le revenu disponible des ménages français est fondamentalement amputé par le jeu des dérèglements dont l’Etat reste in fine à l’origine. En se mêlant de redistribuer le revenu au-delà d’un certain seuil fatidique, c’est la machine productive elle-même qu’il met en panne. Dans ce processus, l’Etat français a laissé filer à la fois la dette (un impôt différé), la dépense publique (un impôt existant) et la pression fiscale sans avoir en contrepartie une offre accrue de biens et services publics utiles et efficaces alors qu’il compromet sur le territoire la production des biens et services marchands qui composent le panier de la ménagère. L’Euro a beau être fort par rapport au dollar, ce n’est que l’expression d’un taux de change qui ne donne aucune indication sur la valeur réelle d’une monnaie à l’intérieur du territoire où elle a cours forcé. Le fait est qu’avec la même quantité d’euros, un ménage français peut acquérir de moins en moins de biens et services tandis qu’avec la même quantité de travail, il reçoit moins d’euros une fois tous les prélèvements acquittés.
Et ce processus concerne à la fois la sphère des biens et services publics comme privés. Car malgré l’accroissement incontestable de la pression fiscale directe et indirecte, les ménages français voient leur accès aux biens et services publics se réduire faute de moderniser et d’adapter le secteur public, en quantité comme en qualité. Pourtant, Chantal Brunel évoque l’idée d’augmenter la TVA d’un point, passant de 19,6 à 20,6. Sur sa lancée, elle fait un rapide calcul mental pour dire qu’une telle mesure rapporterait les milliards à l’Etat nécessaires pour financer ses réformes. Là est bien l’erreur et l’illusion scientiste de la plupart de ceux qui nous dirigent et dont le pouvoir aveugle. Cela me rappelle l’argument de la gauche à l’époque des nationalisations de François Mitterrand : il fallait nationaliser l’intégralité du système bancaire français afin de donner des moyens à la politique industrielle volontariste dont le gouvernement de l’époque (conseillé par Jacques Attali, expert en économie) n’était pas peu fier. Résultat : sorties du secteur marchand, nos banques furent fragilisées et les moyens financiers se sont évanouis.
Alors qu’il faut aux économistes des milliers d’équations et une batterie d’hypothèses concernant les paramètres de ces équations (notamment les fameuses élasticités) pour évaluer l’effet de la fiscalité ou des dépenses publiques sur le niveau global de l’activité, les responsables politiques raisonnent comme si l’univers économique était statique, sortant de leur chapeau des chiffres aux allures de vérités incontestables.
Certes, un impôt nouveau permet de lever des milliards d’euros. Mais ces milliards ne tombent pas du ciel ; ils sont ôtés aux acteurs de l'économie ? Et est-on certain que les milliards que l’Etat pense encaisser seront retournés à l’économie sous forme de services publics efficients ? Et quand l’Etat évoque un « manque à gagner » lors d’une éventuelle baisse d’impôts, ne peut-on pas imaginer un instant que l’Etat n’est pas le seul agent dans l’économie ? Ainsi, ce « manque à gagner » ne disparait pas dans un trou noir sous prétexte qu’il n’est pas aux mains des hauts fonctionnaires. Chaque euro rendu aux acteurs de l’économie est susceptible de permettre l’activité dans le secteur marchand, qu’il soit épargné, investi ou consommé, et donc la création des richesses.
C’est d’ailleurs les milliards prélevés par l’Etat sur le PIB qui semble s’engouffrer dans un trou noir lorsque l’on entend les lycéens et professeurs crier au manque de moyens alors que le ministère de l’éducation nationale dispose du poste budgétaire le plus important du budget de l’Etat. La sagesse veut que l’on confie le moins d’argent possible à ceux qui l’utilisent le plus mal. Et à chaque fois que l’on s’écarte de ce principe de sage gouvernance, l’inflation n’est pas loin.
2008-05-07
L'art de faire du neuf avec du vieux

Le 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy devenait le président de la république française à l’issue d’une vague bleue chargée d’espérance. Comme tout cela à l’air si loin au bout d’un an. La France s’est autorisée une prise de conscience salutaire mais bien éphémère sans oser en tirer toutes les conséquences. Puis ses vieux démons ont repris le dessus : incessant troisième tour social, grèves à répétition, rappel à l’ordre des syndicats qui se croient autorisés à gouverner le pays dans une sorte de coup d’Etat permanent qui interdit toute réelle alternance, toute véritable réforme.
Alors le gouvernement est rentré dans les rails de cette pensée unique qui cultive l’apitoiement et la compassion malgré le renouvellement des têtes. Ainsi, il veut s’attaquer aujourd’hui aux niches fiscales dans le but de financer le revenu minimum d’activité (RSA). Déjà Mitterrand proposait de « s’attaquer aux riches » pour financer le RMI tandis que François Hollande lançait le fameux « je n’aime pas les riches ». Rien de nouveau en somme. Aucun gouvernement français n’est en mesure de sortir des cadres imposés par la pensée unique fondamentalement socialisante et collectiviste. Les paradis fiscaux n’existent que parce que les enfers fiscaux se multiplient. Mais ce n’est pas au paradis qu’il faut s’attaquer. La ministre de l’économie s’apprête donc à épingler les investissements dans les DOM-TOM qui bénéficient d’avantages fiscaux. Mais ces mêmes avantages ont été octroyés par l’Etat pour soutenir une économie touristique dans les DOM-TOM qui est par ailleurs largement asphyxiée par sa situation insulaire et étranglée par le monopole d’Air-France qui rend la destination très coûteuse pour les ménages français [1].
Plutôt que de s’en prendre aux niches fiscales, il faut réduire significativement la pression fiscale globale qui conduit certains à vouloir échapper à un prélèvement qu’il juge à raison confiscatoire. Dans la même perspective, au lieu de s’interroger sur les causes et les motivations de la fuite des cerveaux ou des créateurs d’entreprises, on voudrait les punir. Au lieu de s’interroger encore sur les causes et les motivations de ceux qui exploitent en toute légalité des niches fiscales issues elles-mêmes d’une complexification de la fiscalité produite et voulue par les politiques eux-mêmes, on les montre du doigt à nouveau en chantant un refrain éculé digne de l’Internationale.
Il est désolant de voir que, d’élections en élections, la leçon n’est jamais apprise et les nouveaux ministres qui se succèdent sont toujours persuadés d’être à l’origine d’idées géniales et nouvelles alors qu’ils se donnent l’illusion de faire du neuf avec du vieux tandis que l’application de ces idées « nouvelles » aboutira à de nouveaux prélèvements dans une fuite en avant que plus personne n’est aujourd’hui en mesure de stopper.
Alors le gouvernement est rentré dans les rails de cette pensée unique qui cultive l’apitoiement et la compassion malgré le renouvellement des têtes. Ainsi, il veut s’attaquer aujourd’hui aux niches fiscales dans le but de financer le revenu minimum d’activité (RSA). Déjà Mitterrand proposait de « s’attaquer aux riches » pour financer le RMI tandis que François Hollande lançait le fameux « je n’aime pas les riches ». Rien de nouveau en somme. Aucun gouvernement français n’est en mesure de sortir des cadres imposés par la pensée unique fondamentalement socialisante et collectiviste. Les paradis fiscaux n’existent que parce que les enfers fiscaux se multiplient. Mais ce n’est pas au paradis qu’il faut s’attaquer. La ministre de l’économie s’apprête donc à épingler les investissements dans les DOM-TOM qui bénéficient d’avantages fiscaux. Mais ces mêmes avantages ont été octroyés par l’Etat pour soutenir une économie touristique dans les DOM-TOM qui est par ailleurs largement asphyxiée par sa situation insulaire et étranglée par le monopole d’Air-France qui rend la destination très coûteuse pour les ménages français [1].
Plutôt que de s’en prendre aux niches fiscales, il faut réduire significativement la pression fiscale globale qui conduit certains à vouloir échapper à un prélèvement qu’il juge à raison confiscatoire. Dans la même perspective, au lieu de s’interroger sur les causes et les motivations de la fuite des cerveaux ou des créateurs d’entreprises, on voudrait les punir. Au lieu de s’interroger encore sur les causes et les motivations de ceux qui exploitent en toute légalité des niches fiscales issues elles-mêmes d’une complexification de la fiscalité produite et voulue par les politiques eux-mêmes, on les montre du doigt à nouveau en chantant un refrain éculé digne de l’Internationale.
Il est désolant de voir que, d’élections en élections, la leçon n’est jamais apprise et les nouveaux ministres qui se succèdent sont toujours persuadés d’être à l’origine d’idées géniales et nouvelles alors qu’ils se donnent l’illusion de faire du neuf avec du vieux tandis que l’application de ces idées « nouvelles » aboutira à de nouveaux prélèvements dans une fuite en avant que plus personne n’est aujourd’hui en mesure de stopper.
[1] Caccomo J.L. [2007] « Analyse économique du secteur touristique : application au cas des DOM » in Levratto N., Comprendre les économies d’Outre-mer, L’Harmattan, Paris.
2008-05-05
Imposture
En son temps, l’U.R.S.S. manipulait les « idiots utiles » pour les besoins de sa propagande à l’Ouest. Qui pouvait le mieux vanter la vie à l’Est si ce n’est les intellectuels, artistes et hommes politiques qui vivaient à l’Ouest ? Etrangement, les idiots utiles ont survécu à l’U.R.S.S en se faisant les agents de la continuation de l’imposture.Les gens que l’on qualifie de droite, comme pour les intimider eux-mêmes, n’ont pas droit aux mêmes égarements. Les idiots utiles chercheront dans leur jeunesse jusqu’à la moindre bêtise. Eux seuls ont le droit d'être idiots, si c'est pour la bonne cause, et ils ne pardonneront jamais aux autres d'être intelligents. Mieux vaut avoir tort avec Sartre que raison avec Aron, assènent-ils.
Les médias n’ont jamais fait de cadeau à Alain Madelin : il avait l’affront de défendre le libéralisme. Or en France, on ne peut parler du libéralisme que pour le critiquer en le diabolisant. Les mêmes journalistes, fiers de leur indépendance et sûrs de leur objectivité, sont moins sourcilleux dès qu’il s’agit des personnalités de gauche. Le jeune François Mitterrand a reçu une distinction de Pétain sans que cela ne nuise nullement à sa carrière politique. Cohn-Bendit, leader des évènements de mai 68, a prôné la destruction de la société sans savoir par quoi il se proposait de la remplacer. Alors qu’il est devenu un notable extrêmement écouté aujourd’hui, il faut se souvenir ce qu’il nous racontait hier. Il est dommage que France-Télévision soit bien timide à exhumer les archives savoureuses de l’O.R.T.F.
Des poètes comme Eluard n’ont pas eu peur du ridicule en écrivant des vers tels : « Et Staline dissipe aujourd’hui. La confiance est le fruit de son cerveau d’amour ». On dit que l’amour rend aveugle mais l’idéologie rend idiot. Et je n’aurais guère de place ici pour citer toutes les idioties professées par les acteurs de cinéma et les vedettes du sport qui se croient autorisés à exprimer des opinions politiques parce qu’ils ont réussi. Le comble est qu’ils n’osent même pas admettre qu’ils ont réussi dans le business parce que leur livre est un « best-seller » (meilleures ventes) ou parce que leur film fait un carton au box-office. Tout cela, ce sont des chiffres d’affaires car le show-business, c’est du business. Il n’y a pas à en rougir. C’est la loi de l’économie et cette loi traverse tous les domaines de la créativité humaine. Pourquoi polémique-t-on sur le salaire des patrons pour s’extasier, admiratif, sur les revenus des joueurs de football ou des acteurs de cinémas ? Soit on les admire tous, soit on les critique tous. Je préfère personnellement prendre le parti d’admirer ceux qui réussissent et penser que je vis dans un pays qui autorise, et non condamne, la réussite.
Des poètes comme Eluard n’ont pas eu peur du ridicule en écrivant des vers tels : « Et Staline dissipe aujourd’hui. La confiance est le fruit de son cerveau d’amour ». On dit que l’amour rend aveugle mais l’idéologie rend idiot. Et je n’aurais guère de place ici pour citer toutes les idioties professées par les acteurs de cinéma et les vedettes du sport qui se croient autorisés à exprimer des opinions politiques parce qu’ils ont réussi. Le comble est qu’ils n’osent même pas admettre qu’ils ont réussi dans le business parce que leur livre est un « best-seller » (meilleures ventes) ou parce que leur film fait un carton au box-office. Tout cela, ce sont des chiffres d’affaires car le show-business, c’est du business. Il n’y a pas à en rougir. C’est la loi de l’économie et cette loi traverse tous les domaines de la créativité humaine. Pourquoi polémique-t-on sur le salaire des patrons pour s’extasier, admiratif, sur les revenus des joueurs de football ou des acteurs de cinémas ? Soit on les admire tous, soit on les critique tous. Je préfère personnellement prendre le parti d’admirer ceux qui réussissent et penser que je vis dans un pays qui autorise, et non condamne, la réussite.
Mais s’il est une imposture qui perdure, c’est bien l’idolâtrie savamment entretenue autour du personnage de Che Guevara. Heureusement, le livre de Machover vient nous rappeler quelques vérités soigneusement occultées au sujet de celui qui se plaisait à assister aux exécutions sommaires dont il jugeait la multiplication indispensable aux besoins de sa cause [1]. Quand on connait la réalité du personnage et ses penchants morbides, on ne peut qu’être dépité par cette jeunesse écervelée qui manifeste dans la rue en portant des tee-shirts ou des drapeaux à l’effigie du Che.
[1] Machover J. [2007] La face cachée du Che, Edition Buchet-Chastel, Paris.
2008-05-03
Plaidoyer pour l'individualisme
L’habitude est prise de charger l’individualisme de tous les maux, de toutes les tares, comme un réflexe mental qui permet de désigner les boucs émissaires faciles à défaut de savoir raisonner. Et dans cette vaste entreprise de dénigrement, on assimilera l’individualisme à l’égoïsme, le vice par excellence au pays solidaire et durable. Pourtant, c’est bien le collectivisme, son exact opposé, qui conduit au pire, aboutissant au désastre puisqu’il repose sur l’anéantissement du libre-arbitre et de la conscience individuelle, lesquels suppose au préalable un plein épanouissement de la personnalité de chacun.
Le collectivisme nie l’individu, le rangeant, selon les besoins idéologiques et les objectifs de la propagande, dans des catégories collectives symboliques au profit desquelles il s’efface totalement.
Ainsi, le nationalisme est une forme insidieuse de collectivisme à partir du moment où l’Etat prétend parler au nom de la nation en confisquant celle-ci. Des conflits entre des individus ne peuvent dégénérer en guerres mondiales, des conflits entre Etats, oui. Au nom de la patrie ou de l’espace vital, les gouvernements précipiteront leurs peuples respectifs dans des guerres meurtrières à l’instar des conflits qui ont vu s’entretuer les français et les allemands. Dans ces tourmentes, l’individu n’est plus rien et les cadavres se comptent par millions.
Le communisme et le national-socialisme (nazisme) prônent une organisation totalitaire de la société dans laquelle l’individu est soumis à la volonté du Parti au nom d’une vision imposée du bien commun. Là aussi, ce sont des millions d’individus qui sont déportés et envoyés dans des camps de travail au nom du peuple il va sans dire. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs.
Mais le collectivisme ne se réduit pas à ces monstruosités de l’histoire. Au nom du collectivisme, on entretient une guerre civile et larvée permanente parmi les hommes, opposant les catholiques aux musulmans, les hommes aux femmes, les jeunes aux vieux, les fonctionnaires aux salariés du privé, les patrons aux employés… On ne voit plus des personnes ou des êtres humains partageant tous la même condition, on voit des abstractions permettant de manipuler les hommes.
Les phénomènes de foule, à l’instar de ces supporters devenant hooligans, sont basés sur l’anéantissement de la personnalité de l’individu, ce qui permet de transporter les individus en question dans des mouvements de masse dont la facture humaine est toujours conséquente. J’ai vu des étudiants, qui ne prennent jamais la parole en cours, se transformer en vengeur hystérique à l’occasion des mouvements de blocage des facs.
Bien-sûr, je suis un homme, je suis un fonctionnaire, je suis un économiste, je suis un quadra… Pourtant, la personnalité est une alchimie mystérieuse qui nous permet d’échapper à ces multiples déterminismes pour les transformer en autant de passionnantes facettes de nos personnalités singulières et uniques. Et seules les sociétés qui permettent l’épanouissement de la personnalité individuelle, laquelle ne se fait pas contre le collectif dans la mesure où tout individu s’inscrit dans différentes communautés (sa famille, son entreprise, des associations diverses, ses amis), sont de nature à éviter les dérives qui conduisent aux violences collectives.
Voilà pourquoi il convient de réhabiliter l’individualisme, dans ses fondements philosophiques qui sont les seuls à autoriser la prospérité économique et le développement social.
Le collectivisme nie l’individu, le rangeant, selon les besoins idéologiques et les objectifs de la propagande, dans des catégories collectives symboliques au profit desquelles il s’efface totalement.
Ainsi, le nationalisme est une forme insidieuse de collectivisme à partir du moment où l’Etat prétend parler au nom de la nation en confisquant celle-ci. Des conflits entre des individus ne peuvent dégénérer en guerres mondiales, des conflits entre Etats, oui. Au nom de la patrie ou de l’espace vital, les gouvernements précipiteront leurs peuples respectifs dans des guerres meurtrières à l’instar des conflits qui ont vu s’entretuer les français et les allemands. Dans ces tourmentes, l’individu n’est plus rien et les cadavres se comptent par millions.
Le communisme et le national-socialisme (nazisme) prônent une organisation totalitaire de la société dans laquelle l’individu est soumis à la volonté du Parti au nom d’une vision imposée du bien commun. Là aussi, ce sont des millions d’individus qui sont déportés et envoyés dans des camps de travail au nom du peuple il va sans dire. On ne fait pas d’omelettes sans casser des œufs.
Mais le collectivisme ne se réduit pas à ces monstruosités de l’histoire. Au nom du collectivisme, on entretient une guerre civile et larvée permanente parmi les hommes, opposant les catholiques aux musulmans, les hommes aux femmes, les jeunes aux vieux, les fonctionnaires aux salariés du privé, les patrons aux employés… On ne voit plus des personnes ou des êtres humains partageant tous la même condition, on voit des abstractions permettant de manipuler les hommes.
Les phénomènes de foule, à l’instar de ces supporters devenant hooligans, sont basés sur l’anéantissement de la personnalité de l’individu, ce qui permet de transporter les individus en question dans des mouvements de masse dont la facture humaine est toujours conséquente. J’ai vu des étudiants, qui ne prennent jamais la parole en cours, se transformer en vengeur hystérique à l’occasion des mouvements de blocage des facs.
Bien-sûr, je suis un homme, je suis un fonctionnaire, je suis un économiste, je suis un quadra… Pourtant, la personnalité est une alchimie mystérieuse qui nous permet d’échapper à ces multiples déterminismes pour les transformer en autant de passionnantes facettes de nos personnalités singulières et uniques. Et seules les sociétés qui permettent l’épanouissement de la personnalité individuelle, laquelle ne se fait pas contre le collectif dans la mesure où tout individu s’inscrit dans différentes communautés (sa famille, son entreprise, des associations diverses, ses amis), sont de nature à éviter les dérives qui conduisent aux violences collectives.
Voilà pourquoi il convient de réhabiliter l’individualisme, dans ses fondements philosophiques qui sont les seuls à autoriser la prospérité économique et le développement social.
2008-05-01
Pathétique mois de mai
La fête du 1er mai est la fête du travail, l’occasion pour les centrales syndicales de jeter leurs troupes dans les rues de France. Si ces manifestations étaient exceptionnelles, j’éprouverai sans doute une certaine émotion, bien que les manifestations de force collective ne m’ont jamais inspiré de sympathie. Mais quand les manifestations se produisent quasiment chaque jour depuis des décennies, je ne ressens que lassitude. Le mois de mai est quasiment un mois chômé dans l’année. Les manifestations appellent d’autres manifestations à caser entre les congés et les périodes de grèves sur fond de commémoration en forme de bourrage de crâne de mai 68.On apprend en économie que la seule ressource à partir de laquelle toute la richesse est créée par les hommes réside dans le temps des hommes, un temps actif et créatif bien entendu. Un temps de travail donc. Mais on fête désormais le travail comme une ressource en voie de disparition, conséquence inéluctable de toutes ces interventions qui conduisent les français à rationnellement considérer que cela ne vaut plus la peine de travailler dans l’hexagone. Le temps actif se réduit, la population active s’effrite, le niveau d'activité stagne…et la croissance ne parvient pas à décoller.
Toujours les mêmes causes, toujours les mêmes effets. Quand vont-ils tous le comprendre ? Quand vont-ils se réveiller ?

