2008-06-27

Economie et écologie : un même combat

A mon sens, écologie et économie, cela devrait être le même combat. Si l’on tend à opposer ces deux notions, c’est au nom d’une conception déformée de la science économique et d’une récupération outrageusement politique de l’écologie.
La définition stricte de la science économique est à ce propos sans équivoque: l’économie, c'est la « gestion des ressources rares ». L’économie, c’est donc une « écologie sociale » ; c’est l’écologie de la société dans le sens où les phénomènes économiques et sociaux obéissent aussi à une sorte d’écosystème complexe et fragile qu’il est dangereux de déséquilibrer au nom d'une vision mécanique de l'économie sur laquelle se fondent la plupart des modèles macroéconomiques.
L’économie, c’est donc l’art de gérer la rareté. La première des raretés, qui détermine toutes les autres et nous oblige à faire des choix, c’est le temps. Chaque être humain est doté d’un capital temps limité, et son intelligence le poussera à en faire le meilleur usage possible, étant entendu que le temps perdu se rattrape difficilement. L'homme est donc poussé par une recherche naturelle de l'efficacité (productivité du travail): comment rendre le travail plus productif (et moins pénible) afin d'économiser notre temps consacré au travail ? Toute l’évolution technologique est orientée en ce sens.

La deuxième rareté: ce sont les contraintes naturelles. J’emploie à dessein le terme de « contrainte » plutôt que de « ressource ». En effet, on s’effraie aujourd’hui à propos de l’épuisement des réserves de pétrole comme l’on craignait au XIX° siècle de manquer de charbon. A l’époque où Rockefeller entrevoit le potentiel économique du pétrole, cette matière était considérée comme un « déchet naturel ». A l’état brut, le pétrole n’avait aucune valeur. Aujourd’hui encore, ce sont tous les dérivés du pétrole qui ont une valeur économique. Pour l’instant, compte tenu de l’état de la technologie, les carburants sont issus du pétrole mais ce n’est pas une donnée immuable comme le montre le développement des biocarburants.
Autrement dit, c’est la valeur ajoutée (et le terme « ajoutée » est fondamental : ajoutée par le travail humain, l’unique ressource rare) qui confère une valeur aux matières brutes.
De déchet naturel, le pétrole est devenu « or noir » à partir du moment où un innovateur quelque part en Europe a déposé un brevet sur le moteur à explosion. Et l’on dépose chaque jour des milliers de brevets dans le monde notamment sous l’effet de la compétition économique.

C'est bien le rôle de l'innovation technologique que de chercher à économiser le facteur qui est le plus cher. L’enjeu actuel est de faire en sorte que l’activité humaine consomme de moins en moins de ressources naturelles et de facteurs environnementaux. Il faut donc encourager les innovations impulsées par les signaux du marché. Car lorsque les processus de marché fonctionnent bien (ou ne sont pas empêchés de fonctionner), la rareté se traduit par un prix élevé en vertu du principe élémentaire « tout ce qui est rare est cher ». En économisant le facteur le plus coûteux, l’entreprise économise du même coup la matière la plus rare, celle qu’il s’agit précisément de préserver. C’est pour cela qu’elle innove.
Pour que ce mécanisme économique élémentaire fonctionne, il faut donc accepter de mettre un prix aux choses, et notamment à la nature. Car les gaspillages - et les pillages - commencent précisément à partir du moment où l'on neutralise les phénomènes économiques, en faisant croire que certaines ressources sont gratuites comme si elles existaient en quantités illimitées.
On dit que l'éléphant est menacé à cause de la valeur commerciale de l’ivoire. Pourtant la vache n’est pas menacée à cause de la valeur commerciale du lait ou de sa viande pas plus que le poulet n’est en voie de disparition à cause de la valeur commerciale des œufs ou de sa viande. Le problème n’est pas la valeur commerciale en soi ; le problème n’est pas l’activité marchande en soi ; le problème réside dans la définition des droits de propriété [1]. Le rôle de l’Etat est de mettre en place les institutions qui permettent de définir, garantir et protéger les droits de propriété, non de s’échiner à rendre tout gratuit.

On affirme aussi que la biodiversité est menacée à cause de l’activité humaine. Mais ce n’est considérer qu’une partie du phénomène. L’activité agricole a aussi contribué à accroître la biodiversité. Parmi les espèces de fruits et de légumes que nous consommons chaque jour, très peu existait à l’état naturel. L’homme est à l’origine de la création de nouvelles espèces. Il est donc plus exact de dire que l’activité humaine transforme la nature ; et que cette transformation entraîne l’épuisement de certaines ressources, le renouvellement d’autres ressources mais qu’elle permet aussi de créer de nouvelles richesses. C’est absolument inévitable. C’était déjà vrai à l’ère du néolithique où survivaient tant bien que mal quelques milliers d’individus ; c’est a fortiori vrai aujourd’hui alors que vivent plus de 6 milliards d’individus sur la planète.
La biodiversité naturelle n’est pas toujours une bonne chose pour l’être humain. Le virus de la peste, de la malaria et tant d’autres cadeaux empoisonnés de la nature font partie de la biodiversité que l’homme s’est acharné à éradiquer. Et il est heureux que ces créatures soient menacées de disparition car leur développement constituait une menace pour l’homme lui-même. Dans le discours écologique primaire, il y l’idée communément admise que la protection de la nature s’impose comme une évidence et que l’homme est un animal nuisible qui constitue une menace pour la nature.
L’homme existe avec la nature mais mène aussi un combat permanent contre la nature. Dans certains cas, au nom de la protection de l’homme, c’est la nature elle-même qui constitue une menace. Dans ce combat ancestral contre les risques naturels, la science (c’est la capacité humaine unique à produire de la connaissance) constitue le meilleur allié pour l’homme.

2008-06-24

Quand Ducasse se casse...

On s’étonnera toujours de voir les commentateurs s’étonner de la décision de Ducasse alors qu’il agit comme tant d’autres avant lui, qu'ils soient sportifs, artistes, entrepreneurs ou encore chercheurs. Depuis des décennies, tous ceux qui parviennent à un niveau d’excellence dans leur domaine d’activité prennent la décision de s’expatrier, nourrissant une émigration économique révélatrice des problèmes structurels qui figent notre économie. Ce n’est pas faute d’alerter sur les dangers d’une telle saignée mais on nous rétorque aussitôt que la fuite des actifs est un élément fortement exagéré. Pourtant, c'est un fait, le capital humain s'évade...
Les soldes migratoires ont une influence fondamentale sur la dynamique économique d’un pays dans un contexte d’économie ouverte. Et cette ouverture prend de multiples dimensions : l’économie est non seulement ouverte sur le monde et l’extérieur, mais elle est aussi ouverte aux changements de toute nature (mentalités, technologies, sciences, politiques).
De ce point de vue, nous cumulons le handicap qui consiste à nous accrocher à des rigidités qui deviennent de véritables tabous, à l’instar de l’I.S.F. ou les 35 heures, alors que notre économie est totalement ouverte sur l'extérieur.
En tout état de cause, l’impact des soldes migratoires (différence entre émigration et immigration) ne dépend pas fondamentalement des effectifs en jeu mais de la qualité respective des flux en cause. Imaginez que 1000 personnes quittent le territoire chaque mois tandis que 1000 personnes arrivent sur le territoire. A s’en tenir aux seuls effectifs, on considérera que la « balance migratoire » est équilibrée. Mais tout le monde comprendra aisément que la situation n’est pas soutenable ou durable (pour reprendre les termes très en vogue) si le territoire en question perd 1000 créateurs de richesses, innovateurs ou producteurs dans le même temps qu’il récupère 1000 réfugiés politiques ou sociaux. On entre là dans un processus d’éviction en vertu du principe bien connu par les économistes selon lequel « la mauvaise monnaie chasse la bonne » révélateur d’une liquidation rampante de l’économie. C’est l’effet Ducasse.

2008-06-19

Un mouvement libéral doit trouver toute sa place

Dans le contexte du bipartisme s’affirmant en France, un mouvement libéral doit sans doute trouver toute sa place dans notre pays. Au pays de l’Etat-providence, le libéralisme a longtemps servi de repoussoir, mais jamais de politique. En même temps, les français sont désormais convaincus que le modèle français est à bout de souffle et que le statuquo est désormais intenable. C’est pourquoi ils ont porté au pouvoir le candidat de la réforme de l’Etat. Cependant, la réforme n’est pas par essence libérale, surtout si elle se traduit par un accroissement du niveau général des prélèvements, ce qui serait fatale à notre économie.

Dans le passé récent, le débat sur la constitution européenne fut le point culminant de cette « libéralo-phobie », de cette hystérie anti-libérale savamment mise en musique par des média jamais neutres. Tandis que les partisans du « Non » désignaient le projet de constitution européenne comme un texte ultra-libéral, les promoteurs du traité constitutionnel l’ont présenté comme un bouclier contre la « mondialisation libérale » susceptible de préserver le modèle et l’identité européenne. Et ce clivage a transcendé les grands partis politiques tandis que les partis d’extrême droite et d’extrême gauche se rejoignaient dans un « non » aussi clair que monolithique.
Peu de gens auront remarqué qu’il existait aussi un « non » libéral face à la tentation régulatrice de Bruxelles. Peu de gens se sont demandés ce que recouvrait l'identité européenne ?
Aujourd’hui le non irlandais met à nouveau en péril la construction européenne. Est-ce à dire que les irlandais sont d’ingrats anti-européens sans reconnaissance aucune pour les subventions européennes dont ils auraient abondamment tirées parti ? Mais quel pays européen n’a pas profité de la manne européenne alors que l’agriculture française doit tout à l’Europe. La différence est que l’Irlande, le dragon de l’Europe, en a profité pour mettre en œuvre des réformes libératrices que nous avons tant de peine à réaliser chez nous. L’Espagne a connu le même processus qui lui a permis de rattraper la France dans de nombreux domaines.
La tentation est grande de nous refaire le coup de Maastricht, faisant passer pour d’indécrottables anti-européens ceux qui s’opposaient à l’euro. Mais ceux qui émettaient des doutes sur l’Euro à cette époque ne s’opposaient pas à l’euro en tant que monnaie européenne, mais à l’euro en tant que monnaie unique.
Ceux qui rejettent le traité européen ne s’opposent pas à l’Europe, mais s’opposent sans doute à la logique constructiviste d’un tel traité, qui pervertit l’idée même de Constitution. En effet, alors qu’une constitution est un principe éminemment libéral visant à limiter le pouvoir de celui qui détient le monopole de la violence légitime, à savoir l’Etat, les rédacteurs de la constitution européenne proposent un texte complexe qui débouche sur une extension sans limite des prérogatives d’un super-Etat européen en germe, structure étatique venant s’ajouter à la complexité institutionnelle déjà énorme dans l’hexagone.
La méconnaissance de la philosophie et l’éthique libérales empêche de bien mesurer le sens de cette profonde évolution. C’est que les idées libérales ont un accès très limité aux média sinon pour être défigurées et diabolisées tandis que l’on ne peut pas dire que l’Education Nationale et l’université soient porteuses d’une culture libérale qui fut pourtant à la source du mouvement des Lumières en Europe qui a grandement nourri la naissance des sociétés modernes et démocratiques dans lesquelles nous vivons aujourd’hui dans une prospérité jamais égalée.
Les français savent aussi que toutes les expériences tentées en dehors de l’économie de marché se sont soldées par de terrifiants échecs et pas seulement sur le plan économique, mais sur le plan humain et social aussi. L’ouverture internationale – et certainement pas la fermeture et la protection - fut un élément moteur de la croissance des échanges internationaux sans laquelle l’Europe n’aurait jamais pu atteindre le niveau de vie qu’elle a aujourd’hui. Pareillement, sans cette ouverture, l’Asie n’aurait jamais pu connaître le décollage économique qu’elle connaît aujourd’hui. Certes ce décollage inquiète mais l’Europe aurait-elle préférer voir déferler des millions d’immigrés asiatiques fuyant des pays condamnés au sous-développement alors qu’elle a déjà beaucoup de mal à intégrer l’immigration en provenance d’Afrique ? De ce point de vue, il est heureux que l’Asie sorte de la pauvreté même si beaucoup de chemin reste à parcourir. Mais elle ne le doit ni au socialisme, ni aux plans quinquennaux ! Il n’est plus loin le temps où l’Afrique connaitra un tel sursaut alors que les nouvelles générations ont soif d’entreprendre et de prendre en main la destinée de leurs propres pays, rejetant une compassion humanitaire qui n’a jamais déclenché le moindre développement durable et sérieux.
Beaucoup de pays se rendent compte aujourd’hui qu’il valait mieux être dans la sphère d’influence américaine (pour bénéficier de la protection de l’OTAN, des fonds Marshall et des institutions du GATT) après la seconde guerre mondiale que dans celle de l’U.R.S.S. et du COMECON. Et les pays qui ont été coupé en deux (Allemagne, Corée) mesurent à quel point il est impossible de mettre sur le même plan le libéralisme et le communisme, et combien il est ridicule de les renvoyer dos à dos.

Il faut donc se féliciter que la croissance se diffuse dans le monde et elle se diffuse à partir du moment où l’on met en œuvre un certain nombre de réformes fondamentalement inspirées par des principes issus du libéralisme. Au passage, on remarquera qu’il ne peut y avoir de politique sociale, culturelle, étrangère, diplomatique…ambitieuse sans croissance économique. Il faut avoir les moyens de ses ambitions, et seule une prospérité retrouvée et durable permet de retrouver ces moyens. La France découvre cruellement qu’elle ne peut tenir son rang international sans une armée forte et efficace, mais qu’il faut d’énormes moyens financiers pour moderniser une armée. La France est sans doute le pays qui se donne les ambitions les plus démesurées à un moment où les moyens manquent, à défaut d’avoir une économie dynamique. Et le pays s’use à gérer la pénurie et la précarité. Il a besoin d’une ambition plus grande. Dans les années 80, les USA et l’Angleterre ont retrouvé le chemin d’une prospérité durable et sans inflation une fois accomplies ces réformes, et aucun pays ne peut en faire l’économie. Encore faut-il des hommes et femmes politiques pour avoir le courage de le dire et de le faire.
Les mouvements libéraux doivent rappeler aux français que le libéralisme ne se propose pas de démanteler l’Etat mais de restaurer l’Etat de droit, afin qu’il retrouve une efficacité dans les domaines où son action est irremplaçable, et une légitimité aux yeux de tous les français. Car l’Etat de droit est le garant des droits et devoirs qui doivent être les mêmes pour tous pour être légitimes alors que l’Etat-providence pour les uns (qui distribue d'une main voyante) génère toujours un Etat-vampire pour les autres (qui prélève d'une autre main plus insidieuse). Ce sont les défaillances institutionnelles qui nourrissent les dérèglements de l’économie, entraînant à la fois un rejet de la politique et une peur de l’économique.
Les mouvements libéraux doivent dire que le libéralisme n’est pas « la loi du plus fort » mais la remise à l’endroit du principe élémentaire de subsidiarité qui consiste à rendre à l’individu la responsabilité qui lui incombe dans les choix qui le concerne directement, pour déléguer aux échelons supérieurs (famille, commune, département, région, Etat, Europe) les choix à caractère plus collectifs. La liberté n’a aucun sens sans la prise de responsabilité de la même manière que les droits ne peuvent exister sans les devoirs qui en sont la contrepartie nécessaire et naturelle. Depuis son origine, le libéralisme se fonde sur la reconnaissance de droits individuels fondamentaux dérivés de la nature humaine elles-mêmes et dont les institutions se doivent de garantir la reconnaissance et la protection, et non de « droits sociaux » aux contours indéfinis qui réduisent l’Etat au statut de « guichet unique » et l’individu au rang d’assujetti.
Les mouvements libéraux doivent montrer aux français que le libéralisme ne se réduit aucunement à un économisme, encore moins à un matérialisme tout entier tourné à la course à la consommation de biens matériels. C’est au contraire une philosophie, une éthique et une morale qui impliquent de prendre en compte toutes les dimensions de l’homme et de la société avec un objectif d'épanouissement personnel qui ne confond pas l'être et l'avoir.
Car la liberté et la responsabilité ne se divisent pas : elles sont à la fois une et multiple, diverses et indivisibles.

Pour toutes ces raisons, il nous faut espérer qu’un mouvement libéral prenne toute sa place dans notre pays, en se proposant d’assumer les idées libérales, héritage du siècle des Lumières et dont la France a donné les plus belles plumes et les plus grands auteurs. Notre échiquier politique comprend un parti communiste, une ligue communiste révolutionnaire alors que l’expérience historique nous a montré comment la mise en œuvre des principes communistes aboutit à une négation des valeurs qui fondent l’idéal humaniste.
Alors, pourquoi serait-il illégitime d’offrir aux électeurs de ce pays une voix libérale ? Nous formons le vœu qu’un tel mouvement, issu du rassemblement des multiples chapelles libérales, saura faire émerger de la société civile elle-même ces hommes et femmes dont notre pays a tellement besoin pour relever les défis d'aujourd’hui.

2008-06-11

Le syndrome de l'équipe de France

C’est à chaque fois la même ritournelle. A l’approche d’une compétition internationale de football au plus haut niveau, c’est comme si l’équipe de France était déjà en finale sinon sur le podium des vainqueurs ultimes avant même que la compétition commence. Il est normal et sympathique de soutenir l’équipe de son pays ; mais cela ne veut pas dire de tomber dans l’aveuglement franchouillard qui nous conduit souvent, notamment en matière économique, culturelle, sportive, scientifique et artistique, à surestimer nos capacités.
Et puis à l’issue du premier match, un match nul dans tous les sens du terme, c’est le doute qui ronge la France du foot.
Encore une fois, on aimerait voir les footballeurs briller sur les stades en créant du jeu, en marquant des buts et en offrant du plaisir et de la joie à ces millions de supporter qui s’identifient un instant à l’aventure de leur équipe. Le problème est bien que les joueurs ont tendance à devenir plus des « peoples » que des sportifs, alignant des salaires (mais peut-on encore parler de salaires ?) bien disproportionnés par rapport à leurs performances sur le terrain. Mais les salaires des joueurs de football, comme des stars du show-biz, n’émeuvent guère les commentateurs qui préfèrent montrer du doigt les revenus des grands patrons du CAC 40. Mais je m’égare sans doute quoique le football est devenu un show-business, c’est-à-dire une industrie qui, à ce titre, obéit qu’on le veuille ou non aux lois du marché. Les joueurs de foot gagnent beaucoup d’argent parce que des millions de personne se déplacent dans les stades pour acheter leurs billets et assister aux matchs de foots.
Mais on sait aussi que les lois du marché sont bien tordues au pays des statuts et des avantages acquis. Dans le sport comme dans l’industrie, un champion du monde n’est pas un statut définitivement acquis ; c’est une position qu’il faut défendre à chaque compétition. L’Italie championne du monde l’a vécu à ses dépends face aux Pays-Bas.
Souhaitons que l’équipe de France retrouve l’étincelle du génie qui lui permettra de rester dans la compétition. Le moral du pays en a bien besoin.

2008-06-06

Voie sans issue

Le prix du pétrole augmente. Les professionnels manifestent, bloquent la circulation, le gouvernement lâche des aides. Mais il en est de même lorsque survient une intempérie ou autre aléa climatique inévitable.
Comme le gouvernement ne peut se procurer de l’argent qu’en prélevant sur les acteurs économiques, ces aides aboutiront à un accroissement de la charge fiscale contre laquelle se révolteront à nouveau demain les professionnels. Autrement dit, les français sont en train de s’étrangler eux-mêmes par l’intermédiaire des hommes politiques qu’ils conduisent aux affaires.
La situation est folle et ubuesque mais voilà bien un des dangers de la démocratie lorsque les compétences de l’Etat et ses champs d’intervention légitime ne sont pas encadrés par une Constitution concise et claire.
Imaginez que j’étrangle une personne au point qu’elle parvient à peine à respirer. Constatant qu’elle est sur le point de succomber (alors que j’ai tout de même besoin de lui), je décide d’introduire dans sa bouche un tuyau qui envoie de l’air (une niche fiscale) pour l’aider à respirer. C’est absurde. Il suffirait que je cesse de l’étrangler. C’est ce que ne comprennent jamais tous les gouvernements français qui se sont succédés depuis 40 ans (un héritage de 68 ?). On multiplie les tuyaux et les intraveineuses au point que les prétendus remèdes et aides sont sur le point d’achever le malade qui, sans toutes ces interventions, avait un corps en parfaite santé.

2008-06-05

Tom Clancy: du polar géopolitique à la lucidité économique

Je ne peux résister à la tentation de reprendre intégralement les propos que Tom Clancy met dans la bouche d’un de ses personnages de roman car c’est d’une clarté exemplaire. Dans la même veine, je suis en train de lire le roman de Michael Crichton intitulé « Etat d’urgence » dont l’intrigue est une prétexte pour mettre un pavé dans le débat relatif au réchauffement climatique. Là aussi, les éléments de discussions et d’analyse que Crichton introduit dans les dialogues de ses personnages renvoient tous à des documents scientifiques réels, référencés, publiés dans les revues académiques reconnues et cités dans le roman.

« Nous avons tous en mémoire les campagnes électorales pour le Congrès. Les candidats nous disaient : « votez pour moi, parce que pour chaque dollar d’impôts prélevé, un dollar et vingt cents reviennent à ce district. » Vous rappelez-vous ces promesses ?
Mais ils oubliaient de vous dire un certain nombre de choses. Primo, qui a jamais prétendu que vous dépendiez du gouvernement, d’un point de vue financier ? C’est le contraire : le gouvernement n’existe pas si vous ne lui donnez pas votre argent. Secundo, le déficit du gouvernement signifie que chaque district reçoit plus en subventions fédérales qu’il ne verse en impôts fédéraux, je veux dire en impôts fédéraux directs. Ceux-là même que vous pouvez voir.
Donc ces candidats se vantaient de dépenser davantage d’argent qu’ils n’en avaient. Si votre voisin vous avoue qu’il tire des chèques sur votre compte personnel, vous ne pensez pas que vous allez prévenir la police ?

Nous savons tous que le gouvernement prélève plus que ce qu’il donne. Mais il s’en cache bien. Le déficit du budget fédéral signifie que chaque fois que vous empruntez de l’argent, cela vous coûte plus cher que ça ne devrait. Et pourquoi donc ? Parce que le gouvernement emprunte lui-même tant d’argent que ça fait monter les taux d’intérêt.
Et donc, mesdames et messieurs, chaque mensualité pour une maison ou pour une voiture, chaque paiement par carte de crédit est aussi un impôt. Et le gouvernement vous offre parfois un avantage fiscal sur les intérêts de vos emprunts. C’est gentil de sa part ! Il vous l’offre sur des sommes que vous n’auriez pas dû payer, et ensuite il vous dit que vous récupérez davantage que ce que vous avez versé !
Quelqu’un, ici, est assez crédule pour gober ça ? Mesdames et messieurs, je ne suis pas un politicien et je ne suis pas ici aujourd’hui pour soutenir l’un ou l’autre de vos candidats aux sièges vacants de la Maison du peuple. Je suis simplement là pour vous demandez de penser un peu à tout cela…
».

Tom Clancy, Sur Ordre, Tome 2, page367-368

2008-06-03

Modernisation des syndicats : la représentativité au secours de la légitimité

Les syndicats sont en colère, ils menacent le gouvernement. Qu’ont-ils à lui reprocher si ce n’est d’appliquer une politique pour laquelle il a été élu dans le respect des règles de nos institutions ? Car il faut reconnaitre que le gouvernement agit enfin, après quelques mois de flottements, et il agit sur de nombreux fronts. Dans le cadre de la réforme universitaire en cours, les universités peuvent désormais créer des fondations pour récolter les fonds privés nécessaires à leur modernisation ; les IUFM sont sur la sellette ; les 35h sont en sursis… Le processus de réformes est enfin engagé et c’est bien ce qui déplait aux syndicats.
Cependant, les syndicats ne sont plus dans leur rôle quand ils s’érigent en opposition face à un gouvernement désigné par le peuple. Il revient aux partis d’opposition de proposer une autre politique, d’en tirer un programme de gouvernement et de convaincre les électeurs. La politique est l’affaire des partis politiques et non des syndicats. C’est dire si la réforme du « dialogue social » est une priorité. C’est aussi un chantier ouvert par le gouvernement. En effet, les négociations menées par les partenaires sociaux sur la « représentativité, le développement du dialogue social et le financement du syndicalisme » ont abouti le 9 avril dernier à la définition d’une « position commune ». Cette dernière résulte de la volonté de mettre en évidence des critères de représentativité ce qui conduit à poser la question des modalités de financement des syndicats.

Sur le fond, il ne s’agit nullement de remettre en cause l’existence du syndicat mais de contester la légitimité de son fonctionnement quasi-monopolistique. Il existe des syndicats aux USA, au Japon, en Espagne ou en Angleterre, mais ces mêmes pays sont rarement bloqués par la grève qui devrait être l’arme ultime et non préventive. La rente de situation aboutit rarement à l’efficacité : c’est vrai en matière de production de biens et services mais c’est aussi vrai en matière de production de dialogue social. En France, les organisations syndicales bénéficient d’une rente fondée sur une représentativité décrétée et non éprouvée. De la même manière qu’un journal doit vivre de ses lecteurs s’il veut être véritablement représentatif d’une opinion réelle, un syndicat doit vivre de ses adhérents s’il veut être véritablement représentatif de revendications réalistes. Comme le talent ou l’autorité, comme la valeur ou la performance, la représentativité ne peut ni se figer dans les règlements ni se décréter. Si l’on admet ce principe, la mise à jour de critères de représentativité devient une étape inévitable. C’est à cette condition que les syndicats retrouveront une crédibilité.

De toute façon, le statu quo n’est plus tenable. Le monde syndical tourne en vase clos. Les taux de syndicalisation sont parmi les plus faibles du monde industrialisé et pourtant les syndicats officiels monopolisent la rue dans un jeu de blocages incessants et de grèves répétitives qui tiennent lieu de « dialogue social » alors qu’ils sont l’antithèse du dialogue. Cette politisation extrême du syndicalisme français est probablement le résultat de cette perte de représentativité elle-même résultant d’une déviation des rôles. Les syndicats se doivent d’être des acteurs de la vie des entreprises, avec le but fédérateur à tous ses acteurs : le succès de la « maison commune » que constitue l’entreprise. Les syndicats actuels ont tendance à faire de l’entreprise le théâtre de la lutte des classes de la même manière que les révoltés de mai 68 voulaient faire de l’université le foyer de la révolution permanente.
Quand une entreprise coule ou quitte le territoire, tout le monde est perdant : les clients n’ont plus de produits, les actionnaires perdent leurs capitaux et les salariés perdent leur emploi. Mais le succès de l’entreprise se joue dans un dialogue permanent entre les acteurs de l’entreprise, lesquels se doivent d’être représentés par des corps intermédiaires crédibles et efficaces. Dans ce jeu complexe et quasi-quantique de la régulation microéconomique, l’Etat se doit d’être le plus neutre possible, se contentant de rappeler les règles de conduite qui s’appliquent à tous. En l’absence d’un tel dialogue, c’est le conflit permanent qui se joue dans la rue et aboutit aux mesures d’urgence qui ne sont jamais les plus réfléchies.
Le monde universitaire souffrait lui-même de ce mal terriblement gaulois. Les étudiants sont représentés par des syndicats issus d’élections dont les taux de participation ne dépassent pas 5 % parmi la population estudiantine. Dans tous marchés, lorsque l’offre est rationnée et qu’elle ne satisfait pas le consommateur, alors le consommateur boude le produit. On ne peut tout de même pas le forcer à acheter un produit qu’il n’apprécie.
Il en va de même du monde syndical : il se doit d’être plus ouvert pour écouter les attentes réelles des salariés comme des dirigeants d’entreprises, surtout dans l’univers des petites et moyennes entreprises où personne ne peut se payer le luxe du moindre conflit qui devient vite fatal à tous.